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qu’à porter toute sa vie un appareil gênant. Ne pouvant se livrer à aucun travail exigeant le moindre effort, sans cesse en danger des complications que nous avons énumérées plus haut, il sera souvent conduit à l'hypochondrie. Son existence lui deviendra à charge et il réclamera le secours de l’art.
Faut-il alors intervenir d'une manière plus active, et pratiquer une opération ?
Non ! répond M. Gayet, car « toute intervention chirurgicale serait pire que le mal ».
M. Peschaud va jusqu’à incriminer Heidenreich qui «n'a pas craint de faire courir à son malade tous les dansers de l'incision de la poche, et n'obtint cependant qu’un résultat incomplet ».
A la vérité, ces auteurs ne connaissaient que l'opération faite par Heidenreich. Cependant, déjà longtemps auparavant, Fardeau avait incisé, réséqué même une partie de la peau qui formait la paroi de la tumeur, et quinze jours après, la guérison était parfaite.
Aujourd'hui nous ne redoutons pas autant l’infection, et une incision nous fait moins peur. Les progrès de lanlisepsie ont enhardi la main du chirurgien. On fait journellement des opérations réputées autrefois graves, sans faire courir au malade un danger bien sérieux.
Et alors, doit-on se croiser les bras en présence d’un malade atteint d'une aérocèle rebelle, le laisser souffrir sans essayer de remédier à son mal par une intervention logique ? Evidemment non ! Les faits sont assez probants à cet égard.
Dans aucun des cas où on a eu une terminaison fatale à
enregistrer, celle-ci ne peut être attribuée à l'opération. Au contraire, les heureux résultats, obtenus par Fardeau, Binaut, K..., Textor, Langenbeck, Ledderhose, Madelung, Baracz, A. Broca, plaident en faveur du traitement chirurgical.
Mais, si lon peut intervenir dans la plupart des occasions, si l'on doit le faire dans beaucoup de cas, nous sommes loin de dire qu’une opération est toujours indiquée. Car, que peut un chirurgien en face d’un malade atteint d’une ectasie de la trachée, résultant d’une paralysie du même conduit, ou en présence d’une tumeur gazeuse, dont le point de départ est profondément logé dans le thorax et inaccessible à ses instruments ? — En outre, si à cause de l'état général du malade l'anesthésie est contre-indiquée, l’opérateur hésitera à intervenir, et dans ces cas malheureux l’art sera impuissant, et le malade devra être forcément abandonné à son triste sort.
En dehors de ces cas exceptionnels, qui sont heureusement très rares, on aura à choisir entre les deux procédés suivants :
1° L’incision, suivie ou non de l’obturation de l’orifice de communication.
20 L’ablation, suivie de l’obturation de même orifice.
‘ L'incision était déjà conseillée par Albucasis, par Plater, par Callisen. Ce dernier pensait qu’on pouvait ouvrir la tumeur, rechercher le point d’où provenait l’air et y appliquer le traitement des plaies de la trachée.
Fardeau au commencement de ce siècle la pratiqua sur une énorme tumeur du cou, qui contenait, en plus de l'air, encore quatre livres de liquide. Il restait alors une si
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grande quantité de peau, que l’auteur fut obligé d’en exciser, dit-il, au moins une demi-livre. Il apereut la trachéeartère, dont les espaces membraneux totalement détruits, livraient passage à l’air : de là la perte de la voix, qui revint aussitôt qu’on eutrecouvert ce canal avec les lambeaux de peau exactement rapprochés et réunis au moyen d’emplâtres agglutinatifs. Le lendemain, boursouflement et inflammation considérable. M. Fardeau craint de voir la gangrène s'emparer du tube aérien; mais à son grand étonnement, le désordre s’apaise au bout de 3 ou 5 jours, les téguments se réunissent sur la trachée, et quinze jours après la guérison élait parfaite.
Heidenreich fut moins heureux. Il incisa un kyste gazeux du corps thyroïde, mais les parois très épaisses, ne se réunirent pas. Il tamponna alors la cavité avec de la charpie, dans l'espoir de détruire la tumeur par suppuration. Ce vœu ne fut pas entièrement réalisé. Deux mois après l'opération la plaie se cicatrisa, malgré toutes les précautions qu'on prit pour la tenir ouverte. Néanmoins le goître avait diminué de plus de moitié.
Binaut (de Lille), en 1863, incisait un abcès volumineux du cou, 6 jours après son ouverture dans la trachée. Par ce moyen il évacua le pus, et empêcha l’aérocèle de se développer. La respiration se fit pendant plusieurs jours, partie par le larynx, partie par l’incision, puis celle-ci se ferma peu à peu en une dizaine de jours par la cicatrisation du foyer de l’abcès.
Une conduite pareille fut tenue dans une observation, dont nous regrettons de ne pas connaître l’auteur (1). Il
(1) K..., Correspondenzblatt für Schveizer Acrzte, 1873, p. 589.
s'agissait d'un homme âgé de 40 ans, chez lequel un phlegmon se montra dans la région sous et sus-claviculaire. La fluctuation était manifeste en cet endroit et au bout de quelques jours le pus se fit passage à travers les voies aériennes. Le malade eut plusieurs accès de toux et rendit dans chacun d'eux quantité de pus. Puis, la fluctuation disparut, et, au lieu de pus, on put constater la présence de l'air. L'incision paraissait d'autant plus indiquée, que l'on craignait que l'air ne pénétrât plus profondément audessous des parties molles du cou, el ne produisit des accidents de putréfaction. Ces craintes n'étaient que trop fondées. La sonorité tympanique augmentait et s’étendait déjà depuis l’aphophyse mastoïde jusqu’au-dessous de la clavicule. On fit alors l’incision de la tumeur sur un point déclive (au niveau de la deuxième côte) et le pus trouvant ainsi une voie directe, s’évacua en grande quantité au dehors. On plaça un drain et on fit un pansement à la charpie. L'état était très grave. Néanmoins l'amélioration survint, et au bout de 20 jours la plaie était fermée, ainsi que le son aérique disparu, et le malade se sentait très bien.
De ces heureux résultats, il ressort que le traitement par incision doit être appliqué :
1° Aux tumeurs aériennes du cou qui se développent consécutivement à un abcès du cou, vidé dans les voies aériennes, soit que la compression se montre insuffisante, soit que l'évacuation du pus soit difficile et imparfaite, soit enfin que l’état général du malade exige une intervention immédiate.
Il n’est pas besoin d'ajouter que les abcès et les phlegmons du cou demandent une intervention précoce, qui
pourra empêcher leur ouverture dans les voies aériennes et par suite l’irruption de l'air dans leur cavité.
2° Aux aérocèles à développement brusque : &) quand l'orifice qui fait communiquer la tumeur avec l'arbre aérien est large, ne se referme pas et lorsque la compression appliquée dans ce cas n'apporte pas d'amélioration ; 4) quand il survient des complications inflammatoires du tissu cellulaire qui forme la poche de la tumeur. |
En tout cas, on devra rechercher l’orifice de communication et tenter son obturation, soit en rapprochant ses bords, soit en y appliquant une partie de la paroi que l’on avivera au besoin.
Si l’orifice de communication est le résultat des ravages de la tuberculose, l'opération devra être complétée par un grattage soigneux et la cautérisation des parties lésées, au besoin même par leur extirpation. L'état du poumon et l'état général du malade décideront de l'opportunité d’une pareille intervention.
L'ablation. — Albucasis la réservait aux tumeurs petites et renfermées dans un kyste.
A notre avis, l’ablation est indiquée comme traitement des tumeurs gazeuses du cou à développement lent et progressif, résultant de la distension d’une cavité préexistante, normale ou anormale, sous l'influence de l’effort, ayant une paroi propre organisée, et à l’égard desquelles la compression ne serait qu’un moyen palliatif, souvent très insuffisant.
Elle semble avoir été pratiquée dans un cas par Textor et dans un autre par Langenbeck ; mais nous ne connaissons du premier que la citation faite par Virchow, et du