ABCÈS CHHONIQUES DES MUSCLES, ABCÈS FROIDS
Y a-t-il des abcès froids des muscles? ou bien les abcès froids ne sont-ils que des abcès gommeux ou des abcès tuberculeux? Il est difficile de juger la question avec le peu de faits que nous possédons.
Les livres modernes renferment une mention d'une phrase de Linhart dans un mémoire allemand sur la doctrine des abcès froids. Cet auteur a décrit des abcès qui succèdent à la réunion de petits foyers purulents. Leur cavité serait tapissée par une
(1) Chassaignac, Traité de la suppuration, l. IF, p. 552.
intMiibrane pyogèiii(|iie bien organisée; la subslaiice musculaire serait dégénérée. Une sorte de cal cellulo-libreux viendrait combler la perte de substance et remplacer le tissu musculaire. Ces assertions datent de 1859 (J).
Voici ce que pense Linhart :
11 dit avoir vu un certain nombre d'abcès idiopathiques froids (jui se développent sans phénomènes inflammatoires, et qui peuvent se propager aux os s'ils sont développés dans le voisinage de l'insertion d'un muscle. Ces abcès naissent assez rapidement. Le pus se forme entre les muscles et entre les libres musculaires. De la réunion de plusieurs petits foyers, il résulte quelquefois un foyer plus grand; le tissu environnant s'épaissit rarement.
Ces abcès froids des muscles existent surtout au thorax ; ils se présentent de préférence sur les sujets scrofuleux, de seize à cinquante ans.
Cette description, si elle comprend véritablement quelques abcès des muscles, comprend aussi d'autres abcès.
Mais, avant cet auteur, A. Bérard et M. Denonvilliers avaient vu de CCS tumeurs (2). Le premier chirurgien disait en avoir observé dans le biceps brachial et dans les radiaux externes et le long supinaleur.
M. le professeur Denonvilliers a été consulté pour une jeune malade de vingt ans, qui avait une tumeur développée dans le biceps brachial à sa partie moyenne.
Voici ce fait :
a Une jeune fille de vingt ans environ, grande, brune, bien constituée, avait une tumeur développée dans le muscle biceps à sa partie moyenne. Cette tumeur était dure, inégale, et des élancements s'y faisaient parfois sentir. Elle avait résisté à l'em-
(1) Linhart, Beilrag zur Lehre von den kalten Abcessen. Œsler. Zeilschrift fiir pract. //fti/fcunr/. V. Jahrgang. 1859.
(2) Bérard ei Denonvilliers, Compendium dechir., 1846, l. 11, p. 203.
ploi des résolutifs. Nous pensâmes, avec M. Villeneuve, qu'il convenait d'en luire l'ablalion. Une incision verlicale fut pratiquée sur le bras; la peau, la couche graisseuse sous-cutanée, l'aponévrose d'enveloppe furent successivement divisées, ainsi que la couche superficielle du muscle bice[)S. Les bords de lu plaie écartés et la surface extérieure de la tumeur à découvert, je m'apprêtais à Tisoler pour la mieux soulever; je la saisis avec une érigne, mais à peine les dents de la pince curent-elles pénétré dans son épaisseur, qu'il s'écoula un liquide purulent le long des crochets. Je reconnus dès lors ma méprise; je fendis la poche de haut en bas et je tombai dans un foyer purulent. Les parois de l'abcès avait une grande épaisseur 5 elles élaieiil dures et anfractueuses.*.. »
M. Denonvilliers a observé un second cas, oij, malgré la dureté d'une tumeur située dans le biceps, il a diagnostiqué un foyer purulent.
M. Fischer a rapporté deux extraits d'observations d'abcès de ce genre (1), dont une recueillie dans le service de M. Velpeau. Une femme de ménage, âgée de cinquante et un ans, d'une bonne santé habituelle, d'un tempérament lymphatique, a éprouvé, après avoir scié du bois^ une douleur à la partie antérieure du bras. Une tumeur s'est développée en ce point et a augmenté graduellement. A l'entrée de la malade à l'hôpital, six semaines après le début de son mal, il y avait une tumeur du volume du pouce qui semblait mobile dans le corps du biceps ;il n'y avait pas de changement de coloration à la peau; la fluctuation était évidente par les pressions latérales, quand le muscle était dans le relâchement; quand il était dans la conlrac tion, on croyait avoir alTairc à une tumeur solide. Sept jours après l'entrée de la malade, incision; issue de pus jaune verdâtrej fluide; pas d'os à nu. La suppuration a duré près de trois mois, malgré des injections répétées tous les jours.
Si cette observation peut être discutée, c'est au point de vue seulement de l'hypothèse d'une gomme suppurée du muscle biceps.
(1) Fischer, iod cit., pi 18.