OBSERVATION I
Tumeur du prépuce. — Ablation. — Guérison.
(Maurice Péraire. Bulletin de la Société anatomique , mars-avril 1897, fasc. 408, p. 317.
Le nommé F..., Léon, 40 ans, menuisier, né à Versigny (Aisne), se présente le 1er avril 1897, à la consultation chirurgicale de l’hôpital Bichat. Ce malade porte sur la partie inférieure du prépuce une tumeur arrondie, du volume d’une grosse noix (fîg. 1 et 2).
Fig. 1. Fig. 2.
Au toucher, cette tumeur est rénitente, paraissant soulevée par un liquide épais. Elle n’est nullement transparente ; elle ne présente ni bosselure, ni nodosités. La peau, souple, glisse sur elle sur toute son étendue ; cette peau est rouge à la portion la plus inférieure de la tumeur et sur sa face postérieure ; elle est parsemée de squames épidermiques blanchâtres, dues sans doute à des applications médicamenteuses. Le pédicule de la tumeur est formé par les replis préputiaux, et présente une largeur de trois centimètres. A la partie médiane de ce pédicule, se trouve une bride verticale saillante, qui est une expansion du frein, et qui présente une longueur de deux centimètres et demi. Cette bride verticale divise le pédicule en deux loges comparables à deux nids de pigeons. La loge droite n’offre rien de particulier. La loge gauche, au contraire, présente trois rainures appréciables à l’état de flaccidité normale de la verge, et augmentant par la tension du prépuce sous l’influence de la traction de la tumeur.
La peau qui recouvre la tumeur, ainsi que celle du pédicule, sont sillonnées de veinules bleuâtres assez apparentes.
Le malade est porteur de cette tumeur depuis sa naissance. Elle était du volume d’un pois, puis avait augmenté de volume et était devenue, en 1894. grosse comme une noisette. Depuis 1896, son volume s’est, accru progressivement, et on peut la comparer actuellement à une grosse noix. Depuis six mois, elle est restée absolument à l’état stationnaire. La peau qui la recouvre est sujette à s’excorier, surtout sous l’influence du coït ; il y a cinq jours, elle fut le siège de démangeaisons si vives, que le malade appliqua sur elle une pommade camphrée ; c’est depuis ce moment qu’il a remarqué la desquamation de cette surface cutanée.
Le malade est marié ; il a deux enfants.
Il ne présente aucune tare héréditaire ni acquise.
Dans sa famille, personne n’a eu de tumeur comparable à celle qu’il présente.
Il est robuste, bien constitué, et n’a eu comme maladie antérieure que quelques douleurs articulaires survenues il y a quatre ans, qui ne l’obligèrent pas à s’aliter, et pour lesquelles il fut soigné à la consultation médicale de Bichat. La tumeur n’augmente pas de volume pendant l’érection ; mais elle le gêne considérablement dans l’accomplissement de ses devoirs conjugaux ; et c’est pour cela surtout qu’il demande à en être débarrassé.
Toutes les précautions aseptiques habituellement prises, j’anesthésie
e pédicule de la tumeur avec la solution de cocaïne à 1 0/0, et j’enlève la tumeur sans toucher à la peau qui la recouvre. Un surjet au fil de soie est appliqué sur les lambeaux préputiaux, et un pansement à la gaze stérilisée constitue tout le pansement.
Le malade est revu les jours suivants. La guérison est complète le 8 avril ; mais par précaution, les points de suture ne seront enlevés que dans deux jours.
Réflexions. — C’est cette tumeur du prépuce que j’ai l’honneur de présenter à la Société anatomique. L’examen histologique, confié à M. le docteur Pilliet sera donné ultérieurement.
Avant toute chose, j’ai tenu à insister sur la rareté de ces tumeurs. Macroscopiquement celle-ci ressemble à un kyste soit sébacé soit dermoïde. Le professeur Terrier à qui j’ai eu l’occasion de la montrer hier soir pencherait vers cette dernière hypothèse.
Il a observé des kystes dermoïdes du raphé scrotal, mais n’en a jamais vus au niveau du prépuce. Dans le Dictionnaire de Dechambre, les fibromes et les lipomes du pénis sont signalés comme des exceptions. Dans le Traité d’anatomie pathologique de Cruveilhier, t. III. p. 33^, il est question d’une tumeur trouvée sur la verge d’un cadavre ; elle avait le volume et la forme d’un petit œuf de poule : La peau ayant été incisée, ou vit un kyste formé dans le tissu cellulaire lâche qui se trouve entre h s membranes cutanée et muqueuse du prépuce.
La matière contenue, qui était solide, put s'enlever en masse. Elle était recouverte par une couche blanche et grasse qui avait l’odeur de l’humeur sébacée que fournissent les follicules du gland. « Il est infiniment probable, ajoute
Cruveilhier, que ce kyste avait son siège, non dans un follicule sébacé de la peau, ruais dans un de ceux du feuillet micutané, mi-muqueux qui constitue la membrane interne du prépuce ». La même opinion a été exprimé par Fano (Gaz. d°s Hôp. 1867), qui a relaté deux observations de kystes sébacés sous-préputiaux. Dans ces deux cas, il s’agissait d’enfants de trois ans et de vingt-six mois ; chez ce dernier, il n’existait pas moins de six tumeurs dont le volume variait de celui d’un grain de millet à celui d’un haricot.
L’examen microscopique a été fait par le docteur A. Pilliet et inséré dans les Bulletins de la Société anatomique de Paris, en mai 1897, sous ce titre ? Kyste sébacé du prépuce, , par le docteur Maurice Péraire. (But. de la Soc. A nat. de Paris, mai 1897, p. 423).
J’ai donné le mois dernier la relation clinique d’une tumeur du prépuce . Voici l’examen microscopique de cette
tumeur que je dois à l’obligeance de mon excellent ami le docteur A. Pilliet, chef du laboratoire de clinique chirurgicale de la Charité.
La structure de ce kyste est simple (fîg. 3). La paroi épithéliale interne forme une ligne continue régulière, qui n’est soulevée par aucune papille. Elle est composée de cellules polyédriques, sur cinq à sept couches suivant les points. Les plus superficielles sont applaties, mais sans transformation cornée, et beaucoup conservent leur noyau en même temps que le cytoplasma se charge de graisse. C’est ]eur desquamation qui constitue la masse sébaeée incluse.
Le chorion est régulier, parcouru de vaisseaux nombreux, sans trace d’inflammation.
La peau, dont le kyste est séparé par une couche de tissu
HARDY
cellulaire lâche, présente son épithélium ordinaire avec les différentes couches distinctes, sans transformation cornée et par conséquent sans éléidine. Les papilles du derme sont lâches et très chargées de petites cellules rondes qui dénotent un véritable processus inflammatoire. Le chorion sous-
jacent est très riche en fibres élastiques et contient quelques faisceaux de fibres musculaires lisses. Il n’est pas enflammé.
On ne constate nulle part la présence d’enfoncements, de cryptes ou de glandes de Tyson.
En résumé : Kyste sébacé simple du prépuce. En raison de l’inflammation du derme, il faut peut-être penser à une inclusion traumatique épithéliale.
Voici une autre observation de kyste sébacé du prépuce.