DESPRÉS. U
axillaire et incline sa tête sur l'épaule. Ces douleurs seraient comparables a une rage de dents. Il y a un sentiment de pesanteur dans le bras ; au toucher, le coude, l'avant-bras et la main sont froids, celle-ci est couverte d'une sueur abondante. Les fonctions du membre sont affaiblies, la sensibilité tactile est engourdie, et si la malade tient un objet quelconque, qu'il soit lourd ou léger, elle est obligée de le lâcher. L'avant-bras est ordinairement fléchi vers le tronc et en supination; il est impossible de l'étendre complètement. La sanlé générale est bonne, quoique madame X... éprouvu de fréquentes insomnies.
Elle s'est aperçue de sa tumeur il y a neuf ans, pendant le cours de sa grossesse, qui se termina par uno fausse couche, ainsi que plusieurs autres grossesses. La tumeur n'a pas augmenté depuis son apparition, mais les douleurs, d'abord passagères, et ne revenant qu'à de longs intervalles, sont continues depuis deux ans et présentent des exacerbalions pendant le jour. Tous les moyens médicaux employés jusqu'ici ayant échoué, je résolus d'enlever celle lumeur le 16 septembre 1861, Pendant l'upération, je constate que la lumeur est dans l'épaisseur du long supinaleur.
La tumeur enlevée a la grosseur d'une noi^ette; elle est arrondie, sans bosselure, entourée d'une coque fibreuse; la coupe fait reconnaître un lissu qui rappelle le corps caverneux de la verge : ce sont des cellules pleines de sang, dont les parois sont formées par du lissu fibreux (1).
Celte tumeur, dont l'examen microscopique n'a pas clé fail, ne nous paraît pas êlre une tumeur éreclile franche, même transformée 5 en effet, les tumeurs érecliles ne sont pas aussi bien limitées, et il est rare qu'elles se transforment en kyste à parois fibreuses; telle n'est pas du moins la manière dont les choses se passent.
Donc, jusqti'à ce qu'il soit démontré par d'autres faits qu'une telle tumeur puisse être de nature éreclile, nous la rangerions volontiers dans les tumeurs hémaliques consécutives à d'anciens épanchemenls sanguins. (Voy. V Addenda, p. 140.)
Il y a, en effet, des tumeurs érecliles flétries ; elles ne forment pas une masse enkystée régulière.
Nous pouvons citer un cas de tumeur éreclile, siégeant sur le rond pronaleur et sa gaîne, où l'on voit le mode d'alropliio du tissu éreclile. Voici les détails, que nous devons à l'exlréme obligeance de notre collègue M. Tillaux, qui a bien voulu rechercher une relation de ce fait dans ses notes :
(1) Demarquay, Union médicale^ 1861, 26 décembre, 2» série, t. II, p. 687.
« Une jeune fille portait une tumeur de l'avanl-bras depuis sa naissance.
* Celte tumeur, mobile sous la peau, adhérait au muscle rond pronateur, avec lequel elle faisait corps. Elle présentait des bosselures, les unes dures, les autres molles. Il n'y avait pas de ganglions engorgés à l'aisselle.
» La tumeur avait cru depuis peu.
j M, Nélaton avait pensé que ce pouvait être une petite tumeur ûbro-plastique. Mais il avait jugé que la tumeur était dans le muscle, parce que, lorsqu'on faisait contracter le rOnd pronateur, la tumeur était mobile dans le sens du travers du muscle et immobile dans le sens de la direction de celui-ci.
» La tumeur a été enlevée, elle adhérait à la veine basilique et à la gaine du rond pronateur.
)) M. Tillaux nous a dit qu'il se souvenait d'avoir vu couper des fibres du muscle pendant que la tumeur était découverte; des petits kystes qui existaient dans la tumeur avaient été ouverts pendant sa dissection.»
Le produit enlevé, examiné par M. Robin, contenait du tissu érectile, entouré par de la graisse et du tissu fibreux. La tumf.ur a été présentée à la Société anatomique (1).
Certes, nous ne voulons point dire ici que la tumeur avait pris naissance dans le muscle, mais nous enregistrons au moins un exemple de tumeur érectile unie à un muscle, et nous avons cité le fait pour montrer quelle différence ily a entre la tumeur enlevée par M. Demarquay, et les tumeurs érectiles atrophiées.
M. le professeur Richet nous a dit avoir observé deux fois des tumeurs érectiles des muscles. Un des faits a été vu aussi par M. Denonvilliers : dans les deux cas, il s'agissait de tumeurs érectile s veineuses dans le triceps, tumeurs qui ont été enlevées ton! es deux.
Mais il y a quelque chose de très-positif d'ailleurs : M. Cruveilhier a vu à la Salpètrière, sur le cadavre d'une vieille femme
(1) Soc. anal., 1861, p. 10.
âgée (le soixunle-quiiizc ans, des tuiiieiirs creclilcs inulli|)Ics Irès-dcveloppées, et le biceps brachial surtout était envahi par l'eclasie des capillaires (1). Béraud, cité par M. Dcmnrquay, a vu aussi du tissu êrectile dans les muscles d'un cadavre. Enlin, et nous ne citons cela que pour mémoire, il y a (juelquefois des taches érectiles de l'iris au milieu des libres lisses de cette membrane.
Ces constatations anatomiques sont un contrôle anticipé des observations que nous avons rapportées.
On le voit, les tumeurs érecliles des muscles ont été rencon tréesun peu partout; elles se sont présentées avec les caractères de tumeurs érectiles artérielles étendues aux parties profondes, ou les caractères de tumeurs érectiles veineuses.
Les tumeurs érectiles vraies et les tumeurs érectiles altérées sont l'apanage des jeunes sujets. Mais la congénialité n'a pas toujours été évidente ou n'a pas été recherchée.
Les tumeurs, stationnaires longtemps, ont Uni par acquérir un certain volume.
Les signes ont été ceux d'une tumeur érectile sous-cutanée dans l'observation de Liston. Mais il y avait une tumeur érectile sous-cutanée franche, avec battements, c'est le seul cas où la lésion a été diagnostiquée.
M. Legros Clark a pensé qu'il s'agissait d'un lipome ; dans ce cas, le seul signe qui eût pu éclairer le chirurgien n'a pas été cherché : la réductibililé de la tumeur.
M. Birkelt ne pouvait se tromper, il y avait une tumeur érectile de la peau. Mais la tumeur érectile musculaire n'a pas été soupçonnée.
Certes, il est probable qu'en présence d'une tumeur érectile profonde, dépourvue de battements, peu molle, n'augmentant pas manifestement pendant les efforts, on ne pourrait poser un diagnostic précis. D'ailleurs, à supposer que tous ces signes existent, ils seraient peu marqués.
(1) Cruveilbier, Anal, palh., 1. 111, p. 880.
Une lameur sous-niuscuiaire ou intr.i-musculaire qui tendrait à se gonfler pendant un effort, serait souvent comprimée par les muscles qu'elle occupe, et ils contribuent presque tous à l'effort général, le seul qui pourrait faire saillir la tumeur d'une façon évidente. La profondeur à laquelle était située la tumeur vue par M. Clark, pouvait à la rigueur empêcher de sentir les battements dans le cas où ils auraient réellement existé.
Le diagnostic est donc exclusivement lié à la constatation de lu réductibilité.
Pour les tumeurs érectiles flétries, il n'y aurait que la congénialité qui pourrait être un indice.
Le pronostic des tumeurs érectiles profondes est grave, en ce. sens que les moyens chirurgicaux ont peu de prise sur elles. Mais il est bon de dire aussi que les tumeurs érectiles profondes peuvent s'atrophier, témoin le fait emprunté à la clinique de M. Nélaton.
Le séton appliqué dans la tumeur érectile de notre première observation n'a pas guéri la tumeur. L'ablation a dû être faite, elle a été suivie de succès. L'ablation que M. Clark a exécutée, par suite d'une erreur de diagnostic, a été aussi heureuse. M>L les professeur Richet et Denonvilliers ont également extirpé les tumeurs érectiles qu'ils ont observées et ont guéri les malades.
Ajoutons que des tumeurs érectiles des lèvres et de la langue ont été enlevées à l'aide del'écraseur linéaire, et que des guérisons durables ont été obtenues.
VAUICES DES MUSCLES.
Depuis les recherches de M. Verneuil (1) sur le siège primitif des varices, on sait que les veines profondes des membres sont atteintes de ces dilatations avant les veines superficielles,
(1) Verneuil, Gaz. méd., 1855, et Gaz. hebd., 1861.
et qu'un gonflement à peu près uniforme d'un membre avec quelques varices superficielles doit faire diagnostiquer des varices profondes, môme dans les veines musculaires. Cette citation établit l'existence de varices des veines des muscles, mais elle ne prouve pas que les varices des muscles forment des tumeurs musculaires. Bien que M. Verneuil ait vu un muscle dont les veines dilatées constituaient la moitié du volume, il ne s'ensuit pas qu'il devait y avoir une tumeur musculaire. En elfet, les varices sont compressibles, et l'aponévrose d'enveloppe des membres dissémine la tuméfaction du muscle et des varices musculaires; et celles-ci, comme les varices profondes, comme les dilatations veineuses consécutives à un anévrysme artério-veineux, déterminent seulement un gonflement du membre.