‹ Des variations du langage français depuis le xii. siècleChapitre 10 sur 75 · PHILAMINTE · texte numérisé non relu

PHILAMINTE

Veux-tu toute ta vie offenser la grammaire ?

MAanirs.

Qui parle d'offenser graud-père ni grand* mère?

Le jeu de mots est exact suivant la bonne prouon-

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ciation (t'antrefois; il ne Test pas suivant la méthode aujourcriuii en usage, de jeter les deux ///. dans la se* conde syllabe, et de prononcer la gm^mmaire. De ces deux m^ Tune appartient à la première syllabe, l'autre à la seconde, ce qui confond tout à fait ht gixim^maire avec la grand tnère.

Le nom propre Grammont se prononce aussi mal gra-mmont. C'est granv-mont qu'il faut dire. Jadis on écrivait le plus souvent grandmont^ en latin grandi^mons. Le âf est tombe d'abord , parce qu'il ne servait qu'à noter l'étymologie, et disparaissait dans la prononciation; ensuite on a mal à propos réuni les deux m en une seule , et voilà comment le nom a fini par se trouver défigui-é en Gramont.

Le mot nermiy autrefois si usité dans certaines provinces, et même à Paris sous François I**", lorsqu'on le rencontre dans Marot ou ailleurs, on ne sait plus le prononcer. Le plus grand nombre dit né-ni; c'est ainsi qu'il est estropié au théâtre. D'autres, en petit nombre, na-ni. Allez donc en Lorraine apprendre à prononcer nan-ni^ en traînant sur la première syllabe.

Je préviens ici une objection qu'on ne manquerait pas de me faire, en trouvant plus loin, dans des citations, yî?wm<», âme j figurés famé ^ ame.ha. contradiction n'est qu'apparente, et se Concilie par l'âge des manuscrits, où les copistes introduisaient l'orthographe de leur temps. Tout ce qu'on en peut conclure, c'est que la prononciation actuelle des mots femme j dme^ remonte très-haut; mais l'autre l'avait certainement précédée, et la règle générale se main-

tînt encore longtemps après que les mots famé et ame y faisaient exception. Nous serions trop heureux d'avoir les manuscrits originaux, ou seulement contemporains des auteurs! C'est déjà un grand bonheur^ et dont il faut remercier le hasard , que les plus an* ciens textes nous soient parvenus dans les plus an? ciennes copies.

Il y a encore des provinces où l'on prononce mal* hon^néte. Je ne prétends pas que ces sons du fond de la gorge, fun''me^ malhon^nête ^ tràs-frëquents dans notre vieille langue , iiissent plus agréables que ceux du bout des lèvres par lesquels on les a remplacés. D'ailleurs, nous ne pouvons guère juger ces questions impartialement , étant séduits par l'habitude. Mon unique but est de montrer que ces inconséquences apparentes^ si multipliées dans notre langage, ne tiennent pas au fond de la langue, mais sont des déviations résultant de l'oubli des règles primitives.

$in.

SUPPEESSIO» DES UQUIDE8. -. «lÀSSfiYEMEKT.

Les Frapç^is ^ont enclins à grasseyer, surtoqt les P47 ri^ien^. Cela Yientrde leur aversiou native popr les doublas pppsîonppsi. LVet; \l ne sppt liqqides qu'à CQafJitiqn d'occqper la seconde pjac^; mais à la première, ellecf sont trè^-dures. En ce cas, on avajt deux rpssourç^s ; supprimer abspliiqient la liquidp, m 1^ transposer. Oq écrivait marhre et (^r^/e , psir re^pei^t de l'étymologie

marmor et arbor; mais en parlant , on supprimait la premièi^e /*, abre , mabre , qui sont ^stës aio^i chea le peuple. Noua disons encore un candélabre; on le disait ainsi, mais on écrivait oandelarbrey arbre qui poite des chandelles ou candelles, candelas :

Et quant il vok aler oouGÎery Les êoudelùtiMê yoU àntjur,

(Partoriopeus, v. 1697.)

11 arrive piême souvent que cette r est supprimée dans l'écriture. M. Méon, dans son glossaire du Roman de la Rose^ fait cette note sur le mot cAartre : — « Aux Quinze joyes du mariage^ on lit geoa lier chatrinj parce que les anciens ôtaient IV de « plusieurs mots; ils écrivaient quatier^ mahre^paler, a hone {borne), yi (Méon, R. de la Rose^ IV, p. aaS.) On voit que le grasseyement parisien i*«!iionte trèshaut.

Garson est le mot gars^ avec la forme augmentative italienne one, La Normandie a retenu l'usage de gars^ qu'elle prononcerai, très-long: — Mongds; — N'avous point vu mon gds? On prononçait donc aussi gdçon* C^est la prononciation légitime et primitive; il est fâcheux qu'ellosoit devenue ridicale, comme il est fâcheux que le féminin de gars y qui ne signifiait dV bord qu'une jeune fille ^ soit devenu une grossière injure.

Forsf qui eat aujourd'hui hors^ éteignait également Vr et sonnait fô^ La preuve existe dans le mot faubourg , dont la vraie et primitive orthographe est forsbourg; — bourg çxtmew^, du 4ehpr^. — Les gens qui écrivent, abusés par leur oreille et leur ignorance.

ont nolé faux-bourg. Il n'y a rien à^ faux dans un faubourg; mais il est situé foras burgi.

Armure se prononçait amure^ et souvent ou le rencontre figuré ainsi. Anséis frappe Turgis, et lui met au corps l'armure de son bon épieu :

Del boQ espiet el cors li met Vanutre,

(Ch,de Roland, st. 97. )

Arme et ame se confondant par la prononciation , on ne doit pas être surpris que les copistes aient fréquemment confondu aussi l'orthographe des deux mots, et mis l'un pour l'autre.

Dans le Fabel (TJloul :

Tel loier a qui ce encharga Ma dame n'a soing de hont<zge.

Évidemment on prononçait enchage sans r.

Arsi ^ participe du verbe ardre ^ se prononce encore actuellement en Picardie asL Le Livre des Rois écrit indifféremment l'un et l'autre :

— « Il volt que d'iloc en avant nuls sun fil ne sa fille al deable ne offrist ne nen arsisL »

{Rois, IV, p. 4^7-)

— «Il voulut que dorénavant nul en ce lieu n'offrist au démon ni ne brusiast son fils ou sa fille. »

— « £ a sa quesine ( de Salomon ) furent asis chascun jor dis bues gras. » (^Rois, III, p. aSg. )

Rue des Arsis; — rue des Asis, des brûlés. Lard rimait très-bien avec gras :

Car il sait bien que el plus gras Est tout ades li mieudres iars.

{Le Faèel d'jilouL)

a Car il sait bien qu'au plus gros cochon se trouve aussi le meilleur lard, a

Mecredij en grasseyant, bonne prononciation, conforme aux vieux textes, et non mere^credi.

Robert se prononçait Robet :

Estes vous poignant a droiture Contre lui son bouvier Robei :

Qu*as tu ? fait il ; qu'as tu , vallet?

( De Constant Duhamel, v. 312.)

— « Voici accourant droit à lui son bouvier Robert : Qu'as-tu, valet? demaiida-t-il.»

Ce mot valet j bien qu'on écrivît par abus varlet^ ne s'est j amais prononcé autrement que vdlety en grasseyant. Il est certain que l'étymologie commandait avant r/ une consonne; mais c'était 1'^* et non l'r, puisque valet vient de vassallettus ^ diminutif de vassallus. La bonne orthographe est donc vaslet^ et c'est celle aussi qu'on rencontre le plus souvent.

L'autre liquide, ly était absolument dans les mêmes conditions.

On prononcera très-bien couple , sans qu'il faille insérer un e muet rapide entre le p et 1'/; — coulpe (de culpa) éteignait VI devant le p et sonnait coupe ^ comme une coupe, vase.

Le sire de Coucy faisant sa déclarât ion d'amour à la dame de Fayel :

Dame, pour vous amours sentir Me fait ses maus à son plaisir. — Sire, ma coupe nesse mie.

(M, de Coucy, v. 555.)

« Monsieur, ce n'est pas ma faute. »

Nous disons inculpé, on disait au moyen âge encoupé j bien plus raisonnablement , puisque in se traduit d'habitude par en^ et u par ou.

Coucy , surpris par Fayel dans le vestibule de la châtelaine y jure qu'il ne venait pas pour elle. Il n'hésite pas à faire un faux serment, à damner son âme pour sauver sa maîtresse s

Et aioai aoit m'ame lauvee Qu'a tort Ten avez encoupee,

{Coucy, V. 4771.)

Pour qui donc venait-il? — Pour la suivante.*" Isabelle, dévouée à sa maîtresse, prend tout le déshonneur sur son propre compte :

J*aiine trop mieux estre encoupee Que ma dame en fust diffamée.

{lèid., V, 3669.)

La locution qu'on reproduit encore quelquefois est donc battre ma coupe, et non pas ma coule-pe.

Le mot sépulcre revient plusieurs fois dans Garin, l\ est écrit partout sepucre, ^slus L

Ha , sire Ahes, por l'amor Dieu merci i Por saint sepucre, ne failes mie ainsi!

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