ANATOMIE DES GLANDES LYMPHATIQUES
La texture des glandes lymphatiques est encore trop peu connue, elle est surtout trop contestée pour qu’on puisse l’accepter sans examen. Il y a dans leur structure des points admis aujourd hui par tout le monde; d’autres sont interprétés différemment par les différents anatomistes. Pour me faire une opinion au milieu de ce conflit d interprétations diverses, j’ai voulu étudier moi-même cette structure, et vérifier autant que possible les assertions émises à cet égard.
Enveloppe. — Toute glande lymphatique est limitée par une enveloppe lamelleuse et feutrée, que Teichmann considère comme une expansion de la tunique externe des vaisseaux allerents et elïéients, les faisceaux de fibrilles conjonctives sont entremêlés de fibres élastiques fines, de corpuscules fusiformes (Robin), et même de fibres musculaires lisses? (Gerlach). De sa face profonde partent des expansions très-ténues, qui se ramifient dans 1 épaisseui de l’organe dont ils séparent et soutiennent les
autres éléments. L’arrangement de ces expansions lamelleuses est tel, qu’elles circonscrivent des loges ou alvéoles qui communiquent entre elles, tout en affectant, du centre à la périphérie, des formes différentes. Il en résulte qu’à la coupe la glande apparaît comme formée de deux parties distinctes : l’une périphérique ou corticale, l’autre centrale ou médullaire.
La première se compose de loges tubuleuses, accolées les unes aux autres et formant comme autant de rayons divergents autour de la masse centrale ; celle-ci, au contraire, n’offre aucune apparence d’arrangement symétrique : ses loges, ovalaires ou arrondies, sont pressées les unes contre les autres, au hasard et sans ordre déterminé.
La coloration de ces deux parti 3S n’est pas moins tranchée : la substance médullaire est rosée, la substance corticale est d’un blanc cendré et prend un aspect jaune-cireux lorsqu’on l’examine par transparence à travers une tranche mince.
Parenchyme. — La pulpe glandulaire se trouve contenue dans les alvéoles du stroma que je viens de décrire ; elle est identique dans l’une et l’autre substance, son arrangement seul diffère. L’élément fondamental de ce parenchyme est un follicule ou grain vésiculeux , muni d’une paroi propre selon M. Robin, dépourvu d’enveloppe spéciale selon la plupart des micrographes allemands, et dès lors pouvant communiquer avec les follicules voisins.
Deux éléments s’unissent pour composer ce follicule : 1° un réseau très délicat (réticulum, réseau intra-alvéolaire) de cellules étoilées et anastomosées, d’où résultent des mailles arrondies ou polyédriques plus ou moins larges selon l’état de réplétion ou de vacuité de l’organe. Ces cellules étoilées se condensent vers la périphérie du follicule pour lui former une enveloppe plus ou moins complète, et leur cavité communiquerait en outre, d’après Brucke, avec celle des canaux lymphatiques. 2° le second élément est contenu dans les mailles du réticulum et formé, en majeure partie, par des épithéliums nucléaires sphériques d’un diamètre de 0mm oo7 à 0ra,008. Ces corpuscules lymphatiques sont assez analogues aux leucocytes, dont ils se distinguent parleur résistance à l’action de l’eau et de l’acide acétique. La pulpe contiendrait également d’après M. Robin quelques cellules complètes, polygonales, à un ou plusieurs noyaux.
Vaisseaux. — - Un système particulier de vaisseaux sanguins se distribue au follicule et complète son organisation.
A sa surface s’étend un lacis de capillaires à mailles assez serrées; quelques-uns de ces capillaires perforent l’enveloppe, pénètrent dans le follicule et se ramifient à l’intérieur, en formant un réseau intra-folliculaire d’une délicatesse extrême.
La disposition des vaisseaux lymphatiques est moins bien déterminée, et ici commencent les divergences entre les micrographes.
îl résulte des recherches de Frey, dont les résultats sont aujourd'hui adoptés par le plus grand nombre des observateurs, qu'il existerait deux systèmes de vaisseaux lymphatiques à l’intérieur de ces grandes : l’un superficiel, en communication directe avec les vaisseaux afférents . serait constitué
par des sinus qui entoureraient la base des follicules de la substance corticale, et formeraient entre eux et l’enveloppe extérieure un espace lymphatique cloisonné et d’aspect caverneux. Ces sinus communiqueraient indirectement avec les lymphatiques efférents par l’intermédiaire de conduits réticulés ou intra-caverneux, dont la description viendra plus tard. En outre, comme les follicules glanduleux, d’après le même auteur, seraient dépourvus de paroi propre, la lymphe pourrait librement se répandre du sinus dans les interstices du follicule, et, de là, dans le second système de canaux qu’il nous reste à décrire.
C’est à la présence de ces canaux que la substance médullaire doit l’aspect spongàeux qu’elle présente. Si l’on suit ces canaux sur une coupe mince, voici ce que l’on observé : de chaque follicule de la substance corticale partent un ou plusieurs tubes qui s’anastomosent largement entre eux et vont finalement aboutir à un autre follicule. Le centre, ou l’axe de ces canaux, est occupé par un ou plusieurs capillaires sangaiins, dépourvus de leur tunique ad« ventice ; et autour d’eux circulent le fluide et les corpuscules lymphatiques. Ces canaux constituent donc pour les vaisseaux sangaiins une véritable
gaine lymphatique. His et Frey admettent que la paroi du lymphatique est lisse à l’intérieur, de sorte que le vaisseau sanguin et son lymphatique représentent deux cylindres indépendants quoique emboîtés l’un dans l’autre, cylindres parcourus l’un par le sang, l’autre par la lymphe. Les échanges entre ces deux fluides seraient favorisés par le peu d’épaisseur de la membrane qui les sépare, puisque le capillaire sanguin se trouve réduit à une seule tunique.
Cette disposition du vaisseau sanguin et lymphatique est vraie et facile à constater; mais, d’après mes recherches, la cavité du lymphatique n’est pas libre, comme le veulent ces auteurs : elle est cloisonnée. De la périphérie du capillaire sanguin partent de fines trabécules anastomosées entre elles et formant autour du vaisseau central un réseau caverneux parcouru par la lymphe. Ces trabécules se condensent pour former la paroi du lymphatique. Il semble en d’autres termes que la lymphe se soit créé une voie entre la tunique moyenne et la tunique externe du vaisseau sanguin, les écartant l’une de l’autre, les décollant en partie pour se frayer un passage d’un follicule à l’autre. Le lymphatique emprunte, pour ainsi dire, la membrane adventice du vaisseau sanguin pour en faire sa propre paroi. Aussi le nom de g aîné lymphatique, inventé par M. Robin, convient-il parfaitement aux canaux lymphatiques de His et Frey.
Voici, du reste, la moyenne des diamètres que j’ai relevés sur plusieurs de mes préparations :
1° Diamètre des deux canaux réunis, lymphatique et sanguin . 0mm,279
2° Diamètre du capillaire sanguin inclus . 0mm,133
3° Diamètre de J'espace lymphatique intermédiaire . 0mm,073
4° Épaisseur de la paroi du vaisseau sanguin. . . Cum\010
5° Épaisseur de la paroi du canal lymphatique. 0mm,023
Je n’ai pu constater, malgré des recherches multipliées , ni h abouchement du canal lymphatique avec le follicule , ni la continuité (His et Frey) (1) de la paroi du lymphatique avec celle de ce même follicule. Aussi reste-t-il un doute dans mon esprit sur cette disposition compliquée.
D’après Frey, outre les canaux lymphatiques anastomosés qui relient les follicules de la substance corticale, il existerait entre ces tubes et au milieu de la substance médullaire, un système de cellules étoilées et anastomosées, que cet auteur considère comme des conduits réticulés ou intra-caverneux qui communiqueraient, d’une part, avec les canaux lymphatiques, de l’autre, avec les sinus périphériques, et en troisième lieu avec les lymphatiques efférents. Ges cellules, dites aussi plasmatiques, seraient ainsi le trait d’union entre les différents vaisseaux d’une gdande lymphatique, et constitueraient un véritable système de dérivation, destiné à recevoir le trop plein des sinus et des canaux, pour le transmettre aux troncs lymphatiques efférents.
(1) Voir pour plus de détails Cruveiihier et M. Sée ; Traité d'anatomie descriptive , t. III, p. 272; Paris, 1867.
Si maintenant on suit le cours de la lymphe à travers une grande, on voit qu’elle y entre par les sinus lymphatiques de la substance corticale, et quelle peut prendre deux voies : ou bien elle pénètre dans les canalicules des cellules plasmatiques et arrive directement jusqu’aux lymphatiques efférents; ou bien elle reflue dans les interstices des follicules, qui la transmettent aux canaux lymphatiques, et alors elle revient encore aux vaisseaux efférents par le même système de conduits réticulés.
Dans ce trajet compliqué, la lymphe se trouve en rapport intime, d’une part, avec les capillaires sanguins, et de l’autre, avec les corpuscules lymphatiques ; et ces corpuscules incessamment entraînés par le courant liquide, deviendraient une des origines principales de la lymphe (Frey, Virchow). Cette opinion toute allemande est contredite par M. Robin, qui fait observer avec raison que la lymphe existe déjà dans le canal thoracique de l’embryon avant qu’aucune gdande lymphatique se soit développée.
Cette objection capitale jette un doute sur la fonction des gdandes lymphatiques, telle qu'elle est acceptée par nos voisins, et de nouvelles recherches sont nécessaires pour asseoir sur des bases solides la physiologue de ces organes. Ce côfé de la question . se trouve clairement exposé dans les excellentes leçons de pathologie expérimentale de M. le professeur Germain Sée pet nous ne saurions mieux faire que d'v renvoyer le lecteur.
Anger.