‹ Des ulcérations tuberculeuses de l'estomac: étude clinique, expérimentale et anatomo-pathologiqueChapitre 55 sur 95 · OBSERVATION CXLV · texte numérisé non relu

OBSERVATION CXLV

(Personnelle),

Tuberculose pulmonaire ulcéreuse chronique.

Ulcéralions luberculeuses de l'estomac et de l'intestin.

0... Marie, vingt-cinq ans, domestique, entre à l'hôpital Saint-Pothin, dans le service de M. le professeur J. Courmont, salle Sainthe-Marthe, n° 14, le 26 septembre 1901,

Dans ses antécédents, on relève la bacillose pulmonaire chez sa mère el une sœur ; quant à elle, rougeole à six. Réglée à dixsept ans, irrégulièrement, fs

Elle à soigné, il y a six ans, une malade qui succomba à la tuberculose pulmonaire. Depuis lors, sa santé fut chancelante, De temps à autre, toux et points de côté à gauche, Il y à quatre ans, elle fut atteinte sérieusement par des phénomènes pulmonaires qui l'obligèrent à garder la chambre à maintes reprises. Depuis deux ans, elle a dû cesser tout travail. Son état s'aggrava sans cesse, Elle eut des hémoptysies répétées, toutes les quinzaines environ, ou tout au moins descrachats très sanglants.

En février 1901, hémoptysie très sérieuse ayant persisté trois Jours.

Depuis cette époque, déclin très rapide de lélal général, amaigrissement considérable, perte de lappétit. Diarrhée persistante.

A son entrée dans le service, la malade est très affaiblie, très émaciée, d'une grande pâleur, sueurs profuses.

La température oscille entre 37°5 et 40 degrés.

Ses urines sont albumineuses.

Aux poumons, on note à droite el à gauche des signes de cavernes très étendues, localisées aux deux sommets ou dans la moitié supérieure des poumons.

Par places, se trouvent des ilots d'infiltration pulmonaire avec ramollissement, ou simplement congestion.

La toux est fréquente ; l'expectoration nummulaire, abondante, contient de très nombreux bacilles de Koch.

Points de côtés variables. Dyspnée marquée,

Cœur : bruits normaux, mais précipités. Pouls, tension faible, 104 par minute.

Foie et rate normaux.

La langue est saburrale, l'appétit est nul, la soif vive.

L'examen de l'abdomen et du creux épigastrique n'est pas douloureux, cependant la malade présente une diarrhée profuse incessante qui résiste à l'administration de multiples préparations

bismuthiques ou opiacées. Elle ne présente que de très rares

vomissements sans caractères, survenant à l'occasion des quintes de toux; pas de douleurs gastriques bien marquées en dehors de quelques sensations de tension ou de lourdeur fugaces d’ailleurs.

L'état déjà si sérieux de la malade ne fait que s'aggraver de plus en plus, sans apparition de nouveaux symptômes intéressants à notre point de vue.

Le décès est survenu le 14 décembre 1901.

Aulopsie, pratiquée vingt-six heures environ apres la mort.

Les membres inférieurs et la paroi abdominale dans sa zone inférieure sont le siège d'un œdème marqué. Cet aspect, joint à celui de l'abdomen assez fortement distendu par les gaz, contraste avec la partie supérieure du cadavre qui est très émaciée, presque squelettique.

À l'ouverture du thorax, on trouve beaucoup de liquide verdâtre dans les deux plèvres. Ces deux cavités sont sillonnées de nombreuses fausses membranes créant par place des adhérences intimes entre les poumons et les parois costales, si bien qu'une dissection au ciseau est nécessaire pour extraire les poumons,

Ils sont le siège d'une tuberculose ulcéreuse chronique très avancée, ayant détruit presque les deux moitiés supérieures droite et gauche. Dans les travées parenchymateuses existant entre les cavernes, on constate une infiltration tuberculeuse intense. Aux deux bases, congestion plus marquée à droite, avec nombreux petits tubercules.

Le cœur ne présente rien à noter en dehors de sa petitesse.

L'abdomen contient une notable quantité de liquide ascitique citrin. Le péritoine pariétal, celui du petit bassin et même la séreuse viscérale sont recouverts par places de fausses membranes fibrineuses, assez abondantes. Nulle part, on ne voit de tuberculose péritonéale.

L'intestin grêle, depuis la partie moyenne du jéjunum jusqu'à la valvule iléo-cæcale, est parsemé d'ulcérations intestinales tuberculeuses absolument typiques; toutes sont transversales, étendues parfois à toute la circonférence du conduit, surélevées, visibles sur l’autre face, où on peut rencontrer quelques granulations

O tuberculeuses, petites, brillantes, parsemant la séreuse à leur

niveau. Ces ulcéralions, en nombre considérable, une centaine environ, parfois très confluentes, respectent la portion duodénale, mais, par contre, ont fortement atteint la valvule cæcale. Dans l'ampoule cæcale, il en existe un certain nombre.

Le tractus intestinal contient des matières très peu consislantes, semi-fluides, jaunâtres. Les ganglions mésentériques sont volumineux, el quelques-uns caséeux.

L'estomac ne semble pas altéré extérieurement, il est légèrement rétracté sur lui-même. Le long de sa grande courbure, il n y a pas de chaine ganglionnaire appréciable,

Sa cavité intérieure, diminuée au point de vue de sa capacité totale, contient quelques résidus liquides alimentaires filants par adjonction de mucus stomacal. Les parois de l'estomac sont sillonnées de replis dirigés dans tousles sens, causés par la rétraction de l'organe.

La muqueuse, assez fortement altérée par l’autodigestion cadavérique, est légèrement mamelonnée : sa teinte grisâtre se fonce par endroit, en formant des trainées brunâtres le long des vaisseaux sanguins.

Sur la face postérieure de l'estomac, très près de la grande courbure, empiétant même sur elle, du moins pour l’une d'elles, se trouvent deux ulcérations, distantes du pylore environ de trois forts travers de doigts.

Ces ulcérations, situées côte à côte, sont de forme allongée, à extrémités arrondies, longues de 1 em. 50 à 2 centimètres, larges de 1 centimètre environ ; leur direction longitudinale est perpendiculaire au grand axe de l'estomac. Leur coloration gris rosé, tranche-sur le reste de la muqueuse qui est plus pâle. Leur fond, irrégulier, est constitué par les fibres de la muscularis plus ou moins dissociées par du tissu conjonctif selérosé. Sur ce fond, se détachent en un point quelques petites masses qui semblent être des tubercules caséeux.

Ces deux ulcérations sont apparentes du côté de la face péritonéale de l'estomac. Elles s'y traduisent par une sorte d’épais- sissement de la paroi. formé par altération inflammatoire du

tissu conjonctif sous-séreux.

Pas de tubercules visibles sur le péritoine de la région.

Les limites des ulcères tuberculeux sont nettement tranchées, Elles sont formées par des bords légèrement épaissis, surélevés mais ne surplombant pas le fond de l'ulcère. Ces bords consliluent par place un Lalus très rapide, par place une paroi presque à pie. Dans tout le voisinage de ces ulcères, on ne nole pus d'épaississement de la paroi, pas de tubercules sous-muqueux.

Pylore et cardia sains.

Tuberculose marquée des ganglions de la grande courbure ct du pylore.

Nous regrettons que des circonstances, indépendantes de notre volonté, nous aient empêché de faire les coupes histologiques de ces deux ulcères tuberculeux de l'estomac dont la ressemblance d'aspect avec les ulcérations intestinales typiques allait, macroscopiquement, jusqu'à l'ideutification.

Le foie est gros, de teinte Jaune clair ; il est très gras, a un toucher savonneux else laisse facilement entamer par le couteau, Rien d’anormal dans la vésicule biliaire,

La rate est grosse el scléreuse, criant sous le scalpel.

Les reins volumineux ne sont pas allérés sur la coupe, la

capsule se laisse facilement détacher.

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