‹ Des tumeurs kystiques de la mamelleChapitre 2 sur 14 · KYSTES SIMPLES · texte numérisé non relu

KYSTES SIMPLES

Parmi les quatre variétés réunies par A. Cooper(l) sous le nom de maladie hydatique de la mamelle, et dans lesquelles on trouve soit une matière fibrineuse, soit des masses de lymphe coagulable associées aux cavités closes, il est facile de voir que Fauteur anglais a cru bien à tort observer des kystes simples, et qu'il a méconnu leurs rapports intimes avec les tumeurs. On peut faire le même reproche à Nélaton et à Velpeau, bien qu'ils aient signalé à part les cavités qui viennent compliquer l'adénome et le cancer. Mais, dans l'étude qu'ils font des kystes essentiels, en prenant pour base de leur classification la forme et le nombre des vacuoles (uniloculaires, multiloculaires), ou la nature du contenu (séreux, séro-sanguîn, séro-muqueux), ils n'enseignent que peu de chose sur la pathogénie ; d'autre part, en décrivant autour de la paroi des tissus indurés, hypertrophiés, ils nous fournissent la preuve qu'ils ont vu plusieurs fois, sans le savoir, des lacunes surajoutées aux tumeurs. Témoin ces paroles de Nélaton: « Quand il y a un seul kyste, les parois sont minces ; on dirait une membrane séreuse véritable, normale. Quand il y en a plusieurs, le tissu de la mamelle, ou plutôt un tissu de nouvelle formation leur donne une sorte de gangue et rend leurs parois épaisses (2). » Il ajoute qu'après l'établissement d'une fistule, ces indurations se développent, et que le chirurgien peut croire à une tumeur

(1) A. Cooper, Œuvres ckirurg., trad. Cliassaignac et Richelot, 1837.

(2) Nélaton, Kystes mulli-plcs de la mamelle, Gaz. des Hop., 1851, p. 317.

de mauvaise nature. Aujourd'hui, beaucoup de ces kystes multiloculaires se rangeraient dans l'histoire des néoplasmes qui végètent à l'intérieur des cavités closes.

Cette association pathologique a été commentée par tous les auteurs depuis B. Brodie (1), qui donna le nom de sarcomes séro-cystiques à un certain nombre de tumeurs composées. Je laisse de côté, jusqu'à nouvel ordre, cette face de la question.

En France, Lebert décrivait des kystes clos, nommés glandulaires par le professeur Broca, et formés par l'ectasie des culs-de-sac dont le goulot s'est -oblitéré. M. Verneuil, dans une discussion à la Société de chirurgie (1855), met en avant la dilatation des galactophores, et celle des grains glanduleux, qu'ils aient perdu ou conservé leur connexion avec les canaux excréteurs. En Angleterre, Paget, à côté de ses kystes prolifères, dont je donnerai plus loin la signification, admet une autre forme, qui est simple ou stérile, conserve des dimensions minimes, et siège dans les conduits ou les culs-de-sac; je passe volontairement quelques détails de son opinion. Birkett, à son tour, pense qu'une malformation du mamelon, ou la pression exercée par une tumeur, peut amener la distension des acini ou des canaux, soit immédiatement sous l'auréole, soit dans la profondeur de la glande ; il propose le nom de maladie kystique des conduits. Fœrster décrit des kystes aciniens, par ampliation progressive des culs-de-sac, et d'autres canaliculaires, dus à l'oblitération d'un conduit par l'hypertrophie conjonctive d'un lobule. Billroth, au contraire, nie absolument les kystes formés par la seule distension des galactophores, et considère

(1) B. Brodie, Lectures on pathology and surgery, 18/i6.

celle-ci comme un épiphénomène dans le développement des néoplasmes.

De ces opinions diverses m'ont paru se dégager deux faits principaux. D'une part, on s'ingénie plus encore à saisir le mode de formation de la cavité accidentelle, qu'à démontrer l'absence d'une tumeur et la simplicité du kyste ; si bien qu'en y regardant de près, le nombre des kystes sans tumeur se réduit beaucoup. D'autre part, on invoque presque toujours une dilatation des acini ou des canaux, sous l'influence d'élats morbides qui varient avec les idées personnelles de l'auteur. Au demeurant, les ectasies n'ont pour cause nettement définie que le rétrécissement ou l'oblitération des voies lactifères : ce sont des kystes par rétention.

Aujourd'hui, la question est posée dans les termes suivants. Nous ne pouvons plus nous en rapporter aux descriptions de Velpeau, de Cruveilhier (1), de Nélaton (2). Les livres et les journaux contiennent un bon nombre de faits, où le kyste seul a paru digne d'attention. Mais souvent les détails anatomiques font défaut; souvent aussi on mentionne des végétations de la face interne ou des indurations de voisinage, qui nous empêchent de croire à un kyste simple (3). Voici, par exemple, un fait bien intéressant de Cruveilhier : la mamelle avait le volume de la tête d'un enfant nouveau-né, et présentait partout une fluctuation manifeste; on ne pouvait distinguer aucune trace de la glande. La dissection de la tumeur extirpée montre qu'il s'agit d'un kyste hematique; la glande mam-

(1) Cruveilhier, Traité cT Anat. path. gcnèrale, 1856, t. III, p. 522.

(2) Nélaton, Éléments de path. dur., 1857, l. IV.

(3) Demarqnay, Kyslcs hêmalo-choleslèriqucs de la mamelle, Gaz. des hop., 1867, p. 2o8.

maire paraît avoir complètement disparu, on en reconnaît cependant quelques vestiges à la partie antérieure, entre le kyste et la peau. Et l'auteur se demande si la poche s'est développée dans la mamelle, ou entre elle et le grand pectoral. Mais le kyste est dense, fibreux; sa surface interne est aréolaire, à la manière de la surface interne du cœur, et présente des brides saillantes, aplaties ou arrondies, subdivisées, entrecroisées... 11 n'en faut pas plus pour douter d'un kyste simple; et je connais bien des histologistes qui le nieraient hardiment.

Cependant, Lannelongue a décrit les kystes simples (1). Si nous mettons à part les cas douteux ou mal interprétés, il en reste un petit nombre devant lesquels il serait difficile de rester incrédule. Tels sont les kystes séreux étudiés par Birkett (2), les kysles par rétention décrits par Coyne (3), enfin les exemples connus de galactocèles.

Nepveu m'a dit avoir vu un kyste simple, à contenu hématique, enlevé par le professeur Verncuil. Deux observations nouvelles, que je dois à l'obligeance de M. Duplay (obs. IÎI et IV), et dont je m'occuperai dans F étude clinique, semblent démontrer que les kystes sans tumeur ont encore une histoire.

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