‹ Des tumeurs sous-unguéales douloureusesChapitre 11 sur 23 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Interprétation du phénomène douleur et de ses causes.

Pout expliquer les douleurs des tumeurs sousunguéales, il faut, croyons-nous, baser la pathogénie sur des considérations cliniques et anatomiques.

L'interprétation serait simple, si les filets nerveux faisaient partie de la tumeur ou étaient en rapport direct avec elle ; mais ce cas est l'exception.

En analysant les caractères de la douleur dansles exostoses sous-unguéales, il faut remarquer d’abord que les exostoses des doigts sont indolores. Il y a bien une gène dans le travail, une sensibilité plus vive au contact, mais cette douleur est due « au fonctionnement en quelque sorte continu des doigts, d'autant plus qu'elle siège le plus souvent au pouce et à l'index »(1).

Aux orteils, les douleurs du début sontassez vives,

(1) SpiRe. — Thèse de Lyon, 1898

Nos mais elles cessent « dès que la tumeur, qui siège le plus souvent sur le bord interne de la phalange, se libère de l’ongle qui la comprimait ; .... la marche redevient facile et l’orteil, indolore au repos, n'est guère sensible qu'à la pression ou après une fatigue EXATÉTÉe UT)

Les douleurs qui surviennent plus tard sont le fait de l’onyxis latéral qui vient compliquer fréquemment l'exostose.

C'est donc au siège sous-unguéal qu'il faut rattacher les douleurs ; les observations que nous n'avons pas citées, parce que les douleurs étaient nulles ou insignifiantes, se rapportent à des tumeurs à siège péri-unguéal. Unjoli exemple estcité par Hervey (2): il s'agissait d'un sarcome du gros orteil avec exameñ histologique fait par M. Ile professeur Renaut.

Les nerfs, très abondants, forment profondément dans le derme sous-unguéal des faisceaux volumineux et parallèles aux crêtes de Henle. Comprimés par la tumeur qui se développe entre deux plans résistants, la phalangette et l'ongle, ces filets nerveux sont la cause des douleurs provoquées par la marche ou la pression digitale.

Mais les douleurs spontanées sont sous la dépendance d’une turgescence ou d’une érectilité des vaisseaux dilatés et volumineux qui sont situés autour de la tumeur. « Des boucles vasculaires montent dans « l'épaisseur des crêtes de Henle; ces boucles sont

(1) MiRaMoND. — Thèse de Lyon, 1894.

(2) Bulletin de la Société anatomique, 1871.

ro pe dirigées d'avant en arrière comme si elles voulaient se coucher sous le lit unguéal dans le sens contraire aux pressions exercées sur le bout du doigt. Les réseaux planiformes d’où s'élèvent ces boucles, suivent les crêtes renfermées dans l'épaisseur des plis du derme; mais ce qui est particulier, avant tout, dans la vascularisation du lit de l’'ongle, c’est la configuration des traits anastomotiques qui relient le réseau superficiel aux vaisseaux de distribution. Ces traits se dirigent d’arrière en avant à la façon d'arcs de cercle ou de jets paraboliques superposés. Ces arcs postéroantérieurs ont un trajet de plus en plus court à mesure qu'on se reporte d'avant en arrière, vers la racine de l’ongle, de façon que les pressions exercées sur l'extrémité antérieure de celui-ci, et dirigées de manière à l'incliner sur son lit, anémient, il est vrai, la portion antérieure de ce dernier, mais font refluer le sang dans les réseaux de la lunule et de la matrice (1) ».

Toutes les causes qui augmentent l’érectilité des

vaisseaux, la station verticale, la chaleur, la pression sur l'extrémité antérieure de l’ongle, augmenteront le volume de la tumeur et exagèreront les douleurs, surtout si elle siège au voisinage de la matrice.

(1) RenauT. — Traité d’histologie, t. II.

Page 1