‹ Des variations de la langue et de la métrique d'Horace dans ses différents ouvragesChapitre 24 sur 87 · Quemne e^o servavi · texte numérisé non relu

Quemne e^o servavi

(Plaute, Mil., I, 1, 12.)

Quemne ego heri vidi ad vos adferri vesperi.

(Térence; And., IV, 4, 2^.

Ali patris auxilium sperem? Quemne ipsa reliqui? Gonjugis an fi do consoler memet amore, Quine fugit lentos incurvans gurgite remos ?

(Catulle, LXIV, 180 et 183.

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tandis que les œuvres postérieures n'en ont aucun exemple : « Utrumne » (Epo. I, 7; S. II, 3, 251; II, 6, 73); « Uterne » (S. II, 2, 107); « Quantane » (S. II, 3, 317) ; « Quone » (S. II, 3, 29S).

L'interrogatif ne donne lieu encore à une forme archaïque ou familière, qui se rencontre chez Horace dans les Satires, mais qui est bannie aussi bien des Epîtres que des œuvres lyriques. Ainsi nous trouvons « Vin » S. I, 9, 69 : a Vin tu Curtis Judaeis oppedere »; « Men » S. I, 10, 78 : « Men moveat cimex Pantilius >^, et S. II, 3, 152 : (( Men vivo? Ut vivas igitur, vigila »; « Tun » S. II, 3, 128 : « Undique? Tun sanus»; « Ten » S. II, 4, 83 : « Ten lapides varios lutulenta radere palma ».

On a voulu voir une différence analogue dans l'emploi de « nec » et de « neque », lorsque la métrique permettait de placer l'un ou l'autre ; mais un examen attentif force de reconnaître que le poète n'a consulté que son oreille sans s'imposer une règle différente dans les Satires et dans les Epîtres. Il n'est pas vrai que, dans ces dernières, « neque» ne se trouve qu'au premier pied de l'hexamètre ^ Use trouve, suivant tous les manuscrits, au deuxième pied Epi. I, 18, 37 : « Arcanum neque tu scrutaberis illius unquam d, et au troisième pied Epi. II, 2, 196 : « Invitus facias neque plura parare labores ».

Enfin nous constaterons des variations sensibles dans l'usage que notre poète a fait de certaines formes contractées ou syncopées, qui dérivent de la langue archaïque ou populaire.

Dans les mots de la deuxième déclinaison en itts ou

li M; Dunzer Taffirme, Ed. clas., t. II, p. 152.

. ium^ il fait toujours, comme Virgile, le génitif des substantifs en i, et celui des adjectifs en m, sans qu'il y ait dans aucun «de ses ouvrages une exception à la règle. Il exclut absolument, pour les substantifs, la terminaison eï, rare jusqu'alors, mais de plus en plus fréquente avec Ovide et surtout Properce, et qui régnera presque seule chez la plupart des poètes postérieurs. Il n'est pas moins rigoureux pour les formes «Di, Dis )),' qu'il emploie exclusivement, comme fait aussi Virgile. De même « idem » et « isdem » sont seuls usités au nominatif et au datif pluriel. Au contraire, pour le génitif pluriel de la même déclinaison, la désinence abrégée, plus usitée chez les vieux auteurs, est presque entièrement absente chez Horace. On rencontre seulement dans les Satires « deum » (S. II, 6, 65), et « divum » (S. I, 3, 117) ; dans les Epîtres, « Bœotum » (Epi. II, 1, 244), et « nummum » (Epi. II, 2, 33). « Deum » et « divum »i se trouvent seuls dans les Epodes, au premier et au quatrième livre des Odes.

« Nihil » et « nil » sont employés concurremment dans chacun des recueils. Maïs il n'en est pas de même pour le datif de « ego ». La forme contractée « mi » est absolument bannie des Odes et des Epodes. Non-seulement Horace l'a exclue de ses œuvres lyriques, mais il ne s'en est guère servi que dans ses débuts. Dans les Epîtres, il n'y en a plus qu'un exemple, et encore dans un vers que l'on peut soupçonner d'altération. Epi. I, 18, 112 : « Det vitam, det opes ; animum œquum mi ipse parabo ».

Il n'y en a qu'un également dans le deuxième livre des Satires : S. II, 6, 27, « Postmodo, quod mi obsit, clare certumque locuto » ; tandis que le premier livre en renferme huit à lui seul : S. T, 1, 101, «Quid mi igitur

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suades » ; 2, 57 : « Nil fuerit mi inquit » ; 2, 131 : « Cruribus hsBC metuat, doti deprensa, egomet mi » ; 3, 23 : « Egomet mi ignosco »; 4, 108 : « Quod mi ipse parasset » ; 4, H6 : « Mi satis est si » ; 9, 50 : « Nil mi officit, inquam » ; 9, 71 : « Religio est. At mi : sum paulo infirmior ». Il est à noter que, dans tous ces passages, l'emploi de mi ne constitue qu'une licence métrique, puisqu'il ne se trouve jamais à une place où il pourrait être remplacé par « mihi » : il n'est jamais sans élision dans la thésis, sauf à la fin du vers : « egomet mi D.

Horaco a suivi la môme règle pour ni et nisi; le premier est absent des œuvres lyriques, sauf les Epodes et le quatrième livre des Odes :

Non dulce, ni tecum simul.

(Epo. I, 8.)

Ni tuis victus Venerisque gratœ.

11 ne se trouve que deux ou trois fois dans les Epîtres et dix fois dans les Satires, toujours à l'arsis, ou à la fin du vers, ou élidé. L'unique exception est dans l'épître II, 1, 133; aussi pensons-nous qu'il faut lire nisi, donné par un bon manuscrit ^

Voici les autres exemples :

At ni id fit, quid habet pulchri constructus acervus ?

Cetera, ni Catia est, demissa veste tegentis,

Ni foret execto frons, inquit, quid faceres, cum.

1. Cf. Kelleret Holder. E (Munich, 14685) et B(Bernensis, 21) donnent nisi, les autres ni, quelques-uns i ou ne (pour ni î) :

Disceret unde preces, vatem nisi Musa dedisset.

Debebat; quod ni fecissot, perdere litem.

Hune hominem velles si tradere : dispeream, ni.

Ni sic fecissent, gladiatorum dare centum.

Ni tua custodis, avidus jam hsec auferet hères.

Déficient inopem vense te ni cibus atque.

Ni rapis, accèdes opéra agro nona Sabino.

Finis, ni sapiens sic Nomentanus amicum.

Si noies sanus, curres hydropicus ; et ni.

(Epi. I, 2, 34.)

Ni melius dormire putem quam scribere versus.

(Epi. II, 2, 54.)

Les syncopes, si abondantes dans la langue du peuple et des vieux auteurs, de plus en plus rares dans la langue littéraire du grand siècle, sont naturellement plus fréquentes et plus fortes dans les Satires. Môme celles qui se sont conservées à toutes les époques, celles dont Virgile fait un usage constant, sont plus rares dans les Odes; et d'autres, moins fréquentes en général, ne se trouvent que dans les Satires, les Epodes* et le quatrième livre des Odes.

Dans les verbes, la syncope la plus ordinaire est celle qui supprime la syllabe ve ou vi à la désinence du parfait et du plus-que-parfait, surtout dans la première conjugaison. Tous les exemples que renferment les Odes et les Epîtres appartiennent à cette dernière, et même le troisième livre des Odes n'en a qu'un, « placaris » (III, 23, 3) ; les Epodes ont de plus « complesti » (Epo, 6, 9), « im-

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pleris » (17, 59), « nosti » (17, 77); « noris » se trouve daas le quatrième livre. Dans les Epodes, on voit même la syncope de « ve » dans un verbe où la consonne appartient au radical (Epo. il, 14) : « Fervidiore mero arcana promorat loco » ; le môme cas ne se retrouve que dans les Satires : « remorant » (S. II, 1, 71), « commorit » (II, 1, 45), « summosses » (I, 9, 48).

Les Satires également, outre la suppression de « ve» ou « vî », comme dans « consueris, audisti, noram, nosse » et beaucoup d'autres, présentent la syncope plus rare de « is » ou « iss » dans la désinence : « erepsemus » (S. I, 5, 79), « divisse » (II, 3, 169), « percusti » (II, 3, 273). Virgile employé de même « accestis, extinxem, traxe, direxti, vixet » ; mais il n'y a rien de semblable, ni dans les œuvres lyriques, ni dans les Epîtres.

De même on trouve dans les autres livres, comme chez tous les poètes, la syncope de Vi ou de Vu dans certains mots tels que : « repostum » (Epo. 9, 1), « periclo » (0. III, 20, 1), « lamnœ » (0, II, 2, 2), « puertiœ » (0. 1, 36, 8).

Mais les Satires nous offrent des formes plus antiques et plus rares : « caldior » (I, 3, 53), a soldum » et a soldo » (II, 5, 65 et 1, 2, 113), et même « surpite » (II, 3, 283). On ne rencontre pareille suppression d'une syllabe du radical que dans le quatrième livre des Odes (0. IV, 13, 20) : « Qu8B me surpuerat mihi ».

Pour ce qui concerne la syntaxe, les Satires et les Epodes ont aussi quelques tours inusités dans les œuvres postérieures, par exemple : « atque » ou « ac » après un comparatif.

Très rare, même chez les anciens, plus rare encore chez Cicéron, Catulle, Virgile, puisqu'on n'en trouve

qu'un exemple dans chacun d'eux, cette tournure se rencontre dix fois dans les premières œuvres d'Horace :

Artius atque hedera procera adstringitur ilex.

(Epo. 15, 5.)

Non tuus hoc capiet venter plus ac meus.

Non se pejus cruciaverit atque hic.

Hoc iter ignavi divisiraus, altius ac nos Prsecinctis unum.

His me consolor victurum suavius ac si

Qusestor avus pater atque meus patruusque fuissent.

In silvam non ligna feras insanius ac si Magnas Grsecorum malis implere catervas.

Mollius ac si quis pedibus quid claudere senis.

Qui sanior ac si Illud idem in rapidum flumen jaceretve cloacam.

Nihilo plus explicet ac si Insanire paret certa ratione modoque.

Qui peccas minus atque ego ^,

Le caractère archaïque de cette tournure est démontré par ce fait que Tite-Live n'en a fait usage qu'une fois, en citant un document de Tan 217 avant Jésus- Christ : « Si antidea senatus populusque jusserit fîeriac faxitur ^ » .

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