‹ Des Tumeurs Gazeuses du CouChapitre 19 sur 33 · II. — Signes fonctionnels · texte numérisé non relu

II. — Signes fonctionnels

PHONATION. — Dans quelques cas rares, la voix était restée normale. Mais le plus souvent elle éprouve des modifications de diverses espèces, depuis l’affaiblissement Jusqu'à l'aphonie. Les deux sous-officiers observés par Larrey ne pouvaient se faire entendre, et encore n’était-ce qu'à voix basse, qu'en comprimant leur goître avec les mains. Le malade de M. Beausoleil, au contraire, devenait complètement aphone, si l’on comprimait la tumeur même très légèrement avec le doigt.

Dans d’autres cas la voix devient rauque, le die vrotante. Elle s'accompagne d’un sussurus particulier, que le son « ouvouvou », émis très bas, traduit assez fidèlement.

Les uns ont expliqué ces faits par l’inflammation concomitante du larynx, les autres par les modifications que fait subir l'affection à l’air expiré; on pourrait toutefois faire jouer aussi un certain rôle au déplacement, au tiraillement et peut-être aussi à la paralysie des cordes vocales.

ResprRATION. — Les troubles respiratoires, nuls dans certains cas, étaient au contraire très accentués dans d’autres. On a signalé une dyspnée intense, rarement continue, le plus souvent paroxystique, comparable à celle que l’on observe dans le goître suffocant.

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Le malade de M. Peschaud était rendu dyspnéique, quand sa tumeur atteignait un grand développement, ce qui lui arrivait surtout la nuit, quand les muscles du cou se trouvaient tendus. — De même le malade de M. Ledderhose avait des accès de suffocation plus fréquents la nuit, mais pour une cause bien différente : Si le malade s’abstenait pendant un certain temps de parler, de tousser ou de déglutir, ce qui arrivait pendant le sommeil, la tumeur intra-laryngée se vidait, s’affaissait et s’interposait pendant l'inspiration entre les cordes vocales etempêchait ainsi le passage de l’air. Chose singulière, chez le même malade, la respiration devenait irrégulière, à la suite des tractions faites, pendant l’opération,sur la poche kystique.

Les Arabes observés par Larrey ne pouvaient respirer que la bouche ouverte.

Dans le cas de Devalz, la contiguité de la trachéocèle avec le poumon droit déterminait au sommet de ce dernier un bruit amphorique qui fil supposer un instant l'existence d’une vaste caverne.

La roux était certainement indépendante de la tumeur dans quelques cas ; chez le malade de Detis elle persista après la guérison.

Dans d’autres cas au contraire, elle en dépendait, sans aucun doute. C’est ainsi que les accès de toux et l’expectoration abondante ont complètement disparu après l’opération chez le malade de Baraez.

Souvent, elle fut la cause déterminante de l’aérocèle, dont le volume grandissant devait à son tour entretenir la

toux en comprimant le poumon ou le nerf récurrent (Verneuil).

Les aérocèles survenant souvent chez des malades atteints d’affections pulmonaires, il est assez difficile, comme le remarque très bien M. Peschaud, de faire la part qui revient à chaque maladie.

. DéGLuririon. — La dysphagie a été assez fréquemment signalée. C'est surtout les liquides qui passent difficilement, encore qu'en pelite quantité. Ils provoquent parfois des crises d’étouffement ou des quintes de toux et sont rejetés par les fosses nasales (Ledderhose, Bensch, Broca).

EXPECTORATION. — [l en est de l’expectoration comme

de la toux. Souvent due à une bronchite concomitante, elle dépendait dans d’autres cas,de la tumeur. Abondante et accompagnée d'accès de toux violents, elle disparut complètement après l'extirpation de la tumeur chez le malade de M. Baracz. à

Dans le cas de Béhier, l'ouverture de l’abcès qui donna

lieu à l’aérocèle, s’accompagna de l’expulsion, sans aucun effort de toux, de six crachoirs de pus en trois jours ; dans d’autres cas dus à la même cause, elle était accompagnée d'effort de toux.

TROUBLES CÉRÉBRAUX. — Ces troubles furent signalés déjà par Rullier qui les croyait proportionnels aux dimensions de la tumeur. Les sergents de Larrey étaient sujets à des migraines rebelles, à des menaces de congestion encéphaliques, tenant sans aucun doute à la gène de la circulation en retour. De même le malade de M. Peschaud, présentait des céphalalgies intenses el dans les accès de suffocation, sa face se congestionnait, les yeux devenaient larmoyants, les veines du cou turgescentes, et, si cet état se prolongeait, il était pris d’éblouissements, qui l'obligeaient à chercher un appui.

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Dans le cas de M. Ledderhose, la respiration artificielle seule, longtemps entretenue, pouvait faire sortir le malade de l’état de suffocation dans lequel il se trouvait.

$ 5. — Marche. — Durée. — Terminaison.

D'après ce qui précède, nous avons vu qu'en réalité, on décrit sous le nom de tumeurs aériennes du cou, plusieurs affections d’origine très diverse ; aussi, leur marche, leur durée et leur terminaison varieront-elles beaucoup d’une espèce à l’autre.

Leur début est tantôt lent et silencieux et ce n’est que par hasard que l’on s'aperçoit de leur existence(1).— Tantôt ce sont les troubles fonctionnels qui appellent d’abord l'attention, et, à l'examen on ne trouve qu'une petite voussure, ignorée auparavant.— Tantôt enfin, la tumeur apparaît brusquement, au moment d'un effort, soit au cours d’une maladie accompagnée de violents accès de toux, soit pendant un accouchement,ou à la suite des vomissements, et, dès le début, elle acquiert un volume considérable, ou bien encore, un abcès de voisinage, s’ouvrant dans les voies aériennes, remplace son contenu par de l’air et l’aérocèle est ainsi produite.

Ces tumeurs une fois constituées pa une marche très variable. Dans les cas les plus heureux, elles diminuent progressivement de volume et disparaissent complètement en quelques jours. Ce sont ces cas, dans les-

(1) Ainsi c’esten se faisant la barbe, que le malade de M. Norris-Wolfenden remarqua la tumeur pour la première fois.

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