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EFFETS ET INFLUENCE GENERALE DES ULCERES SUR L’ÉCONOMIE

La nature, l’abondance de la suppuration d’un ulcère, et les phénomènes morbides qui l’accompagnent peuvent-ils produire sur l’économie quelques effets fâcheux? On ne saurait douter qu’il en puisse être ainsi; car parfois on voit cette sécrétion morbide être assez considérable pour affaiblir notablement quelques sujets , et pour amener des troubles profonds dans la digestion elles autres fonctions. L’indication semblerait donc être de s’efforcer d’en procurer la guérison.

Mais une autre question se présente. Peut-on toujours impunément guérir les ulcères? Nous trouvons, dans tous les auteurs, des observations qui démontrent que la suppression imprudente d’ulcères anciens a donné lieu à des accidens plus ou moins graves, et depuis long-temps on s’est posé la question de savoir si un ulcère ancien ne doit pas être considéré comme un organe excréteur accidentel , dont les fonctions ne peuvent être supprimées sans danger. Sharp, Heister, Ledran , et nombre de praticiens anciens et modernes soutiennent qu’il en est ainsi. Macilvain va plus loin : il regarde tout ulcère, même le plus récent, comme remplissant une fonction propre, qu’il ne serait peut-être pas

sans danger de supprimer tout d’un coup. Camper, B. Bell ont soutenu une opinion contraire.

M. le professeur Marjolin pose cette question : « Le danger ne serait-il pas plus grand si, chez l’individu affecté de l’ulcère, le foie, les poumons , l’estomac, l’intestin ou tout autre viscère était le siège d’un engorgement, d’une inflammation chronique? Le même danger n’existerait-il pas si l’on faisait cicatriser l’ulcère sur un individu habituellement valétudinaire? » Les cas ne sont point rares où l’on a vu une santé débile se rétablir à la suite de la formation accidentelle d’un ulcère, et M. Marjolin ajoute : Lorsque les ulcères coexistent avec des maladies organiques ou avec des phîegmasies internes, il serait en général dangereux de les guérir complètement. Ch. Bell rapporte des cas où des individus ont été frappés d’apoplexie, à la suite de la suppression brusque et sans précaution d’iin ulcère ancien. Un fait remarquable s’est offert il y a quelques années à l’hôpital Beaujon. A la suite d’un excès de régime, un malade, affecté d’un ancien et vaste ulcère en suppuration , fut frappé d’une violente congestion cérébrale , ou du moins de symptômes apoplectiques graves, avec coma profond et respiration stertoreuse ; son ulcère s’était desséché complètement -, un vésicatoire fut immédiatement appliqué sur toute la surface; et à peine la suppuration se fut-elle rétablie, que le malade avait recouvré son état de santé générale habituel.

Les effets peut-être les plus curieux que nous offrent les ulcères sont les résultats du travail particulier qu’un ulcère ancien détermine dans les parties voisines et jusque dans les os ; a la suite des ulcères anciens , larges et. calleux , on trouve sur le sujet qui les porte un gonflement parfois très considérable des os longs , et c’est particulièrement la diaphyse qui est gonflée , le gonflement ne s’accompagne d’aucune douleur, et la pression n’en développe presque jamais aucune. On observe qu’à mesure que les anciens ulcères se resserrent , lorsqu’ils tendent vers la guérison,

Je volume de Los diminue graduellement et qu’un temps plus où moins long après la guérison complète, il finit par reprendre son volume naturel; la cicatrice ne peut être regardée comme solide qu’à cette époque ; tant que Fos conserve un certain volume, elle est très faible et se rompt avec la plus grande facilité. Si l’on a l’occasion , comme cela m’est arrivé une fois, de dépouiller sur le cadavre une jambe dans cet état , on trouve le périoste épaissi, d’une couleur rougeâtre, et, dès qu’on ï’a enlevé , l’os offre une surface raboteuse , inégale et souvent comme hérissée de végétations plus ou moins nombreuses, plus ou moins considérables : on dirait un dépôt calcaire fourni par le périoste; mais que l’on vienne à scier l’os, on le trouvera véritablement hypertrophié dans toute son épaisseur; le canal médullaire est rétréci et souvent complètement oblitéré; le tissu osseux est rouge, gorgé de sang, plus ou moins, et lorsqu’on l’a fait dessécher, on trouve les canaux vasculaires, tant de l’épaisseur que de la surface, notablement dilatés. La trame osseuse est raréfiée , le tissu compacte est devenu comme spongieux.

Les parties molles voisines, spécialement les couches ceilulograisseuses, sont endurcies, comme revenues sur elles-mêmes, et dans une sorte d’état squirrheux.

S’il arrive souvent que des varices donnent directement lieu , par leur rupture, à la formation d’un ulcère variqueux, et si, comme il a été dit , les varices compliquent souvent et entretiennent des ulcères, on voit encore l’irritation lente et prolongée qui accompagne un ulcère ancien, amener dans la texture des veinules de la partie malade, un travail particulier qui s’étend aux branches et jusqu’aux troncs, et s’accompagner de la formation de varices, qui, loin d’être la cause des ulcères, en sont la conséquence.

Cette observation et Fopinion de Spender, loin de s’exclure, s’expliquent Tune par l’autre. Que ce soit primitivement, ou bien

consécutivement, il est d’observation que l’état variqueux des veinules et souvent des veines de la jambe est un fait très commun , presque constant dans les ulcères anciens.

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