‹ Des tumeurs sous-unguéales douloureusesChapitre 22 sur 23 · DL · texte numérisé non relu

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€ comme si j'avais eu une grande frayeur. Les derniers € mois, la douleur était permanente et ne me laissait aucun « repos: pendant ces six mois, je pourrai compter le « nuits où il m’a été possible de dormir. En été, je souffrais « moins qu’en hiver; le froid à ce doigt me faisait très mal, € mais un mal différent de celui qui revenait spontanément. « C'était une douleur plus sourde qui me faisait défaillir et « me donnait mal au cœur ».

À l'examen physique, l’ongle apparaît soulevé, violacé ; les tissus sous-jacents apparaissent un peu grenus au travers ; il est impossible d'approfondir cet examen, car le moindre appui, la moindre friction ramènent ces élancements douloureux.

La malade demandant insitamment à être soulagée le plus tôt possible, le jour même, après anesthésie générale (au mélange de Billroth), M. Bérard pratique l'opération suivante : ablation de l'ongle à la pince; la matrice apparaît presque intacte, mais avec une surface grenue ettrès vascularisée. Au-dessous, la petite tumeur est très nettement visible.

L'incision de la matrice le long de son bord postérieur montre un tissu grenu, ayant la consistance de gelée de pomme, amassé en une boule du volume d’un gros pois. Cette tumeur se prolonge dans la profondeur de la phalangette, en arrière de l’ongle, et on peut l’enlevercomplètement après avoir mené deux petites incisions parallèles de décharge sur le dos de la phalangette. La logette de la tumeur apparaît alors creusée en partie dans la phalangette elle-même; à con niveau, l'os est évidé en cupule. L'examen le plus soigneux ne révèle à ce niveau aucune terminaison, aucun amas d'apparence nerveuse. Toutefois, pour plus de sécurité, la logette est soigneusement raclée à la curette et ses bords touchés au thermocautère. La malade rentre le jour même dans son couvent.

Le 11 août 1800, elle répond à une demande de renseignements de M. Bérard dans les termes suivants : « Mon doigt

PAT DDR el « a été cicatrisé complètementsix semaines après l'opération, « mais il n’est pas beau. L'ongle n’a pas repoussé et il reste « un creux à la place de la tumeur. J'ai aussi quelques difh- « cultés à plier le bout du doigt, mais, à part ces petits in- « convénients, je crois que je suis guérie. La douleur que je « ressentais avant l'opération a disparu; de temps à autre, « cependant, quelques élancements très légers passent dans « le doigt. Je dors très bien la nuit et, pendant la journée, € j'ai un bien-être auquel je n'étais pas habituée. »

L'examen histologique a été pratiqué par M. le docteur Dor qui conclut à une tumeur épithéliale développée aux dépens des cellules ectodermiques de la matrice de l’ongle. Ces cellules, en effet, sont groupées en lobules très caractéristiques, ainsi qu’on peut S'en rendre compte sur les photographies microscopiques de la tumeur.

Nous avons été dans l'impossibilité matérielle de reproduire ces photographies, mais l'observation sera prochainement publiée par M. Bérard avec les résultats éloignés de l'intervention.

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