CHAPITRE H
De la consonne simple, et surtout de la finale. — Observation sur la finale des pluriels. — Deux consonnes finales. — Preuve par les rimes en i .
N'esl-il pas ridicule que nous prononcions aimer y jouer, iouery comme aimé, joué, loué, et que nous fassions sentir la finale r dans courir, mourir y jouir? Le peuple n'a pas accepté cette inconséquence : il continue €^ dire a l'infinitif, couriy mouriy queri, joui.W a raison. •
Règle. — On ne faisait jamais sentir de consonne
fiD«l^ ; et \\ pe pouvait y avoir à cett^ règle ^q^ teale ei^ceptiofi , ç^r elle ^»| la ^pq^éqUencf hnit^é^iate de celle d^s consonnes consécutives. Supposez en effet qu'on prononce avep Vr finale coi4rir, mçurir; vous retombez aussitôt dans l'inconvénient qu'à toMt prîi^ onavait résolu d'éviter , deux consonnes de suite. CqUt rirfort, mourir bientôt, dans la prononciation rop-, deme^ ne peuvent s'articuler sans l'intercalation de cet e muet qu'on écrase, et qui obscurcit notr^ langage d'une multitude de sons sourds , rudes et coqfus.
Une autre conséquence^ c'est que la plupart des mots avaient deux terminaisons ^ l'une devant une voyelle, l'autre devant une consonne, et qu'il existait, dans tel ou tel cas donné ^ deux prononciations pour une seule orthographe* Par exemple, oq prononçait l'infinitif du verbe aimer comme le participe passé, comme nous faisons aujourd'hui ; et l'on eut dit ^ en faisant sentir l'r, — j4imer éternellement.
Je rappellerai ici un passage de Théodore de Bèze, que j'ai déjà cité; mais il est important : « Une con- « sonne finit-elle un mot, elle se lie à I^ voyelle înl- « tiale du mot suivant , si bien qu'une phrase glisse (c tout entière comme un seul et unique mot. d {^De Fr. ling. recta pron.j p. lo.)
Th. de Bèze ne parle que du cas pu le second mot conimence par une voyelle; mais il a fallu prévqir aussi le cas où il con^mencerait par pne consonne , et, pour obtenir cette prononciation coulante qui fait glisser la phrase entière comme un seul mot, on a pratiqué , sinon formulé , cette loi de n'articuler jamais de consonne finale.
Cette consonne doit donc être considérée comme n'appartenant pas dans la prononciation au mot qui la traîne après soi sur le papier , mais plutôt au mot subséquent. C'est une espèce d'en-cas réservé pour les besoins de l'euphonie, pour servir de liaison et adoucir le passage entre deux voyelles. Son rôle est d*être présente quand on a besoin d'elle , et de s^efTacer lorsqu'on n'en a pas besoin.
Une objection toute naturelle se présente : d'après cet arrangement| tout mot devrait se terminer par uiie consonne 9 afin de fuir les hiatus. C'est ce qui n'a pas lieu ; le soin de l'euphonie n'allait donc pas si loin que je le prétends.
Je réponds que cela n'a plus lieu , mais que dans l'origine, et je le ferai facilement voir, tout mot se terminait par une consonne, tantôt étymologique, tantôt intercalaire, quand l'étymologie n'en fournissait pas. Je montrerai que de ces consonnes, les unes ont été recueillies et fixées par l'écriture, les autres ont été omises arbitrairement, au hasard; et que ct% omissions, par l'influence inévitable de la langue écrite sur la langue parlée , ont introduit à la longue cette immense quantité d'hiatus qui défigurent notre prose , et ont fini par rendre la poésie à peu près impossible. Les consonnes euphoniques seront l'objet d'un chapitre particulier; il me suffit de les indiquer ici, et, sans anticiper sur cette matière, je reviens aux finales, qu'il faut passer rapidement en revue , afin de constater et l'ancien usage et les inconséquences modernes.
Il n'y a rien à dire du b. Comme finale, il n'a jamais été employé (i). C'est une labiale trop molle; on se servait de sa forte le /;, sur lequel la terminaison s'appuie mieux.
Bec. On ne disait pas le beque d'un oiseau, mais le bé; témoin le mot béjaune^ si fréquent dans Molière, et que les anciennes éditions écrivent encore bec jaune. Laissez-moi lui montrer son héjaune^ lui montrer qu'il est né d'hier, et manque de jugement et d'expérience autant que ces jeunes oiseaux qui ont encore le bec entouré de jaune.
Sec sonnait se y aussi bien que sel , en sorte que siccus et salis se confondaient pour l'oreille. Aussi, dans le DU des rues de Paris , la rue de r Arbre-Sec estelle inscrite rue de VArbre^Sel^ absurdité qui s'explique tout de suite par la prononciation : c'était toujours la rue de XAbre Se. Le copiste, peu soucieux de l'étymologie, n'a vu qu'une chose, l'avantage de rimer plus richement à l'œil :
En la rue de \ Arhre-Sel , Qui descent sur un beau ruhscl.
Si l'abbé Lebœuf eût songé à la prononciation , il n'eût pas été forcé de recourir «i cette conjecture, que
(1) Bien entendu, il n*est question ici que des mots français , et non de ceux qu'on a importés d'Allemagne ou d'Angleterre.
VArbre^Sel était peut-être pour V Arbnssel : rue de l'Arbrisseau.
On fait aujourd'hui sonner bien fort le c final de mameluCj comme s'il y avait Mameluque; cet abus date du xix^ siècle, car, du temps de Voltaire, on prononçait mamelus :
Contre les mamelus son courage l'appelle.
{Zaïre, III, se. 1.)
Toutes les éditions imprimées du vivant de Voltaire, et l'édition de Kehl, portent mamelus; et la tradition de cette prononciation s'était conservée au Théâtre-Français, que la barbarie à la mode envahit déplorablemeut chaque jour.
Nous prononçons encore estomac sans faire sonner le Cy non plus que dans porcj ni dans porc-^pic. VoTC'épique , comme quelques-uns affectent de dire, s'entendrait tout au plus du sanglier d'Érymanthe, ou du cochon rôti dont Ulysse fut régalé chez Eumée.
C au milieu d'un mot , devant une voyelle, s'adoucissait en g par la prononciation : segomly de secundus. Les Latins disaient de même quingenti pour yw/zic^/i/i. Au contraire, rt^o faisait actus^ttuoTL agtus^ la dureté du t ne pouvant s'allier à la mollesse du g.
Cse rencontrant dans un mot suivi d'un ty laisse dominer le /f, ou plutôt se transforme pour renforcer ce t :
Belle dottrine met en lai Qui se chastie par autrui (1).
(L'Hostel de Ciuny, p. 128.)
(1) S'instruit par rexemple d*autrui.
On écrivait pacte , et Ton prononçait /;rtW^. ^/^ac' tir (sens analogue à affermer) j apatir^ tenir en apatis : '— u Laquelle cité un pauvre soudoyer Bour* « gognon , noauné Pernefc Braset , tenoù en apatis , « le roi estant dedans. »
(Olmer de la Marche^ liv. i, rii. 3, p. 1^4?
édit. de 1667; Gand. }
C'est pourquoi qi^elques scribes mettaient et oîi Tétymologie demandait deux tt. Par exemple, dans les Mémoires de Jacques du Clercq , mettre y remettre ^ promettre^ sont toujours écrits mectre^ remectre^ promectre. (Édit. Buchon ). La différence n'existe que pour l'œil.
(Voyez le chapitre des consonnes euphoniques intercalaires. )
F finale précédée d'un é tombait, et Vé sonnait ferrtié.
Chef sonnait chéy comme clef de claçis , n'a pas cessé de sonner clé. Chefd! œuvre ^ Chédeville (nom propre , pour chef'de'Ville ).
Lor vont trancher les chés des bues (1).
{Benoit de SaintB'More , y. 2243.)
La veiuiez tant découper I
Tant chés fendus en étwL meitiez !
ifbid., V. 5148.)
(1) Des bustes. Le c indique l'étymologie bûcha, truncus, stipes (cf. Du cange) , plutôt que bustum, qui^est du bon siècle^
Si Charlemagne ne s'enfuit au plus.vite, dit l'amiral Baliganty le roi Marsile va être ici vengé : j'en livrerai la tête ( de Charlemagne ).
Li reû Marsile enqui serat VMgiél :
Par sun puing destre en livrerai le chés,
{Ch, âe Roland, st. 196, 20.)
On éfcvit toujours théf, et l'on commence à n'écrire plus que clé. On peut encore mettre ea vers chef auguste; on n'y peut plus mettre èailli arrogant, qu'on eût écrit ja^is baillif arrogant, de haillivus.
Le peuplé persiste à dire un habit neu ; -^ il a fait adopter à la bonne société le bœu gras. Un bœufe et ua habit neufe sont aussi barbares qu'un homme veufe, la soif e y les Juif es, etc.
Dans la Chàce dou cerf:
Dois tu crier : Appelle! appelle!
Le cuir trousse derrière toi :
If 'est pas raerveillie se t'af soi.
( Jubinal , liouv. recueil, ï, p. 169.)
Tous les aûeiens jtilaauscrits écrivent les JtUs ; c'est comme le prohonçaijt Régnier , qui fait rimer ce mot à emmis :
... J*aimerois bien mieux, diargé d'âge et à*enntds, Bfo Toir à Kùsub pauvre, talxe les mains des Ju^,
(Sat. VUI.)
Lyfinàle se c^age, devant une vo^Ue, en sa douce t>. Chef, cheçet; neuf, newe ; Juif, Juii^. C'e»t pourquoi i'ùn proûonce nem hommes.
On le rencontre aux premières personnes de Findicatif : Fing , tiengy etc. :
Contre-val rue de la Harpe Ving en la rue S. Seuering^
(Guillot de Paris, le Dit des rues,)
Beau fiU , ce tieng a grant savoir '
Que faciez tre&loz son vouloir.
( Partonopeus , v. 391 3.)
G représente ici le pronom je : Vins-je? tiens-je?
Mais il est marqué souvent où il n'y a point d'élision , ni de pronom de la première personne : ainsi j à la fin àe saint Semngy et d'une foule d'autres mots, ungf loing^ soingy besoing^ tesmoingy etc., etc., où l'étymologie ne justifie pas sa présence. C'est un des nombreux abus d'un temps où il n'existait point de code pour la grammaire ni pour l'orthographe.
Il faut observer que le g final parasite ne se rencontre pas dans les manuscrits d'une très-haute anti^ quité. Il se montre au xiv* siècle, devient plus fréquent au xv®, et le xvi* l'a prodigué; car la pédanterie des consonnes inutiles a été le caractère de cette époque. On croyait, en surchargeant l'écriture, étaler une grande érudition d'étymologies.
Nos pères avaient grand soin d'appuyer fortement les terminaisons de leurs mots. Us écrivaient sanc par un c, et nous disons encore du sanc humain, quoique nous écrivions sang avec un g^ à cause de sanglas. Devant une liquide le g reparaissait : san* glanty sanglot.
Mais, suivi crime consonne plus forte que lui, ii la laisse prévaloir. Ainsi dans Magdelaine il s'efTace devant le d.
L'A ne termine aucun mot dans notre langue; mais puisque l'occasion se présente d'en dire quelque chose, nous ne la laisserons pas échapper.
C'était, chez les Grecs, un signe d'aspiration; elle ne paraît pas avoir joué ce rôle chez les Latins, qui l'ont reproduite plutôt comme indication étymologique et par imitation. Les Italiens modernes, après l'avoir employée, l'ont bannie de leur langue.
L'emploi le plus clair de Y h dans notre vieille langue, c'est d'avoir marqué la diérèse. Elle servait à empêcher la fusion de deux voyelles en une diphthongue. Par exemple, Loherain ; Loheraine.
Loherane ont el Ardane escillie.
(Ogier, V. 10784.)
Mes sires est li Loherains Garin.
{Garin, II, p. 270.)
Prononcez comme Laurain^ comme dans Hohenlohey Yau si long qu'il compte pour deux syllabes. C'est encore la prononciation actuelle en Lorraine.
Quant à Y h aspirée au commencement des mots, je crois qu'elle était inconnue, au moins pour les mots dérivés du latin. Aujourd'hui même , elle n'y tient qu'un emploi commémoratif : honnête^ habile j homme j honneur y humble ^ habitude ^ héritier ^ etc., etc., se passeraient parfaitement de 1'// initiale; la pvo-
nonciation n'y perdrait rien. Elle a été transportée chez BOUS par imitation; et cette imitation aveugle Fa même attachée à des mots où elle est tout à fait intruse : huile f Xoleum ; — hermite , ^eremiia ; — haut , de altus ; — huity àioctOy etc.
La valeur d'aspiration s'est aussi fixée au hasard. Pourquoi aspîre-t-on Y h dans héros , et pas dans héroïque ni dans héroïne (^i)? Pourquoi dans huit et pas dans dix'huit? Le l,ii^e des Rois écrit psfrtout uitj dise uity comme nou» prononçons encore aujourd'hui :
— . « Uii ans out Josias quant il cumenchad a regner. » {Roisj IV, p. 4^-2.)
— (c Dise uit anz out Joachim quant il cumenchatf a régner. » (P* 432.)
La chanson de Roland met oidhie pour huitième. Benoît de Sainte-More , uitme :
Eq V uitme t si cum nos lisum, Le jor dft'a'mpiatioii.
(Chron. des ducs de Normandie, v. 7022.)
<x Dans le huitième jour, comme nous lisons. »
E sit«mii.r9»loire v^membre Dreit à Vuitaia jor de décembre.
{lèid., V. 43«1.>
TaDt ont aie qu*a Vuùme nuit Sont en Salence od grand déduit.
{Parionopeus, v. 6165.)
Et près d'ciiV jor i séjournèrent.
(Barl^c , I, p. 102.).
Nous disons le huitj le huitième; c'est du caprice,
(1) Yaugelas donne pour motif le danger de confondre les héros avec les xéros et les hérauts d'armes. Ménage n'approuve que la moitié d)B cette excusa*
et ce caprice est eucore bien plus frappaut daus le mot onzé^ que nous aspirons^ sans même qu'il y ait pour la vue le pi'étexte de l'A. Vers les onze heures ,« au (mzièf>te siècle^ se prononcent comme s'il y avait lêS'Hmze heures y au Hônzième siècle. Nos pères ne soupçonnaient pas ces étrangetés. lU figuraient ktmé avec ou sans h; mais s'ils en écrivaient une^ il» n^en teaaieutpas compte dans le langage, comme le montre ee- pcissage de Benoit de Sainte-More :
Dit 11 reU : Queu baronie , Quel haute gent de Normandie.
(T. II, p. 143.)
Du temps de François V^y, on n'aspirait pas encore TA de haut ; notre prononciation paraît avoir été inconnue à la reine de Navarre :
Et qu^est cecy P Tout soudain en cette heure Daiguer tirer mon ame en telle haultesse , Qu'elle 9t sent de mon corps la maistresse !
( Le Miroir de Came pécheresse, p. 22.)
03ne2 qu'il dît : G inifinâèle haaltesse, . . .
{I6id., p. 68.)
Q- odmirMe hmuesse , Grâce nous te rendons.
{La Nativité de /. C, p. 166.)
La reine de Navarre, qui s'exprimait ainsi, mourut
en 1549. Trente-quatre ans après, c'était déjà une
grosse faute de ne point aspirer l'A dans haut^ hau--
tesse. Théodore de Bèze, en 1 583 , signale « ce vice de
«prononciation, insupportable aux oreilles délicates
« {purgatis auribus). Cependant, ajoute-t-il, en Bour-
« gogne, en Guyenne, à Bourges, dans le Lyonnais,
« tout le monde , a peu près , proiiortcfe fn fuUty Cau- « tes se , Vaquenée^ Cazard^ les ouseaux. » [De IJrig. fr. recL pwn,^ p. aS. ) Et il fait suivre sa remarque d'une liste des mots oii Xh est aspirée. Cela nous montre avec quelle rapidité les langues se modifient dans les sphères élevées.
Dans des mots d'origine autre que latine ^ peut-être y avait-il des raisons d'aspirer \h; par exemple, dans haine (i), honte, etc. Cependant on lit fréquemment, dans le Lwre des Rois^ jo VhaZy — je le hais.
II n'y a rien à dire du A* comme finale, puisqu'il ae paraît jamais à la fin d'un mot.
Mais il est fréquent comme initiale, et beaucoup plus fréquent qu'on ne le. croirait si l'on s'en fiait au rapport des yeux. En effet, la notation par ch était pour le langage identique à celle du k. On employait indistinctement Tune ou l'autre : le même manuscrit écrit caries, halles; harlemainey challemaine ; char* Ion y carlun, hallon. — C'est ainsi que le nom propre Callot est le même que nous voyons écrit Chariot.
Nous prononçons aujourd'hui chaud, qui vient de calidus ; nos pères écrivaient chalt, et prononçaient caiid.
Chambre, de caméra^ est aussi souvent écrit cambre:
(f) Ménage dérive haïr dW/r«, « vieux mol inusité, pour lequel on a dil odisse.n (Observât., p. 185.) Cela parait au moins douteux. L'Académie range fuitr parmi les mots qui ne viennent pas du latin (voyez l*art. ff) ; elle y joint hdbler, hasard, hdter, happer, etc. , qui tous aspirent Xh et sont modernes.
— . chanson i canson; .^ chant ^ carn (en m cm), aujourd'hui chair; — chaine , decalena; chastieKj de castigare; chien^ de canis; chair, de cadere; chaste y de castus ; chanoine , de canonicus ; charbon^ de carho ; chanut , aujourd'hui chenu , de canutus ; chape ou cape y de caput; tous ces mots, et une multitude de semblables, se rencontrent figurés par chy c on ky et les trois formes, je le répète, dans le même manuscrit. En rapporter des exemples serait chose infinie; il suffit d'ouvrir la chanson de Roland^ ou le Li\^re des Rois^ ou le premier texte venu du moyen âge. Les plus anciens*sont toujours les meilleurs.
La valeur attachée actuellement à cette notation ch est moderne, on peut en être sûr.
Rien ne l'autorise que l'imitation des étrangers, puisque l'étymologie prescrit partout le son rude du k,
La Picardie, qui a tant fourni à la langue française et h la littérature du moyen âge, a retenu la prononciation originelle du ch. Elle dit un kien , la bouke, une mouke , etc. C'est ce qu'on pourrait appeler les libertés de la langue picarde, aussi compromises, hélas! que celles de l'Église gallicane; ce qui n'empêche pas la Picardie d'avoir aussi de son coté le droit et la raison, si l'usage est contre elle.
Car pourquoi prononcez-vous de même le cœur d'un homme et le chœur d'une église? Comment n'êtes-vous pas choqués de prononcer un choriste? d'avoir l'adjectif c/m/TZ^/ et le substantif ca/y/^i;"^, qu'on écrivait charnage autrefois? On emploie aujourd'hui des charpentiers ; on ne connaissait jadis que des carpentiersy comme vous l'atteste le nom propre, témoin
irrécu$able. Avouez qu'un char fuyaqt (laos la carrière ^est une inconséquence ; les Picards n'oi\t^point à ^ M reprocher y qui disent un kar ^t unç /(orette. .ÇiP .se ^croit dans le bon chen^in , |>arcç qu'^n ^uit 1^ j^ode; ce sont les Picards qui sont d^s le bon kjspùn {ca' minus j Du Cange), parce qu ils suivent rétymolo^e et les coutumes de nos pèt*es.
Les notations cUj quy équivalaient au signe A. Quetur^ cuidery cuisine ou quisine, étaient prononcés kewr^ kidety kisincy et le plus souvent même figurés ainsi. La ^distinction du son de IV dans ce groupe, date du milieu du XVI* siècle seulement. Elle fut introduite par les ecclésiastiques, non sans résistance; car on cite un bénéficier qui fut dépouillé de ses bénéfices pour s'être obstiné à garder l'ancienne mode, et à prononcer A'/^X'/V et kankan , pour quisquis et quanquam. On sait Ja part que prit dans cette ridicule affaire le malheureux Ramus : il tenait aussi pour kiskis. Bien que ses adversaires aient triomphé, grâce à l'adresse qu'ils eurent de mettre le roi et le parlement de leur côté, l'on prp^ nonce encore aujourd'hui ki, kellcj et un kidai\ (y^dam). Quem sdnnait kern^ ou plutôt kan. Nous nous ep souviendrons plus tard^ quand nous rechercherons l'étymologie de péquin.
Les syllabes aly el, ol, sonnaient isolément pu suivies d'une consonne, aw, eUy ou ; suivies d'uue voyelle, comme aujourd'hui, aie, ele, oie.
Ainsi les mots finissant par l'une des trois av^iepf, double terminaison, selon l'occurrence.
— fi —
On disait vauy cheifou^ maUy Faufleurjr^ ehe\Hiur léger y Maupertuis; et l'œil voyait, f^a^^ar/, chevaU léger y Malpertuis. Mais on prononçait Val antwe ou Val ancienne {i), chenal agile, etc.
On écrivait indifféremment par al ou par au.
Cil aurait les meillors cevaU, Les plus corans et les plus beaus.
Juifénal sonnait Jiwénaus.
JUpenaus nous an dit tôt voir.
« Juvënal nous en dit tout vrai. »
Quel, tel, mortel, sonnaient gueu, teti, tnorteu.
— tf Si cum H dux maria sa seror au comte de Bretaîgne, et queus eirs (quels hoirs) elle en out. » {Ckron. des ducs de Normandie, II, p. 4i5.)
Devant une voyelle, 17 reparaissait :
A teu joie ^et a tel houor.
. i . . Fait 11 reis : Queu barouie , Qfi«/ haute gent de NormaQdief *..
(/^iV/., II, p. 413.)
Queu diable]... que le fréquent usage a maintenu, est pour quel diable I^é. exclamation suivie d^un^ réticence, commç qui dirait : Quel diable est-ce là? Quelques-uns écrivent mal à propos : que diable !
Le peuple conserve avec soin queuquun et queur ques un. Dans le dernier, Vs finale est la marque euphonique du nominatif.
(1) Ved était féminin. C'est sans doute la finale masculine au qui a conduit 9U chaogemeai de genre.
Dans la Clianoinesse de Ver^y :
Eté parla un jor a lui,
Et mit a raison par mots ieux :
Sire , vos estes biax et preux.
(Méon, Fabliaux, IV, p. 329.)
Ne sai quel chose trainoient.
{Dolopathos, p. 257.)
Prononcez : Queu chose trainoient.
Il n'y a jamais d'incertitude sur al et oL Je crois bien que dans l'origine \\ n'y en avait pas davantage sur el : chapel, tonely martel^ sonnaient chapeuy tO" neuj marteuj d'où sont venus plus tard chapeau y tonneau y marteau. Le ciel s'est prononcé d'abord le cieu, et cela s'accorde parfaitement avec le pluriel actuel. Mais il est sûr qu'avant d'arriver au son au, cette finale el {eu) a passé par é.
S'il y a un mot que l'usage quotidien ait dû, ce semble, maintenir inaltéré , c'est assurément le mot ciel. Cependant ouvrez Rabelais au chapitre ix de Gargantua ; il parle de ces glorieux de court, de ces transposeurs de mots, qui composaient des rébus, « faisant pourtraire ung lict sans ciel pour ung //- « cencié. »
(c Qui sont, ajoute Rabelais dans sa sainte colère, (c homonymies tant ineptes , tant fades , tant rustiques « et barbares, que l'on debvroit attacher une queue de « regnart au collet, et faire ung masque d'une bonze (C de vache , a ung chacun d'iceulx qui en vouidroient (( d'ores en avant user en France, après la restitution <c des bonnes lettres. »
Cela semble un peu rigoureux; car enfin vous voyez
— «7 — qu'on peut tôt ou tai*d extraire d'un rébus quelque chose d'utile. Sans le rébus du licencié ^ comment pourrait-on prouver, contre l'usage et la vraisemblance, l'ancienne prononciation du mot ciel?
En vertu de la même déviation, quely qui primitivement avait sonné queUy sonna que. Le peuple dit indifféremment queu bel homme, ou que bel homme. Mais que est la seconde forme, la forme du xvi* siècle; c'est l'acheminement à quel.
Uo suivi d'une / était soumis aux mêmes conditions que Va et Ye.
Coly mol y foly sounaicnt couy mou, fou. Le nom propre Rollon, par abréviation Roi, sonnait Rou : le roman de Rou, Arnold, nom germanique, s'est francisé dans Arnould,
Aujourd'hui, que l'ignorance de la langue et de son génie fait des progrès si rapides, on prononce, sans être ridicule, un colle, un solle. On dira bientôt un lit molle, un homme ^//^.
On écrivait chol, de caulis, et l'on prononçait rArw. Fallot, continuellement obsédé de ses visions de déclinaisons, et pénétré d'une foi robuste dans la fidélité de l'orthographe du moyen âge , — temps où personne ne soupçonnait pas plus la chose que le mot, — Fallot enregistre gravement la forme chol pour le régime singulier, et chous pour le régime pluriel. Il cite en preuve « dessous un chol, » et « dessous des chous ^ » du roman de Renart. {Recherches, etc., p. 120.)
J'aurai à reparler de ce genre de preuves qui consiste à ne montrer que les exemples à l'appui de notre
système^ et à câcher ceux qui le reoyerserftf^nt. Fallot n'avait qu'à jeter ies yeux sur le fabliau ^Estula, un des plus connus du recueil de Barbazan) il y aurait lu partout cholsy au nominatif cooinie au cas régime :
P^i rifiiws (qU En «on oortil avoit des chois, . . .
Et cil qui les chois ot coillis. . • . Q«ii son sac avoit plain de choU,
Il faut partout prononcer chou;c ; comme il faut dire cou et foHt eo lisant ces vers du Qiême fabliau :
Prenez Festoie a votre co/, X)is( H prestres : tu es tout fol. , . . Povreté fait maint hommt fol :
Li uns prent un sac en son col. , , .
Observez que la prononciation primitive de cette finale rétablit l'analogie habituelle et régulière entre le singulier et le pluriel : un chei^au, des chei^aux; — le cieUy les deux ; — un fou, des fous.
Les mots cercueil ^ vermeil , sonnaient cerqueu, vermeu.
La geôlière de Partonopeus lui rend la liberté sur parole, afin qu'il puisse aller combattre à un tournoi. Elle fait plus : elle promet de Téquiper d'armes et de cheval :
Et vos presterai une espee Qui fu en pu sanjueu trovee , Trapeliant aei^iaiie et dure.
Partonopeus se rend donc au lieu du tournoi. En traversant une fprêt^ \\ rçi^contre cinq écuyer».
Doi^ («haseuD «aieine im hm dcaMicr, Et portent cinq vermeus eicu%y Forz et noveax au cox penduz.
Es.chev4ix a /vermeilles selles Qui bien tailliecs soot et bc^ , Couertes de vermeii samit.
fj'ortiiographe empioyëe dans \t see^mA ^ers nous apprend la valeur de celle que nous trouvons dans le dernier, et qu'il faut prononcer
Cayertes de vermeu si^it.
Je li^ j .d^jas M. J.-J. Ampère : -r- « I^a forme al y d^el, ol, fi^t toujours plus ancienne que la forme au, a eu, ou, qui est une contraction, » {Hist. de la lang. fr., p. 5à33.)
Rien, que je sacbye, n'autorise une pareill^e assertion : c'est une conjecture de M. Ampère. Je crois I^ principe erroné, ainsi que la conséquence : a On a djt v.val avant de dire vau^ capel avant cïiapeau, fol a ayant de cjire fou^ » {Ibid.) Ce sont formes contemporaiiies, non-seulement dans le langage, mais mèm^ d^i^ l'écriture.
M et N.
Mon, ton, son, bqn, réservaient leur /i à la voyelle subséquente, et sonnaient mo, to, so, bo. Ia prononciation miraculeusement conservée du mot monsieur en est la preuve irrécusable : mo^sieu; bo-jou, mosieu.
Mont (montagne) se prononçait aussi mo. Ménage noqs avertit qu'il faut prononcer Mâ-rei^er le nom de l'assassin de Mouy et de Coligny, qucûqu'il s'écrive
correctement Monl'-revel; et il cite à Tappui ce passage du Clovis de Destnarets :
^ Et sur k mont Bevel, «{ui s'élève en la Bresse : La race de la Baume en tire sa noblesse (1).
( 06s. de M éo., p. 246.)
On prononce encore traditionnellement Momoren" c/f et l'on écrit Montmorency. Le dictionnaire de Trévoux recommande expressément de prononcer Mo^ morencyr.
On prononçait mo-^nami, — bo-nenjant. I^ prononciation actuelle suppose deux n : mon^nami, — hon-nenfant y — toiî^mlme, — son-népée. On dit de même y et à tort, un nenfant. La prononciation légitime, et conforme à Tancien usage, est u-nenfanL
Soit au cpmmencement, au milieu, ou à la fin des mots, m ou n, précédées de IV, sonnaient invariablement an. Examen, que nous prononçons ^.ra/7im, eût sonné essaman.
Vienne y Ardenne, Guienne, Gien, Agen, sont mal prononcés par ain, à la moderne; c'est Viane, Guiane, Ajan, Gian, comme Sens, Caen et Rouen. Dans Gérard de Viane :
Vous cuidrez bien que je fusse endormis Dedans Fiane, ou de vin estordis.
Fia/me escrie : Deus , aidiez S. Moris.
(1) Ainsi la vraie orthographe de ce nom nVst pas douteuse, mais la prononciation a été une cause d'erreur. Ou a écrit Maurevel, et c'est ainsi qu'on lit partout dans la Confession de Sancy : « La pluspart de ceux cy esloient « braves soldats, bons petardiers du seminaira de Maureuel. » (T. II, p. 420.) Mézeray écrit Morevel.
Vers Vianne est Oliviei's retourné.
Renaud de Montauban, après avoir tué Bertoulet, neveu de Cliarlemagne , s'enfuit de la cour^ et le poète raconte
ComiDent grant povreté lui convint endurer Ens es forests àiArdane.
{ Les quatre fils Aymon, v. 30.)
Partout dans le romand'Ogier on lit Ardane : Ogier à'Jrdane, Tierri d^ Ardane ^ Geufroy Hl Ardane.
Loherene ont et Ardane escillie.
(0^ier,v. 10784.)
«Les Sarrasins ont dévasté la Lorraine et l'Ardenne. »
Au XVI' siècle 9 la vraie prononciation était encore en vigueur. Marguerite, sœur de François I*^*^, dans ses lettres autographes, écrit toujours G/an^ la ville de Gjan, .
Le nom propre Vivien sonnait Vivian :
Ils sont entré en Espagne la grant ,
La terre guastent as Turs et as Persans ,
Tuent les famés (1), ocient les enfans.
Par tote Fost fait crier Vivions
( Gérard de Fiane.)
I^a célèbre fée Viviane, élève et maîtresse de renchanteur Merlin, était la fée Vivienne.
Carême, gemme, crème , sont écrits , dans Saint- Bernard, quaramme , jamme , cramme :
— «De l'encommencement de quaramme. — Nous
(l)'Sur cette orthographe du moi femme, voyez plus haut , pages 20 et 21.
entrons hui, chier frère, el tcus del %miXquatamnie.n (P. 56i.)
— (X Guidiez vous^ cher frère ^ ke It eramme £iiUist el* baptîsme de Crist? j» {Ibid.j p. 563.)
— «... C'est des ja/nmes et des pierres prcciensesi-» {Ibid.y p. 57a.)
Le nom de Bethléem se prononçait Belléan^ eornme Jérusalem, y Jerusalan; et c'est ainsi qu'on les trouve écrits la moitié du temps dans les manuscrits les plus anciens. MM. Ampère et Fallot ont pris à tort cette orthographe pour l'indication d'un cas oblique.
Dans le mystère de la Passion, représenté à Paris en 1 5o7 , lorsqu'il est question d'aller au temple présenter Marie, alors âgée de trois ans, la femme de chambre de sa mère suppose que cette jeune enfant ne pourra pas faire à pied la route de Jérusalem :
LA GHAMBRISRB.
V0U8 porterai-je?
MARIB.
Je suis forte Assez pour cheminer un am Mais que soye en UUrusaUm y Humblement me reposeray, I^ sainct temple visiteray, s'il plaist à Dieu , tout à mon aise.
( Hiêt, du Th, fr., par les frères Parfaict, 1 , 102.)
Les noms propres latins JrrianuSy Cassianus ^ SpartianuSf GratianuSy GorcUanuSy et autres terminés de même, se traduisaient Arrierty Oissieriy Graiieriy etc., afin de les rapprocher, par cette ortho<graphe , le pliM près possible de la forme latine; car, écrits ainsi, ils se prononçaient Arriarij CassiaUy Gratùm.
Cette prononciation de en nous clait {larticttlièi'e; les autres peuples le font sonner ain. £d Angleterre^ Ruthwetiy Owen; en Italie, Marengo; en Espagne ^ N<4re^Dame del Carmen ^ Ba/hn, etc. Lorsque, par suite iles relations politique»^ l'habitude étrangère eul corrompu la nôtre, beaucoup d'écrivains, pour eo»* server l'ancienne prononciation , toulurent écrire par un a les finales en en. Mais les savants, chose étrange , aimèrent mieux retenir l'ancienne orthographe, et y appliquer la prononciation nouvelle; tant ils tiennent à la forme écrke! Ménage,, entre autres, décida qu'>l ne fallait pas prononcer Af^pian^ mais Appi'in. Cette décision introduisait une inconséquence dans le langage, puisque l'on continuait à dire Caen, Rouen ^ et engager; elfe choquait Tancienne règle , le bon sens et l'étymologie : elle fut adoptée sans difficulté , et s'est toujours maintenue depuis.
D'après la règle qui fait l'objet de ce chapitre, rienj bieUy tiens y efec.yont dû se prononcer rian^ bian, tians; aussi les poètes comiques, lorsqu'ils font parler despaysans, Molière , Regnard , Dufresny , Dancourt^ n'y manquent-ils pas. — « Ça n'y fait ri€^y Piarrot!-^ J'en avons vu bian d'autres !» {^Le Festin de Pierre. )
Nous prononçons un hu, et non pas un loupe.
Voltaire dit qu'on faisait autrefois sentir \e p; il n'en sait rien, mais il le suppose. Voltaire se fût garanti de cette erreur, s'il eût seulement jeté les yeux sur le £gi- ^^vMiduLou et de Voue (du lQupetdeL'oie)| publié dans
fiarbazaii. On ne prononçait pas plus un loupe que l'on ne prononçait un coupe^ un df^ape^ un sepe de vigne, beaucoupcy etc.
Le/7 final ne sonnait jamais ^ et rarement l'ëcrivaiton suivi d'une autre consonne. Certains grammairiens reprochent à Voltaire d'avoir supprimé le/? de tems. Qu'ils portent leur blâme plus haut, car, dans les manuscrits antérieurs à la renaissance, ce mot n'a jamais de/>^; il est partout figuré tens ou tans. On n'en mettait pas davantage à corps, de corpus, qui est toujours figuré cors. Les manuscrits écrivent de même dras , hanas, pour draps, hanaps (vases à boire) :
Li escanson misent le vin En coupes , en henas d'or fin.
(Partonopeus , v. 1013.)
C'est le xvi*^ siècle qui, dans sa pédanterie d'étymologies , s'est avisé de rappeler le p de tempus. Jusque-là , on ne s'en était jamais occupé.
On prononce mal le cape de Bonne-Espérance. Les Gascons et les Normands nous enseignent la vraie prononciation, qui disent, les uns cadedis {cap de Dieu)j les autres le ca dAntifé {cap dAntifer).
P suivi d'un t au milieu d'un mot, s'efface, et laisse la seconde consonne retentir seule. Nous prononçons très-bien baptême, Baptiste, baptiser, avec le p muet; mais nous prononçons très-mal adopter, comme s'il y dLWdAladopeter. Pourquoi faisons-nous sentir dans septembre le p, qu'on ne fait point sentir dans sept? Autrefois on écrivait set et seime, pour sept et sep^ tième, La chanson de Roland et le Lii^re des Rois ne l'ont pas une seule fois autrement.
Et la sedme est de cels de Jéricho.
( Roland, si. 223.)
«( Et IsLsème, la septième, est de ceux de Jéricho. »
Il n'existe en français que deux mots terminés par un y, cinq et coq. On prononçait co^ témoin codinde pour coq dinde y et la chanson de fioufflers :
Or de ces nids, de ces coqs , de ces lacs, L*amour a formé Ni-calas,
Les manuscrits écrivent souvent cin. Ce q muet a occasionné la mauvaise prononciation cintième. Pour le Q initial , voyez l'article du K,
R finale était muette.
Le pauvre bûcheron du Dit de Mellin^Mellot lamente sa misère :
Certes, vilaia sui je gateis comme un ours. De tous les lens du mont sui je nez en decoiws, Ma femme et mes enfans aront povre secours Quant m'en irai sans busche duel aront et courotis,
(Jubinal,iV0U('./aR, I, 129.)
Il est évident que IV des trois premières rimes s'éteignait, puisque ces mots ours^ decours, secours y riment avec courroux.
Cette prononciation du mot ours le rendait parfaitement homonyme Xoue [oie). C'est pourquoi la rue aux OueSy peuplée jadis de rôtisseurs , est aujourd'h ui
la rue aux Ours. Pour accomplir cette métamorphose des oies en ours^ il n'a failti que la main de l'ouvrier chargé d'ë(:ni*e l'inscription à l'angle de cette rue, que le peuple continue d'appeler sagement rue aux Oues,
Ry comme liquide, avait sur les voyelles a et o \dL même influence que l'autre liquide /. — Nous avons vo que alj ol^ sonnaient isolément au^ ou; Yt partageait ce privilège , qui se combinait éti outre avec l'usage du grasseyement.
Par exemple, corsy de corpus ou de curtus ; corij de chors y la cour, sonnaient également cou^ \o prenant le son ou^ et \r tombant par le grasseyement et par la règle de la consonne finale muette. Ainsi cours rime avec genoux :
Avant retaste et puis arrière, Tant qu'il rencontre les genoux,- Si cuide avoir trové os cors (os brève) C'on i ait mis por le sechier.
{LeFtibHtlPAlotd.)
Por sonnait pouj comme le prononce encore le peuple : c'est pou rire.
Toryjor; tour y jour; de là vient que Bordeaux était anciennement prononcé Bourdeaux. Bordeaux a prévalu dans l'usage , et, au contraire , la forme primitive Bologne a cédé la place à Boulogne,
Ijefor Vé^éque était le lieu où l'évêque exerçait sa juridiction, forum episcopiy comme le^^r intérieur est le tribunal intérieur^ la conscience^. Le peuple ne manquait pas de dire le four Véçéque (le mol for in^ térieur n'ayant jamais été à son usage , est den»euré for intérieur') : On l'a mis au four "l'évêque. Là-
de$$us^ Ménage s'imagine que, dans cette forme populaire ^/ôi//* signifie un four à cuire le pain. « Il reste à décider , dit-il , qui est le meilleur de forA^évesqûe ou At four-'Vévesque ; c'est sans douie Jbr-l'éi^esque. n £t il ajoute sa grande raison, après laquelle il ne reste plus qu'à s'incliner : « C'est ainsi que parlent les honnêtes gens. 1» (Obs,^ pag. 43'*) L^ honnêtes gens f selon Ménage, sont ceux qui savent lirej ceux à qui on ne l'a pas appris , et qui ne suivent que la tradition orale , ne peuvent pas être bonnêt^^. Gela n'empêche pas qu'ils ne puissent quelquefois avoir raison contre les autres y par exemple ^ dans le eus de four réi^éque.
Ëstula svoit nom li chiens ; Mes de tant lor avint il biens Que la nuit n'est mie en la cort.
Et H vallés prenoit éscout,
{Ettuia, V. 45.)
« Le chien s'appelait Estula ; mais ils ( les voleurs ) eurent cette fortune qu'il n'était pas cette nuit-là dans la cour. Et le jeune homme écoutait. »
Les noms propres Gérard, Girardy Evrard, étaient prononcés Géraud, Giraui, Évraud. Fontevrault est la fontaine-Evrard.
Cependant ce son de diphthongue n'avait pas toujours lieu. Quelquefois \r tombait tout simplement en allongeant l'a ou \o qui la précédait. Ainsi lard, gars, char, sonnaient /<i y gà, chdj très-long. Lard Yimdiit ainsi avec gras. Voyez plus haut l'article du grasseyement.
L'r finale précédée de Ve, ne lui communiquait pas
le son eiif mais seulement le sou de IV fermé ; propriété qu'elle a conservée dans notre système; par exemple : Roger y bûcher y et les infinitifs de la première conjugaison.
Dans toute la Normandie on prononce encore la mé pour la mer y ànfé pour Au fer. T^e ca (FAntifé est le cap (ÏAntifer.
Considérez quel bénéfice nous a produit la confusion de la mer (imre) avec la mère (mater) : il est devenu impossible de faire rimer la mer avec aimer^ ou bien il faut alors rimer exclusivement pour l'œil , ce qui est absurde , et va directement contre le but de la versification.
La même difficulté se représente pour^^r et étouf fery et pour une quantité d'autres : il faut opter entre l'œil et l'oreille. Le poëte, qui trouve avec raison son vocabulaire déjà bien assez pauvre , se décide pour l'œil , et de là ces rimes indigentes qui n'existent que sur le papier. Nos pères avaient bien plus de bon sens 9 qui se préoccupaient d'abord et avant tout du son , et de charmer l'oreille. J'aime bien mieux qu'on me fasse rimer rhivé avec planter^ que de me faire rimer Fhwere avec tir)u\>er. Et encore, c'est que le poëte moderne, qui me blessé l'oreille, tournera en ridicule le poëte du moyen âge, et me contraindra, Richelet en main , d'avouer que la rime de l'autre est fausse, et que la sienne est une rime riche! En vérité, l'habitude fait passer d'étranges choses!
On conviendra qu'il est très-fâcheux de trouver dans la Fontaine des rimes qui n'en sont pas, telles que celles-ci :
La bellfl étoit pour let %txAfiitri, Fille se coiffe volontiers D*amoureux à longue crinière.
Cette rime était excellente dans le temps qu'on prononçait ^éfj" et xxonfières.
Sous le règne de Louis XV et même de Louis XVI, la vieille cour maintenait la véritable prononciation de IV finale dans les substantifs en eui\ Elle disait des /^ortoa?, despasseux, àesprécheux^ etc.; ce qui n'est qu'une application particulière de la règle générale.
En termes de chasse, on ne prononce jamais autrement que des piqueux. Sur quoi je ferai observer combien les vocabulaires techniques sont d'excellents témoins du vieil usage, et combien il serait à désirer qu'on eût des dictionnaires sûrs et complets des termes de droit, de ceux de marine, de chasse, de pêche, etc., etc. Ces termes, aujourd'hui sortis de la langue usuelle, en faisaient partie quand Tart ou le métier auquel ils appartiennent a commencé d'être connu chez nous. Ils se sont conserves et transmis par la routine, chose meilleure qu'on ne croit, et sont des témoins infaillibles.
Je n'ai pas besoin de faire voir que \s finale était effacée de la prononciation de nos aïeux, puisque nous-mêmes ne la faisons pas sentir; des verses ^ des nweurses^ pour des vers y des mœurs y sont uhe tradition particulière à la Comédie française, et tout à fait
mauvaise : heureusement elle commence à se perdre.
Quant à la manière affectée dont on fait aujourd'hui siffler Y s finale sur la voyelle qui commence le mot suivant y il en §era traité au chapitre des consonnes articulées à la moderne.
Je rappelle ici pour mémoire que Vs suivie d'une autre consonne dans le courant d'un mot , disparatt pour laisser prévaloir la seconde : esprit, eslomach , et quelques autres, sont des vices consacrés , mais dans le fond aussi choquants que le seraient esse^pée, esse-tonner.
Dans ce passage de la Fontaine :
Ces deux veuves, en badinant, Eu riant , en lui faisant fête , L'alloieat quelquefois testotinant, Cest- à-dire ajustant sa tète.
( V Homme entre ies deux âges,)
On ne manque pas de faire prononcer aux enfants tesse^tonant, comme aussi dans ^occasion fesse^toyer. Prononcez donc aussi esse-trange, tesse^te txf esseulé. Les poètes latins ne se faisaient aucun scrupule d'abattre 1'^ et de maintenir la voyelle brève devant ces formes st, sp, se, autorisés en cela de l'exemple des Grecs. Voyez plus haut (p. 38 et 89) la preuve de ce fait.
Les conventions d'autrefois par rapport au t final n'ont pas changé ; il est toujours effacé.
Dans l'intérieur d'un mot, )e i précédé d'uqe s l'en)*-
port^ sur ^))£, et se fait ^^u) sentir- Si la voyelfe antécédente était un e, cet ^ prenait l'accent aigu , e^tf^ngCy étrange,
Jusau'au milieu du ^vi* siècl/s^ Vu consonne ^ aue nous appelons Vy n'eut pas de figiire distincte 4e celle de Xu voyelle. Ce fut Ra<nus qui s'avisa d^ l^i attribuer un signe particulier. Avant Ramus^ ru$age de )a prononciation apprenait seul à en faire la di^érenciç.
Le V ne termina aucun mQt; il n'^ pas assez dp résistance. Quand l'étymolpgie en fournissait uq, l'on y substituait sa forte/.'
Vu final était; selon l'occurrence du mot suivant^ ou voyelle ou consonne.
De Deus on fit deu^ au féminiii deuesse, c'est-à-dire dei^esse, et non déesse :
— «E ço H frai par ço que guerpid me as, e as aured Astarten, deuesse de Sydonie. » {Roisy III, p. ^^79.)
«Et ce lui ferai-je parce que tu m'as abandonné, et as adoré Âstarté , déesse de Sidoo* ^
Tous les éditeurs de textes anciens pnt pris sur pux de distinguer dans l'iu^pression l'w voyelle et Yu consonne^ qui sont confondus dans les manuscrits, et qui se substitupient parfois l'un à l'autre dans le langage. Ainsi jauerai devait se lire, selon ce quç voulait la njiesure , \.^i\X.q\. f aoerai en trois syllabes, tantôt fçiurai en deux. L'éditeur de la chanson de floland iiqprimant toujours y'^P'^ra/, estropie quelquefois le vers P^r cçttie orthographe. Cette distinction est, à I^ rigu^urj R.qe in^délité^ çomm^ l'introduction des ac-
cents. Reproduire les manuscrits ^ c'est h quoi Ton doit s'attaclier.
Ce caractère x a été invente pour représenter le son dur de deux ss. Dans Tëcriturc manuscrite, il figure deux c dos à dos.
Saint Maixanty Bruxelles y Auxormey Auxerre^ Auxi'le-ChdieaUy se prononcent Saint Maissanty BrusselleSy etc.
Paixy poixy dans la formation de leurs verbes, ne donnent pas poixer^ paxifier^ mais poisser y pacifier. - La version manuscrite d'Abélard par Jean de Meun (mort en i 'i>*i*i) commence par cette phrase : — « Essamples attaignent souvent les talens des hommes plus que ne font paroles, w (Manusc. n° 7^73 his^
Et la Bible de Guyot de Provins :
Dou siècle puant et orrible M*estuet commencer une Bible Por poindre et por aguillonner.
Et por grant essampU moustrer.
On a écrit lexii^e^ de lixivium ; on écrit encore soixante, Ae sexaginta y et l'on a toujours prononcé lessive et soissante. Ceux qui prononcent Braqueselles devraient prononcer pareillement soiquessante.
A la fin du xvi* siècle, Vx se prononçait encoi'e comme ss. On disait une massiniey Alessanclre; c'est Henri Estienne qui l'atteste. A la vérité, il cite cette prononciation pour s'en moquer, preu veque l'autre était dès lors assez répandue. Henri Estienne blâme la première, parce que c'est la prononciation italienne, et
qu'il la croit introduite depuis peu par les mignons d'Henri III. Il ignore que c'e$t la valeur ancienne de Vx; il s'imagine que \\x est banni par cette prononciation , et remplacé par la double s. Au reste, voici comment s'exprime au sujet de cet x M. Philausone; je conserve l'orthographe étrange d'Henri Estienne :
c( Philausone. — Je pense bien que quant au mot lace tin vexarcy si un Italien qui entendret le fraucés <c en voulet user, l'accommodant à son langage, autant « qu'il auroit l'honnesteté en recommandation, autant a seret il soigneux de lui garder sa lettre x. »
Philalèthe demande naïvement pourquoi. — « Pour « ce, répond l'autre, qu'il tomberet en un équivoque (c fort deshonneste au langage francés. »
( Du langage français italianisé y p. 57 1 .)
Henri Estienne s'imagine que c'est là un argument d'une grande portée. Cela ne prouve rien du tout, sinon qu'alors le mot vexer n'était pas encore fait, et que quand on l'a créé, V équivoque deshonneste n'était plus à craindre , parce que la tradition de la véritable valeur de Xxy perdue dans beaucoup de mots, ' permettait de prononcer vexer comme on prononce aujourd'hui maxime et Alexandre.
Dans les plus vieux monuments de la langue française , par exemple dans Yillehardoin , a: à la fin d'un root donne à la voyelle précédente a ou e, le son d'une diphthongue moderne composée avec cette voyelle et l'w. Ainsi Villehardoin met toujours des che\>axy des vaissiax; c'est sans aucun doute chei^auXy vaissiaux, L'j" n'aurait pas eu cette propriété. On rencontre, dans des écrits du xiii" siècle , beax et lojax pêle-mêle avec
U oçiatioii beof^ et loyaus, qui s'^éubli^^it (lé$ ^t€ époque,
PaDs 1^ tradui^tioo inédite de§ filtres d*Jbél(ir4 pjir Jean de Meui| , pn li|: à )a pagie 6 ; « l^a pgrple que Àjaus disait» » Ajaus , parce que le latia s'écrit y^'o^. ]^ scribe a (iguré la prononciation de $0Q t^mp^*
Diex f Dieu :
Pardonne moi , biau sires Diex , Car i^ i&k* qup je devien* vieux^
Dans le fabliau SAuherée la vielle maquereUey Auberée raconte au mari dupé comment un jeune homme lui a conRé, pour le raccommoder^ un surcot dont il avait, dans une partie de plaisir, déchiré la fourrure d'écureuij :
Uiy vallet vint ci avant hier; Por recoudre et por afailier Si nie bailla un sien seroot , Que rompu ot a {jd escot ^e sai trois escw^ap ou quatre.
Escureux. Le même mot se trouve ^a*it e^çureaXf pour le besoin de la rime, àskW la description de ce surcot :
Li surcoz fa toz ■ porfil ForreE de meuyz escurea;c, Mult soloit estre gens et beax, :, .
E^cureaux rime ^vec be(iux,
tf Le surcot était sur tous les bords fourré de fins écureuil. Le jeupe homipe était ordinairement gepti} et bfiau. » '
Peu à pe^ ^'établit l'usage de figurer Vu danp ces dip})itbpnçue^; m^i^ cet usage pe bannit pas celui
du terminer U mot par a^» V.v i^aiis^rYa une plape désQrrnaift s^^$ fonctioii^ (l).
Ménage raconte qqe Louis XIV| aygnt un jour demandé d'où venait cet a: fiqal dans les pltipieU où IV semblait plus naturellement appelée^ personne ne put le lui dire. Cette question avait déjà occupé les grammairiens. Jacques Pelletier , du Mans, i'a traitée et résolue à sa manière dans son dialogue de l'orthographe. C'est y dit^il, que les Français, écrivant trop vite et lisant de même, sont sujets à confondre les lettres ; et , pour prévenir les effets de cette rapidité , ils ont imaginé d'employer des caractères de diverse figure. Par exemple, ils ont écrit le nombre ^«^^/x par un jc, afin qu'on ne pût lire dens. Il serait si facile , en effet, de prendre l'un pour l'autre ! Voilà où en viennent tous ceux qui ne voient que la langue écrite. Cette habile explication de Pelletier a été recueillie précieusement par Théodore de Bèze; Ménage ose douter qu'elle soit la bonne.
Z final communique à Ye qui le précède le son fermé.
(1) Il est superflu d'expliquer sa présence 4&ns les finales où Tétymolngie latine le justifie : croix, poix, noix, six, paix, etc. — Il se ti*ouve dans prix. Jeux, flix, par un hasard d'imitation que l'usage a consacré. Ménage veut que ce soit pour distinguer le substantif prix du participe de prendre^ et le nom de nombre dix, de tu dis, etc. En général, ce motif, tiré de la nécessité de distinguer , me parait une misérable subtilité de gramip^îrien aux abois. De quoi voulail-on distinguer deux ? Vx y est venu comm^ consonne euphonique , puisque la forme primitive était dou , de duo. Dou, dui , c'est comme parlent toujours le lAçre des Rois, S. Bernard , et la cfiaRson de Roland»
Bonaventure Desperriers donne à ses élèves une rè« gle pour l'emploi du ^ à la fin des substantifs pluriels. Si le singulier se termine par un é fennë, le pluriel prend un z au lieu d'une s :
Tous avez toujours s à mettre ^ A la fin de chaque pluriel , Sinon qu'il y ait uue lettre Cresiée (i) au bout du singulier, Et quand « y a son entier.
Bonté TOUS guide à ses bontez.
Si vous suivez autre sentier, Tos bonnes notes mal notez.
( Œuvres de B. Despeiricrs (i54i), p. 182.)
c( Car, dit Etienne Dolet, z est le signe de e mas- « culin (</) au pluriel nombre des vei*bes de seconde c( personne y et ce, sans aucun accent marqué dessus. « Exemple : Si vous aym<?z la vertu , jamais vous ne i< vous adonneréfz à vice, et vous esbatter^z toujours « à quelque exercice honneste,» {^Les Accents frau' cois. )
11 prescrit, en conséquence, d'écrire des voluptés avec l'accent aigu si l'on met une s à la tin, ou par un z sans accent sur Ve,
Quoique le z soit depuis longtemps dépossédé de ces fonctions que lui assignait Desperriers, nous avons conservé l'habitude irréfléchie d'écrire par un z le nez, et nous mettons Vs et IV/ accentué à des gens bien nés.
(1) Crêtée, c'est-à-dire ayant une crête, uu accent; et quand le son de r^ y est aussi complet que possible : é.
Ml.