DES VARUTIONS DE LA LANGUE
parlons, plus de quarante se trouvent précisément dans ce troisième et ce quatrième livre des Odes. On ne peut donc méconnaître qu'Horace a fait usage d'un procédé tout spécial pour varier la cadence de cette sorte de vers.
Par un procédé analogue, la césure, au lieu d'être placée à la fin d'un mot, peut tomber avant l'enclitique que ; il y a quelques exemples semblables avec ne ou ve. Virgile a des vers ainsi coupés :
Haud mora conversisque i'ugax aufertur habenis. Sternitur, exaiiimisque tremens procumbit humi bos.
Ces vers n'ont qu'une césure dans le quatrième pied, mais il y a comme une demi-césure au troisième. Horace a des vers analogues :
Terret fixa vetatque novis considère in hortis.
et d'autres plus libres encore, comme on peut en juger par les exemples suivants :
Qui nummos aurumque recondit, nescius uti.
Thracane vos Hebrusque nivali compede vinctus .
(EpL I, 3, 3.)
Arripit iratusque Philippi tendit ad aedes.
(Epi. I, 7, 89.)
Les deux derniers de ces vers n'ont que la césure au troisième pied, devenue féminine par l'addition de que; dans le premier, cette césure en accompagne une autre, masculine, après le premier pied. Quelquefois aussi que est placé après la césure du premier pied, accompagnant une césure hephthémimère :
KT DE LA MÉTRIQUE d'hORACE 203
Libertasque récurrentes accepta per annos.
A mesure qu'Horace avance dans la carrière, il est plus prodigue de cette licence. Il y en a trois exemples seulement dans les deux livres des Satires, tandis qu'on le rencontre dix-huit fois dans les deux livres des Epîtres, dont treize dans le second :
Terret fixa vetatque novis considère in hortis.
Qui nummos aurumque recondit, nescius uti.
Vibidius Balatroque, secutis omnibus.
Thracane vos Hebrusque nivali compede vinctus.
(Epi. I, 3, 3.)
Inter spem curamque, timorés inter et iras.
(Epi. I, 4, 12.)
Arripit iratusque Philippi tendit ad sedes.
(Epi. I, 7, 89.)
Dignum mente domoque legentis honesta Neronis.
(Epi. I, 9, 4.)
Quo multœ magnœque secantur judice lites.
(Epi. I, 16, 42.)
Perfectos veteresque referri débet...
(Epi. II, 1, 37.)
Quod legeret tereretque viritim publicus usus.
Libertasque récurrentes accepta per annos.
(Epi. II, 1, 147.)
Divitiseque peregrinse, quibus oblitus actor.
(Epi. II, 1, 204.)
Flore, bono claroque fidelis amice Neroni.
(Epi. II, 2, 1.)
Fundet opes Latiumque beabit divite lingua.
(Epi. II, 2, 121.}
Sed verse numerosque modosque ediscere vitse.
. (Epi. II, 2,144.)
Exiguo gratoque fruaris tempore raptim.
(Epi. II, 2, 198.)
Deficiunt animique ; professus grandia turget.
Res gestse regumque ducumque et tristia bella.
Etfrugi castusque verecundusque coibat.
Accessit numerisque modisque licentia major.
Quce canerent agerentque perimcti fsecibus ora.
Les œavres lyriques présentent un fait analogue dans les vers saphiques, et dans les ennéasyllabes alcaïques. Dans les premiers, la césure masculine du troisième pied est transformée parque en césure féminine, exactement comme dans les hexamètres :
Fervet inmensusqiie ruit profundo.
Dans les seconds, la césure qui suit la troisième arsis subit une modification semblable :
Fastidit umbrosamque ripam.
Il est à remarquer que cet emploi de qiie^ à peu près inconnu dans les 'premières œuvres lyriques, devient fréquent dans les dernières. Ainsi, pour les vers saphiques, il y en a deux exemples dans une ode du premier livre ^ ; il n'y en a aucun dans le second, ni dans
T. Xiintium ciirvroq'.ie \yvre parente n.
Sedibus, virgaque levem coerces.
(0. 1, 10, G et 18.)
ET DE LA MÉÏRIQLE d'hORACE 205
le troisième, tandis qu'on en compte onze dans le quatrième livre et le Chant Séculaire }. Pour les ennéasyllabes, les deux premiers livres des Odes présentent six cas seulement de cette espèce ^, lorsqu'on en trouve quatorze dans le troisième livre et huit dans le quatrième ^.
Cette licence en explique une autre : il arrive que la césure se trouve placée après la particule enclitique, lorsque celle-ci est élidée, comme dans ces vers de Virgile :
Exiit oppositasque evicit gurgite moles.
Saxa ciet, scatebrisque arentia tempérât arva.
L'élision tombe alors sur la césure, ou plutôt la césure n'existe que par suite de l'élision.
Horace est plus libre encore : à l'exemple de Lucrèce *, il place la césure après l'élision d'une finale autre que que ou ve; par exemple :
Thessalo victore | et ademptus Hector.
Hsec ego procurare | et idoneus imperor et non.
Il y a des exemples semblables dans les vers élégiaques et galliambes de Catulle, ainsi que dans Properce. Chez Horace, les élisions de cette nature se rencontrent dans chacun des recueils : on peut en compter sept dans les Satires, douze dans les Epîtres, dont huit dans VArt
1. IV, 2, 1 ; id., 13 et 34; 6, 30 ; C. S. 1, 19, 53, 54, 59, 62, 74. S>. I, 27, 3; 34, 11; 37, 11; II, 1,31; 14, 19; 20, 11.
3. III, 1, 23; 3, 19 et 43; 4, 11 ; id., 19, 43, 47, 55 et 63 ; 5, 7 et 11 ; 26, 3; 29, 39 et 47; IV, 4, 55.; 9, 15 et 27 ; 14, 15 et 27; 15, 11; id., 23 et 27.