TUMEURS CANCÉREUSES UES MUSCLES
Le cancer peut occuper les muscles dans trois conditions.
Le cancer se forme dans les muscles par suite de r(!nvahissement de la production cancéreuse au.\ parties voisiries de son siège primitif. Ainsi le cancer du gr.-ind pectoral consécutif aux cancers du sein; ainsi le cancer des muscles après une récidive
cancéreuse dans une cicatrice, c'est le cancer par propagation.
Il se produit dans le cours de la diatlièse cancéreuse au moment oij il se forme des cancers dans les organes vasculaires. C'est là un cancer métastalique.
Y a-t-il un cancer primitif des muscles? Les faits ne permettent pas de se prononcer à cet égard d'une façon absolue.
Nous procéderons comme pour les autres tumeurs des muscles, nous examinerons d'abord les faits.
11 a été publié en Angleterre un travail de douze pages sur les tumeurs des muscles volontaires, par M. Teevan, et les cas de tumeurs cancéreuses ou fibreuses que l'auteur a réunis au nombre de trente-huit, sont, dit-il, des cancers dans les muscles; il prétend en effet avoir éliminé les cancers nés entre les muscles (1).
Comme ce travail a été analysé dans les Archives^ et qu'une certaine notoriété lui a été ainsi accordée, il nous a paru qu'il fallait en mesurer toute la valeur afin de mettre ceux qui s'occuperont plus tard de la question en garde contre des erreurs étranges.
Nous donnons d'abord la liste des pièces pathologiques auxquelles il est fait allusion.
2«. Cancer dans le muscle grand pectoral d'un homme; datant de onze mois, supposé causé par une foulure. (Pièce du musée de l'hôpital Sairit-George, série 5.)
7». Cance«* -médullaire dans le muscle couturier d'un jeune homme, tumeurs semblables dans la hanche du même côté. (Pièce du musée de l'hôpital Saint-George, série 5.)
13*. Cancer médullaire dans la courte portion du biceps d'un homme, datant de deux ans, excision, récidive. (Pièce du musée de l'hôpital Saint-George.)
16*. Cancer médullaire dans le biceps crural d'un jeune homme, amputation à la hanche, guérison; une première tumeur avait été enlevée. (Pièce présentée à la Société pathologique de Londres, 6 janvier 1863.)
(1) Teevan, loc. cit., p. 505.
16'. Cancer médullaire dans les muscles jumeaux d'un homme âgé de dix-neuf ans; opérations successives, récidives dans la plaie, amputation de la cuisse; mort une semaine après; pas de généralisation du cancer. (Pièce du musée de l'hôpital Saint-Thomas, n° 30.)
20'. Tumeurs cancéreuses entre les faisceaux du muscle grand pectoral sains. (Pièce du musée du Collège royal des chirurgiens, n* 3A5.)
26*. Tumeur fibreuse du trapèze chez une femme, une tumeur cancéreuse avait été enlevée auparavant. (Pièce du musée du Collège royal des chirurgiens, 222 A.)
28^ Tumeur fibreuse dans un muscle sans désignation. (Pièce du musée de l'hôpital Sairit-Barthélemy, n° 305.)
Voici trois faits que M. Teevan emprunte à M. Tatum, qui a fait l'article Maladies des muscles, dans Holmes' Surfjery il).
<i 32'. Un garçon de quatorze ans a été soigné par moi à l'hôpital Saint-George, pour une tumeur grosse comme les deux poings située au milieu des muscles postérieurs de la cuisse gauche; tumeur très-dure, paraissant être un enchondromc inséré sur le fémur ; en relâchant les muscles postérieurs elle devenait un peu mobile sur le fémur. Ablation avec dilficulté; la tumeur embrassait le fémur et était traversée par le nerf grand sciatique. On trouve que la tumeur avait son origine dans le demi-membraneux, dont la partie inférieure était saine, mais dont la partie supérieure était convertie en un tissu paie semblable à celui de la tumeur, moins dense que celui-ci, la tumeur avait un aspect demi-transparent, cartilagineux ; quelques fibres musculaires s'éparpillaient à sa surface, d'autres se perdaient à son intérieur. »
33=. Tumeur semblable enlevée du deltoïde d'un jeune homme, par M. Johnson; du volume d'un œuf, entourée de fibres musculaires ; de nombreuses fibres musculaires pénétraient dans la tumeur pour s'y perdre assez loin.
(I) Tatum, Holmes Coole», a Sysl. ofsurgery.
3/i°. « Il y a deux ans, je soignai un lumiirie chez lecjuel une lumeur de celle espèce avait élé enlevée de la région parolidienne, plus lard, on enleva une petile lumeur récidivée, de la suii'ace du niasséter ; qualre mois plus lard, lumeur de la grosseur d'une noix dans les restes du masséler presque disparue; quelques mois plus lard, deux petites tumeurs siégeant dans le muscle temporal. Dans ce moment-ci, ajoule M. Tatum, je donne des soins à une dame à qui j'ai deux fois enlevé des tumeurs du sein de cette espèce; la lumeur a récidivé dans le grand pectoral et a augmenté rapidement de volume. »
Nous avons vérifié toutes les autres observations anglaises au xquelles fait allusion M. Teevan.
. Voici ce que nous avons trouvé :
Deux indications fausses nous ont contraint de négliger les mentions marquées.
3^ Cancer dans le grand pectoral d'un homme, grosse lumeur datant de deux ans, la lumeur et tout le muscle ont été enlevés.
23°. Tumeur fibreuse dans le deltoïde.
Le sixième volume des Transactions de la Société pathologique de Londres manque à la bibliothèque de l'Ecole de médecine. Nous n'avons pu contrôler la vingt-quatrième mention, notée ainsi :
Tumeur fd)reuse dans les muscles jumeaux d'une jeune fille de neuf ans, datant de dix mois et du volume d'une noix; excision partielle; récidive ; amputation de la jambe. {Trans. pat/). Soc, vol. VI, p. SA5.)
Voici la liste des autres faits mentionnés :
b\ Cancer dans le grand fessier d'une femme âgée de cinquante-quatre ans, la tumeur avait le volume d'une tète d'adulte; excision avec une partie du muscle récidivé sur place. (Med. Times and Gaz.,\o\. XXXVII, |>. 655.) Il n'y a pas de dé-
tails, il est dit seulement qu'un peu du grand fessier a été enlevé avec la tumeur.
6'. Cancer dans le couturier d'un homme âgé de cinquante-huit •ms; tumeur grosse comme une tète d'homme, dataut de deux ans, attribuée à une déchirure du muscle ; excision, guérison. {Lancet, 1861, vol. I, p. 287.) Il est dit dans l'observation que la tumeur était développée sur la gaîne du muscle.
9". II n'y a pas plus de détails dans le journal anglais que dans la note de M. Teevan.
Cancer médullaire dans le deltoïde d'un homme âgé de quarante-deux ans. Récidive d'une tumeur enlevée à la même place. (Lancet, vol. I, 18(51, p. 315.)
10^ Cancer médullaire dans le droit antérieur de l'abdomen chez une femme de cinquante ans. Il y avait un cancer de la vulve. A l'autopsie, il n'y avait pas de cancer dans les autres organes. (Dublin hosp. Gaz., avril 18Z|6, p. 254.)
La tumeur était dans la gaîne du muscle droit, mais il n'est pas dit à quelle hauteur; seulement M. Butcher a trouvé que la tumeur était séparée des intestins seulement par le péritoine. Sans doute le cancer existait au point où l'aponévrose abdominale cesse de former une gaîne au muscle. L'auteur anglais dit que la tumeur avait dù se former dans les derniers temps de la vie, puisqu'on ne l'avait pas vue sur le vivant.
12'. Homme âgé de trente-sept ans. Tumeur existant depuis un an dans le biceps brachial. Excision, guérison.' {Lancet, vol. II, 1862, p. 700.)
M. Fergusson, qui a opéré le malade, dit qu'il a été obligé •le coup(,'r des fibres musculaires, et que Ton aurait pu dissé- 'juer les fibres sur la tumeur dans une dissection sur une table, -i on ne !e pouvait pendant l'opération; il ajoute que la tumeur paraissait d'origine musculaire. L'observation est d'ailleurs écourtée.
19'. Squirrhe dans le brachial antérieur d'une vieille femme lialanl de deux ans et du volume d'une orange. Amputation du bras, guérison. (Lancet, vol. 1, 1860, p. 118.)
La tumeur datait de trois ans; elle roniprenait le muscle brachial antérieur et les nerfs cubital et radial. Cette observation est une note.
'2*1'. Tumeur fibreuse dans le biceps, du volume d'une noix, recueillie cbez un homme âgé de soixante-six ans, mort pendant l'application du chloroforme appliciuc pour enlever une large tumeur de même nature. [Titans, path. Soc, vol. VII,
C'était une tumeur de la cuisse qu'on voulait enlever et (|ui était une récidive de tumeur fibro-plastique.
M. Pageta trouvé dans le biceps une tumeur de même nature que celle de la cuisse; il y avait un peu de cancer dans le foie.
Ce fait est un exemple de métastase cancéreuse dans le biceps. 11 n'y a pas d'examen microscopique.
L'observation 25* est un hématome dont nous avons [larlé plus haut; elle avait pour titre : Twneur fibreuse du graïul pectoral.
29'. Tumeur fibro-adipeuse dans le muscle grand pectoral chez un homme âgé de trente-neuf ans, grosse comme une orange, datant de quatre ans. Excision. {Lancet, vol. I, 1857, p. 186.)
Il y a une courte note dans le journal anglais. Comme les faits précédents ce n'est pas là une observation. Et il est dit pourtant cette phrase grosse de suppositions : la tumeur était jugée devoir être dans le muscle ; elle était formée par du tissu musculaire, de la graisse et du tissu fibreux. L'examen microscopique n'a pas été fait.
30^ Tumeur fibro-adipeuse du biceps chez un homme âgé de dix-neuf ans; la grosseur datait d'un an. Excision, guérison. {Lancet, vol. I, 185/i, p. 518.)
Une tumeur occupait la moitié inférieure du bras et avait h pouces (H centimètres) sur 0 pouces (17 centimètres) de large. La tumeur était mobile et n'adhérait pas à la peau. C'était une tumeur fibro- graisseuse, qui a pu être séparée facilement de la gaine du muscle.
Cette observation est d'une signification très-douteuse. Il est
dit lextuellemcnl : a M. Ure, pendant l'opération, sépara avec soin la tumeur, d'une délicate expansion, du muscle biceps et la détacha facilement de la gaîne de ce muscle. » Était-ce un lipome profond, un ganglion? On ne sait.
30^ Tumeur fibreuse du droit antérieur de l'abdomen chez un homme âgé de trente- six ans, du volume d'un œuf de dinde, supposée causée par une blessure. {Med. Times and Gaz., vol. XXXII, p. 321.)
Il s'agit d'une récidive de cancer et rien de musculaire n'est indiqué.
37° Tumeur fibro-albumineuse dans le triceps d'un garçon de douze ans, grosse comme une demi-orange, datant de trois ans. Excision. [Med. Times, vol. XXXIII, p. 33Zi.)
Il est dit que la tumeur était séparée des muscles par une ligne de démarcation blanche. Cette observation est une note.
38"= Tumeur myéloïde dans le deltoïde d'une femme âgée de vingt ans. Tout le muscle avec l'acromion et l'extrémité externe de la clavicule a été excisé. La malade a guéri. [Med. Times, vol. XXXIIl, p. 33Zi.) Il s'agit encore ici d'une simple note.
Voilà le bilan des observations anglaises. L'auteur y a joint les observations françaises, réunies dans le mémoire de M. Parmentier, et les observations de Warren et du Compendium que nous connaissons.
Voyons donc si nous trouverons chez nous quelque chose de plus.
Kn attendant, qu'il nous soit permis de le dire, il n'y a qu'une seule observation un peu probante dans le mémoire anglais, et clic a trait à un cancer métaslatique. D'autres faits sont des cas d'envahissement des muscles par une récidive de cancer.
La première observation du mémoire de M. Parmentier (i) est relative à un malade opéré par M. Demarquay. La tumeur n'était point née dans le muscle, quoi qu'en dise M. Parmentier, témoin ces lignes extraites de l'observation.
M) Parmentier, Sur les tumeurs dites canccreusos des muscles {Union méd., I8GI, t. XI, p. 403 et 421).
DESPBÉS. 7
Le malade, au début, avait senti sa (umeur rouler sous le doigt.
« A la partie moyenne et antérieure de la cuisse droite, il y a une tumeur de la grosseur du poing, mobile dans les mouvements d'extension et de flexion, et lorsque la jambe est étendue sur la cuisse. Pas de bosselures, consistance inégale. Dans les deux tiers supérieurs existe une dureté assez prononcée, en bas, il y a une mollesse, comme lipomateuse, et de la fluclualion vers la partie interne. i>
Et surtout ce passage :
« M. Demarquay fait, à la partie antérieure de la tumeur, une incision verticale, longue de 16 centimètres, puis il dissèque les téguments de chaque côté. On reconnaît que la tumeur est peu adhérente aux tissus profonds; l'opérateur la sépare ;iisément en la soulevant par son bord interne et en s'éloignant de plus en plus de l'artère crurale, un coup de bistouri pénétrant dans la masse, à l'extrémité inférieure, fait jaillir un flot de sérosité citrine que renfermait un kyste dont la fluctuation avait été reconnue avant l'opération. Le tendon du droit antérieur est coupé pour permettre de relever la tumeur avec laquelle il fait corps. La dissection s'achève par l'excision des Qbres charnues du même muscle qui s'étalent et se perdent avec les couches superficielles de la tumeur. »
Il s'agissait bien d'ailleurs d'une tumeur cancéreuse.
La seconde observation ne nous paraît pas être un cancer, et, sauf que les antécédents syphilitiques ne sont pas indiqués, nous pencherions à croire qu'il s'agissait là d'une tumeur syphilitique.
11 entra, le 3< mal dernier, à la Maison municipale de santé, dans le service de M. Demarquay, un homme âgé de soixante-six ans, professeur de piano, qui présentait, dans la région fessiùre, une tumeur dont il s'était aperçu pour la première fois deux mois auparavant. C'est en voulant s'asseoir qu'il reconnut, à la fesse gauche, l'existence de celte tumeur, qui, depuis, s'est accrue rapidement, mais peu à peu ; jamais elle n'a augmenté brusquement de volume. La santé est toujours restée satisfaisante ; jamais le malade n'a ressenti de douleur spontanée dans la tumeur, il y éprouve
seulement un sentiment de démangeaison, el lorsqu'on l'explore ou qu'on rébranle, il semble au malade que l'on touche une partie de son corps où il aurait reçu un coup. Cette tumeur, qui est à peu près située sur le milieu d'une ligne étendue entre le grand trochanter et la tubérosilé de l'ischion, né fait pas beaucoup de sailhe à la surface ; mais en l'explorant, on reconnaît qu'elle s'étend vers les parties profondes de la région fessière. Elle a environ le volume d'un œuf de poule, ses limites ne sont pas bien distinctes, la production morbide paraît se continuer sans ligne de démarcation avec les parties voisines, il semble qu'elle soit en quelque sorte infiltrée au milieu des tissus; la peau qui recouvre la tumeur offre, par transparence, une teinte légèrement brunâtre, mais elle n'a contracté avec elle aucune adhérence. La tumeur est mobile lorsque le muscle grand fessier est dans le relâchement, mais dès que ce muscle se contracte ou dès qu'il est tendu, la tumeur perd de suite toute mobilité et acquiert, au contraire, une certaine fixité. Il n'existe dans le pli de l'aine aucun engorgement ganglionnaire.
'Le h 6 mai, M. Demarquay fait une incision suivant le grand diamètre de la tumeur, dissèque aisément la peau de chaque côté, puis achève l'ablation de la production morbide en enlevant une certaine épaisseur des fibres du muscle grand fessier.
Comme on l'avait reconnu avant l'opération, la tumeur n'est pas enkystée, bien au contraire, la production morbide est comme infiltrée au milieu des faisceaux musculaires du grand fessier, elle a subi un commencement de ramollissement à sa circonférence où son tissu se sépare en grumeaux offrant une teinte rosée, elle ne présente un peu de fermeté qu'au centre, et à la coupe, on reconnaît tous les caractères d'une tumeur encéphalo'ide , son tissu est d'un blanc opalin, parsemé de nombreux vaisseaux,
M. le docteur Luys, qui a eu l'obligeance d'examiner cette tumeur au microscope, a remis la note suivante à M. Demarquay :
Tumeur formée par un stroma de tissu conjonctif en voied'hypergenèse. Le tissu nouveau paraît avoir eu son développement primitif aux dépens du tissu cellulaire interstitiel.
Il envahit de toutes parts les fibrilles musculaires, qui sont circonvenues chacune de tous côtés et écrasées. Les vésicules adipeuses ont aussi subi un pareil travail d'envahissement et de transformation.
Des vaisseaux nouveaux se sont aussi développés; ils ont donné lieu à divers foyers hémorrhagiques. Ces cellules nouvelles se sont développées par génération endogène surtout (beaucoup de cellules mères), et probablement aussi par bourgeonnement des anciennes (<).
M. Parmenlier a réuni d'autres faits.
M. le professeur Gosselin a enlevé une tumeur fibro-plastique intimement liée à la gaine du muscle grand pectoral. Pendant
(1) Parmenlier, loc. cil. M. Demarquay nous a afOrmé ces jours-ci qu'il avait Vu le malade plus lard, et que la tumeur a récidivé avec les caractères francs d'une tumeur cancéreuse.
— ion —
l'opcralion, presque loul ce muscle a été enlevé. La tumeur libro-plaslique contenait des kystes dans son intérieur. La tumeur datait de six mois. Elle faisait une forte saillie dans i'aissclle et soulevait le muscle ^rand pectoral.
Cette tumeur était-elle musculaire? c'est ce que nous ne voudrions pas affirmer.-
Voici l'observation que A. Bérard a donnée dans le Compendium :
Une jeune fille de douze à treize ans, ayant fait une chute d'un lieu élevé, ressentit une douleur assez vive dans la partie antérieure de l'aisselle. Quelques mois après, sa mère s'aperçut qu'il y a\éil en cet endroit une tumeur dure, du volume d'une noisette. A. Bérard vit, à cette époque, la jeune personne et reconnut dans l'épaisseur du grand pectoral, près de son bord axillaire, un engorgement d'une dureté pierreuse, dans lequel des douleurs lancinantes se faisaient sentir de temps en temps. Malgré les résolutifs sous toutes les formes, la tumeur fil des progrès, elle s'étendit vers la clavicule, sa consistance diminuait à mesure qu'elle augmentait de volume. La malade fut soumise à l'examen de plusieurs des professeurs de la l'acuité, Marjolin, Sanson, Blandin, MM. Velpeau et J. Cloquet; tous pensèrent qu'il convenait de recourir à l'ablation de la tumeur. L'opération fut exécutée par M. J. Cloquet, avec tout le talent qu'on lui connaît. Pendant la dissection de la tumeur, il fut évident que le mal avait son siège exclusif dans le tissu même du grand pectoral. L'inspection de la partie enlevée fit reconnaître la dégénérescence encéphaloïde à divers degrés de ramollissement. La récidive eut lieu avant la cicatrisation de la plaie, et la jeune fille succomba au bout de quelques mois. Sa grand'mère et son grand-oncle étaient morts tous deux d'affections cancéreuses (1).
A la Société anatomique nous trouvons les faits qui suivent : M. Broca a présenté les deux cuisses d'une femme morte à riiôpilal Saint-Louis dans le service de M. Cazenave, et qui avait présenté une maladie de peau singulière et avait succombé à des cancers multiples. Il y avait dans les muscles des deux membres des tumeurs globuleuses blanclies qui étaient des cancers (2).
M. Vidal a trouvé des cancers dans le psoas d'un homme mort d'un cancer ulcéré de l'estomac. 31ais ce cancer était
(1) A. Bérard, Compendium de chirurgie, t. II, p. 205.
(2) Broca, Bull. Soc. mat., 1850, p. 121.
déposé récemment sans doute, car il n'y avait que des granulations cancéreuses de la grosseur d'un grain de chènevis, infiltrées entre les fibres musculaires (1).
M. Seoond-Féréol a présenté deux pièces du même genre.
Dans le premier cas, on avait trouvé chez une femme de quarante ans, morte après une mélanose généralisée, une tumeur du volume du poing dans le muscle grand droit antérieur de l'abdomen gauche, à ses insertions sternales.
A l'autopsie, « on trouva que cette tumeur était renfermée dans l'épaisseur de la partie supérieure du muscle droit abdominal au niveau de ses insertions. Elle avait 8 centimètres de long sur 6 de large et correspondait aux cartilages des septième, huitième, neuvième et dixième côtes, mais sans avoir contracté aucune adhérence avec eux. A la coupe, elle présentait une matière d'un blanc jaunâtre, mollasse, d'aspect cérébroïde, humectée par un suc assez abondant; au milieu de cette tumeur, on trouve une sorte de pulpe d'un brun sale à teinte violacée. Examinée au microscope, cette pulpe montrait de nombreuses cellules dites cancéreuses mélangées à des granulations pigniciitaires (2).»
La dernière observation porte sur une malade âgée de quarante ans, chez laquelle on avait constaté des douleurs vagues des membres et des tumeurs multiples dans les muscles, tumeurs dont la plus grosse était située dans le biceps brachial (lu côté droit. Des nodosités plus petites existaient dans les autres muscles.
A l'autopsie, on a trouvé une pneumonie chronique, deux kystes du bassin non spécifiés, et qui, examinés au microscope, ont laissé des doutes encore sur leur nature. L'examen du cadavre a démontré que les tumeurs étaient bien situées dans l'épaisseur des muscles. La fibre musculaire était subitement interrompue par une masse d'un blanc jaunâtre, un peu rosé, d'aspect encéphaloïde, dont la coupe formait un plan convexe et s'humectait d'un suc assez abondant. On en trouvait dans les deux
{Xi Vidal, Bull. Soc. anal., 1853, p. 90. (2) Bull. Soc. anal., i858, p. 350.
psoas, l'iliaque, la masse des adducteurs de la cuisse du côté droit. Ces tumeurs n'étaient pas enkystées et présentaient, à l'examen microscopique fait par M. Robin, des cellules dites cancéreuses types (1) .
Ces quatre faits, joints à un eobservation anglaise, démontrent la réalité du cancer métastatique des muscles.
Avant de terminer l'énumération des faits qui ont trait aux cancers musculaires, citons encore une observation publiée par M. Vigne dans sa thèse inaugurale, dont le mémoire de M. Parmentier forme la substance.
Le cancer a été représenté dans une planche. Il s'agit d'un cancer du mollet, dont M. Vigne place l'origine dans le muscle poplité. La tumeur, très-volumineuse, avait traversé l'espace interosseux en haut, en même temps qu'elle soulevait les muscles poplités et jumeaux (2). Ce fait est très-douteux.
Le chapitre de Warren ne donne aucune certitude à la question du cancer primitif des muscles. Nous avons vu les opinions qui ont été émises sur la tumeur décrite par Warren sous
10 nom de mélanose enkystée dans le muscle droit antérieur de la cuisse (voy. p. hZ).
La deuxième observation, ayant trait à un squirrhe de la poitrine, n'a rien de musculaire et n'était peut-être pas un cancer.
A. Bérard, M. Denonvilliers ont jugé que les observations suivantes n'étaient point probantes. Les figures à peine dessinées du livre de Warren ne donnent aucune idée des tumeurs et de leur siège.
Une seule observation apprend qu'une tumeur cancéreuse du dos avait récidivé plusieurs fois, et qu'à une dernière opération
11 avait trouvé du cancer dans le rhomboïJe (S).
Il y a en Allemagne des faits analogues à ceux dont parle M. Teevan. Vittich donne' une relation d'une autopsie d'un malade qui avait un cancer de la cuisse entourant tout le fémur
(1) Bull. Soc. anal., 1858, p. -459.
(2) Vigne, Du cancer primilif des muscles, thèse de Paris, 1862.
(3) Warren, loc. cil.
et comprenant des muscles. La naissance du cancer dans un muscle est problématique. Il y avait du cancer secondaire à la parotide et une tumeur à l'épaule. L'examen microscopique a été fait, il s'agissait de tissu encéphaloïde. Cet auteur a dit avoir vu ailleurs du cancer métastatique dans les muscles {X).
Parmi les observations des autres faits connus, nous trouvons une mention d'un cancer du muscle vaste interne, enlevée par M. le professeur Denonvilliers, C'était une tumeur fibreuse, a dit iM. Lebert à la Société anatomique (2).
Le même auteur a figuré dans son Anatomie pathologique la pièce recueillie sur une femme morte subitement après avoir présenté une tuméfaction et une légère douleur à la cuisse. On a trouvé un cancer de l'extrémité supérieure du vaste externe. Une tumeur semblable existait dans l'attache trochantérienne du moyen fessier. L'os ne paraissait pas malade, et l'infiltration du muscle était bien de nature cancéreuse (3),
A la Société de chirurgie, M. Chassaignaca aussi montré des masses fibro-plastiques au milieu des couches musculaires du mollet, mais les tumeurs n'étaient pas isolées dans un muscle (4) .
Les recueils scientifiques renferment enfin plusieurs observations de faits mal exposés et donnés comme douteux, mais relatifs encore aux cancers ou tumeurs fibreuses des muscles. Mous les avons lus et nous pensons qu'il faut les rayer du cadre des tumeurs des muscles.
C'est en premier lieu un kyste accolé au couturier près du ligament de Poupart (5), qui a été opéré par Warren.
C'est encore le fait qui suit :
Une tumeur, du volume d'une tête d'adulte, existait chez un enfant de quatorze ans, attribuée au frottement de la cuisse contre la selle, disait le jeune homme. Les muscles se dessinaient sur la tumeur. Une ponction a été faite et a donné issue a du pus contenant du sang altéré et des cellules à trois noyaux.
(1) Vittich, Arch. de Tirc/ww, t. VII, p. 324.
(2) Lebert, Bull. Soc. anal., 1844, p. 78.
(3) Lebert, Anal, path., l. II, p. 60u. (■i) Bull. Soc. de chir., 1856, p. 93.
(5J Warren, Anwr. md. Journal, 1853, p. 363. ;
La tumeur a été enlevée par M. Ericlison; le malade est mort et l'on a trouvé un kyste adhérent aux muscles. Le tissu cellulaire intermusculaire était épaissi (1).
Certes, cette tumeur ne saurait être musculaire.
Quant à l'observation de M. Azam, lue à la Société de chirurgie, elle nous paraît très-sujette à contestation (2).
Il y avait une tumeur dans le creux axillaire qui avait une enveloppe fibreuse commune avec le muscle. Au-dessous la tumeur était circonscrite par une membrane plus épaisse, analogue à du périoste, sur laquelle s'inséraient en haut et en bas les fibres musculaires et tendineuses. Une coque osseuse complétait son épaisseur, variant de 2 à A millimclres; elle était constituée par du tissu spongieux très-caractérisé. Lisse en dehors, elle donnait naissance à des trabécules. Ces aiguilles se croisaient dans tous les sens et se dirigeaient vers le centre. Une substance homogène se laissant déchirer facilement, mais ayant une certaine densité, remplissait les vacuoles de ce lissu spongieux. Dans le centre de la tumeur existait une cavité remplie de liquide visqueux.
Cette tumeur, d'après l'observation, avait été contractée après un effort, fait par le malade, peu de temps avant d'avoir consulté M. Azam; celui-ci, jugeant avoir affaire à un ganglion induré, avait enlevé la tumeur.
MM. Denucéet Azam, qui ont examiné la tumeur au microscope, ont trouvé du tissu fibrillaire, des élépienls fibro-plasiiques nucléaires et fusiformes dans la partie molle de la tumeur.
Y a-t-il un cancer des tendons?
Ici nous pouvons l'affirmer. Il n'y en a pas de primitif.
M. Chassaignac a enlevé deux tumeurs des doigts qu'il jugeait cancéreuses et qui dataient de dix-huit mois; elles occupaient les faces palmaires du doigt index et du médius de la main droite d'un commis de magasin.
Les deux tumeurs ont été enlevées. Il est dit dans l'observation « que M. Chassaignac parvint à isoler la tumeur d'avec les
(1) Lancel, 1856, vol. I, p. 371.
(2) Azam, Union méd., 1861, t. XII, 2' série, p. *78,
tendons, et qu'on avait été même obligé d'enlever leurs libres les plus superficielles. > Le malade a guéri (1).
Ces productions nous semblent s'être développées sur la gaîne synoviale, et comme l'examen microscopique n'a pas été fait, on peut nier la nature cancéreuse du mal.
A la Société de chirurgie, séance du 17 septembre (2), M. Broca a présenté un exemple remarquable de récidive de tumeurs fibro-plastiques dans une cicatrice, avec propagation du cancer aux tendons.
Voici les détails donnés par le chirurgien :
Les tendons des extenseurs, du jambier antérieur, du jambier postérieur et des deux péroniers latéraux viennent se perdre dans la masse fibro-plastique où on peut les suivre jusqu'à une petite distance de la cicatrice. Ils sont tuméfiés, présentent une couleur grise, une consistance lardacée et un volume considérable. — Le tendon du jambier postérieur offre dans une étendue de 5 centimètres le volume du petit doigt. Celui du long péronier latéral est plus gros que le pouce, et celui du jambier antérieur a près de 2 centimètres de diamètre. Tous sont assez exactement cylindriques, à l'exception du tendon du long péronier latéral, qui présente plusieurs bosselures arrondies. Deux de ces tendons se détachent de la tumeur principale, et l'altération dont ils sont le siège remonte à une distance notable au-dessus des limites apparentes du mal. La maladie du long péronier latéral occupe toute la longueur de la coulisse dans laquelle glisse ce tendon sur le côté externe du calcanéum, et derrière la malléole voisine. Mais le tendon du tibial antérieur est bien plus curieux encore; il est transformé dans toute sa longueur en une sorte de boudin fibro-plastique parfaitement cylindrique, parfaitement lisse à sa surface, et le tissu cellulaire qui l'environne est parfaitement sain. Cette altération remonte jusqu'à l'extrémité supérieure du tendon, et ce qu'il y a de plus remarquable, c'est qu'elle s'arrête brusquement au niveau de l'union du tendon avec la partie charnue du muscle.
Les opinions des auteurs sur le cancer musculaire primitif n'ont pas beaucoup varié.
Bérard et M. Dcnonvillicrs disaient que les faits n'en établissaient pas la preuve.
(1) Gaz. des hOp., 1852, n" du 20 avril, p. 183.
(2) Broca, Bull. Soc. àechir., 1850, t. VII, p, 1U.
Paget disait : 1 1 havenever seen a primary scirrhons cancer in a muscle (1).»
Rokitiinsky, Gross ne sont pas plus explicites. L'école microgruphique allemande admet aujourd'hui le cancer mélaslatique des muscles, Wittich en particulier.
Tous les auteurs qui ont été moins scrupuleux ontcru Warren sur parole, de là l'encombrement des laits non démonstratifs de cancers dits primitifs des muscles.
En France, M. Cruveilhier pense que le cancer peut exister prmiitivement dans les muscles, au moins dans les cas où un cancer existe loin d'un organe déjà atteint de cancer.
En résumant les faits, on trouve que six fois le cancer dit musculaire a occupé le grand pectoral; le triceps crural, trois fois; le deltoïde, trois fois. Les autres muscles ont été moins souvent atteints. Le biceps brachial et le biceps crural ne l'ont ete que deux fois comme les jumeaux. Nous ne comptons pas les cas de récidive et de métastase dans le muscle biceps, ni dans le triceps, ni dans le droit antérieur de l'abdomen.
On voit aussi que les cancers ont été plus souvent observés dans les muscles dont les faisceaux sont isolés et entourés de tissus fibreux épais, dans les muscles aplatis, ou dont les faisceaux s'insèrent sur un ou plusieurs os dans une grande étendue. On conçoit alors que le cancer puisse naître entre les faisceaux du muscle, comme il naît entre les muscles dans le tissu cellulaire. Donc le cancer intra-musculaire est encore contestable sur ce point.
Mais il y a des observations oîi une portion d'un muscle est infdtréede cancer à l'une de ses origines (un cas de mélanose secondaire du grand droit, un cas de cancer secondaire dans le moyen fessier (voy. pages 101 et 103), un cas de cancer avec dégénéresrence du demi-membraneux. Dans de pareilles conditions, peut-on dire que le cancer soit né exclusivement dans le muscle plutôt que dans le périoste et dans le muscle à la fois?
Certaines observations comportent que le cancer était entièrement uni à la gaîne d'un muscle long et facilement isolable
(1) Paget, lectures on surgical Path., 1853, t. II, p. 315.
des parties voisines, cela signifle qu'il s'est formé un cancer du tissu cellulaire adhérent de bonne heure an muscle.
Si nous n'avions aujourd'hui des faits bien dcmonstralifs de cancer métaslatique dans les muscles, nous serions en droit de nier le cancer primitif des muscles. Si nous ne saisissions pour ainsi dire sur le fait avec le microscope le mode de formation du cancer des muscles, nous dirions que les observateurs ont mal vu et qu'il n'y a pas de cancer primitif des muscles, et nous ajouterions que tous les cancers considérés comme des cancers musculaires sont des cancers des os ou des cancers du tissu cellulaire sous-cutané ou intermusculaire qui ont adhéré aux muscles ou qui s'y sont propagés par voie d'envahissement après destruction de l'enveloppe du muscle.
Quoique le scepticisme soit utile à l'établissement des vérités, il ne doit pas être néanmoins poussé trop loin. Nous admettons un cancer intra-musculaire. Nous pensons que, au voisinage des os, un cancer peut débuter entre les fibrilles musculaires, quelquefois d'emblée, plus souvent après que le cancer s'est produit dans le périoste ou dans les tissus fibreux voisins, comme nous voyons les récidives de cancer dans les muscles succéder à une récidive dans le tissu de la cicatrice et remonter quelquefois très-loin dans les tendons et les muscles : alors que, de bonne heure, le début de la production cancéreuse commençant à se manifester, le chemin est ouvert à la propagation au milieu des fibres musculaires.
Le cancer primitif des muscles sera donc pour nous possible mais très-rare, nous aurons peu de choses à en dire. Mais comme nous devons étudier les tumeurs des muscles, nous comprendrons dans la nosographie des tumeurs cancéreuses musculaires, celles mêmes qui ne sont qu'attachées fortement à la gaîne d'un muscle.
Les récidives do cancer, les cancers métastatiques prêtent aux mêmes considérations anatomo-pathologiques symptomalologiques que les tumeurs précédentes.
L'examen microscopique du cancer des muscles a été fait. M. Sick a représenté dans de belles planches le modo de for*-
mation du cancer des muscles (1) , les reclierches de M. Cornil sur le môme sujet sont d'accord avec les observations de l'auteur allemand (2). Le cancer est constitué dans les muscles (là où l'altération n'a pas encore détruit le muscle) par des granulations déposées entre les fibres musculaires dans la substance interlibrillaire. Ces granulations sont composées de noyaux et de petites cellules, la génération de cellules nouvelles a lieu d'abord sur le sarcolème. Les fibres musculaires subissent en même temps la dégénérescence cireuse.
Cette élude montre bien la possibilité du cancer des muscles et sa source babiluelle, le tissu conjonctif de ces organes.
Dans le cœur, les lésions sont les mômes. M. Cornil nous a dit avoir examiné un cancer du cœur observé par M. Bernutz, et avoir trouvé des lésions identiques avec celles d'un cancer du muscle fessier.
Dans la langue, le cancer qui débute d'ordinaire par la muqueuse ou par les glandules, est, d'après les recherches de M. Cornil, du cancer épithélial. Cette remarque indique que le cancer primitif dans le tissu cellulaire interfibrillaire de la langue est rare et que le plus souvent le mal a débuté par la muqueuse.
Les signes des cancers des muscles sont ceux des cancers en général, une tumeur développée assez rapidement, excepté s'il s'agit d'un cancer cartilagineux et d'un cancer fibroplaslique. Dans ces cas, le cancer reste stationnairc pendant quelque temps ou croU avec lenteur, puis prend tout à coup un accroissement considérable en peu de temps.
Mais il est toujours difficile de préciser le siège du cancer profond.
Il est rare que le cancer situé entre les muscles ou attaché à
(1) Sick, Arch. de Virchow, 1864, vol. XXXI, p. 225.
(2) Cornil, Mémoire courouné par l'Académie, prix Portai. — Ce travail est inédit, et M. Cornil a bien voulu nous eu communiquer le manuscrit.
leur çaiiio, ou même né dans leur épaisseur, soit accompagné d'engorgements ganglionnaires, à moins que le cancer ne soit adhérent à la peau.
L'ulcération apparaît tardivement en général ; lorsque le mal a acquis un certain volume, les malades maigrissent toujours un peu, il n'y a d'exception que pour les tumeurs fibro-plasliqucs qui sont les cancers dont la marche est l'une des moins rapides entre les cancers.
Il y a peu de choses certaines pour le diagnostic du cancer des muscles.
Pour un très-petit nombre de cancers dits des muscles, on à pu trouver le signe caractéristique des tumeurs des muscles, la mobilité latérale dans le sens de la largeur du muscle, ou dans le sens perpendiculaire à sa direction de ses fibres pendant sa contraction. Deux circonstances s'y opposent : les adhérences prématurées de la tumeur avec les parties voisines, et le siège problématique jusqu'ici de la tumeur au milieu du muscle, excepté dans les cas où le cancer du muscle est métastatique; mais alors la tumeur est très-petite et elle a échappé aux investigations des chirurgiens non prévenus. Les tumeurs métaslatiques dans les viscères vasculaires sont, on le sait, généralement inconnues, les malades en souffrent peu, à moins qu'il n'y ait un obstacle mécanique à une fonction.
Le cancer intermusculaire ne peut être confondu qu'avec :
Le cancer des os, les lipomes profonds, les kystes à parois épaisses, les tumeurs syphilitiques.
Le cancer des os est une tumeur fixe, au voisinage d'un os dés son début. Le cancer inler-musculairc est mobile dans les parties molles ; le cancer situé sur la gaîne d'un muscle est mobile quelquefois avec le muscle. Lorsque la tumeur péri-musculaire est très-volumineuse, il n'y a plus de mobilité, et alors le diagnostic ne peut être fait que pendant ou après l'opération.
Les lipomes profonds sont toujours mobiles, ils sont plus mous que les cancers qui existent depuis peu de temps; si Ton peut prendre une tumeur ou cancer fibro-plastique pour un
lipome, au point de vue de la consislaiice de la tumeur, c'est à une époque où la durée de la n)aladie et l'accroissement rapide du cancer ne laissent plus de doute.
Les kystes à parois épaisses, hydatiques ou hématiques, sont très-difficiles à reconnaître, autrement que par leur durée, relativement plus longue que les cancers, et surtout à une régularité plus grande que les tumeurs cancéreuses. A leur origine, les cancers petits et durs peuvent simuler des kystes, et le lecteur a vu, à propos des tumeurs érectiles flétries décrites plus haut, qu'on les avait prises pour des tumeurs fibro-plastiques au début. Une ponction exploratrice, sur des points fluctuants, et l'examen des liquides évacués donneraient encore des indications sur la nature de la tumeur. Cependant, ainsi que l'a observé M. Demarquay (fait cité plus haut), on peut rencontrer des bourses séreuses accidentelles autour des cancers Dbroplastiques. Le mouvement des muscles et la nécessité de ieur protection occasionnent quelquefois cette formation ; si l'on ponctionnait en ces points, on pourrait croire que la tumeur est un kyste séreux. La connaissance de ces faits éclairera le chirrugien, et il devra avoir présent à l'esprit, que s'il y a un seul point fluctuant, il doit vider la tumeur liquide pendant l'exploration ; s'il reste une tumeur volumineuse et molle, il est probable que la tumeur liquide était due à une bourse séreuse formée autour de la tumeur, ceci est vrai surtout pour les tumeurs des membres. M. Gosselin a bien constaté ce fait sur une tumeur cancéreuse contenant des kystes développés à l'épaule et attachés au grand pectoral.'
Les tumeurs syphilitiques n'ont jamais été confondues avec des cancers, par cette raison excellente que les tumeurs syphilitiques se sont développées assez rapidement, et chez un individu atteint de syphilis antérieurement. Nous avons déjà indiqué plus haut ce diagnostic dilTérentiel, à propos des tumeurs syphilitiques, pour la langue comme pour les muscles de la vie de relation.
Il n'est pas malaisé de reconnaître une récidive de cancer dans les muscles; on sent, au voisinage des cicatrices, une induration
sur le trajet d'un muscle. Le cancer mélaslalique des muscles' est ignoré souvent.
Le pronostic des cancers péri-musculaires ou musculaires est grave comme celui de tout cancer.
Le traitement des cancers, est le traitement des cancers limités, on peut, comme cela a été fait dans presque tous les cas, enlever la tumeur par dissection en enlevant même des portions de muscle. C'est donc la seule ressource contre les tumeurs situées sur le tronc. Une des observations de Warren montre que même une tumeur fixée aux côtes, et qu'il a fallu aller disséquer du péritoine, a pu être enlevée avec succès. Mais lorsqu'il s'agit d'une grosse tumeur des membres peu mobile qui doit nécessiter une dissection étendue, l'amputation est de beaucoup préférable.
Les indications et contre-indications de ces opérations sont les mêmes d'ailleurs que pour tous les autres cancers.
Il n'y a rien à faire contre les cancers métastatiques des muscles.
Les tubercules des muscles sont très-rares, on observe des dépôts tuberculeux dans l'utérus, et sur la langue des ulcéralions dites tuberculeuses, la fin des tuberculisalions généralisées, ou en même temps qu'elles, mais ces tubercules ne sont pas dans le tissu musculaire.
Une seule observation doit nous arrêter, c'est celle de Lalour (1), il existait dans le deltoïde un abcès contenant du pus jaunâtre, semblable à un tubercule ramolli.
Villig, cité par Forster (2), dit qu'il n'y a pas de tubercule miliaire dans les muscles comme dans les autres tissus tels que le péritoine et la pie-mère; il dit qu'on rencontre quelquefois des petites masses caséeuses circonscrites dans le cœur comme
(I; Latonr, voy. plus haut, Abcès des jIuscles. (2; Forsler, loc. bit.
dans les muscles. Foi'slcr croit que ce sont lu de petites iiidamniolions causées par une métastase tuberculeuse.
Ces tubercules ne donnent pas lieu à la formation de tumeurs, mais on connaît des exemples de poches tuberculeuses et abcès froids, suite du mal de Pott, qui se sont engagés dans le [)soas et ont été reconnus à une tumeur de Tabdomen suivant le trajet de ce muscle. (Voy. V Addenda.)
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