‹ Des variations du langage français depuis le xii. siècleChapitre 11 sur 75 · S IV. LIQUIDE TRANSFORMÉE OU TRANSPOSÉE · texte numérisé non relu

S IV. LIQUIDE TRANSFORMÉE OU TRANSPOSÉE

Transformation. — Le grasseyement conduisit à transformer IV* sur le papier^ lorsque cette consonne était suivie d'une /; car alors Yr se changeait

— JT --

elle-même en /. Ainsi en avaient use les î^atins dans pellucidus , pellego , etc.

On écrivait donc parier, merle^ ou, comme l'on prononç^ity palier^ nielle.

Le héros du fabliau à!Auberée la vielle maque^ r^iie^ ét^it pélèbre4ans le pays 4e Cpmpipgnç et même m del^ ;

De sa valor, de sa largesse

P allait lieu jusqu'en Beauvoisiq.

Pailoil rerij parlait on^ on parlait.

Notre jaloux y dit Auberée au jeune amant, garde . bien sa femn^e; mais

Ja ne la saura si garder Que ne vos face lui palier.

Le nom propre Charles se prononçait Châties ^ qu'on a plus tard écrit Chasles. Charlemàgne est souvent écrit Challemagne y Chailes ^ Challorij CJiallotj pour Ciiariony Chariot : l'écriture usait indifféremmenl des deux orthographes s

Ckallot, Challot, biauz doulz amis....

ChttUoz «R est venus au bois,,..

Chariot f se Diex me doint sa grâce,... Hom n'en auroit pas, samedi , Fait Charles aulant au marchié.

(Rutebœuf, De Cliarlot le Juif.)

M^^fif} ^ prononçait Meliin; -rrr- lUerloi, dimiputif de Merlin j Mellot. — « Le dit de MerlinrMelloL » Prononcez de Mellin-Mellot.

Il y a, en Normandie , un château de Chantemelle; c'est Chante-Merle, J^di prononciation induisit à écrire Chantemesle. C'est mal à propos.

OrsigQot , meUe ne mauvU ,

N*e.stoit si plaisans a entendre.

{Le lai de P oiselet , v. 8ô.)

« Rossignol , merle ni alouette , n'était si agréable à entendre. »

Un merlan se prononçait un mellan. Dans le fabliau de saint Pierre et du Jongleur, saint Pierre, en l'absence du diable, descend en enfer, proposer une partie de dés au jongleur commis à la garde des chaudières: Hélas! je n'ai point d'argent, dit le jongleur. —Mets des âmes au jeu, répond saint Pierre, qui avait fait son plan de tricber pour tirer d'affaire les pauvres damnés, comme de fait il y réussit :

Dist H jougleres : C'est a droit.

Lors jeté dcseur le berlenc.

— Cis cops ne vaut pas un mellenc, Dist saint Pien*e; perdu Tavez.

(fiarbaz., n, 195.)

L'auteur de ce joli fabliau était Picard. Le peuple d'Amiens prononce encore un méUin, De même le verbe hurler sonnait huiler. Dans le Renart contrefait^ par Jacquemars Gielée, Renartf voyant sa propre image reflétée dans l'eau d'un puits, croit apercevoir sa commère Hersent :

Lors a huilé une grant foiz.

Roland, traversant une foret, entend au loin la chasse du roi :

Les veneors du roy o'ï priser, corner,

Et les chiens d*altre part et glatir et mUr,

( Gérard de Fiane , v. 1 55. )

La rue du GrandrHurleur est inscrite, dans le cata-

logue de lalibaye Saint-Germain (i45o), rue de Hulleu; — rue de Hurleur. Lebœuf a prétendu que Je nom de cette rue devait s'écrire Hue4ej parce qu'il y avait probablement une maison de prostitution , et que probablement aussi le peuple huait tous ceux qu'il en voyait sortir. C'est une heureuse imagination !

Pourquoi écrivons-nous un cliambe//an , sinon pat* la tradition de la prononciation ancienne? Vous voyez dans les vieux ailleurs chamberlan ^ ou chambrelan^ cambrelanc^ etc..

Antoine de la Salle , l'auteur de ce charmant livre du Petit Jehan de Saintré^ le Télémaque du xv* siècle, nous apprend, au chapitre ii, que la jeune dame des belles Cousines , depuis le trépas de feu monseigneur son mari , « ne se voult remarier pour quelque occasion que ce feust, pour ressembler aux autres vrayes vesves de jadis, dont les histoires romaines, qui sont les suppellatives de toutes, font tant de glorieuses mencions. »

Mellusine est pour Merlusine ou plutôt mère Lusine^ mère des Lusignan, dont le nom se prononçait Lusinarij témoin ce passage et une foule d'autres de la chronique mal à propos intitulée Chronique de Rains : « Et eschei H roaumes a une siene sereur qui estoit en la terre de Surie, et estoit mariée à monsignor Guion de Lusinan. » (P. 18.)

Quant à la fée Mellusine, qui épousa Raymond de Lusignan et fut la tige d'une illustre et nombreuse famille, ce n'est pas ici le lieu de raconter sa merveilleuse histoire; il suffit de dire que lorsqu'un de ses

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