‹ Des variations de la langue et de la métrique d'Horace dans ses différents ouvragesChapitre 53 sur 87 · Mathiae, gr. gr · texte numérisé non relu

Mathiae, gr. gr

la première satire : S. I, 3, 32, <ic Maie laxus In pede calceus hœret ». « Certo » et ses synonymes sont accompagnés du datif, sauf une exception dans les Epîtres : Epi. I, 18, 30, <c Desine mecum certare ». a Disto » est suivi de a dans les Satires : S. II, 2, 53, « Sordibus a tenui victu distabit » . Mais ailleurs il est suivi du datif, sauf un cas : , III, 19, 1, <c Quantum distat ab Inacho Codrus » . Il n'y a pas d'exception pour les verbes analogues, « discrepo^ dififero, dissentio, dissideo », qui ont toujours le datif, même dans les Satires.

En général, les poètes aiment à supprimer les prépositions. Les cas les plus ordinaires sont ceux où le verbe renferme l'idée d'éloîgnement, de séparation, ou lorsqu'il est composé avec une préposition. Les exemples de ce genre abondent également dans toutes les œuvres d'Horace. Ce que l'on trouve ensuite le plus fréquemment, c'est l'ablatif seul, au lieu de l'ablatif avec m. Ici nous observons une différence notable : les Satires, les Epodes et les Epîtres en présentent fort peu d'exemples, surtout si l'on excepte les passages où l'ablatif peut être considéré comme absolu ou instrumental ; les Odes, au contraire, en ont un grand nombre :

Cum piorepserunt primis animalia terris.

(S. I, 3, 39.) Velut silvis....

nie sinistrorsum hic dextrorsum abit.

Magna minorve foro si res certabitur olim.

Militibus promissa Triquetra

Prsedia Csesar an est Itala tellure daturus?

Opima quodsi prseda curvo littore Porrecta mergos juveris.

(Epo. 10, 21.)

ET DE LA MÉTRIQUE d'hORACE 105

Latet cOt>ditu8 agro»

Ne populum extrema totiens exoret arena.

(Epi. 1, 1, 6.)

Si potes Archiacis conviva recumbere lectis.

(Epi. 1,5, 1.) Et sinistra Labitur ripa.

Stravere ventes sequore fervido Deprœliantes.

Ambiguam tellure nova Salamina futuram.

Pone me pigris ubi nuUa campis.

Depone tutis auribus.

Sive jactatam religarat udo Littore navira.

Agro qui statuit meo.

Nec quisquam dtus seque Tusco denatat alveo.

Et nostri memorem sepulcro Scalpe querelam.

Ludit herboso pecus omne campo.

Le datif, pour Taccusatif avec m, ne se rencontre guère que dans le premier livre des Odes; notons qu'il n'est pas toujours possible de discerner, dans ces passages, si Fauteur a employé le datif ou l'ablatif. Les autres recueils n'en ont que très peu d'exemples :

Si quis casus puerum egerit Orco.

Intenninato cum.semel fixse cibo Intabuissent pupulœ.

(Epo. 5, 39,)

Qui templig Parthorum signa refigit.

(EpL 1, 18, 56.)

Certat tergeminis toUere honoribus.

Ponto Unda recumbit.

Tu parum castis inimica mittes

Fulmina lucis.

Nigro compulerit Mercurius gregi.

Et Jovis arcanis Minos admissus.

Quis neget arduis

Pronos relabi posse rivos

Montibus.

Au contraire, le verbe « relabi » est suivi de in avec Taccusatif dans les vers suivants :

Nunc in Aristippi furtim prsecepta relabor.

(Epi. 1, 1, 18.)

. Tune mens et sonus Relapsus atque notus in vultus honor.

(Epo. 17, 18.)

Vertere funeribus triumphos.

Vertere séria ludo.

Au contraire, on trouve « vertere in » dans les passages suivants :

Et mulier peregrina vertit In pulverem.

ET DE LA MÉTRIQUE d'hORACE 107

In faciem verterit hispidam.

Omne Verterat in fumum et cinerem.

(Epi. 1, 15, 39.)

In rabiem cœpit verti jocus.

(Epi. II, 1, 149.)

Aut in avem Procne vertatur, Cadmus in anguem.

Le sens n'est pas le même dans « Sibi ne vitio quis verteret», S. I, 6, 85 K

Plus grec est l'usage du datif comme régime d'un passif. Horace, comme tous les poètes, a étendu ce tour à un grand nombre de verbes :

Parentibusque abominatus Annibal.

(Epo. 16, 8.)

Bellaque matribus Detdstata.

Seu visa est catulis cerva fidelibus.

Lesbio primum modulate civi.

Tibur Argeo positum colono.

Mihi Castseque damnatum Minervse.

Et regnata Cyro Bactra.

1. Cf. 0. I, 28, 10 : « Tartara Panthoiden iterum Orco Demissum >; G. III, 5, 22 : « Retorta tergo bracchia libero > ; 0. III, 23, 1 : « Cselo supinas si tulens manus >. «

Et maribus Cunis et decantata CaxniUis.

(Epi. I, 1, 64.)

Qu88 scribuntur aquœ potoribus.

(Epi. I, 19, 3.)

Quse priscis memorata Catonibus atque CeUiegis.

(Epi. n, 2, 117.)

IIU scripta quibus comœdia prisca viris est *.

De même avec l'ablatif, les Odes présentent des suppressions hardies de la préposition, que Ton ne rencontre pas dans les autres ouvrages :

Scriberis Vario fortis et hostium Victor Mseonii carminis alite.

Eirgo aut adulta vitium propagine Altas maritat populos.

(Epo. 2, 9.)

Milesne Crassi conjuge barbara Turpis maritus vixit ».

C'est ainsi que le verbe * orior » , que l'on trouve dans les Satires avec ou sans ab, est toujours dans les Odes suivi directement de Tablatif : S. I, 5, 55, a Ab his

1. Cf. 0. I, 21, 3 : « Latonamque supremo Dilectam penitus Jovi » ; 1, 24, 14 : « Auditam moderere arboribus fîdem » ; II, 6, 11 : « Flumen et regnata petam Laconi Kura Phalantho »; II, 13, 13 : « Nunquam homini satis Cautum est in horas >; Epo. 17, 20 : « Amata nautis multum et institoribus »; S. I, 10, 66 : « Et Grsecis intacti carminis auctor » ; S. II, 5, 7 : « Aut apotheca procis iutacta est » ; Epi. II, 1, 247 : « Dilecti tibi Virgilius Variusque poetœ )» ; id., 256 : «i Et formidatam Parthis te principe Romam »; II, 2, 92 : « Cselatumque novem Musis opus > ; A. P. 50 : « Fingere cinctutis non exaudita Cethegis »; id., 427 : « Nolito ad versus tibi factos ducere » ; Epo. 16, 32 : « Adulteretur et columba miluo ».

2. On peut toutefois, dans les deux derniers exemples, considérer jTropaffine et conjuge comme des ablatifs de cause.

majoribus orti » ; S. I, 6, 73, « Magnis e centurionibus orti » ; S. I, 6, 10, ce Nullis majoribus ortos » ; S. II, 4, 33, « Ostrea Girceis, Miseno oriuntur echini » ; S. II, 6,

5, « Maia nate » ; 0. 1, 12, SO, « Orte Saturno » ; 0. III,

6, 33, « Non his juventus orta parentibus » ; IV, S, 1, « Divis orte bonis ». On peut rapprocher, 0. IV, i, 29, « Fortes creantur fortibus et bonis», à moins que le régime ne soit au datif.

L'usage de l'ablatif, régime des comparatifs, donne lieu également à quelques observations intéressantes, et marque une diflférence sensible entre la syntaxe des Satires et des Epîtres, et celle des œuvres lyriques. Lorsque le premier terme de la comparaison est au nominatif, le second se met à lablatif, et notre poète emploie cette construction aussi bien dans les uns que dans les autres de ses ouvrages. Il n'en est pas de même lorsque le premier terme est à un autre cas. Lorsqu'il est à l'accusatif et que le comparatif est un adverbe, le deuxième terme est plusieurs fois à l'ablatif dans les Satires et dans les Epîtres :

Cur tua plus laudes cumeris granaria nostris ?

Ut se Non unquam servo melius vestiret.

Sed fulgente trahit constrictos gloria curru Non minus ignotos generosis.

Tanto reprehendi justius illis,

Quse nisi divitibus nequeunt contingere mensis?

AlterMileti textamcane pejus et angue

Vitabit chlamydem.

(Epi. I, 17, 30.)

Spectaret populum ludis attentius ipsis.

(Epi. II, 1, 197.)

110 DES VARIATIONS DE LA t^ANGUE

La même tournure se retrouve dans les premières odes seulement, et dans le quatrième livre :

Cur olivum Sanguine viperino Cautius vitat.

Quid prius dicam solitis parentis Laudibus ?

Nullam, Vare, sacra vite prius severis '.

Cunctantem spatio longius annuo.

Pejusque leto flagitium timet.

L'ablatif est beaucoup plus rare lorsque la comparaison est indiquée par le verbe : S. II, 8, 79, « NuUos his mallem ludos spectasse ».

Lorsque le comparatif est un adjectif à l'accusatif, le second terme est très souvent à l'ablatif en prose; il l'est quelquefois dans Horace, mais jamais dans les œuvres lyriques, sauf le quatrième livre des Odes et le Chant Séculaire :

Numquid Pomponius istis

Audiret leviora.

Ssepe ferentem î^lura qtlidem tollenda relinquendis*

(S. I, lOi 51;)

Non ridet versus Enni gravitate liiinofes.

(S. I, lO, 54.)

Corpore inajorem ridfes Turbonis in armis Spiritum et incessum.

(S. il, 3, 310.)

i. Traduction littérale du vers d'Alcée : MyjSsv àXXo çUTe6àY)Ç Sév-

KT DE LA MÉTRIQUE d'hORAGE 111

Invidia Siculi non invenere tyranni Msyus tormentum.

(Epi. I, 2, 58.)

Novistine locum potiorem rure beato.

(Epi. I, 10, 14.)

Msjores pinnas nido extendisse loqueris.

(Epi. I, 20, 21.)

Possis nihil urbe Roma Visere majus.

(C. S. 11.) Daturus Piura relictis.

Quo nihil majus meliusve terris Fata donavere bonique divi Nec dabunt.

Notons cependant que, dans ces deux derniers exemples, le premier terme est un indéfini, ainsi que dans le vers cité plus haut : « Quid prius dicam ». On trouve aussi Tablatif lorsque le premier terme est à un cas autre que le nominatif ou raccusatif ; mais rarement, même dans les Satires et les Epîtres :

Cum de se loquitur non ut majore reprensis.

Lucili ritu, nostrum melioris utroque.

Pane egeo jam mellitis potiore placentis.

(Epi. I, 10, 11.)

Sic qui pauperiem veritus potiore metallis libertate caret.

(Epi. li 10, 39.)

Pontiflcum potiore cenis.

Centum potiore signis Munere donat.

Le quatrième livre des Odes présente un cas tout particulier où, par une licence hardie, « quam » est sousentendu devant le second terme à l'ablatif :

Milite nam tuo Drusus Genaunos, implacidum genus, Breunosque veloces et arces Alpibus impositas tremendis Dejecit acer plus vice simplici.

Horace a cru devoir éviter ces formes dans les œuvres lyriques ; il y a évité d'autres tournures encore, où cependant l'influence du grec n'est pas étrangère : l'ablatif après alius, le datif elliptique après idem^ le datif par attraction après liccty l'ellipse du sujet de l'ablatif absolu. Il les jugeait sans doute trop prosaïques pour les introduire dans les Odes. Voici les exemples tirés des Satires et des Epîtres :

« Alius » avec l'ablatif :

Qui species alias veris scelerisque tumultu Permixtas capiet '.

Neve putes alium sapiente bonoque beatum.

(Epi. I, 16, 20.)

Ne quis se prseter Apellem

Piageret, aut alius Lysippo duceret sera.

(Epi. II, 1, 240.)

Datif hellénique après « idem » et « simile » :

Invitum qui servat, idem facit occidenti.

1. Cependant nous penchons pour la leçon « Qui species alias veri » (Cf. A. Holder).

ET DE LA MÉTRIQUE d'hORACE 113

Et magnis parva mineris Falce recisurum simili te.

Quid simile isti Grœcus Aristippus.

Datif par attraction :

At hic si, Qua res, qua ratio suaderet, quaque modeste Mmiiôco esse licet, vellet bonus atque benignus , ,

Esse.

Quid statis? nolint. Atqui licet esse beatis.

nu

Tardo cognomen pingui damus.

Quo tibi, TiUi, Sumere depositum clavum fierique tribuno?

Ac si cui videor non justus, inulto Dicere quod sentit permitto.

Da mihi fallere, da justo sanctoque videri.

(Epi. 1, 16, 61.)

Mediocribus esse poetis Non homines,non di, non concessere columnae *.

Ce sont là des extensions, par analogie, d'un tour fort usité dans la prose classique avec le verbe « licet ». Ellipses dans Tablatif absolu :

1« La construction est différente, 0. I, 31, 17 :

Frui paratis et valido mihi, Latoe, dones.

Parto quod avebas.

Aut ego lecto Aut scripto quod me tacitum juvet.

Excepte quod non simul esses .

(Epi. 1, 10, 50.)

Vilibus in scopis, in mappis, in scobe quantus Consistit sumptus? Neglectis, flagitium ingens.

Ajoutons encore l'exemple suivant, où le participe absolu joue, à lui seul, le rôle d'une proposition :

Et casu tune respondere vadato Debebat *.

1. D*autres tournures encore sont le partage de la poésie familière; par exemple les ellipses :

Unde mihi tam fortera tamque fidèle m ?

Unde mihi lapidem?

Quo mihi fortunam, si non conceditur uti ?

(Epi. 1,5, 12.)

De même le datif éthique, tour de conversation, ne se trouve guère que dans les Satires, sauf un cas dans les Epodes et un dans les Odes :

Quid tibi vis, mulier.

(Epo. 12, 1.)

Hic vivum mihi cespitera, hic Verbenas, pueri, ponite turaque.

Diceret hsec aniraus quid vis tibi ?

AC mihi seu longum post tempus venerat hospes.

Quid tamen ista velit sibi fabula.

(Cfi Dittel, De Dativi mu dpud H.)

ET DE LA MÉTRIQUE d'hORACE 115

Si, dans la syntaxe des cas, Tusage du génitif distingue principalement la langue d'Horace, dans la syntaxe des verbes c'est l'extension de l'infinitif i. C'est là, on peut le dire, le caractère le plus particulier de sa syntaxe; personne autant que lui n'a imité les Grecs dans l'emploi de ce mode.

En général l'infinitif, qui de sa nature est comme un intermédiaire entre le substantif et le verbe, tient plutôt du verbe chez les Latins, et du substantif chez les Grecs. Tantôt il est accompagné d'un substantif qui lui sert de sujet, et cette sorte de proposition, dite infinitive, est elle-même ou le sujet ou le régime du verbe principal. C'est la tournure la plus latine, celle où l'infinitif est plus proprement un mode du verbe. Tantôt l'infinitif seul sert de sujet ou de régime ; il suppose dans le premier cas un sujet indéterminé et, dans le second, le môme sujet que le verbe principal. D'autres fois, il se joint immédiatement, sans sujet exprimé ni sous-entendu, à un verbe marquant une tendance vers l'action, lequel joue le rôle d'un auxiliaire. Enfin il sert, pour ainsi dire, de régime indirect après un verbe ou môme un adjectif. Tout hellénique, cette dernière tournure est en latin presque exclusivement poétique, et notre poète s'en est particulièrement servi.

La tournure de la proposition infinitive, plus faite pour la prose que pour la poésie, est très fréquente dans les Satires et les Epîtres, après « dicere, scire », ou les analogues de ces verbes : « mirari, sentire, videre, fidere, credere », etc. Môme les vers où Horace en a fait usage par extension, après d'autres verbes, se trouvent tous dans les Satires et dans les Epltres :

Page 1