DES COMPLICATIONS DES ULCERES
Il est difficile de bien préciser ce que l’on doit comprendre sous le nom de complications des ulcères, car les ulcères sont constitués essentiellement par les diverses circonstances morbides locales ou générales qui accompagnent certaines solutions de continuité. Ainsi l’existence des varices, l’état fongueux , calleux, le décollement et l’amincissement des bords d’une solution de continuité , l’atonie , l’inflammation , etc. , etc. , l’affection d’un os, l’existence d’une maladie cancéreuse, la pourriture d’hôpital, etc., etc,, sont toutes circonstances sans lesquelles, dans bien des cas, il n’y aurait pas ulcère , mais bien plaie suppurante, car rien ne s’opposerait plus à la guérison.
Pour nous, par complications des ulcères, nous comprenons
tous les accidens morbides nouveaux qui peuvent survenir sur les ulcères déjà existans , de quelque nature qu’ils soient, quoique pourtant tel ou tel ulcère soit plus exposé à telle ou telle complication que les autres.
L’atonie, l’inflammation, la gangrène, la douleur, la pourriture d’hôpital, les varices , l’hémorrhagie, les corps étrangers, des vers, l’excès de suppuration, la rareté du pus, et le dessèchement de la surface ulcéreuse, enfin, la résorption purulente, peuvent compliquer la plupart des ulcères.
Atonie. — Cette complication, pour beaucoup d’auteurs, constitue le caractère propre et spécial d’un ulcère particulier. INous avons déjà vu qu’elle pouvait en accompagner plusieurs, quoique jamais constamment, et se déclarer d’une manière accidentelle.
V inflammation a constitué , pour tous les auteurs , un caractère propre d’un ulcère particulier; à nos yeux elle n’est, comme l’atonie, qu’un phénomène qui peut survenir dans tous, et n’est qu’une de leurs manières d’être.
L’ulcère irritable nous semble offrir un caractère distinct de l’inflammation qui forme un de ses élémens; aussi l’avons-nous indiqué comme formant une variété particulière.
La gangrène ne doit être regardée que comme une conséquence de l’état atonique, ce qui est infiniment rare; de l’état inflammatoire, ce qui se voit plus souvent, ou de l’état irritable, ce qui arrive enfin le plus communément.
La douleur vive paraît quelquefois mettre à la guérison un obstacle insurmontable ; on doit rechercher dans ce cas quelles sont les causes de la douleur, et se conformer aux indications qu’elles présentent. Ces causes peuvent être une inflammation persistante, un régime trop succulent, un e position défavorable, un traitement vicieux, enfin, la dénudation de quelques parties nerveuses. On a vu quelquefois des douleurs très vives survenir sans cause appréciable et céder aux opiacés, aux cataplasmes émolliens.
Vices de la suppuration. Le pus qui s’écoule d’un ulcère peut se trouver trop abondant ou en trop petite quantité, il peut être dépravé ou résorbé.
1° Suppuration trop abondante. Elle se manifeste chez les malades affectés de larges ulcères, ou qui font des excès en tous genres; elle est causée par l’irritation externe ou interne, ou par des pansemens peu méthodiques. L’abondance de la suppuration abandonnée à elle-même peut être très grave.
2° Rareté du pus. Les causes en sont nombreuses et variées : une passion vive , un état particulier des premières voies , des excès dans le régime, l’abus des topiques astringens et irritans , une inflammation locale , le refroidissement , une maladie chronique, l’abus des antiphlogistiques, la pénurie des alimens. Le pus qui s’écoule de l’ulcère est en petite quantité, limpide et paraît suinter en gouttelettes de l’ulcère qui semble très irrité. Le malade éprouve quelquefois de la fièvre, d’autres fois ce sont des
symptômes généraux de faiblesse. La solution de continuité est pale , d’un rouge blafard , dans un état de relâchement très favorable au développement de fongosités.
La rareté du pus peut être une complication très grave en ce qu’elle est fréquemment suivie de métastase dans les viscères intérieurs : de la l’apoplexie , la diarrhée , une pyurie plus ou moins opiniâtre; elle peut déterminer des abcès plus ou moins vastes, par des fusées de pus qui ont lieu dans le tissu cellulaire.
Observation de M. Serrand, chirurgien de 2e classe; tumeurs purulentes survenues , l’une sur le trajet de l’artère poplitée, l’autre sur le trajet de l’artère crurale, à la suite d’un ulcère au talon. Ces tumeurs, sur la nature desquelles on était dans le doute , que quelques chirurgiens avaient pris pour un anévrisme , s’ouvrent d’elles-mêmes et laissent échapper un pus sanguinolent analogue à celui de l’ulcère qui avait été guéri.
3° Hémorrhagie. Une artère peut être la source de l’hémorrha-
gie; dans un cas le tamponnement, îa cautérisation , la ligature de l’artère crurale enfin n’ont pu l’arrêter ; on fut obligé d’avoir recours a l’amputation du membre. Les ulcères cancéreux présentent plus communément que tous les autres cette espèce de complication.
Dans le cas où une veine serait la source de l’hémorrhagie, on devrait employer la compression; si ce moyen ne réussissait pas, on devrait avoir recours à l’application du cautère actuel.
Il ne faut pas confondre l’hémorrhagie avec le suintement sanguin qui s’observe à la surface de quelques ulcères et en particulier des ulcères variqueux et scorbutiques.
4° Résorption purulente. La résorption purulente est un phénomène rare dans les ulcères; la raison en est que cette terrible affection n’en est pas directement le résultat , mais qu’elle est constamment la suite d’une phlébite ou quelquefois d’une lymphite. Ajoutons ici celte remarque que si l’affection purulente n’est pas un accident plus commun des abcès et des ulcères, c’est que l’absorption directe qui peut s’y effectuer ne reporte dans le torrent de îa circulation que les élémens dissous du pus et non du pus en nature ; tandis que dans les phlébites le pus est déposé dans la cavité même du vaisseau et peut être transporté dans les divers organes.
Des érysipèles, des phlébites , des angioleuciles peuvent encore venir compliquer les ulcères.
La pourriture d’hôpital, les varices trouveraient encore ici leur place, mais il en a été traité ailleurs; les corps étrangers dont il doit être question ici sont ceux venus de dehors , les autres ont été indiqués en leur lieu. A la suite se placent les vers qui viennent compliquer les ulcères.
Les pathologistes avaient admis une espèce d’ulcère sous le nom d’ulcère vermineux ; mais il est clair que nous ne pouvons admettre cette distinction qu’à la seule condition de la ranger
au nombre des corps étrangers qui compliquent les ulcères; et à ce titre nous croyons qu’il est des circonstances, soit atmosphériques, soit locales et inhérentes à l’ulcère, qui favorisent le développement des œufs des larves de la mouche carnassière , primitivement déposés dans la charpie ou même sur la plaie. Car dans l’état actuel des sciences physiologiques , et d’après les nombreuses recherches faites par Millier, on ne peut pas admettre, d’une manière logique, que les larves puissent se former de toutes pièces sur l’ulcère même.