HYPERTROPHIE PARTIELLE ET TOTALE DES MUSCLES
L'hypertrophie des muscles est fort rare (1), on n'en connaît pas d'exemples bien authentiques pour les muscles de l'appareil locomoteur. Et c'est seulement dans le domaine de la pathologie médicale sur les muscles de la vie animale, que nous trouvons les exemples les plus frappants d'hypertrophie musculaire: ainsi, l'hypertrophie du cœur, soit des oreillettes, soit des ventricules, l'hypertrophie de la couche musculeuse du pylore.
Il y a aussi dans la pathologie spéciale de l'utérus, de la vessie et des intestins, des faits d'hypertrophie musculaire; ainsi il y a un allongement hypertrophique du col utérin (2), des vessies à colonnes; il y a des rétrécissements de l'intestin dus à une hypertrophie de la couche musculaire de ce conduit; trois faits ont été réunis dans la Palliologie chirurgicale de M. le professeur Nélaton et dans deux cas empruntés au musée de Hunter (pièces n"' 1266 et 1378), il y avait réellement une tumeur musculaire (3).
(1) Broca (Trcilé dns lumeurs, t. I, p. 140) juge l'hypertrophie musculaire très-rare dans sa classiflcalion des tumeurs.
(2) Huguier, Mémoires de l'Académie de médecine, 1839.
(3) NélatoD, Pathologie chirurgicak, t. IV, p. 459 cl suiv.
Sans vouloir faire entrer les hypertrophies tolales dt-s muscles dans les cas de tumeurs des muscles, nous devons citer une affection rare de l'enfance et très-curieuse qui a déjà été observée cinq fois, nous voulons parler du développemeiil énorme d'un ou de plusieurs muscles volontaires, et il a été noté que ces muscles étaient paralysés.
Stofella a publié l'année dernière un article sur ce genre de lésions, qui résume bien la question et qui rappelle les faits connus.
Voici l'observation :
Un garçon de treize ans, bien développé pour son âge, avait les deux muscles des mollets développés au delà du double; pendant la contraction , ils se gonflaient, formant des tumeurs presque comme le poing ; en même temps, en résistant à la flexion de la jambe, on voyait dans les jarrets une tumeur comme un œuf de poule, entre l'insertion des tendons des semimembraneux et semi-tendineux d'une part, et du biceps de l'autre. L'articulation libio-tarsienne des deux extrémités inférieures ne pouvait être fléchie complètement, seulement jusqu'à un angle de 90°, à cau?e de la tension des tendons d'Achille. Orteils fortement fléchis aux deux pieds. Le vaste externe gauche est plus développé que le droit, et les muscles de la face postérieure des deux jambes ont ceci de particulier, que la portion charnue descend plus bas, que normalement la portion tendineuse est plus faible et plus courte. Aux extrémités supérieures, développement prédominant du chef long et interne des biceps. Les muscles deltoïdes présentent aussi une augmentation de volume asseznotable, et celasurtoutà la portion claviculaire. Les muscles sacro-lombaires et long dorsal montrent une augmentation de volume et une diminution dans leur contractililé. Le professeur Benedict.de Leipzig, essaya sur ces muscles le courant constant, et trouva que la contractililé électro-musculaire avait disparu sur les muscles hypertrophiés et sur ceux qui ne l'étaient pas; la sensibilité électro-musculaire était normale, seulement un peu exagérée, aux extrémités inférieures et aux muscles du bassin. Par le courant nerveux venant de la moelle, l'excitabilité motrice se montrait exagérée au nerf péronier droit, aux deux nerfs médians et cubitaux, notamment à gauche. Par le courant nerveux ascendant, l'excitabilité motrice était exagérée au nerf médian gauche; parle courant descendant, l'excitation motrice est passagèrement diminuée.
Stoffellacite encore les trois cas connus dans la littérature médicale, du professeur Jaksch, de Berend et de M. Duchenne (deBoulogne), et conclut en se rangeantàl'opinion qui place l'origine du mal dans le système nerveux cérébro-spinal. Il rappelle un cas semblable d'un garçon de douze ans à la clinique chirur-
fficale de Prague, ilii professeur Pillia. Los mollets élaienl si développés, qu'ils formaient une tumeur comme une tète d'enfant, et la marche n'était possible que les jambes appuyées l'une contre l'autre. Avec cela, l'un des muscles couturier et droit interne était développé d'une manière remarquable. L'hypertrophie musculaire partielle n'aiïectait ici que les extrémités inférieures (1).
D'autres exemples existent, M. Charcot en a vu deux. Les muscles que M. Bouchard, interne de M. Charcot, a pu examiner, ressemblaient comme aspect à des lipomes (2). Cette lésion, comme l'hypertropbie graisseuse du cœur, n'est en réalité qu'une surcharge graisseuse.
On n'a pas trouvé souvent d'hypertropbie musculaire avec génération nouvelle de libres striées; il y a pourtant un exemple. 0. Weber a décrit un cas de macroglossie ou d'hypertrophie de la langue développée chez un sujet à l'âge de quatorze ans, et qui datait de sept ans; le mal était venu à la suite de convulsions, disait le malade. Deux opérations successives avaient été faites, le mal ayant récidivé après une première opération. La seconde opération a exigé un ablation complète de toute la partie tuméfiée, et il paraît, dit 0. Weber, que le malade a guéri.
La lumeiu' examinée contenait des fibres musculaires en voie de développement, comme celles que l'on rencontre chez les embryons de cinq mois, les fibres étaient pourvues de noyaux de 10 à 19,9 millièmes de millimètre. On ne trouvait pas de formes intermédiaires entre ces fibres et les petites cellules Tondes ou ovales existant en grand nombre à côté des fibres précédentes (3).
Zenker nous apprend que WedI a constaté dans les hypertrophies du cœur de simples épaississements des faisceaux primitifs.
(1) Sloffella, Vierteljahrschrifl. Prague, 18G5,p. 5".
(2) GriesiDjçer aurait vu un malade du môme genre, mais uous n'avons pu nous procurer le livre où il en est fait mention. Arch. fur Heilkunde. Ersler, 1864. L'article est intitulé: Ueber Muskclnhyperlrophie, Griesinger.
(3; 0. Wpber, Arch. f. palh. Anal., vol. VII, 183i.
II cite les auteurs tels que : Hepp,f|ui a pensé qu'il n'y a pas formation de fibres nouvelles ; Forster, suivant lequel les faisceaux primitifs peuvent augmenter sans que l'augmentation dépasse le volume maximum normal d'un faisceau primitif; et enfin, il pense qu'il peut bien y avoir hyperplasie musculaire (1), se fondant sur ce que les faits patliologiques prouvent la possibilité de cette néoformation. Zenker s'appuie sur l'opinion de Lebert, soupçonnant Thypcrplasie, parce qu'il n'avait pas vu d'élargissement des fibres primitives et surtout sur celle de Hyrtl, qui n'a pas trouvé de différence dans le volume des faisceaux primitifs d'une jeune fille et d'un athlète; toutes ces choses sont discutables toutefois, et sauf le cas de 0. VVeber, nous ne devons pas dire qu'il y a des hy[ierlrophies musculaires dues à la multiplication des fibres primitives des muscles, et à leur néoformation.
Les hypertrophies de la langue, prolongements chroniques, ne nous arrêteront pas. L'étude de cette lésion doit être faite avec les tumeurs de la langue. Le prolongement chronique comprend toujours un peu les muscles de la langue et beaucoup de tissus fibreux. Il est souvent congénital, et l'observation de Weber est le cas le plus remarquable de tumeur musculaire hyperlrophique acquise.
Le prolongement chronique de la langue guérit par incision partielle, par ablation avec l'écraseur linéaire. L'observation de Weber ajoute à ce que nous connaissons déjà, une indication chirurgicale, celle de couper autant que possible jusque dans les portions saines, les portions hypertrophiées de la langue, au moins chez les individus chez lesquels le prolongement chronique de la langue est accidentel.
Rattacherons-nous enfin cà Thyperlropliie musculaire la tumeur qu'a enlevée M. Sédillot et que nous avons placée parmi les hernies musculaires? cela serait possible. 1! serait loisible de penser qu'il y a eu hernie musculaire et consécutivement hypertrophie de la portion musculaire herniée. Mais comme
(1) Zenker, loc. cit., p. 666-
l'observation est à peine détaillée, nous l'avons donnée sous toute réserve.
TUMEUnS CAUSÉES PAR l' OSSIFICATION DES MUSCLES.
Sans vouloir actuellement chercher la relation de l'ossification musculaire avec une quelconque des tumeurs musculaires, et avec ce que les pathologistes allemands appellent la dégénérescence cireuse, nous dirons que l'ossification musculaire peut être la conséquence de presque toutes les lésions des muscles, et en cela nous ne faisons qu'appliquer ce qui a été dit du tissu conjonctif et de sa facilité à se transformer en tissu osseux avec ostéoplastes.
On a trouvé dans les muscles des ossifications sous forme de tiges représentant un faisceau primitif de muscle, et l'on est généralement d'accord sur ce fait, que les fibres musculaires s'atrophient, et qu'il se substitue à elles des couches osseuses formées aux dépens d'une organisation osseuse du tissu fibreux, sans état cartilagineux intermédiaire.
Une pièce présentée à la Société anatomique, en 1865, et que nous avons vue, offrait un très-beau type d'ossification du psoas, la forme des faisceaux musculaires était conservée ; c'était, on peut le dire, un muscle comme pétrifié, et l'ossification contenait des ostéoplastes.
II est bien démontré aujourd'hui que des stalactites osseuses formées autour de vertèbres malades et autour de cals difformes, d'os altérés, peuvent pénétrer dans les muscles, surtout après des fractures esquilleuses. On sait que les cicatrices de muscles divisés au niveau des fractures peuvent renfermer des portions d'os. Nous ne signalerons ces faits que pour mémoire.
Les muscles ont été vus ossifiés dans beaucoup de circonstances.
Voici les faits de la Société anatomique de Paris.
M. Mascarel a présenté à la Société anatomique une ossification du muscle grand adducteur de la cuisse, autour duquel les
fibres musculaires élaiout saines. Le présentateur pensait que c'était là un exemple de l'ossification d'une intersection fibreuse accidentelle du muscle (1).
La pièce est déposée au musée Dupuylren.
Une tumeur ostéo-calcaire a été trouvée par M. Broca sur un cadavre en dissection, comme les pièces précédentes. Il s'agissait d'une masse osseuse et calcaire entourée de tissu adipeux, circonscrite de toute part par du tissu musculaire, et qui siégeait dans le muscle extenseur commun des doigts (2).
Ce fait se rattache, sans doute, à la cicatrisation d'un foyer purulent ou gommeux. La présence de graisse et de tissus fibreux à côté de l'os autoriserait cette supposition.
Deville a vu trois fois des ossifications dans le psoas à la suite d'arthrite sèche (3).
M. Broca a présenté à la Société une ossification du psoas entourée de tissus lardacés, et qui partait du petit trochanler qui semblait être le siège d'une ostéite {h). M. Broca pensait alors que l'ossification se faisait aux dépens du tissu cellulaire interfibrillaire des muscles.
M. Verneuil a vu une plaque calcaire dans le brachial antérieur chez un malade atteint d'arthrite sèche. A cette occasion, M. Foucher disait que l'ossification pouvait être la conséquence d'une ancienne inflammation causée par une fusée purulente (5).
M. Barlh a reconnu, sur le vivant, une masse osseuse développée dans le droit antérieur de la cuisse, chez un malade atteint d'arthrite sèche de la hanche; il avait senti au niveau de ce point une tumeur dure. La pièce a été présentée à la Société analomique (6).
Des observations d'ossifications multiples existent. Nous enregistrons simplement cette observation d'Abernelliy, qu'il
(1) Mascarel, Bull. Soc. anal., 1840, p. 396.
(2) Broca, Bull. Soc. anal., t. XXUI, p. 15.
(3) Deville, Bull, de la Soc. anal., 1848, p. 144.
(4) Broca, Bull, delà Soc. nnal., 1850, p. 37.
(5) Verneuil, Bull, de la Soc. anal., 1852, p. 176.
(6) Barlh, Bull, de la Soc. anal., 1855, p. 3.
avait vil un garçon chez lequel la moindre contusion sur les muscles y faisait naître une exostose.
La mention d'une pièce de la collection du professeur Dubreuil, le squelette d'un Arabe qui présentait des ossifications de j)lusieurs muscles à leur point d'insertion.
Mais deux observations publiées l'une en 183/i, l'autre en J839, méritent toute notre attention.
Il V a dans le Compendium une observation due à David Hodgers, professeur de chirurgie à New-York, et qui a été publiée en 183/1 (J).
Cette observation offre un exemple d'ossification successive des muscles du tronc, de bassin et du cou, chez un enfant de treize ans, d'une bonne santé et d'une intelligence très-vive. On trouvera dans le Compendium tous les détails des ossifications successives et rénumération des tumeurs dures qui existaient sur le trajet des muscles.
Ce qu'il y a d'important dans cette narration, c'est que l'enfant est mort une année après, ayant présenté des abcès au niveau des parties oij les muscles étaient ossifiés. Le malade était oblige de rester au lit à la suite de l'ossification des muscles qui entouraient le grand trochanter droit.
A l'autopsie, chose remarquable, on a trouvé les ganglions mésenlériques augmentés de volume, et une tumeur osseuse du slerno-mastoïdien constatée pendant la vie avait disparu-, les tendons des muscles étaient sains.
Devant des cas aussi singuliers, si une hypothèse était acceptable, ce serait que cet enfant était lymphatique, et qu'il avait eu des myosites terminées par ossification.
La seconde observation est celle de MM. Testelin et Dainbessi, de Lille. Le lecteur la trouvera exposée avec détail dans h Gazette médicale de l'année 1839.
Il s'agissait d'un ouvrier habitant un quartier malsain, soupçonné d avoir eu des rbumatismes. Bien portant jusqu'à dix-huit ans, il avait été atteint d'une fracture de cuisse à cet âge.
(1) D. Hodgers, Ossilicalion du, lissu musculaire {Gaz. mdtl., 1834, p. 347).
Depuis cet accident, sa. saiilé était moins bonne qu'auparavant. A l'âge de vingt-six ans, il avait eu des diiïicullés dans les mouvements des memljres. En 183à, il avait été pris dp. fièvre et avait été saigné; en 1839, ce malade était considéré comme infirme, ayant des ankyloses des mâchoires et des roideurs des membres. On voit par ces quelques mots que les antécédents laissaient à désirer.
MM. Testelin et Dambessi ont trouvé des indurations osseuses dans un grand nombre des muscles, entre autres les muscles sterno-mastoïdiens et les pectoraux. Ceux-ci présenlaient une dureté osseuse et ofl'raient ceci de parliculier, que des faisceaux des muscles apparaissaient comme des côtes saillantes. Le deltoïde était à peu près dans le môme élat; le malade avait la mâchoire roide, les épaules se mouvaient avec peine.
Le malade a succombé, dit l'observation, à une entérite et à une congestion pulmonaire.
A l'autopsie, on a trouvé les poumons farcis de tubercules. Les muscles du cou, les pectoraux, le triceps brachial étaient ossifiés; il y avait des aiguilles osseuses dans les muscles fessiers; les muscles des gouttières vertébrales étaient presque entièrement ossifiés; le triceps fémoral, le tenseur du fascia lala olfraient des portions ossifiées. Ce que présentait de parliculier les ossifications, c'est que, dans certains muscles, comme le triceps brachial, la moitié supérieure seulement était ossifiée; le deltoïde était soudé avec la clavicule d'un côté.
L'analyse de la substance osseuse a été faite par M. Poggiale, et il n'y avait que li'2 pour 100 de matière terreuse, et 58 pour 100 de matière organisée.
Les auteurs pensaient que l'ossification avait eu lieu d'emblée (1).
Wilkinson, en 18/i6, a présenté à la Société pathologique do Londres le squelette d'une jeune femme qui avait de nombreuses plaques osseuses, surtout dans les muscles des gouttières sacrées, dans le grand pectoral, le grand dorsal, le
(1) Tesielin et Dambessi, Ga;?. tnéd., 1839, p. 171.
rhomboïde. Dans le grand pectoral du col droit, c'était le faisceau sternal surtout qui était ossifié. Le sterno-cléido-masloidien droit était aussi ossifié; le biceps et le coraco-brachial du côté droit présentaient des ossifications. Le système artériel était sain ; il n'y avait pas de tubercules dans les poumons.
La malade, à l'âge de huit mois, avait eu de la roideur dans les bras, et des nodosités avaient été trouvées dans le dos. Plus tard, la jeune fille était entrée en service. A dix-neuf ans, elle avait été prise de catarrhe, et à vingt et un ans elle était morte de pneumonie. La mère et la sœur de cette fille étaient mortes phtliisiques (1),
Le journal anglais contient une figure qui représente les ossifications, et l'on y remarque que les ossifications du grand pectoral suivent la direction des fibres de ce muscle.
M. Tatum a vu, après M. Huwkins, un cas analogue (2).
Brown, âgé de vingt-deux ans, entra à l'hôpital, dans le service de M. Hawkins, le 18 juin 1843, avec une tuméfaclion dans la région dorsale et lombaire, siégeant dans les muscles spinaux et rhomboïde, la première tumeur avait une consistance osseuse, l'autre était moUe. Ces tumeurs avaient pris naissance sept jours auparavant, après l'exposition au froid humide après des douleurs rhumatoïdes ; jusqu'à la fin de juillet, d'aulres grosseurs apparurent, les unes molles, les autres dures, dans les muscles pectoraux et long dorsal. A la fin d'août, toutes les tumeurs avaient disparu. En octobre, elles étaient revenues plus nombreuses et plus volumineuses. Le 23 novembre, une tumeur osseuse fut extraite, elle était située entre le rhomboïde et le grand dorsal ; les fibres de ces muscles étaient comprises dans la production osseuse qui offrait une surface lisse dans le point où elle correspondait à l'omoplate. Par sa partie supérieure, la production osseuse avait été trouvée fixée aux apophyses épineuses des septième et huitième vertèbres dorsales : elle avait 3 pouces de long ; après l'ablation de cette ossification, une hémorrhagie a eu lieu, mais la plaie a néanmoins guéri promplement. Pendant quatre ans, des tumeurs parurent dans les muscles du tronc et du cou ; les tumeurs, d'abord molles, croissaient rapidement, puis devenaient dures et finissaient par disparaître ou laisser un dépôt osseux. De 1843 à 1859, les ossifications avaient augmenté lentement et roidissaient le tronc et les épaules.
Au mois de juin 1 8-59, M. Tatum a vu le malade à l'hôpital Saint-George, de grosse» masses osseuses comblaient les gouttières vertébrales du sacrum
(1> Wilkinson, On Ihe conversion of large muscles into bone (Lond. med. Gaz,, 1846, vol. XXXVIII, p. 993).
(2) Talum, Holmes Coole a syatem of surgery, p. 536.
à l occipilal, ce qui causait uiio ankylose des vertèbres el des coIcï. Le grand dorsal, les deux côtés, à leur bord externe surtout, les muscles des parties latérales du cou, le grand dentelé, les rhomboïdes, les deux grands pectoraux étaient ossifiés, des tumeurs suivaient le trajet de leurs fibres; le slerno-masloïdien et le sterno-liyoïdien étaient aussi ossifiés. Les côtes étant immobilisées de la sorte, la respiration se faisait parle diaphragme, la déglutition était gênée. Une tuméfaction sous le menton avait ramené le malade à l'hôpital; c'était une ossification du myloïdien et du génioglosse qui commençait.
Tatum dit, à la Un de l'arlicle où il rapporte son observalion, qu'il a fini par guérir son malade. 11 est regrcllable (jue toute l'observation ne soit pas donnée pendant le traitement.
M. Skinner, de Manchester, a vu un l'ait de ce genre en 1861 :
Un enfant, vers l'âge d'un an, avait eu une tumeur à la nuque, qui avait disparu au bout d'une semaine. Une autre tumeur s'élait montrée au niveau de l'épaule. Trois semaines plus lard, les bras devenaient tellement rigides, que le malade ne pouvait s'en servir. Dans le cours de l'enfance, des tumeurs s'étaient formées successivement sur différents points du corps, surtout au thorax et le long de la colonne vertébrale. Les articulations des épaules étaient immobilisées. L'avant-bras était également immobilisé sur le bras. L'abdomen et les membres inférieurs étaient bien développés.
L'enfant avait alors six ou sept ans; c'est à cette époque que M. Skinner l'a vu.
Le grand pectoral était ossifié. Une ossification occupait la partie inférieure du triceps, à droite et à gauche, mais sans symétrie absolue; une tumeur osseuse, ayant la forme d'un œuf de pigeon, existait à la nuque, dans Vépaisseur du trapèze. Il y en avait une à la pointe de l'omoplate.
Une tumeur du volume d'un œuf existait sur le long dorsal.
Knlin on rencontrait encore une production osseuse du volume d'une noix dans le tendon d'Achille (1).
L'enfant était d'ailleurs d'une bonne santé. L'iodure de polas-
(I) Gaz. med., 1862, et Case of ossificalion of Ihe muscles {Lond. med. Oas,, 1861, l. I, p. •tl3;-
sium administré à l'enfant n'a produit aucun effet- Il a été perdu de vue.
Les ossifications, bien démontrées en fait, ont été étudiées théoriquement.
L'opinion de M. Meyer, rapportée par Porster, sur les ossifications et calcifications des muscles, est la suivante :
Elles peuvent être, dit l'auteur, des concrétions des cicatrices musculaires ; des concrétions dans des kystes, ayant autrefois contenu des cysticerqùes ; des concrétions dues à la substitution d'éléments conjonctifs à la fibre musculaire en régression (1). Cette opinion moderne n'est que le résumé de toutes celles qui se sont produites antérieurement.
On trouve encore dans Forster cette autre manière de voir pour des cas spéciaux d'ossification musculaire que, suivant MM. Billroth et Hawkins, on peut constater même sur le vivant par une tumeur dure. C'est ce que ces auteurs appellent l'os d'exercice. Il en existerait un dans le deltoïde chez des fantassins et un dans les adducteurs de la cuisse chez les cavaliers, et ils seraient dus à un état, d'irritation des muscles de l'épaule ou des cuisses, entretenu par la pression du fusil chez les hommes de l'infanterie, et par le frottement des cuisses sur la selle chez les cavaliers. Nous ne sommes pas persuadé qu'il y ait quelque chose de régulier dans ce genre chez nos soldais.
Virchow dit, dans son récent livre sur les tumeurs, qu'il a vu une seule fois une ossification du deltoïde chez un malade convalescent d'une endocardite rhumatismale et ne se prononce pas davantage.
L'opinion française sur les ossifications musculaires a été formulée à la Société anatomique depuis 18Zi8, MM. Devillc, Broca, Verneuil et Houel pensent que l'arthrite sèche est le point de départ de la plupart des ossifications musculaires observées chez nous.
M. Mascarel a été d'avis que les ossifications musculaires étaient des ossifications de cloisons fibreuses hypertrophiées.
(1) Mejer, dans Forster, Ilandbuch dor path. Anal., liv. III, p. 1016 clsuiv. despr£s. 5
Toute la Société anatomique, du reste, était d'avis que c'est le tissu cellulaire interflbrillaire qui s'ossilie.
En 1825, M. Rayer, de son côté, avait pensé que l'ossification pouvait reconnaître pour origine une inllammation.
Enfin, Forster ne serait pas éloigné de penser que l'exercice exagéré d'un muscle peut produire des ossifications partielles; et il s'appuierait sur les faits d'ossification du cœur et des muscles toujours actifs, comme le diaphragme.
Aucune théorie n'a été émise à l'égard des faits d'ossifications multiples. Quelques-uns des observateurs ont voulu généraliser avec l'observation qu'ils possédaient. Ainsi, MM. Testelin et Dambessi n'ont pas hésité à mettre la singulière maladie qu'ils ont vue sur le compte du rhumatisme.
Il n'y a pas assez de faits pour juger la question, et surtout un élément principal fait défaut : l'examen de l'état général du malade et de ses antécédents.
Cette maladie bizarre, qui dans deux cas au moins s'annonçait par un gonflement douloureux, maladie qui frappe déjeunes sujets, serait-elle une manifestation tardive de syphilis héréditaire, une marque de rhumatisme ou de scrofule? Une supposition de ce genre n'est pas inadmissible, quoiqu'elle soit loin d'être prouvée.
S'il fallait donner un appui à l'hypothèse, ne serait-il pas possible de rapprocher, dans deux cas au moins, le mode de production delà lésion de celui des altérations syphilitiques des muscles?
Un des malades avait des tubercules du poumon qu'on n'avait pas reconnus. Un autre avait des ganglions mésentériques engorgés. Avaient-ils des scrofules, ou des tubercules, l'un du poumon, l'autre des glandes lymphatiques?
Le genre de vie du malade de MM. Testelin et Dambessi ne les autorisait-il pas àfairela supposition d'une origine rhumatismale?
Nous savons tous ce que celte interprétation, fondée sur quelques analogies, a de peu certain, et nous ne prétendons pas la faire accepter ; nous la donnons afin de ne point nous satisfaire dec(î mot vide qui définit lachose par la chose elle- mùme : l'ossification musculaire diathésique.
Les muscles de la vie animale, comme le cœur et comme le muscle mixte, le diaphragme, ont été aussi surpris par l'ossification.
Colombus, Bonet, Veslingius, Eœrhaave, Morgagni, Corvisart, Burns, Andral et beaucoup d'autres ont vu des ossifications du cœur.
Lieutaud a déjà parlé d'une ossification du diaphragme (1).
Des ossifications partielles des corps fibreux de l'utérus et de cet organe ont été admises. Il y a eu surtout un bel exemple d'ossification partielle de l'utérus observé par F. Lee (2).
Ce ne sont pas les muscles seuls qui s'ossifient, leurs tendons aussi subissent la transformation. Cela se voit dans l'arthrite sèche, dans l'arthrite goutteuse.
Dans l'observation de Skinner, en même temps qu'il y avait des ossifications dans le corps des muscles du tronc, il y en avait une dans le tendon d'Achille. ,
D'autres ossifications des tendons se produisent en vertu d'une disposition pour ainsi dire physiologique. On sait que des jetées osseuses pénètrent dans quelques tendons à leur insertion sur les os, ainsi que cela se voit pour le tendon rotulien, par exemple. Cette disposition naturelle peut être exagérée, et M. Virchow a donné le dessin des os d'un membre inférieur d'un sujet qui avait présenté 120 exostoses dont plusieurs à des insertions tendineuses qui s'étaient produites, il est vrai, avec douleur et fièvre; le malade avait été observé par Ebert (3).
Dans beaucoup de cas, les ostéophytes musculaires passent inaperçus lorsqu'ils se développent autour d'articulations atteintes d'arthrites sèches. En principe, lorsqu'ils sont appréciables, on les reconnaît aisément parce qu'ils se développent dans un muscle près de son attache au voisinage d'une articulation malade.
Les ossifications dites d'exercice ne sont reconnues que trèsaccidentellement, car elles naissent sans provoquer de douleurs.
'I) Lieulaud, Hist. anal, méd., t. II, p. 99, ob». ^02. '2) V. f,fie, Ctinwal Heporis ofulerine <ind nvarian cHsvcncs, p. 17U 3) Virchow, Die kranichaflen Gcschwulsle, Il Band, I hiilflc, p. 80.
Les ossifications qui suivent un rhumatisme ne sont pas précédées de douleurs musculaires vives, puisque aucun fait ne les signale. Les ossifications dites rhumatismales, môme d'un seul muscle, sont rares.
Les ossifications multiples ont toujours été reconnues, d'abord parce qu'elles donnaient lieu à des tumeurs dures sur le trajet d'un muscle ou d'une couche de muscles, et que, au moins dans l'observation de M. Tatum, des douleurs assez vives existaient aux points malades. Les observations qui rappellent l'histoire de jeunes enfants ne font pas mention de douleurs vives, le mal s'annonce par des tumeurs musculaires mal définies et qui peuvent disparaître. On voit ensuite apparaître de la roideur musculaire.
Les accidents consécutifs des ossifications multiples, sont une atrophie des muscles coïncidant avec le développement régulioF des muscles des parties encore intactes. C'est encore l'immobilisation d'une ou de plusieurs articulations. Knfin, lorsque le malade est couché, les points où il repose sur son lit peuvent être comprimés de dedans en dehors par le muscle durci, ce qui cause des abcès et des gangrènes de la peau; c'est ce qui est arrivé au malade de Rogers, dont l'histoire a été rapportée dans le Comjjendium de chirurgie.
1! a toujours été aisé jusqu'ici de distinguer les ossifications des tumeurs cancéreuses, parce que les premières tumeurs n'altèrent pas la santé générale pendant longtemps. Les tumeurs syphilitiques ne sont jamais aussi mullipliées que l'ont été les tumeurs osseuses, qui d'ailleurs n'ont été vues que sur déjeunes sujets. Toutes les tumeurs solitaires des muscles ne seront pas confondues avec les ossifications multiples, par le seul fait de la multiplicité de ces dernières.
Les exostoses multiples diffèrent des ossifications multiples par leur siège.
Des cinq faits bien connus, il résulte, au total, que le diagnostic a toujours été fait. La connaissance des cas que nous avons réunis sera donc, on le voit, une garantie de la sûreté du diaguosiic toutes les fois que l'on sentira une dureté osseuse
dans plusieurs muscles, et toutes les fois qu'il s'agira de jeunes sujets au-dessous de vingt ans.
Un seul point mérite ici de nous arrêter: les myosites non suppurées ou les myosites en voie de résolution sont caractérisées, ainsi que l'a très-bien fait remarquer M. Fischer, par une induration ligneuse des muscles. Cette sensation de dureté pourrait être confondue avec l'ossification, mais dans la myosite il y a douleur, quelquefois rougeur de la peau, puis le muscle tout entier est généralement pris ; il y a un état de tension du muscle, une sorte de rétraction qui immobilise une partie, ou la tient dans une position fixe ; dans la myosite aiguë, il y a de la fièvre.
Mais lorsque, comme dans l'observation due à M. Tatum, il y a des douleurs, de l'empâtement d'un muscle, le diagnostic est plus difficile ; cependant, il faut bien le dire, dans ce cas particulier, il y avait deux choses : les productions osseuses semblaient avoir été précédées d'une poussée inflammatoire ; les bons effets des sangsues justifieraient cette proposition.
Le pronostic des ossifications dues à la substitution du tissu osseux au tissu musculaire après des arthrites sèches n'est pas très-grave ; il ajoute un élément de plus à la roldeur articulaire.
Le pronostic des ossifications multiples est plus grave, puisque sur cinq malades, deux sont morts de complications intérieures il est vrai, et un troisième a été dix années de sa vie infirme; des deux autres malades on ne peut rien dire, ils ont été perdus de vue.
Contre les ossifications multiples des muscles, beaucoup de traitements variés ont été mis en usage. M.Rodgers a employé les préparations mercurielles unies à la salsepareille, l'acide nitrique et l'acide sulfurique, le carbonate de fer et l'iode, sans succès.
MM. Hawkins et Tatum ont employé les sangsues appliquées localement sur les tumeurs, et à l'intérieur la teinture de colchique-, l'iodurc de potassium, 50 à 70 centigrammes dans -la tisane de salsepareille. Le mercure a été aussi employé, 10 centigrammes decalomel et 1 centigramme d'opium, trois ibis par
jour. Puis on a donné de l'acide phospliorique pendant six semaines, 2, puis 4 grammes par jour.
Une ossification a été enlevée par M. Hawkins, et il n'est pas dit que l'ossification ait reparu là oii avait été laite l'opération. M. Talum rapporte que le malade a fini par guérir, c'est-à-dire qu'il ne s'est plus formé de nouvelles ossifications.
Skinner nous apprend que l'iodure de potassium avait été donné à son petit malade, mais il ne dit pas comment, et l'on ne peut juger la valeur do notre meilleur médicament altérant contre les ossifications des muscles. Malgré cela, nous n'hésitons pas à l'affirmer, c'est encore en ce médicament que nous aurions le plus de confiance.
Un exemple prouve que les ossifications des muscles peuvent être enlevées; on le voit dans l'observation anglaise (p. 61). Est-ce là une indication? Certes, s'il n'y avait que deux ou trois ossifications, si une ou deux ossifications étaient gênantes, l'expérience de M. Hawkins autoriserait une opération. Des jetées osseuses pourraient être réséquées au voisinage des insertions sur les os. Enlever, au contraire, un grand nombre d'ostéoplîy tes musculaires pourrait être un danger, à moins peut-être de les enlever successivement.