‹ Des variations de la langue et de la métrique d'Horace dans ses différentsChapitre 26 sur 83 · DES VARIATIONS DK LA LANGUE · texte numérisé non relu

DES VARIATIONS DK LA LANGUE

ium^ il fait toujours, comme Virgile, le génitif des substantifs en i, et celui des adjectifs en «, sans qu'il y ait dans aucun de ses ouvrages une exception à là règle. Il exclut absolument, pour les substantifs, la terminaison «, rare jusqu'alors, mais de plus en plus fréquente avec Ovide et surtout Properce, et qui régnera presque seule chez la plupart des poètes postérieurs. Il n'est pas moins rigoureux pour les formes «Di, Dis », qu'il emploie exclusivement, comme fait aussi Virgile. De même « idem » et « isdem » sont seuls usités au nominatif et au datif pluriel. Au contraire, pour le génitif pluriel de la même déclinaison, la désinence abrégée, plus usitée chez les vieux auteurs, est presque entièrement absente chez Horace. On rencontre seulement dans les Satires « deum » (S. II, 6, 65), et « divum » (S. I, 3, 117) ; dans les Epîtres, « Bœotum » (Epi. II, 1, 244), et « nummum » (Epi. II, 2, 33). « Deum » et « divum >» se trouvent seuls dans les Epodes, au premier et au quatrième livre des Odes.

« Nihil » et « nil » sont employés concurremment dans chacun des recueils. Mais il n'en est pas de même pour le datif de « ego ». La forme contractée « mi » est absolument bannie des Odes et des Epodes. Non-seulement Horace l'a exclue de ses œuvres lyriques, mais il ne s'en est guère servi que dans ses débuts. Dans les Epîtres, il n'y en a plus qu'un exemple, et encore dans un vers que l'on peut soupçonner d'altération. Epi. I, 18, 112 : « Det vitam, det opes ; animum œquum mi ipse parabo ».

Il n'y en a qu'un également dans le deuxième livre des Satires : S. II, 6, 27, « Postmodo, quod mi obsit, clare certumque locuto » ; tandis que le premier livre en renferme huit à lui seul : S. I, 1, 101, «Quid mi igitur

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suades » ; 2, 57 : « Nil fuerit mi inquit » ; 2, 131 : « Gruribus hœc metuat, doti deprensa, egomet mi »; 3, 23 : « Egomet mi ignosco »; 4, 108 : « Quod mi ipse parasse! » ; 4, H6 : « Mi satis est si » ; 9, SO : « Nil mi officit, inquam » ; 9, 71 : « Religio est. At mi : sum paulo infirmior ». Il est à noter que, dans tous ces passages, l'emploi de mi ne constitue qu'une licence métrique, puisqu'il ne se trouve jamais à une place où il pourrait être remplacé par « mihi » : il n'est jamais sans élision dans la thésis, sauf à la fin du vers : « egomet mi ».

Horaco a suivi la même règle pour ni et nisi; le premier est absent des œuvres lyriques, sauf les Epodes et le quatrième livre des Odes :

Non dulce, ni tecum simul.

(Epo. I, 8.)

Ni tuis victus Venerisque gratse.

11 ne se trouve que deux ou trois fois dans les Epîtres et dix fois dans les Satires, toujours à l'arsis, ou à la fin du vers, ou élidé. L'unique exception est dans l'épître II, 1, 133; aussi pensons-nous qu'il faut lire ?iisi, donné par un bon manuscrit ^

Voici les autres exemples :

At ni id fit, quid habet pulchri constructus acervusf

Cetera, ni Catia est, demissa veste tegentis,

Ni foret execto frons, inquit, quid faceres, cum.

1. Cf. Kelleret Holder. E (Munich, 14685) et B(Bernensis, 21) donnent nui, les autres ni, quelques-uns i ou ne (pour ni ï) :

Disceret unde preces, vatem nisi Musa dedisset.

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Debebat; quod ni fecisset, perdero litem.

Hunchominem vellessi tradere : dispeream, ,ni.

Ni sic fecissent, gladiatorum dare centum.

Ni tua custodis, avidus jam hsec auferet hères.

Déficient inopem venœ te ni cibus atque.

Ni rapis, accèdes opéra agro nona Sabino.

Finis, ni sapiens sic Nomentanus amicum.

Si noies sanus, curres hydropicus ; et ni.

Ni melius dorraire piitem quam scribere versus.

(Epi. II, 2, 54.)

Les syncopes, si abondantes dans la langue du peuple et des vieux auteurs, de plus en plus rares dans la langue littéraire du grand siècle, sont naturellement plus fréquentes et plus fortes dans les Satires. Même celles qui se sont conservées à toutes les époques, celles dont Virgile fait un usage constant, sont plus rares dans les Odes; et d'autres, moins fréquentes en général, ne se trouvent que dans les Satires, les Epodes et le quatrième livre des Odes.

Dans les verbes, la syncope la plus ordinaire est celle qui supprime la syllabe ve ou rn h la désinence du parfait et du plus-que-parfait, surtout dans la première conjugaison. Tous les exemples que renferment les Odes et les Epîtres appartiennent à cette dernière, et même le troisième livre des Odes n'en a qu'un, « placaris » (III, 23 , 3) ; les Epodes ont de plus « complesti » (Epo. 6, 9), « im-

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plerîs » (17, §9), « nosti » (17, 77); « noris » se trouve dans le quatrième livre. Dans les Epodes, on voit même la syncope de « ve » dans un verbe où la consonne appartient au radical (Epo. 11, 14) : « Fervidiore mero arcana promorat loco » ; le même iîas ne se retrouve que dans les Satires : « remorant » (S. II, 1, 71), « commorit » (II, 1, 45), « summossés » (I, 9, 48).

Les Satires également, outre la suppression de « ve » ou « vi », comme dans € consueris, audisti, noram, nosse » et beaucoup d'autres, présentent la syncope plus rare de « is » ou a iss » dans la désinence : « erepsemus » (S. I, 5, 79), a divisse » (II, 3, 169), « percusti » (II, 3, 273). Virgile employé de même m accestis, extinxem, traxe, direxti, vixet » ; mais il n'y a rien de semblable, ni dans les œuvres lyriques, ni dans les Epîtres.

De même on trouve dans les autres livres, comme chez tous les poètes, la syncope de Vi ou de Vu dans certains mots tels que : a repostum » (Epo. 9, 1), « periclo » (0. III, 20, 1), « lamnœ » (0. II, 2, 2), « puertisB » (0. 1, 36, 8).

Mais les Satires nous offrent des formes plus antiques et plus rares : « caldior » (I, 3, 53), « soldum » et « soldo » (II, 5, 65 et 1, 2, H 3), et même « surpite » (II, 3, 283). On ne rencontre pareille suppression d'une syllabe du radical que dans le quatrième livre des Odes (0. IV, 13, 20) : « Qu8B me surpuerat mihi ».

Pour ce qui concerne la syntaxe, les Satires et les Epodes ont aussi quelques tours inusités dans les œuvres postérieures, par exemple : « atque » ou « ac » après un comparatif.

Très rare, même chez les anciens, plus rare encore chez Cicéron, Catulle, Virgile, puisqu'on n'en trouve

qu'un exemple dans chacun d'eux, cette tournure se rencontre dix fois dans les premières œuvres d'Horace :

Artius atque hedera procera adstringitur ilex.

(Epo. 15, 5.)

Non tuus hoc capiet venter plus ac meus.

Non 86 pejus cruciaverit atque hic.

Hoc iter ignavi divisimus, altius ac nos Prœcinctis unum.

His me consoler victurum suavius ac si

Qusestor avus pater atque meus patruusque fuissent.

In silvam non ligna feras insanius ac si Magnas Grsecorum mails implere catervas.

Mollius ac si quis pedibus quid claudere senis.

Qui sanior ac si Illud idem in rapidum flumen jaceretve cloacam.

Nihilo plus explicet ac si Insanire paret certa ratione modoque.

Qui peccas minus atque ego >.

Le caractère archaïque de cette tournure est démontré par ce fait que Tite-Live n'en a fait usage qu'une fois, en citant un document de l'an 217 avant Jésus- Christ : « Si antidea senatus populusque jusserit fleriac faxitur ^ » . '

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