scène ent en amère de 1 épididyme et du testicule; celles de la
cloison, celles du dartos et des téguments se dilatent à leur tour ; M. Landouzy a vu de ces veines sous-cutanées avoir le volume de la veine crurale. La tumeur prend des proportions démesurées, elle peut descendre jusqu’à mi-cuisse, et offrir le volume d’une tête de fœtus à terme. En même temps, le testicule tend à s’atrophier ; cette atrophie, tantôt hâtive, tantôt tardive, procède parfois rapidement, d’autres fois avec une extrême lenteur ; quant à sa fréquence, on peut en juger par ce fait que sur quinze varicocèles dont il a donné les observations, M. Landouzy a trouvé neuf fois le testicule gauche plus ou moins atrophié. M. Robert Melchior a rencontré cette atrophie dans trois cas sur dix (1).
A. Cooper a donné quelques détails sur l’anatomie pathologique du varicocèle, qui n’apprennent rien de plus que l’inspection sur le vivant.
Le diagnostic du varicocèle est fort simple quand il est simple luimême; nulle autre tumeur ne se laisse ainsi effiler entre les doigts. A la vérité , il augmente de volume par la station , diminue par le repos au lit, peut être réduit par une pression méthodique comme une hernie; mais après cette réduction, si l’on presse du doigt sur l’anneau, la hernie ne sort plus; tandis que le varicocèle ne tarde pas à se remplir. S’il était compliqué d’engorgement du cordon, d’hydrocèle dilfus, de hernie, le cas serait un peu plus difficile ; mais une attention minutieuse empêcherait encore de le méconnaître.
Le pronostic est fort simple , en général. Il prend plus de gravité quand le varicocèle détermine de vives douleurs, une tristesse profonde; il est plus grave encore quand il s’accompagne de l’atrophie du testicule; enfin, la condition la plus grave et qui a échappé à tous les observateurs, est celle d’un varicocèle énorme compliqué d’une hernie qu’il empêche de contenir, et qui en raison de cette complication même ne saurait être soumis à l’opération.
Le varicocèle léger peut se passer de tout traitement. Cependant il est utile de le soutenir avec un suspensoir ; cette seule précaution a quelquefois suffi pour dissiper l’ inter trigo de la cuisse et du scrotum. On y joint avec utilité les lotions froides et astringentes.
Dans des cas un peu plus graves, M. Hervez de Chégoin a conseillé de relever le testicule près de l’anneau, et de lier le scrotum au-dessous avec un cordon modérément serré. Je doute que cette ligature put être supportée bien longtemps. C’était dans une vue analogue qu’A. Cooper recommandait l’excision d’une partie du scrotum , opération purement palliative , qui cependant trouverait peut-être dans quelques cas une utile application.
A. Cooper conseille aussi un autre moyen palliatif, qui consisterait à appliquer sur le scrotum des vésicatoires ou d’autres applications irri»
(1) Mémoire sur V opération du varicocèle parle procédé de M. Ricord; Revue méàico-chir., sept. 1847.
tantes, pour épaissir la peau et lui faire exercer une pression plus forte sur les veines dilatées.
Pour résumer mon avis sur ces divers moyens, je pense que, sauf des cas exceptionnels , la cure palliative ne veut pas autre chose que le suspensoir ; et, s’il ne suffit pas, il faut chercher à obtenir la cure radicale.
Je ne rappellerai pas ici les opérations autrefois mises en usage, la cautérisation avec le fer rouge , l’excision des veines variqueuses, ni même la ligature des veines mises à nu par une incision préalable. Peutêtre seulement la cautérisation par les agents chimiques serait-elle tentée sur le varicocèle avec autant de succès que sur les autres varices. M. Amussat a lié une fois péniblement toutes les artères du cordon ; le testicule s’atrophia, et le varicocèle fut notablement amélioré (1). D’autres chirurgiens ont excisé le canal déférent , ce qui équivaut à une véritable castration; d’autres ont eu recours à la castration même. Tout cela est aujourd’hui hors de cause.
C’est en 1834 que Breschet rappela l’attention des chirurgiens sur le traitement du varicocèle, en faisant connaître un procédé qui lui avait donné les meilleurs résultats. 11 comprimait à la fois le paquet va^ riqueux et la peau du scrotum entre les mors d’une pince qui restait en place jusqu’à mortification et séparation des parties ainsi comprimées. Il en résultait une plaie avec perte de substance fort étendue en largeur, et qui demandait un assez long temps pour se cicatriser. M. Landouzy a imaginé une autre pince qui, en comprimant les veines et la peau qui les recouvre en avant et en arrière , laissait toutefois intact le pli extérieur des téguments ; le scrotum était ainsi troué de part en part , et la peau offrait deux plaies au lieu d’une , mais deux plaies beaucoup plus petites ; et le pont de téguments qui les séparait servait à maintenir leurs bords rapprochés et favorisait beaucoup la cicatrisation. On peut en juger parle résultat suivant : En analysant les treize observations rapportées dans le mémoire de M. Landouzy, on voit que la cicatrisation dans le procédé de Breschet exigeait de trente-cinq à quarante-huit jours ; et avec la nouvelle pince , de dix-huit à trentehuit jours.
Cette compression poussée jusqu’au sphacèle ^déterminait parfois deâ accidents sans doute, mais par exception, et qui ne compromettaient point la vie ; car, à l’époque où M. Landouzy publia son Mémoire, sur plus de 120 opérations, on ne comptait pas une seule mort.
A quoi tenait cette immunité ? On l’attribua à ce que les veines demeuraient hors du contact de l’air ; et l’on se demanda si, en observant cette condition, l’opération ne pouvait pas être simplifiée.
M. ^ elpeau entra le premier dans cette voie. Il ramasse le paquet variqueux dans un pli de la peau du scrotum , passe par-dessous une première épingle, qui traverse le pli cutané à sa base de part en part, et
(1) Archiv. gén. de médecine , 1829, t. XIX, p. 461, 462, 614.
une deuxième épingle à environ 3 centimètres au-dessous de la première. Sur chaque épingle , on jette un fil que Ton serre avec force. Dans le principe, M. Velpeau faisait décrire à ce fil des huit de chiffre comme dans la suture entortillée. Aujourd’hui, il passe le fil circulairement autour des deux bouts de chaque épingle. Les parties ainsi embrassées se mortifient comme dans le procédé de Breschet ; l’escarre tombe , et la cicatrice s’opère de la même manière.
Sur un grand nombre de malades ainsi opérés, il n’y a pas eu d’accidents vraiment graves ; deux fois la tunique vaginale a suppuré , parce que l’épingle inférieure avait été placée trop bas, et la cicatrisation a demandé de vingt-huit à trente-cinq jours.
M. Raynaud, de Toulon, au lieu des épingles, préfère passer une anse de fil sous le paquet variqueux à l’aide d’une aiguille courbe, en y comprenant de même le pli des téguments , et de telle sorte que l’entrée et la sortie de l’aiguille soient écartées d’environ 3 centimètres. Il serre ensuite les deux bouts de l’anse sur un cylindre de linge très-épais placé sur la peau même. On resserre la ligature jusqu’à ce que les vaisseaux soient divisés, ce qui a lieu du quinzième au dix-huitième jour; et l’on achève de couper avec le bistouri la peau amincie comprise dans l’anse. Dans les deux observations rapportées en exemple, la cicatrisation était complète du vingt-septième au vingt-neuvième jour (1).
M. Vidal, de Cassis, avait d’abord modifié ce procédé en passant sous les veines un fil métallique au lieu d’un fil ordinaire, et en le serrant sur le globe d’une petite bande. Il a imaginé depuis un procédé tout à fait nouveau, /’ enroulement. Il passe d’abord, à l’aide d’une aiguille droite, un fil d’argent derrière le paquet variqueux ; un autre fil est passé de même en avant par-dessous la peau , et par les mêmes ouvertures. Les veines ainsi comprises entre les deux fils, on tord ensemble les extrémités de ceux-ci, de manière à leur faire former un cordon métallique qui, en se tordant toujours, finit par entraîner dans son mouvement de rotation les parties comprises entre les deux fils qui le composent ; et c’est ainsi que les veines s’enroulent sur ce double fil métallique, comme une corde sur un treuil. On place alors un petit globe de bande sur la peau qui sépare l’entrée et la sortie des deux fils ; on fixe les deux bouts de ceux-ci sur ce globe par une nouvelle torsion, qu’on augmente autant qu’il est nécessaire jusqu’à ce que les veines soient divisées ; alors , ou bien on opère la section de la peau avec le bistouri, ou l’on attend qu’elle se coupe d’elle-même (2).
En analysant les quatorze observations publiées par M. Vidal, on voit que les fils ont pu être enlevés généralement du douzième au dix-neu-
(1) J. Roux, Mémoire sur une nouvelle méthode pour opérer la cure radicale du
varicocèle ; Gaz . médicale, 1837, p. 821.
(2) Vidal , De la cure radicale du varicocèle ; Annal, de la chirurgie, octobre
vième jour; une fois seulement le vingt-septième. La guérison a eu lieu du vingt-huitième au cinquante-huitième jour.
Dans tous ces procédés, il y a toujours une portion de peau sacrifiée. On a donc cherché à éviter cet inconvénient à l’aide d’une simple ligature sous-cutanée des veines.
Il paraît que M. Ricord a le premier tenté ce moyen avant 1840; je le trouve ainsi décrit dans le Mémoire de M. Hélot : « Une aiguille traverse le pli de la peau en arrière des veines ; alors , le pli de la peau étant abandonné , on fait pénétrer l’aiguille par son ouverture de sortie, et elle est conduite immédiatement sous la peau en avant des veines jusqu’à son ouverture d’entrée. Le paquet vasculaire se trouve ainsi embrassé par une anse de fil dont les deux chefs n’ont qu’une même ouverture d’entrée et de sortie. On opère la constriction définitive par un nœud, et l’opération est terminée. »
M. Velpeau a également essayé ce procédé qu’il rapporte à M. Gagnebé ; deux de ses opérés ont été pris d’un érysipèle phlegmoneux intense; et, au total, la guérison est restée incomplète. M. Ricord, par d’autres motifs, n’a pas tardé à l’abandonner. D’ailleurs, on n’en a pas publié d’observations bien détaillées.
Je l’ai mis en usage en 1843 , avec la précaution de passer autour des veines une double anse de fil, n’en serrant qu’une d’abord, et me réservant de serrer l’autre plus tard. Vers le vingtième jour, la section des veines n’étant point opérée, je serrai la deuxième anse. Le trentième jour, les fils tenaient encore; un abcès phlegmoneux avait exigé deux ouvertures; j’essayai d’enlever les fils, ils se rompirent près du nœud; et le malade les garda ainsi forcément plus de deux mois. Ils finirent par être expulsés. La guérison a été très-solide, et jusqu’ici ne s’est pas démentie.
C’est probablement pour se réserver aussi la faculté de renouveler la striction, que M. Ricord a imaginé le procédé très-ingénieux que voici. Avec une aiguille droite , il passe , derrière les vaisseaux, un fil double dont l’extrémité forme par conséquent une anse; par l’ouverture de sortie , il repasse une seconde aiguille qui sort à l’ouverture d’entrée, entraînant également un fil double. Les deux chefs du premier fil sont engagés dans l’anse du second ; les deux chefs du second dans l’anse du premier; et, en tirant sur ces chefs en sens contraire, on étreint les veines dans un nœud coulant que l’on serre à volonté en ramenant les fils sur un serre-nœud particulier en forme de fer à cheval.
Dans les deux cas rapportés par M. Hélot, la section des veines avait eu lieu du quinzième au vingtième jour ; mais aujourd’hui M. Ricord serré plus modérément ses fils ; et, sur 10 cas observés par M. Robert Melchior, elle a eu lieu seulement du vingt-sixième au trente-deuxième jour.
Enfin, moi meme, cherchant à conserver la ligature sous-cutanée, sans les embarras du nœud simple , sans la complication du serre-nœud de M. Ricord, je songeai à entourer le faisceau variqueux d’une anse de fil simple dont les chefs, passant.par la même ouverture, seraient noués sur*
Un petit rouleau de diachylon ou un bout de sonde comme dans la su* ture enchevillée; et, en faisant un nœud à rosette, on renouvellerait la striction à volonté.
J’ai essayé ce procédé pour la première fois le 8 mai 1846, sur un sujet de 32 ans, qui insistait pour être débarrassé de son varicocèle. Le dixième jour, en voulant resserrer les fds, je m’aperçus qu’ils étaient macérés et avaient perdu leur solidité. Il fut facile d’attacher un fil nouveau à l’un des bouts du fil ancien, et, en retirant celui-ci, de le remplacer par l’autre. La ligature tomba le dix-huitième jonr; les deux petites plaies étaient cicatrisées le vingtième.
Ici, pour ménager la peau, j’avais placé, sous la cheville, une rondelle d’agaric et une rondelle en carton que traversaient les deux chefs de l’anse de fil. J’ai délaissé depuis cette petite complication. Je prends soin aussi de doubler ma ligature et de m’assurer de sa force. Voici un exemple de cette façon d’opérer.
Varicocèle à droite , opéré par mon nouveau procédé ; chute des ligatures le 20e jour ;
cicatrisation le 25e.
Obs. XII. — Lev..., 18 ans, avait eu, à l’âge de 9 ans, une forte contusion du testicule droit. Le scrotum demeura plus volumineux de ce côté que de l’autre; et, à 16 ans, le sujet commença à s’apercevoir que, quand il faisait de longues courses ou qu’il restait longtemps debout, le gonflement augmentait et amenait un peu de douleur. Les choses ne firent qu’empirer avec le temps, et il vint nous consulter le 29 juin 1847. Le scrotum, du côté droit, présentait un empâtement général, qui semblait résulter à la fois d’un varicocèle et d’un hydrosarcocèle. Une ponction vida f hydrocèle et montra que le testicule était sain. Le 12 septembre, l’hydrocèle s’étant reproduit, il entra dans mon service à l’hôpital Saint Louis; je fis une injection de teinture d’iode ; le 27 il était guéri et quitta l’hôpital.
Mais bientôt de nouvelles douleurs apparurent, rayonnant du scrotum jusqu’aux lombes ; la bourse droite se tuméfiait à la moindre marche ; le sujet fatigué, essoufflé, était obligé de s’arrêter. Il revint à l’hôpital, où il présenta cette fois un varicocèle assez considérable. Je l’opérai, le 6 janvier, par la ligature sous-cutanée serrée sur un rouleau de diachylon. Les accidents furent légers. Le U , la pression du rouleau de diachylon parut ulcérer la peau. Le 14, un petit abcès fut ouvert à la partie postérieure du scrotum, il était fermé le 18. Le 22, j’enlevai le rouleau de diachylon, et resserrai la ligature sur les vaisseaux mêmes. Le 26, chute de la ligature; le 1er février, cicatrisation complète.
Voilà un cas bien tranché de varicocèle à droite, et, comme je l’ai dit déjà, sans aucun déplacement du cœur. Le sujet, assez grêle, d’un tempérament lymphatique, présentait un système veineux très-peu développé; il n’avait ni varices aux membres ni hémorroïdes; et ses parents mêmes, à son dire, n’en avaient jamais souffert ; il s’était toujours bien porté, seulement il était enclin à la masturbation. L’origine première du varicocèle semblait donc remonter à la contusion du testicule ; l’opération de l’hydrocèle en aurait hâté, et la masturbation favorisé le développement.
Si maintenant nous comparons ces divers procédés, quant à la sim-
plicïté d’exécution, à la rapidité de la cicatrisation, aucun ne peut être comparé à celui que j’ai employé en dernier lieu. A la vérité, il laisse le scrotum aussi flasque et aussi pendant qu’auparavant , et la perte de substance déterminée par les procédés de Breschet, de MM. Reynaud et Velpeau, a paru une condition favorable. Mais en réalité cette perte
de substance est trop peu de chose pour avoir l’importance qu’on lui donne, et qu’on n’a pas d’ailleurs suffisamment vérifiée.
M. Vidal a allégué en faveur de l’enroulement, qu’il diminue la longueur des veines et l’abaissement du testicule, causes puissantes de récidives. M. Robert Melchior a eu l’idée de mesurer la longueur des varices avant et après l’opération ; sur cinq varicocèles opérés par M. Ricord, le raccourcissement a été de 5 à 10 centimètres ; sur trois varicocèles opérés par M. Vidal, le raccourcissement a été de 5 à 6 centimètres. L’avantage attribué à l’enroulement à cet égard serait donc purement imaginaire.
Mais une plus grave question se présente ; c’est le danger de la récidive. M. Velpeau semble accuser d’inefficacité la ligature simple ; M. Vidal reproche au procédé de M. Ricord de donner plus de récidives que tout autre. A la vérité, M. Robert Melchior répond que M. Ricord a fait suivre un grand nombre de malades et n’a jamais trouvé un cas de récidive. Cette assertion est plus que hazardeuse; le varicocèle de la première observation de M. Hélot a été opéré deux fois par M. Ricord lui-même , et a récidivé deux fois ; et chez un interne opéré par le même chirurgien, le varicocèle a également reparu. Pour mon compte, je puis répondre de la guérison de mon premier opéré ; mais j’avoue que je n’ai revu aucun des autres.
11 faut bien reconnaître d’ailleurs que la récidive peut survenir après tous les procédés ; en sorte qu’il ne s’agit que d’une question de fréquence. M. Landouzy rapporte l’histoire d’un homme qui avait été opéré deux fois par Breschet ; M. Hélot en cite un autre ; M. Vidai a opéré pour la troisième fois un malade qui avait passé déjà par les procédés de Breschet et de M. Ricord. M. Hélot signale de même un cas de récidive chez un opéré de M. Velpeau.
Pour dire toute ma pensée à cet égard, je crois que ces récidives sont infiniment plus communes qu’on ne semble le croire , et qu’il en est du varicocèle comme des autres varices. Tout le monde avait aussi à vanter des guérisons définitives ; lorsqu’on y a regardé de plus près, on a vu la plupart de ces guérisons faire place de nouveau à la maladie. Cela doit retenir déjà quelque peu les chirurgiens qui seraient tentés d’opérer trop légèrement les varicocèles ; et il faut ajouter que, malgré leur innocuité habituelle, on cite un cas de mort par le procédé de Breschet, et un autre par celui de M. Ricord.
Il faut donc ne toucher au varicocèle que lorsque la gêne et la douleur qu’il occasionne sont intolérables pour celui qui le porte, et qne le malade demande avec instance à en être délivré. La complicaîion dune hernie est une contre-indication redoutable; j’ai vu avec
fereschet un malade venu à Paris pour se faire débarrasser à la fois d’un varicocèle et d’une hernie; nous fumes d’avis qu’il devait se^contenter de porter un bandage et un suspensoir. J’ai vu un autre malade, bien plus grièvement affecté, chez qui le varicocèle était tellement volumineux qu’il mettait un obstacle absolu à la contention de la hernie. Le sujet était vieux et cacochyme; je l’abandonnai avec regret à une double affection qui devait abréger ses jours. C’est le seul cas de ce genre que j’aie eu occasion d’observer ; et sur un sujet plus jeune et mieux portant, je crois que j’aurais tenté quelque chose.
On ne s’est pas beaucoup occupé des suites de l’opération sur la fonction génératrice. Despech fut assassiné par un individu à qui il avait lié les veines spermatiques des deux côtés, et qui attribuait à l’opération une impuissance qui était peut-être l’effet de la maladie. Au contraire, M. Vidai dit qu’un de ses opérés, qui avait une voix de castrat avant l’opération, recouvra après une voix plus mâle. La question ne me paraît nullement jugée. Tout au moins faut-il prendre le plus grand soin pour écarter le canal déférent de la ligature ; on le reconnaît en général à sa dureté, à sa forme cylindrique ; mais, pour plus de sûreté, il est bon de le comparer à celui du côté sain , et de s’assurer qu’ils sont l’un et l’autre en dehors de la ligature. Quelques chirurgiens veulent qu’on fasse marcher le malade ou qu’on chauffe le scrotum pour faire gonfler les veines avant l’opération ; ce qui me paraît inutile d’abord , et peut-être nuisible en masquant davantage le canal déférent. Enfin, M. Vidal a noté, dans certains cas de varicocèle, une atrophie du canal déférent qui rend sa recherche plus difficile encore; il importe que le chirurgien soit prévenu de cette difficulté.
6° Des hydatides du cordon.
Le cordon spermatique peut, sans doute , comme toute autre partie, être le siège d’hydatides ; mais peut-être n’en existè-t-il pas jusqu’ici d’observation positive. Bertrandi allègue bien, dans son Mémoire sur l’hydrocèle , qu’on en a rencontré souvent ; mais outre que cette allégation se produit sans preuves , il faut se souvenir qu’au dix-huitième siècle on prenait trop facilement pour des hydatides de simples kystes séreux. C’est là aussi ce qui rend douteuse à mes yeux l’observation suivante, empruntée à Nannoni.
Obs XIII. — « Un jeune paysan portait un hydrocèle depuis son enfance. La tumeur devenant incommode, il résolut de se soumettre à T opération pour la cure radicale ; et entra à l’hôpital où il fut traité par l’incision. Quand la tunique vaginale fut ouverte, on trouva dispersées le long du cordon spermatique et sur le testicule , plusieurs petites hydatides , qui furent ouvertes avec les ciseaux. La cure s’acheva de la manière la plus simple, et le patient ne tarda pas à quitter l’hôpital, parfaitement guéri. »
L’époque moderne n’est pas beaucoup plus satisfaisante. On lit dans l’édition de Sabatier publiée sous les yeux de Dupuytren :
« Un kyste hydatique développé dans l’épaisseur du cordon ou dans celle de
Fane des bourses peut, par sa mollesse, sa résistance, par sa transparence plus oii moins marquée, par les bosselures et par les autres caractères qu il présente, faiie croire à l’existence d’une hydrocèle du cordon ou de la tunique vaginale. C’est surtout avec les hydrocèles dont la cavité est divisée par des cloisons en plusieurs cellules, qu’il est facile de les confondre.
M. Dupuytren a vu plusieurs individus d’une meme famille affectés de cette singulière maladie. 11 les a tous guéris par l’incision du kyste.»
Ces sujets dont il est ici question , portaient-ils des hydatides dans le cordon ou dans le tissu cellulaire des bourses? C’est ce que Dupuytren laisse à deviner.
A. Cooper n’a observé qu’un seul kyste hydatique dans cette région; il occupait l’épididyme.
M. Larrey a vu cinq fois des hydatides développées dans la tunique vaginale; et il exprime l’idée que si elles envahissaient le cordon, il faudrait recourir à la castration ; mais il ne paraît pas avoir observé de cas semblable (1).
Dans mes dissections de hernies et de tumeurs du scrotum à Bicêtre, je n’ai rencontré qu’un seul cas d’hydatides ; il en existait une masse ayant à peu près le volume du poing , développée dans le bassin derrière le pubis, et envoyant un prolongement dans le scrotum à travers l’anneau inguinal, mais par une éraillure du fascia transversalis et au côté interne du cordon qui restait absolument en dehors. Je possède l’observation avec un dessin de la pièce. J’en fais mention ici , parce que, si ce sujet avait été opéré, on aurait bien pu croire à des hydatides développées dans le cordon, tandis qu’elles lui étaient tout à fait étrangères.
7° Des tumeurs gommeuses ou tubercules syphilitiques du cordon .
Je laisserai de côté tout ce qui se rattache à l’histoire générale de ces tumeurs, qui se montrent à la troisième période de la syphilis, et qui, le plus souvent, se développent sous la peau, dans l’épaisseur de la langue, du voile du palais, etc. Ils sont fort rares dans le cordon spermatique, et M. Ricord est le seul, si je ne me trompe, qui en ait rapporté des observations.
Obs. XIY. — La planche 31 de sa Clinique iconographique en présente un exemple pris chez un sujet de 50 ans , qui avait eu un chancre dix ans auparavant.il portait des tubercules sous la peau du côté externe de la cuisse gauche, des deux avant-bras et du scrotum. « Quand le malade fut soumis à mon observation, dit l’auteur, je fis dessiner celui de ces tubercules qui avait pour siège le scrotum. Il était volumineux, à base profonde, englobant le cordon testiculaire jusqu’à a naissance de l’épididyme. La peau qui le couvrait et lui adhérait était d’un rouge violacé , offrant une ouverture à son sommet qui conduisait dans un foyer profond, duquel s’échappait une suppuration de mauvaise nature, et chargée de détritus organiques. Le testicule et l’épididyme étaient à l’état normal. »
(1) Note sur l’hydrocèle vésiculaire ou hydatique y Caz. médicate, 1831, p. 348.
L’iodure de potassium fut donné à la dose de 3 grammes par jour; l’ ulcération pansée avec la solution iodée. En cinq semaines tous les tubercules avaient disparu .
On pourrait se demander pourtant si ce tubercule doit être rapporté au cordon , d’autant que M. Ricord laisse entendre que, comme les autres, il avait commencé sous la peau. Mais cet excellent collègue a bien voulu me communiquer une observation encore inédite , et dans laquelle le tubercule s’était développé dans le cordon lui-même.
Obs. XV. — Bourgault, âgé de 28 ans, tempérament nervoso-bilieux, constitution sèche, avait eu à 22 ans un collier de chancres à la racine du gland. Ils disparurent au bout de quinze jours sans traitement. Depuis cette époque, il eut , à des intervalles divers , plusieurs éruptions cutanées de plus en plus graves ; la dernière survint sur la fin de 1847, et il entra le 19 novembre à l’hôpital du Midi.
Il offrait alors une syphilide tuberculo-crustacée, disséminée sur les membres supérieurs et inférieurs, pour laquelle il fut soumis de prime abord au traitement suivant ::
Iodure de potassium , 3 grammes y — deux pilules de proto-iodure de mercure ; tisane amère ; — quatre portions d’aliments.
Le 10 décembre, on ajouta un bain de sublimé à prendre tous les deux jours; le 17, on se réduisit à une pilule d’iodure de mercure, en continuant le reste du traitement.
Le 24 décembre, on reconnut, vers le haut de la moitié gauche du scrotum, une tumeur globuleuse du volume d’une noisette, assez bien circonscrite, dure, mobile, semblant comprise dans l’épaisseur de la tête de l’épididyme, et qui fut jugée une tumeur gommeuse. A gauche, presque vis-à-vis, une autre tumeur fut aperçue dans le cordon, du volume d’un cocon de ver à soie, mais dont la transparence révélait un hydrocèle enkysté. Le traitement ne fut nullement modifié.
Le 30, la tumeur gommeuse avait diminué et perdu de sa consistance ; la syphilide était guérie.
Le 4 janvier, la tumeur était réduite au volume d’un pois, dure et indolore à la pression. Mais le 7 on en aperçut une autre au côté opposé du scrotum, précisément au-dessus du kyste auquel elle était accolée ; comme lui du volume d’un cocon, dure, incompressible et un peu douloureuse à une certaine pression. Etaitce un nouveau kyste surajouté au premier? Mais il n’y avait aucune transparence; et après quelques jours d’incertitude, M. Ricord diagnostiqua une nouvelle tumeur gommeuse.
L’hydrocèle enkysté fut opéré le 13 janvier; il a été parlé plus haut de cette opération et de ses suites.
Quant à la tumeur gommeuse, sous l’influence du traitement général, elle diminua comme la première; dès le 20 janvier, elle était en pleine résolution, et le malade sortit le 8 janvier complètement guéri.
8° De quelques dégénérescences du cordon.
Le cordon spermatique est-il sujet à des tumeurs tuberculeuses ? Tout ce que je puis dire, c’est que je n’en ai vu et n’en connais aucun exemple , même quand l’affection tuberculeuse a envahi l’épididyme et le testicule. Le cas doit donc être au moins très-rare.
Je ne sache pas non plus qu’on ait vu des tumeurs cancéreuses deve-
loppées de prime-abord dans le cordon ; mais, dans diverses variétés du cancer du testicule, on voit le cordon se raccourcir, devenir dur, variqueux, parsemé de nodosités que la dissection montre dues à des dépôts irréguliers de matière cancéreuse dans les mailles de son tissu cellulaire. Quelquefois il en est infdtré en masse ; quelquefois même des tumeurs bien isolées s’y développent , remplies uniquement de la même matière ; et de semblables tumeurs ont été aussi observées dans le bout du cordon, après une ablation du testicule suivie d’abord de succès et menée jusqu’à cicatrisation.
Dans les cas de ce genre, lorsque l’altération du cordon remonte jusqu’à l’anneau, A. Cooper regarde l’ablation de la tumeur comme irrationnelle et impraticable. M. Velpeau a osé cependant disséquer trois fois le cordon jusque dans la fosse iliaque, où il en fit la ligature en masse ; et il s’agissait de cancers encéphaloïdes. Chez l’un de ces opérés, la récidive n’a eu lieu qu’au bout d’un an; un autre était guéri depuis trois ans quand l’auteur publiait son livre. C’est à peine si l’on peut se promettre de meilleurs résultats quand l’encéphaloïde est limité au testicule ; et cet exemple vaut donc la peine d’être imité.