‹ Des variations du langage français depuis le xii. siècleChapitre 16 sur 75 · JBHAir · texte numérisé non relu

JBHAir

Je ne say d*où vient cet arrest Qu'il n'est Tenu.

s. PIBBBB.

La place est prime , Le vin tiré, la table mise, L'aigneau rosti , la saulce iaicte.

1 ne fault Binon qu'on se mette A table*

— gT —

Ëû présence de faits si liombreut et ni éoneluatits ^ il fne Semble impossible de révoquer en doute le mutisme des consonnes multipliëeê , qui blessent nos re» gards dans les textes du moyen âge. Évidemment nous avioils confondu l'indication étymologique ou euphonique avec le signe dii langage.

Que devient cependant l'accusation de barbarie in«« tentée par Voltaire? Ruinée par la base^ elle tombe à plat. Voltaire s'est trompé, pour en avoir cru ses y&ùx. Il a raisonné cette fois comipe les grammairiens qui voient toujours leur morceau de papier, et nq voient que cela. C'est au papier qu'ils rapportent tout. Ott écrit fusi et baailler, dit Théodore de Ôèze, pour distinguer unfust SUfut^ et haailler (oscitare) de bailler {donner). Gela était eflectivement bien nécessaire ^ car il y aurait grand danger de confondre un bâton, fust^ avec le subjonctif du verbe étre^ et l'idée de bâillement avec celle d'un cadeau! De même, on à mis un p k compte^ bien adrqitement I pour distinguer un compte d'argent du possesseur d'un comté, et l'un et l'autre d'un conte à dormir debout. £t cette s, cet a, ce p, sont d'autant plus efficaces à prévenir la confusion qu'on ne les prononçait pas : c'est de Bèze lui-même qui nous en avertit. Mais l'œil, mais le papierli.. Il semble, à entendre Théodore de Bèze, qu'on eût posé en principe de bannir de la langue toute apparence des mots homonymes. Cette loi eût été aussi mal observée qu'elle était puérile.

Fustf reuBit une^^ en nïémoire deJUstis; baailler prenait deux a, parce qu'il a été formé par onomatopée; compte avec un p venait de computum; comte

avec une m, de cornes; conte avec une n, de l'italien conio ou racconto. Les yeux voyaient rétyoïologie, mais Toreille ne Fentendait pas.

De tout cela , je conclus que les modernes ont été dupes de leur vanité , et n'ont pu deviner un système meilleur que le leur, car il conciliait Tétymologie et la prononciation y tandis que nous nous évertuons à sacrifier Tune pour nous rapprocher de l'autre. Nous avons renonce à marquer l'étymologie ; toutefois nous sommes encore empêtrés d'une foule de consonnes parasites y et nous figurons très-mal la prononciation.

L'ignorance des règles primitives du langage et de récriture a introduit des milliers d'abus et d'inconséquences. On s'est mis à faire jouer la consonne finale sur deux voyelles , en avant et en arrière à la fois. 11 en résulte qu'on prononce aujourd'hui d'une façon absolument identique : cet homme et sept hommes ; danfs une phrase donnée, il faudrait parler latin pour ôter l'équivoque et expliquer ce qu'on veut dire en français. On disait jadis ce-thomm^ ; ce tici, ce tila (cettui ci ^ cettui la). C'est encore la prononciation du peuple y c'est-à-dire la bonne. Les lettrés qui veulent s'en moquer la figurent ou plutôt la défigurent en écrivant sthomme, sticiy stila, mots barbares impossibles à prononcer pour un Gaulois du bon temps, puisqu'ils commencent par deux consonnes.

Dans sept hommes, le t appartient à sept comme venant de septem; dans ce thomme y le t est purement euphonique^ et se porte sur homme sans affecter cey non plus que dans appelle*t-on il n'affecte appelle. Ce t est si bien d'emprunt ^ qu'il ne parait pas dans ce

monde. C'est une de ces consonnes intercalaires que nos aïeux prodiguaient dans le discours parlé au grand bénéfice de Feuphonie, et dont l'abolition graduelle, et aujourd'hui à peu près totale, a complètement bouleversé la physionomie du langage français , lui enlevant son caractère essentiel de douceur, pour y substituer la rudesse du Nord.

Par bonheur il reste encore dans le langage du peuple et dans les manuscrits assez d'indications pour nous guider, et nous aider à retrouver le mécanisme de ce système. Nous allons l'essayer dans le cha* pitre suivant.

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