‹ Des variations de la langue et de la métrique d'Horace dans ses différents ouvragesChapitre 81 sur 87 · L. Mulierj De i^e met.^ p · texte numérisé non relu

L. Mulierj De i^e met.^ p

on n'en voit qu'une seule dans le deuxième, et encore est-elle atténuée :

Filius inmaturus obisset, flere.

tandis qu'il y en a sept dans les premières épîtres, et neuf dans les dernières, dont quatre dans VArt poétique :

Coiisiliumque moraatur ageiidi gaaviter id quod.

(Epi. 1, 1, 24.)

Labitur et labetur in omne volubilis aevum.

Thracane vos Hebrusque nivali compede vinctus.

(Epi. I, 3, 3.)

Intel' spem curanique, timorés inter et iras.

(p:pl. 1, 4, \2.)

Arripit iratusquo Philippi tendit ad îodes.

(Epi. I, 7, 89.)

Dijrnuni mente domoque legentis honesta Neronis.

(lilpl. I, 9, 4.)

Hoc âge. ne muta(a retrorsum te ferat aura.

(I^]pl. I, 18, 88.)

Post ingentia facta deoruni in templa recepti.

(Epi. II, 1, 6.)

Psallimus et luctamur Acliivis doctius unctis.

(Epi. II, 1, 33.)

Et post punica bclla quictus quporere co^pit.

(Epi. II, 1, 162.)

Quaiitus sil Dossennus edaoibus in parasitis.

, (Epi. II, 1, 173.)

Cum loca jam recitata rcvolvimus irrevocati.

;Epl. H, 1, 223.)

Et nova fictaque nuper hnbebunt verl)a fideni, si.

Inipiger, iracundus, inexorabilis, acer.

ET DE LA MÉTRIQUE d'hORACE 213

Nou fumum ex fulgore sed ex fumo dare lucem.

Aut fanaticus error et iracunda Diana.

Ces vers n'offrent que des diérèses et des césures féminines, ou très rarement des césures incorrectes au cinquième ou au sixième pied. Ce qui est le plus contraire à la cadence de Thexamètre, c'est la consécution des césures féminines ; quelquefois celle du troisième pied est suivie immédiatement d'une autre après le cinquième, et elles sont séparées alors par un mot de cinq syllabes ou l'équivalent. Or, il n'y en a qu'un cas dans les Satires, encore le vers qui le renferme est-il composé de trois noms propres. Les Epîtrès en présentent cinq :

Eupolis atque Cratinus Aristophanesque poetre.

An tragica desœvit et anipullatur in arte.

(Kpl. I, 3, 14.)

Incipiani patiarque vel inconsultus haberi.

(Epi. I, 5, 15.)

Asperitas agrestis et inconcinna gravisque.

Et frugi castusque verecundusque coibat.

Aut fanaticus error et iracunda Diana.

Moins harmonieux encore sont les vers où la césure du troisième trochée est suivie d'une césure semblable au quatrième pied. Il n'y en a aucun exemple dans les Satires, tandis qu'on en remarque six dans les Epîtres, dont trois dans VArt poétique; dans deux de ces six

cas, on trouve trois césures féminines de suite, et, dans un autre, on en rencontre même quatre :

Flore, bono claroque | fidelis | amice | Neroni.

(Epi. II, 2, 1.)

nie tegat commissa, | deosque | precetur ( et oret.

Dignum mente | domoqiie | legentis | honesta | Neronis.

(Epi. I, 9, 4.)

Voici les trois autres :

Labitur et labetur in onine volubilis sevum.

(Epi. I, 2, 43.)

Accessit numerisque modisque licentia major.

Multa dies et multa litura coercuit atque.

La césure hephthémimère est beaucoup moins usitée que calle du troisième pied. La proportion dans Horace est d'environ un vers sur dix ; elle ne varie pas sensiblement d'un recueil àTautre; on remarque cependant que le deuxième livre des Satires en a le moins, et que le deuxième livre des Epîtres en a le plus.

Généralement, dans ces sortes de vers, le premier hémistiche est coupé en deux par une césure trithémimère. C'est une règle presque absolue pour Virgile, et l'on sait combien les vers construits de la sorte sont fréquents chez Lucrèce, Silius, Juvénal et les poètes postérieurs. Chez Horace, on rencontre quelques exceptions, à peine une sur 150 vers, et elles sont réparties à peu près également dans les différents livres; encore plusieurs de ces exceptions disparaissent-elles, si Ton admet dans ces vers les césures par élision ou par tmèse. 11 y en a sept dans le premier livre des Satires :

ET DE LA xMÉTRlQUE DHORACE 215

An vigilare raetu exauimém, noctesque diesque.

Quodque aliéna capella gerat distentiiis uber.

Quid inter Est in matrona, ancilla peccesve togata.

Quod vénale habet ostendit, neq«e, si quid Iionesti est.

Non ego, namque parabilem amo venerem facilemque.

Fuscus Aristius occurrit, mihi carus et illum .

Ambitione relegata te dicere possum.

On en peut compter sept aussi clans le deuxième livre :

nie repotia, natales aliosve dierum.

Cum laqueo uxorem interimis matremque veneno.

Pauper Opimius argent! pasiti intus et auri.

Altercante libidinibus tremis ossa pavore.

Responsare cupidinibus, contemnere honores.

Monstravi incoquere, inlutos Curtillus echinos.

Sollicitudine districtum, ne panis adustus.

Le premier livre des Epîtres renferme dix vers sans autre césure masculine que Theplithémimère, à moins qu'on ne voie une espèce de césure semiquinaire dans le vers suivant :

Rura suburbana indictis cornes ire latinis.

(Epi. I, 7, 76.)

OU une césure trithémimère dans ceux-ci :

Stultorum iucurata pudor malus ulcéra celât.

(Epi. I, 16, 24.)

Virtutemne reprsesentet moresque Catonis.

(Epi. I, 19, 14.)

Voici les sept autres :

Invidus, iracundus, iners, vinosus, amator.

(Epi. I, 1, 38.)

Si curatus iiiroquali tonsore capillos.

(Epl.l, 1.94.)

Ofticiosaque sedulitas et opeila forensis.

(Epi. 1, 7, 8.)

Limât, non odio ohscuro morsuque venenat.

(Epi. I, 14, 38.)

Ut matrona meretrici dispar erit atque.

(Epi. I, 18, 3.)

Possis. Adde virilia quod speciosius arma.

(Epi. I, 18, 52.)

Qui maie parentem in rupes protrusit asellum.

Le deuxième livre en a douze :

Scripta vel optima, Romani pensantur eadem.

(Epi. II, 1, 29.)

Asperiiads et invidiae corrector et irae

(Epi. II, 1, 129.)

Libertasqne récurrentes accepta per annos.

(Epi. 11, 1, 147.)

Dividœque peregrinae, quibus oblitus actor.

(Epi. II, 1, 204.)

Dura sed emovere loco me tempora grato.

(Epi. II, 2, 46.)

Hic extremo in Aventino, visendus uterque.

(Epi. II, 2, 69.)

ET DE LA MÉTRIQUE d'hORACE 217

Fit Mimnermus et optivo cognomine crescit.

(Epi. II, 2, 101.)

Luxuriantia compescet, nimis aspera saao.

(Epi. II, 2, 122.)

Hic ubi cognatorum opibus curisque refectus.

(Epi. II, 2, 136.)

Ut ridentibus arrident, ita flentibus adflent.

Adspirare et adesse choris erat utilis»atque.

Doctum imitatorem et vivas hiiic ducere voces.

En examinant de plus près ces trente-six vers, on voit que, dans dix-neuf d'entre eux, dont huit dans les Satires et onze dans les Epîtres, la césure hephthémimère n'est accompagnée d'aucune autre, pas môme d'une césure féminine, ni au deuxième, ni au troisième pied ; exemples :

nie repotia, natales aliosve dierum.

Officiosaque sedulitas et opella forensis.

(Epi. I, 7, 8.)

Dans treize de ces vers, dont cinq des Satires et huit des Epîtres, il y a une césure féminine au deuxième pied ; par exemple :

Responsare cupidinibus, contemnere honores.

Fit Mimnermus et optivo cognomine crescit.

(Epi. II, 2, 101.)

Dans quatre autres (S. I, 1, 110; Epi. I, 1, 38; I, 16, 24, et A. P. 204) on remarque une césure accessoire après le troisième trochée, sans compter les vers, dont

nous avons parlé, où cette césure du troisième trochée est la césure dominante ; Tun de ces quatre vers a la césure féminine en môme temps au deuxième et au troisième pied (S. I, d, 110), consécution contraire à la cadence de Thexamètre, les trois premiers hémistiches formant une fin de vers. Il y a deux autres cas semblables dans le premier livre des Satires : S. I, 4, 1, « Eupolis atque Cratinus »; et I, 9, 31, « Hune neque dira venena », et un seulement dans les Epîtres : I, 1, 24, « Consiliumque morantur ».

Les césures du troisième et du quatrième pied sont les véritables césures métriques ; mais les autres coupes, d'où résultent Tenchaînement et l'harmonie du vers, ne sont pas laissées au hasard.

En général, dans la première partie du vers latin, la fin du mot ne coïncide pas avec celle du pied. Une succession de mots dactyliques ou spondaïques est un assemblage barbare, tel que ce vers d'Ennius :

Sparsis hastis Ion gis campus splendet et horret.

Le vers n'existe pas davantage si les pieds se terminent tous par l'une des brèves du dactyle, comme dans cet autre passage d'Ennius :

Corde capessere semita nulla pedem stabilibat,

OU dans celui de Lucrèce :

Per simulacra leonum caetera quse videt sequo.

Tel est aussi le vers d'Horace que nous avons déjà remarqué :

Dignum mente domoque legeutis lionesta Neronis.

La mesure est détruite parce que l'accent métrique est en-

tièrement confondu avecTaccent tonique, et la succession de quatre mots formant chacun un crétique produit une cadence toute particulière. Pour éviter ces inconvénients, les poètes latins multiplient les césures masculines, c'est-à-dire qu'ils préfèrent terminer le mot avec Farsis du deuxième, du troisième, du quatrième pied. C'est le lien qui unit les éléments du vers et en forme un tout. Les coupes les moins usitées sont naturellement celles qui constitueraient un vers dans le vers: ainsi l'on n'admet pas la diérèse avec un arrêt du sens après le premier pied, s'il est spondaïque; on l'admet encore moins après le deuxième pied, surtout spondaïque : on aurait ainsi un vers complet de deux pieds. Les poètes latins en général rejettent avec autant de soin Içi coupe à la fin du troisième pied, coupe qui diviserait l'hexamètre en deux tronçons pareils.

Dans la fin du vers, où surtout le rythme et la cadence doivent rester sans mélange, on évite, au contraire, le conflit des accents et, par conséquent, la césure après l'arsis du cinquième et du sixième pied.

Horace s'est affranchi jusqu'à un certain point de la règle observée par les poètes épiques, et, grâce à un emploi plus libre des césures et des coupes, il a conservé l'allure dégagée de la prose et du dialogue familier. Il est à remarquer, d'ailleurs, qu'il s'éloigne moins de l'usage ordinaire dans la première moitié du vers; aussi la ponctuation y coïncide-t-elle, en général, avec les césures. C'est à la fin du vers ^qu'elle tombe le plus souvent, ensuite après la césure, masculine ou féminine, du troisième pied, puis après celle du quatrième; elle est assez fréquente aussi après le premier pied, quand il est dactylique, et au milieu du deuxième. Les coupes les plus contraires à la nature de l'hexamè-

tre sont celles qui tombent à la diérèse après le premier pied, s'il est spondaïque, et celles qui, venant après le deuxième et après le troisième pied, constituent, en quelque sorte, un vers dans le vers. Même chez Horace, ces cas sont assez rares. C'est dans le premier livre des Satires qu'on en trouve le plus grand nombre, et ils disparaissent presque entièrement au deuxième livre des Epîtres. Ainsi, dans le premier livre des Satires, on voit une fois la ponctuation après le premier spondée :

Jam nox inducere tems Urabras, et crelo diffundere sigaa parabat.

onze fois après le deuxième pied, et trois fois après le troisième :

Nil obstet tibi, dura ne sit te ditior aller.

Neque se majori pauperiorum Turbœ comparet, hune atque huiic superare laboret.

Nil fuit unquam Sic impar sibi. Nunc aliquis dicat mihi quid tu?

Hoc in me jacis? Estauctor quis denique eorum, Vixi cum quibus? Absentera qui rodit amicum.

(S. I, 4, 80 et 81.)

Haec est -^rugo mera ; quod vitium procul afore chartis Atque animo prius, ut si quid promittere de me.

(S. I, 4, 101 et 102.)

Hoc mihi juris Cura venia dabis : insuevit pater optimus hoc rae.

Ne patriani rem Perdere quis velit. A turpi meretricis amore.

ET DE LA MÉTRIQUE d'hORACE 221

Quod placui tibi^ qui turpi secérnis honestum.

Est brevitate opus, ut currat senteutia neu se.

Omnia magna loquens, modo : sit mihi mensa tripes et Concha salis puri et toga, qure defendere frigus.

(S. I, 3, 13 et 14.)

Quod mœchus foret, aut sicarius aut alio(^ui.

Au deuxième livre, nous trouvons la ponctuation une fois aussi après le premier pied spondaïque :

Scsevre vivacem crede nepoti Matrem : nil faciet sceleris pia dextera.

cinq fois après le second, et deux fois après le troisième :

nie repotia, natales aliosve dierum.

Ulrum imitabitur? Hac urget lupus...

Iratus tibi. quod vini somnique benignus.

Et quidquid volet. Hoc, veluti virtute paratum.

Cerritus fuit? an commette crimine mentis.

Quale prius ludas opus, an meretricis amore.

Quœ si quis sanus facit,et sanus faciès tu.

Dans le premier livre des Epîtres, cinq vers ont une coupe après le premier spondée, cinq après le deuxième dactyle :

â22 DES VARIATIONS DK LA LANGUE

Et quot liabebo Mittam ; post paulo scribit, sibi millia quinque.

(Epi. I, 6, 43.)

Cœritce cera Digni, remigiura vidosum Ithacensis Ulixi.

(Epi. I, 6, G3.)

Quantum dimlssa petitis Prœstent, mature redcat repetatque relicta.

(Epi. I, 7, UT.)

Vel cursu superare canem vel viribus aprum Possis. Adde virilia quocl speciosius arma..

imitiitores, servum pecus, ut milii sîepe Bilem, scepe jocum vestri movere tumultusî

(Epi. I, 19, 20.)

Quo ducit gula ; piscemur, vonemur, ut olim.

(Epi. I, G, 57.)

Ne te loiigis ambagibus ultra Quam satis estmorer : ex iiitido fit rusticus...

(Epi. I, 7, 83.)

Si ventri bene, si latcri est pedibusque tuis...

(Epi. L 12, 5.)

Da mihi lallere, da justo sanctoque videri.

(Epi. I, 16, Gl.)

IIoc quoque te manet, ut pueros éléments docentem.

(Epi. I, 20, 17.)

Il n'y en a qu'une après le troisième dactyle :

ttoô priinus répétas opus, hoc postremus omittas.

(Epi. I, 6, 48.)

Le deuxième livre renferme seulement cinq fois la ponctuation après le deuxième pied, et deux fois après le troisième :

Hic sponsum vooat, hicaudituni .scripta reliotis.

(Ei)l. IL 2, 07.)

ET DE LA MÉTRÎQt3E D^HORACË 223

Lusisti satis, edisti satis atque bibisti.

(Epi. 11,2, 214.)

L'intention du poète est sensible dans ce dernier exem- 'ple.

Dolendum est Primum ipsi dbi : tum tua me infortunia Isedent.

(A. P. 103.) * Erit quœ, si propius stes, Te capiat magis, et queedam, si longius abstes.

Hfec placuit semel, hfec decies repetita ])lacebit.

Hac rabiosa lugit canis, hac lutulenta ruit sus.

(Epi. II, 2, 75.)

Sed nunc non erat his locus. Et fortasse cui)ressum.

La coupe après la première brève du quatrième dactyle est plus défectueuse encore, et nous ne la remarquons qu'une seule fois dans Horace :

Olim truncus eram ficulnus, inutile lignum.

Horace, bien entendu, dans les Satires et dans les Epîtres, n'évite pas plus que Virgile, Ovide et Tibulle de terminer un mot avec le trochée du quatrième pied. On sait que chez Catulle on ne trouve jamais cette cadence, non plus que chez Lygdamus ; elle est aussi relativement rare chez Properce. Dans les hexamètres des Epodes, Horace n^en offre aucun exemple. Le poète aurait-il donc emprunté cette règle rigoureuse à Catulle ^ et aux

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