DEUX CONSONNES FINALES. — PREUVE PAK LES RIMES EN
On demande de deux consonnes finales laquelle se détache sur la voyelle initiale suivante :
La pénultième quand c'est une liquide, / ou /*;
— ftï --
Autrement, la derrière.
Fils est la moitié du temps écrit «aus s.
Maî« la douce virge Varie ^t primerains en pie« saillie; Deirant vmfil en est venue.
{La Court de ParadiSy t. 137.)
Faites tost mes drai eifimaler Et vostre// apareilUer.
ij^ Enfant remit au soleil, v. ftO.)
Faites sentir 1'.^ de draps et 17 àefils.
Ile zqnty comme Ton prononce aujourd'hui, est tout à fait moderne : tous les tcixtes donnent il ont , et Théodore de Bèze , à la fin du xvi^ siècle • en fait encore une règle expresse : -— « Vs ne sonne jamais « dans le pronom pluriel ils, que le mot suivant coma mence par une voyelle ou par une consonne , il n'im*' <c porte. Ils ont dit, ils disent, prononcez il ont dit, « i disent, rf {De Ling. fr. rect, pron., p. 7a.)
Mort angoisseuse, corps alègre, fort et ferm^^ prononcez hardiment nxor angoisseuse, cor aiègre, for et ferme.
Dai>s le cas d'une conçonne initiale suivante, il va sans dire qu'o.A arrêtait la vpix sur )a dernière voyelle ; l'euphonie , qijî défend d'articuler qœ finale , à plus forte raison en défendra deux. Il était réservé à notre siècle de prononcer more taffreuse, remore zet crime.
Le mutisme complet dÎEa finales est encore démontré p^r les rimes,
Car s'il est vrai que jamais consonne ne fût articulée ni n'agit à reculons sur la voyette prébédënte, il s'ensuit que les poètes, travatUant pour l'oreille et altenkîfs uniquement à la sati«&ire$ doivent qvoir employa quan-
tité de rimes qui aujourd'hui réTolteraient également l'oreille et les yeux.
C'est précisément ce qui arrive, et par là se trouve confirmée la règle posée au début de ce chapitre : Toute consonne finale s'annule.
Ainsi venin rimait avec ennemi :
Qui doulceur baille a ennemi Si le tendra il pour venin.
( M€urU d$ trrgnee , fable YUL)
Le i*efrain de la chanson des Ordres, par Rutebœuf , est :
Papelart et begoi/i Ont le aîecle honni.
{^Fabliaux f, éd. MéoD, II, 299.)
Dans la chronique de saint Magloire (Méou^ II, p. 229) :
Un an aprez , ce oi*est avi^ , Fa la grant douleur à Provi/i<i.
Plus loin :
L'an mil deux ccn&et quatre irnt Rompirent li pons de Pan^.
Cette prononciation se conserve dans le patois limousin j et dans les provinces méridionales :
Efan l»aii de ni , Fenao tfp parto hiii, FagheroD jamaa bono>f .
cf Enfant nourri de vin, femme qui parle latin, ne firent jamais bonne fin. »
Dans le fabliau des Trois Bossus, la dame qui les trouve étouffés dans les cofTres où elle les a cachés
« Rigaud, un jeune hôthme fils dti roturier Hervis. tt Rigaud avait de gros bras , des membres épais , « larges épaules et large poitrine , les cheveux hérissés, tf le visage barbouillé; il y avait six mois pleins qu'il ' « ne s'était lavé , et l'eau ne le touchait point', sinon « qu'elle tombât du ciel. Il portait une robe courte (c qui lui allait au genou, des bottes usées d'où son « talon sortait. Le duc Bègues le voit , il lui adresse la <( parole : Monsieur mon cousin, venez un peu ici, etc.»
Au moyen de cette condition , je veux dire l'annulation de la consonne ou des consonnes finales , la rime en i se trouve la plus féconde de notre langue.
On écrivait /?n>w, surprins avec line /i, pour rappeler aux yeux l'infinitif /?re/irfr^; mais on prononçait pris y surpris.
Dans le Mystère de la Passion, les apôtres saint Pierre et saint Jean vont préparer la cène dans la maison de Zachée. a Ils dressent la tablé et la toùaille, et des fouasses dessus , avecques des laictues vertes en des plats turquins, et abillent l'agneau pascal;» puis, lorsque ces préparatifs sont terminés , ils s'impatientent de ne pas voir arriver Jésus :
s. PIBBRB.
Yiegne hardiment nostre maistre QuaDt il luy plaira; tout est prest.