‹ Des variations du langage français depuis le xii. siècleChapitre 15 sur 75 · DEUX CONSONNES FINALES. — PREUVE PAK LES RIMES EN · texte numérisé non relu

DEUX CONSONNES FINALES. — PREUVE PAK LES RIMES EN

On demande de deux consonnes finales laquelle se détache sur la voyelle initiale suivante :

La pénultième quand c'est une liquide, / ou /*;

— ftï --

Autrement, la derrière.

Fils est la moitié du temps écrit «aus s.

Maî« la douce virge Varie ^t primerains en pie« saillie; Deirant vmfil en est venue.

{La Court de ParadiSy t. 137.)

Faites tost mes drai eifimaler Et vostre// apareilUer.

ij^ Enfant remit au soleil, v. ftO.)

Faites sentir 1'.^ de draps et 17 àefils.

Ile zqnty comme Ton prononce aujourd'hui, est tout à fait moderne : tous les tcixtes donnent il ont , et Théodore de Bèze , à la fin du xvi^ siècle • en fait encore une règle expresse : -— « Vs ne sonne jamais « dans le pronom pluriel ils, que le mot suivant coma mence par une voyelle ou par une consonne , il n'im*' <c porte. Ils ont dit, ils disent, prononcez il ont dit, « i disent, rf {De Ling. fr. rect, pron., p. 7a.)

Mort angoisseuse, corps alègre, fort et ferm^^ prononcez hardiment nxor angoisseuse, cor aiègre, for et ferme.

Dai>s le cas d'une conçonne initiale suivante, il va sans dire qu'o.A arrêtait la vpix sur )a dernière voyelle ; l'euphonie , qijî défend d'articuler qœ finale , à plus forte raison en défendra deux. Il était réservé à notre siècle de prononcer more taffreuse, remore zet crime.

Le mutisme complet dÎEa finales est encore démontré p^r les rimes,

Car s'il est vrai que jamais consonne ne fût articulée ni n'agit à reculons sur la voyette prébédënte, il s'ensuit que les poètes, travatUant pour l'oreille et altenkîfs uniquement à la sati«&ire$ doivent qvoir employa quan-

tité de rimes qui aujourd'hui réTolteraient également l'oreille et les yeux.

C'est précisément ce qui arrive, et par là se trouve confirmée la règle posée au début de ce chapitre : Toute consonne finale s'annule.

Ainsi venin rimait avec ennemi :

Qui doulceur baille a ennemi Si le tendra il pour venin.

( M€urU d$ trrgnee , fable YUL)

Le i*efrain de la chanson des Ordres, par Rutebœuf , est :

Papelart et begoi/i Ont le aîecle honni.

{^Fabliaux f, éd. MéoD, II, 299.)

Dans la chronique de saint Magloire (Méou^ II, p. 229) :

Un an aprez , ce oi*est avi^ , Fa la grant douleur à Provi/i<i.

Plus loin :

L'an mil deux ccn&et quatre irnt Rompirent li pons de Pan^.

Cette prononciation se conserve dans le patois limousin j et dans les provinces méridionales :

Efan l»aii de ni , Fenao tfp parto hiii, FagheroD jamaa bono>f .

cf Enfant nourri de vin, femme qui parle latin, ne firent jamais bonne fin. »

Dans le fabliau des Trois Bossus, la dame qui les trouve étouffés dans les cofTres où elle les a cachés

« Rigaud, un jeune hôthme fils dti roturier Hervis. tt Rigaud avait de gros bras , des membres épais , « larges épaules et large poitrine , les cheveux hérissés, tf le visage barbouillé; il y avait six mois pleins qu'il ' « ne s'était lavé , et l'eau ne le touchait point', sinon « qu'elle tombât du ciel. Il portait une robe courte (c qui lui allait au genou, des bottes usées d'où son « talon sortait. Le duc Bègues le voit , il lui adresse la <( parole : Monsieur mon cousin, venez un peu ici, etc.»

Au moyen de cette condition , je veux dire l'annulation de la consonne ou des consonnes finales , la rime en i se trouve la plus féconde de notre langue.

On écrivait /?n>w, surprins avec line /i, pour rappeler aux yeux l'infinitif /?re/irfr^; mais on prononçait pris y surpris.

Dans le Mystère de la Passion, les apôtres saint Pierre et saint Jean vont préparer la cène dans la maison de Zachée. a Ils dressent la tablé et la toùaille, et des fouasses dessus , avecques des laictues vertes en des plats turquins, et abillent l'agneau pascal;» puis, lorsque ces préparatifs sont terminés , ils s'impatientent de ne pas voir arriver Jésus :

s. PIBBRB.

Yiegne hardiment nostre maistre QuaDt il luy plaira; tout est prest.

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