‹ Des tumeurs kystiques de la mamelleChapitre 3 sur 14 · PATHOGÉNIE · texte numérisé non relu

PATHOGÉNIE

Les cavités accidentelles ont pour siège constant les éléments glandulaires, acini ou galactophores ; on n'a jamais démontré leur origine interstitielle ; au contraire, on a constaté plusieurs fois leur communication avec les

(1) Lannelongue, art. Mamelle, du diction, de méd. et de chir. pratiques.

(2) Birkett, Simple cyst, containing serons fluid, dcvelopped in the mammary gland {Lancet, 1868).

(3) Labbé et Coyne, Traité des tumeurs bénignes du sein, 1876.

conduits, en y introduisant une soie de sanglier, en exprimant leur contenu par le mamelon. Quant à leur genèse, je rappellerai seulement l'ancienne idée de Meckel, supposant que dans les mamelles jeunes les acini ont un accroissement plus rapide que les canaux excréteurs [kystes d'évolution), et qu'à l'époque où la glande se flétrit, l'atrophie de ces derniers marche plus vite que celle des lobules (kystes d'involution). Billroth a développé à son tour cette vue ingénieuse, mais dénuée de preuves. Une seule cause générale paraît amener la distension des cavités glandulaires par les produits sécrétés : c'est un travail pathologique ayant pour siège les conduits ou le tissu qui les environne, capable de les rétrécir, et dont il me reste à déterminer la nature.

Dans une première série de faits, la plus intéressante au lit du malade, l'ectasie acquiert un certain volume, et fournit des symptômes ; elle est le plus souvent isolée.

A vrai dire, son mode de formation peut être insaisissable, et on est réduit à invoquer rationnellement des lésions traumatiques de la mamelle, des gerçures, des inflammations antérieures, causes possibles du rétrécissement. Il en est ainsi des kystes séreux ou hématiques, dans lesquels on a étudié les caractères analomiques de la poche, sans pouvoir toucher du doigt la cause de sa formation. Mais cette cause a été quelquefois soumise à un examen scientifique.

Chez deux malades du professeur Verneuil, citées par Piogeau (1), et dont l'une figure à la fin de ce travail (obs. V), on a vu de petites masses pédiculées naître dans

(1) PiOgeau, Sur une variété spéciale de kystes par rétention de la (/lande mammaire, Thèse de Paris, 1874.

la paroi des galactophores et proéminer dans leur cavité. Cette végétation endo-canaliculaire présente un petit volume el un pédicule assez mince. L'examen anatomique fait par Nepveu montre un conduit dilaté en ampoule en arrière du point obstrué; ia cause du rétrécissement est considérée comme un épilhéliome inlra-canaliculaire à la période de début. Mais, dans l'opinion de Coyne, il s'agit plutôt d'une « végétation papillaire profondément ramifiée, dans laquelle les espaces inter-papillaires simulent de faux cu!s-de-sac glandulaires, et donnent naissance à une apparence de cylindres épithéliaux » ; el, bien qu'on ne puisse rien affirmer quant à son évolution ultérieure, il semble qu'elle soit destinée à rester toujours petite, et que, développée en général sous l'influence d'un traumatisme, elle représente une lésion toute locale, aussi bien que la cause qui l'a produite. Quoi qu'il en soit, elle n'a d'autre valeur, dans les faits observés, que celle d'un rétrécissement du conduit galactophore, et l'ectasie qu'elle amène est bien un kyste simple. On aurait tort de la confondre avec ces végétations massives, exubérantes, qui font saillie à l'intérieur de certains kystes, et que j'étudierai plus loin. Ces deux ordres de faits dissemblables sont malheureusement rapprochés dans la thèse de Rogeau.

Les kystes laiteux ou galactocèles, rareté pathologique, naissent au moment du sevrage, ou pendaut l'allaitement, quelquefois pendant la grossesse, en tous cas chez des femmes antérieurement fécondées. La condition nécessaire pour que le liquide s'accumule est ici encore une oblitération, à laquelle président les causes traumatiques et les inflammations, notées dans la plupart des cas. On a vu quelquefois la pression faire couler du liquide par le

mamelon, preuve que la voie lactifère était seulement rétrécie. Rarement un vrai galactocèle se forme en dehors des conditions où le fonctionnement de la glande est exagéré; cependant, Veipeau en cite un exemple chez un homme de 75 ans, et d'autre part, certains kystes surajoutés aux tumeurs nous offriront un contenu laiteux.

Dans une autre série de faits, on trouve la mamelle parsemée de petits kystes plus ou moins nombreux, distants ou conglomérés, dont la cause, avec quelques variétés, revient toujours à une atrésie des voies d'excrétion, et qui offrent ce double caractère de ne pas trahir leur présence au dehors, et d'être en général décrits d'une manière obscure.

Ainsi, dans les mamelles des vieilles femmes, on en rencontre assez souvent, qui siègent vers la partie postérieure ou à la périphérie de la glande. Ils ne donnent lieu à aucun symptôme, et sont, au dire de Goyne, « de véritables trouvailles d'amphithéâtre ». Développés en dehors de la période où se fait la sécrétion lactée, ils semblent résulter d'une atrophie glandulaire qui efface les conduits et permet l'accumulation et la régression des produits sécrétés; on pourrait en faire des kystes d'involution.

Ailleurs, c'est un état scléreux du tissu conjonctif qui aboutit au même résultat : oblitération des conduits excréteurs et dilatation kystique des acini. Dois-je ici mentionner celte espèce? On en voit peu d'exemples; Coyne en donne une observation détaillée. Il s'agit d'une hyperplasie diffuse, d'origine variable, indéterminée, suivie d'une rétraction comme cicatricielle qui étouffe les canalicules et produit des ectasics multiples et peu volumineuses. Des formes analogues ont été rencontrées dans l'hypertrophie générale

— iode la mamelle (1), dans certains fibromes diffus en voie d'atrophie cirrholiquc étudiés par Virchow (2), et dont l'observation de Coyne peut être à bon droit rapprochée. Mais n'y a-t-il pas tumeur en pareil cas, et pouvons-nous parler de kystes simples? Quelles que soient les relations de l'état scléreuxet cicatriciel dont je parle avec les hyperplasies diffuses rangées parmi les tumeurs du sein, il me semble que ces faits n'ont qu'une analogie fort douteuse avec ceux qui devront plus tard m'occuper. J'ai voulu signaler ici une variété de kystes par rétention dont la cause est dans le tissu conjonctif, mais qui peut se rencontrer dans des mamelles peu volumineuses ou même atrophiées, qui par suite n'est pas liée au développement d'un néoplasme végétant, et répond encore à certaines variétés stériles de Paget.

11 y a enfin des kystes, voisins des précédents, qui ne sont pas aciniens, mais canaliculaires, et semblent dus à des rétrécissements multiples des conduits galactophores. J'en citerai plus loin quelques exemples.

Page 1