ET FA
crit cette affection d’une manière plus détaillée. Sa description renferme à peu près tout ce qu’on a répété ensuite pendant plus de deux siècles. La résonnance à la percussion, la dépressibilité, l'accroissement rapide, la gêne de la respiration, allant quelquefois jusqu’à la suffocation, la voix rauque y sont mentionnés.
Plater pense que cette tumeur a pour cause l’irruption de l'air sous la peau et les aponévroses situées à la partie antérieure du cou, par suite d’un effort. Ces membranes étant soulevées, il se forme ainsi un espace, dans lequel l'air se précipite des parties voisines, par horreur du vide.
Il combat la théorie de la pituite, soutenue par Fernel, Riolan et Paul Barbette, d’après laquelle les tumeurs, coulant peu à peu du cerveau et des autres parties extérieures, s'amassent en cet endroit. Comme traitement, il propose des applications astringentes et l’incision comme dernière ressource.
Verduc (1), à la fin du XVII siècle, émet la {héorie de la circulalion des esprus animaux dans les nerfs. I répète, à peu de chose près, ce que Plater a dit avant lui.
C’est vers cette époque qu'a été recueillie la première observation, que les auteurs donnent comme exemple de tumeur aérienne du cou. Elle est due à J. Muys (2).
En 1726, Joh. Dan. Gohl a publié une observation d’aérocèle congénitale (3).
(4) Verouc (J. B.), Pathologie de chirurgie, Paris, 1693, 2° édit., LH, pr 281,Paris. 1701, (2) J. Muys, Praxis medico-chirurgica rationalis, Amsterdam, 1695, p.387. à (3) J. D. Gour, Actorum medicorum berolinensium, vol. 6, p.70, 1276. KOËTNIK 9
Heister (1), en 1718, paraît avoir, le premier, donné, aux kystes aériens du cou, le nom de frachéocèle. Il recommande l'emploi de la compression dans le traitement de là trachéocèle. |
De la Faye (2) mentionne la bronchocèle ou hernie de la trachée-artère, formée par le déplacement d’une partie de la membrane intérieure de ce conduit. Cette membrane, en se dilatant, passe entre les anneaux cartilagineux de la trachée-artère et forme à la partie antérieure du col une tumeur mollasse, sans douleur, et qui s'étend, quand on retient son haleine.
Louis (3), en 1751, Savary (4), en 1770 et Girard (5), en 1775, nous donnent presque la reproduction de la note de de la Faye.
Calisen (6) décrit le goître emphysémateux et le goître hernieux (struma herniosa).
En 1792, J.P. Frank (7) décritle fkyréophyme emphysémaleux etle thyréophyme herniaire. La toux, les efforts de l'accouchement, le vomissement, les cris, le chant aigu et répété, peuvent, d’après lui, donner lieu à ces tumeurs aériennes. Ainsi l’auteur les a vu survenir chez les phtisiques, à la suite d’accès de toux, de coqueluche, et même
(4) Institutions de chirurgie, trad. française, t. III, p. 187, 1770. (2) Remarques sur le cours des opérations de chirurgie de Dionis ajoutées ]
(3) Encyclopédie de Diderot, art. Bronchocèle, 1751.
(4) Notes à la traduction de l'Essai sur l'hydropisie de Monro, 1770, p- 186.
(5) Traité des tumeurs connues sous le nom de loupes, Londres et Paris, 1775, p. 406.
(6) Systema chirurgiae hodiernae, t. Il, p. 123, 4800.
(7) Traité de médecine pratique, trad. française, 1820, t. IV, p. 25.
SR |Acee
dans une violente attaque d'hystérie. Le ayréophyme emphysémateux, produit par la déchirure de la membrane interne du larynx, est dépourvu de crépitation ; il se dissipe généralement en peu de jours.
I n’en est pas de même du {ayréophyme aérophore, qui survient quand la membrane muqueuse trachéales’échappe dans l'intervalle de deux cerceaux cartilagineux, et forme une hernie à laquelle convient le nom de #ronchocèle ou mieux encore la dénomination de /rachéo-aérocèle. « Ce trachéophyme herniaire a une marche beaucoup plus lente que les autres ; l’air dont la hernie est remplie se renouvelle continuellement, et le cou présente une tumeur permanente, indolente, légère, élastique, disparaissant sous la pression et revenant aussitôt qu'on cesse de l'exercer, augmentant de volume lorsque le malade retarde l’inspiration ». Cette espèce de goître, au dire de Frank, a été décrite par un chirurgien anglais et un chirurgien fran- Cals.
Richter (1), dans une description du goitre emphysémateur, en admet trois sortes.
Dans la première l’air est contenu dans le corps thyroïde et dans le tissu cellulaire voisin ; il yentre par les conduits qui amènent le mucus de la glande dans le larynx.-— Dans la deuxième variété, l’air entre dans le tissu cellulaire de la thyroïde par une fissure, formée dans un des interstices membraneux, situés entre deux anneaux cartilagineux de la trachée. — Dans la troisième variété enfin, la membrane interne de la trachée fait hernie.
(1) RioxTER (A. GA Anfangsgrunde der Wundarzeneikunst, trad. ital. par Vozri, sous le titre : Elementi di Chirurgia, t. IV, p. 276, Pavia, 1801.
Re GR
En l'an VIT (1800), Fodéré, dans son Traité du goitre, parle du goitre flatulent ou venteux, produit par la pénétration dans le corps thyroïde d’air venu de la trachée, à la suite d’une forte expiration.
Flajani (1), en 1802, puis S. Cooper (2) acceptent également cette manière de voir.
En 1817, Rullier, dans l’article goitre du Dictionnaire en 60 volumes, admet l'existence de la variété aérienne de cette affection, mais non l'explication qu’en donne Fodéré. D'après lui, cette lésion peut provenir d'une hernie de la trachée, mais non de l'infiltration gazeuse du corps thyroïde. L’admission de cette dernière variété de goître repose en grande partie sur l’hypothëse des conduits thyroïido-trachéaux, émise et défendue par Bordeu (3), puis par Lalouette, dont les expériences paraissent à Rullier mal conduites et sans valeur. Rullier paraît plus disposé à croire aux observations de Muys et de Manget, sur la hernie de la trachée.
La théorie de la pénétration de l'air, provenant des voies aériennes, dans le tissu glandulaire à été reprise par Fardeau et combattue par Renauldin (4), à propos d’une observation d'autant plus intéressante, qu'elle est la première et l'une des rares dans lesquelles les lésions de la trachée aient été examinées et décrites. Une intervention
(4) Collezione d'osserv. e reflessioni di chirurgia, Roma, 1802, t. LIT.
(2) À dictionary of pract. Surgery. Trad. française d’après La 5e édit., Paris, 1826, t. I, p. 239.
(3) Recherches sur les glandes, Paris, 1751.
(4) Rapport fait à la Société médicale d'émulation, le 13 frimaire an XI (Journ. gén. de méd. de Sédillot, t. XVI, p. 62). |
rl —
chirurgicale aussi logique que hardie amena la guérison de la tumeur.
Nous voici donc arrivé vers 1825, dit M. L. H. Petit, et nous ne trouvons que des descriptions didactiques, plus ou moins courtes, à peine deux ou trois faits peu probants. C'est qu’en vérité, toutes les descriptions sont bien plutôt basées sur des idées théoriques que sur des réalités ; la plupart des auteurs avaient parlé de l'affection qui nous occupe, sans en avoir Jamais vu.
Ceci nous explique pourquoi Richerand, Boyer, Vidal (de Cassis), Nélaton, qui écrivaient d’après les faits qu'ils avaient compulsés ou observés, n'ayant trouvé rien de bien net sur les tumeurs aériennes du cou, malgré le grand nombre de descriptions qui en étaient faites, ont passé presque sous silence cette affection.
« Avec Larrey père, dit avec raison M. Peschaud, la question entre dans une voie plus scientifique et plus positive. Ce grand chirurgien avait remarqué que les Arabes, chantant en haut des minarets, étaient souvent atteints de tumeurs bizarres, siégeant au-devant du cou ou sur les côtés du larynx. Il observa le même fait chez deux sergents instructeurs, que leur métier obligeait aussi à de nombreux efforts de voix. Ces tumeurs qu'il appelait: goître aérien, vésiculaire, pneumo-quttural, bronchocé le, 1 les a décrites d’une façon très complète dans une de ses cliniques (1), et a cherché à en expliquer la formation, aussi bien qu’à en instituer le traitement. Elles sont produites par les cris et les chants exagérés. Cette sorte de goître,
(1) D. J. Larrey, Clinique chirurgicale, t. I, p. 81. Paris, 1829.