‹ Des variations de la langue et de la métrique d'Horace dans ses différentsChapitre 43 sur 83 · DES VARIATIONS DE NA LANGUE · texte numérisé non relu

DES VARIATIONS DE NA LANGUE

prétendons pas affirmer que, dans chacun de ces cas, le poète ait expressément abandonné la syntaxe latine, pour adopter celle des Grecs ^ Il n'est peut-être aucun de ses grécismes dont on ne trouve des exemples dans les monuments antérieurs de la littérature romaine, et qui ne puisse s'expliquer par l'analogie. Il serait, d'ailleurs, inadmissible qu'un écrivain, amateur de la nouveauté, fît violence à sa langue pour y introduire un tour étranger ; une pareille tentative ne réussirait pas: on emprunte plutôt des mots aux langues les plus éloignées que des tours syntaxiques aux plus voisines. Mais Horace, dans son désir d'enrichir et d'assouplir sa langue, fait un usage plus fréquent et plus hardi de certaines formes de langage familières aux Grecs, et qu'il préfère aux équivalents plus foncièrement latins. A cet égard encore, ses ouvrages diffèrent sensiblement les uns des autres; comme on le conçoit aisément, les Odes et les Epîtres sont plus riches en grécismes que les Satires et les Epodes. Entrons dans le détail.

L'accusatif appelé grec dépend, soit d'un verbe intransitif ou passif, soit d^un adjectif, ou bien il joue le rôle d'un adverbe.

L'accusatif, après certains verbes neutres, et après les participes passifs, est fréquent chez tous les poètes et se rencontre également dans toutes les œuvres d'Horace. L'accusatif est le plus souvent un indéterminé, « Quid, quidquam, nihil, quidquid, nihilum, permulta »; ou bien il désigne une partie du corps et localise en quelque sorte l'action, par exemple : « peruste latus » (Epo. 4,

1. Cf. A. Draeger, Historische syntax der lateinischen Sprache, Leipzik, 1877. — G. Ebeling, De casuum usu Horatiano, 1866. — Dittel, 2>ativi apud Horatium usits. 1878.

3), « membra stratus » (0. 1, 1, 21), « comam relîgata» (0. II, 11, 24), « crines religata » (0. IV, 11, 5), « suspens! loculos » (S. I, 6, 74), « nasum supinor » (S. II, 7, 38), « peruncti fœcibus ora j> (A, P, 277), etc..

Mais Taccusatif après un adjectif ne se trouve que dans les Odes et dans les Epîtres : ce Animum mitior » (0. m, 10, 18), « Cetera fulvus » (0. IV, 2, 60), « Cetera paene gemelli» (Epi. I, 10,3). Quant aux accusatifs neutres servant d'adverbes, il y en a quelques exemples surtout dans les Satires et dans les Odes :.S. 1, 3, 26, « cernis acutum » ; S. I, 4, 76, « suave locus voci resonat»; id. 44, «magna sonaturum»; S.II, 5,100,«et certum vigilans » ; S. II, 6, 27, « clare certumque locuto »; 0. 1, 22, 23, « dulce ridentem » ; 0. II, 12, 14, a lucidum fulgentes »; 0. II, 19, 6, « turbidum lœtatur »; 0. III, 27, 67, c perfidum ridens»; Epi. I, 10, 41, « servietaeternum ». Dans ce vers des Epîtres : « Insanire putas sollemnia » (Epi. I, 1, 101), « soUemnia » est plutôt un régime direct ; de môme Epi. II, 1 , 166 : « Nam spirat tragicum satis » • Les verbes doublement transitifs, ou les neutres employés activement, sont fréquents dans les Odes. Outre « rogo, posco » (0. 1, 24, 12 ; 1,31, 1 ; II, 16, l),on trouve : 0. II, 17, 26, « ter crepuit sonum » ; 0. III, 27, 27, « fraudes palluit i ; et 29, 50, « ludum insolentem ludere pertinax ». De même Epi. I, 19, 44, « manare poetica mella Te solum » ; et A. P. 429, « etiam stillabit amicis Ex oculis rorem ». Enfin il faut noter à part « permulta rogatus », employé dans les Satires conformément à un usage très latin, et d'autres expressions analogues, mais plus hardies, par exemple : « amicum largiora flagito » (0. II, 18, 13). Il est intéressantde voir comment, à Taide de l'analogie, le poète crée des expressions nouvelles, et comment il rajeunit la langue par le développement

naturel de ses ressources. Nous en voyons un autre exemple frappant à propos d'un autre hellénisme : * Pastorem saltaret uti Uyclopa » (S. I, S, 63); l'expression « saltare Cyclopa » devait être commune au théâtre ; dans les Epîtres, elle est renouvelée par une ingénieuse modification : a Nunc Satyrum, nunc agrestem Cyclopa movetur » (Epi. II, 2, 12S). Ce dernier ouvrage présente encore une expression du même genre, exactement traduite du grec : a magna coronari contemnat Olympia » (Epi. I, 1, 50) ; dans Y Art poétique^ <c Qui Pythia cantat Tibicen » (A. P. 414) peut s'interpréter de la même manière ^

Le rôle essentiel du génitif est de marquer la possession ou la génération. Mais il sert aussi, concurremment avec d'autres cas, à déterminer par d'autres rapports l'objet désigné * d'une façon générale par le substantif d'où il dépend. L'influence du grec est sensible dans un grand nombre de ces tournures, et l'usage, à cet égard, est variable chez tous les écrivains en vers et en prose. Chez Horace, on peut noter quelques particularités intéressantes, par rapport aux génitifs dépendant, soit de substantifs ou d'adjectifs, soit de verbes.

Le génitif après un substantif indique fréquemment la qualité de la personne ou de la chose. Les Satires en présentent d'assez nombreux exemples, soit après un nom propre, soit après un nom commun, môme sous-entendu :

t'acetus, Emunctœ naris, durus cômponere versus.

1. STSçavGUffOat 'OXujJLTUtà. Hàt., Ion, p. 530 B. "Afs S"}), Stcwç xal Ta navY]6if;vaia viXTfi(JO[i.£V (Orëlli.)

ET DE LA MÉTRIQUE d'hORACE 95

Di bene fecerunt, inopis me quodque pusilli Finzerunt animi.

Iniquse mentis asellus.

(Meeceaas) Paucorum liominum et mentis bene sanœ.

Scilicet egregii mortalem altique silenti.

Nasidiene, redis miitatœ frontis.

Magni formica laboris.

Ditior aut formœ meliorls.

Dans les Epodes, nous lisons :

Masculœ libidinis Ariminensem Foliam.

(Epo. 5, 41.)

Nec ârmo juveni nec naris obesse.

(Epo. 12, 3.)

Impia perdemus devoti sanguinis eetas.

(Epo. 16, 9.)

Dans les Odes, quatre cas seulement :

Neu multi Damalis meri Bassum Threicia vincat amvstide.

Mtdti Lydia nominis.

tfenstantis juvenem fide.

Et centum puer artium.

Enfin ddLïïsV Art poétique, \. 320 :

Fabula nullius veneris.

Cette tournure traduit souvent des composés grecs ou archaïques : « centum artium » répond à icoXuTéxvoç ; « multi nominis », à 'îroXuu)vu[xo<; ; « multi meri », à « multibiba » , que Plaute emploie avec « merobiba » (otvoxéTr^ç) ^. De même « masculœ libîdinis » et « magni laboris » rappellent à^f£v6[xop90ç, à^psvoxpé:cY;ç, çiXéxovoç; c'est ainsi que « seri studiorum » correspond au grec 44^t|i.a8eTç ; « imbrium divina », à Ù£T6|i.avTiç ; « cultus miser », à TaXàç tou 6toû; « nullius veneris », à ivaçp^Sitoç ; « multi capitis»,à

Le génitif est très fréquent en latin dans le sens partitif après un superlatif, ou après les mots « multi, pauci, plerique, aliqui ^ » . On le rencontre aussi après un positif, et ce tour est ordinaire aux poètes grecs ^. Il y en a quelques exemples chez Horace, et en particulier dans les Odes :

Natales aliosve dierum.

(S. Il, 2, 60.)

Superis deorum Gratus et imis.

Virginum primse puerîque claris Patribus orti ♦.

1. Cicéron dit aussi : « Non multi cibi hospitem -i^ {Ad fam. 9, 26) et Ovide : « Nimiique Elpenora vini » {Met. 14, 258).

Page 1