OBSERVATION I
(Inédite. Clinique ophtalmologique de M. le Professeur ROLLET)
Exophtalmie en bas. — Grosse tumeur orbitaire supéro-externe droite. — Papille blanche. — Orbilotomie externe curoviligne, procédé de M. le Professeur Rollet. — Ablation d'un néoplasme encapsulé (myxo-fibro-épithéliome) de la glande lacrymale orbitaire.
Joséphine S..., 44 ans, ménagère, æntre à la clinique ophtalmologique, le 11 octobre 1921, pour exophtalmie de l'œil droit.
Pas d’antécédents héréditaires ou collatéraux. Mariée, deux enfants en bonne santé ; mari bien portant ; une fausse couche de trois mois (deuxième grossesse).
L’affection actuelle a débuté, il y a deux ans, à la fin de l’année 1919, par une petite tuméfaction siégeant sous la paupière supérieure droite, à l'angle externe. Cette tuméfaction \ augmenté peu à peu, entraînant de l’exophtalmie et l’abaissement du globe oculaire.
Le début de l'affection a été accompagné de douleurs périorbitaires, siégeant surtout à la région Bonne droite, et «le rougeur conjonctivale.
La malade a consulté à Genève, où on lui a ordonné de l'iodure de potassium et conseillé une opération qui fut refusée. Ce traitement médical fut inefficace.
Depuis quelques mois, les douleurs sont plus marquées, surtout le matin.
A l'examen, le globe oculaire droit est saillant et fortement abaissé. La palpation montre d'existence, au-dessous: de l'arcade orbitaire, d’une tumeur qui n’a pas une dureté osseuse ; elle est plutôt de consistance cartilagineuse.
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Elle est nettement isolée du rebord orbitaire que l'on sent légèrement déformé et crénelé. On isole également bien la tuméfaction du globe oculaire.
Cette tumeur a le volume d'une roix. Les plans superficiels sont mobiles sur elle ; elle-même est légèrement mobilisable latéralement, non douloureuse, pas de point cussorDiaire ni sous-orbitaire ; pas de ganglions cervicaux ou pré-auricu-
laires.
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On sent un petit prolongement de la tumeur au niveau de l'angle externe de l'œil, de sorte que celui-ci est dévié en dedans et en bas. Les mouvements d'élévation du globe oculaire sont gênés et la malade ne peut porter son œil en dehors.
La pupille est normale, les réflexes normaux. Il n’y a pas de diplopie.
L'examen ophtalmologique montre une papille atrophiée,
blanche. La vision est considérablement réduite : V O D = 1/15 avec sphérique — 14 D.
On intervient le 18 octobre 1921. Extirpation en totalité, par M. le Professeur Rollet, d’une tumeur volumineuse, encapsulée. On n'observe aucune lésion osseuse. La voûte orbitaire est cependant voussurée, mais il n'existe pas d’adhérences, pas d’envahissement osseux. La capsule a crevé au cours de l'opération, laissant échapper des masses grumeleuses, mais la tumeur a été extirpée en totalité. On n’a placé aucune pince hémostatique pendant les divers temps opératoires.
Le 20 octobre, on enlève la mèche ; réunion par. première intention. La malade quitte l'hôpital le 10 novembre. À ce moment, l’exophtalmie a disparu, le globe oculaire a repris ses mouvements normaux. Aucun trouble à signaler dans la lubréfaction de la cornée. |
Examen macroscopique. — La tumeur a été examinée par M. le docteur Bussy, chef de clinique ophtalmologique. Elle a le volume d’une noix, de forme arrondie. Sa surface extérieure, irrégulière, légèrement bosselée, peu vascularisée, a un aspect lisse, blanc rosé, dû à la capsule fibreuse qui l'entoure complètement.
À la coupe, la capsule apparaît assez épaisse, régulière. Elle détache, vers l’intérieur de la tumeur, des prolongements qui la cloisonnent en lobules.
Le tissu propre dé la tumeur semble friable, se fragmentant facilement en petits morceaux grenus ; il a une coloration jaune rougeâtre d'aspect un peu transparent.
Examen microscopique. — La tumeur a été fixée au formol, incluse à la paraffine, et coupée en séries. Les principales colorations employées ont été l'hématéine-éosine et le picro-ponceau.
L'examen microscopique nous montre que la tumeur est limitée par son enveloppe épaisse, constituée par du tissu fibreux assez dense, disposé en lames minces et concentriques, revêtant toute la surface. Pas d'infiltration cellulaire, ce qui
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indique déjà qu'il y a eu très peu de réaction inflammatoire. A cette enveloppe, du côté externe, adhèrent encore quelques débris adipo-connectifs. <
De sa face profonde se détachent, en certains points, des prolongements semblables à elle, qui se dédoublent, s’anastomosent en cloisonnant la tumeur en un certain nombre de loges, de dimensions variables. Aux points de rencontre de ces travées, on peut observer une riche vascularisation.
Toute une partie du tissu propre de la tumeur est constituée par la glande lacrymale orbitaire elle-même, absolument normale, avec des acini et des canaux excréteurs typiques. Les lobules sont peut-être un peu dissociées, maïs les acini sont réguliers et l’'épithélium ne paraît avoir subi encore aucune dégénérescence.
Le tissu glandulaire normal se différencie nettement du tissu néoplasique. Ce dernier forme la majeure partie de la tumeur, les deux tiers environ.
Dans cette portion, le contenu des nodules nous apparaît en général formé d’un mélange de tissus fibreux et myxomateux, au milieu desquels nagent des acini glandulaires et quelques tubes cellulaires pleins épithéliaux.
Les acini ont un aspect tortueux de culs-de-sac coupés dans des plans divers. Ils n’ont aucune régularité dans leurs formes et leurs dimensions, les uns arrondis, les autres ovalaires ou aplatis en forme de fente. Leur épithélium semble pourtant avoir conservé les caractères normaux des cellules lacrymales et l’on n'y trouve pas de figures karyokinétiques, ce qui est en faveur d'un pronostic plutôt bénin.
En d'autres points, on trouve des îlots cellulaires irréguliers constitués par des masses de cellules à noyau unique, étroitement au contact les unes des autres. $
Enfin, nous avons rencontré des points où la masse néoplasique présentait de nombreuses lacunes remplies de substance colloïde et qui semblent correspondre aux corps oviformes décrits dans de nombreuses observations de cylindromes.
En résumé, étant donné la multiplicité des éléments dont elle est composée, par la juxtaposition des productions myxomateuses et conjonctives, associées aux formations épithéliales, ce néoplasme doit être considéré comme un {tumeur mixte, développée aux dépens de la glande lacrymale orbitaire, sans caractère bien net de malignité (fibro-myxo-épithéliome). Il est tout à fait l’'analogue des tumeurs mixtes des glandes salivaires et en particulier de la parotide.