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CHAPITRE III

Des consonDes euphoniqaes intercalaires C, D, L, N, S, T, V,

Le plus grand soin de nos pères, en formant la langue française^ a été de la constituer euphoniquement. Le moyen qu'ils avaient trouvé consistait à établir un si juste équilibre, une répartition si régulière des voyelles et des consonnes , que jamais le parler ne fût amolli et précipité par la fluidité des unes, jamais non plus entravé ni endurci par la résistance des autres.

Ce fut ce système de prononciation qui , joint à une grande lucidité dans la syntaxe, commença la fortune de la langue française , et en fit trouver aux étrangers la parleurs plus delitable que toute autre.

J'ai exposé les précautions prises relativemeint aux

— M — cooBMiiéi Côttsfeutiveâ. Mftift ee n'était là ^ue la moitié de h besogue : il y avait à prévenir auBsi le concours des voyelles. On y mit ordre en gliêsant dans Tîntur^ valle une consonne euphonique.

Il n'est pas douteux que la première pensée de nos pères ait été de conserver tous les mots dans leur inté* grité, et de préserver, à Taide de ces coifsonûes euphoàiquesy jusqu'aux finales les plus délicates et les plus fragiles, celles en e muet. EfFectivemefit, dans la prose du Lfifre des Rois comme dans les vers de la chanson de Roland ^ on trouve ces finales armées toutes d'un çly ou d'uû i^ ou de quelque autre consonne.

La plupart du temps , la consonne euphonique appartient légitimement au mot qui s'en couvre, et l'étymologie l'autorise , comme dans la troisième personne des verbes aujourd'hui eti a ou en ^ muet : il a y il aime, habety amat. Il nous est impossible de dire en vers : Il a aimé. Nos pères auraient dit sans difficulté : Il at aimé. Nous disons encore comme eux : Aime-^-il ? amai ille. Mais nous l'écrivons ridiculement. Que signifie ce t entre deux traits d'union? Il né faut rien de douteux ni d'équivoqtie. Le t appar* tient au verbe : joignez-le donc au verbe. -^ Mais afors le présent aimet il se confondra avec l'imparfait aimait il. *^ Nullement. Rappelez-vous la fègle primitive : Jamais consonne n'agit à reculons sur la voyellis précédente. Aime ne peut sonner comme aimai. Le t final n'est pour agir que sur 1'^ de il.

Si l'on vetrt comprendre l'écriture de nos pères, il faut laisser de côté les règles perverties par leurs descendants.

Mais l'étymologie ne donnait pas toujours droit à une consonne finale. Quelques mots, en quantité relativement minime, en étaient dépourvus : ce sont des adverbes, des prépositions, comme où, aussi; des noms de nombre, dou (deux) ^ quatre ^ etc.

A ceux-là, il fallait bien prêter une consonne convenue une fois pour toutes. On choisit Ys comme la liaison la plus naturelle et la plus» douce entre deux voyelles.

Les principales consonnes euphoniques intercalaires sont donc Ys et le (. On a quelquefois ^\x$si employé / et a.

Le d n'est qu'une modification du t, qui apparemment dans ces occasions ne sonnait pas durement : // parlad à lui ou il parlât à lui y c'est la même chose. De mêm6, 1'/ finale s'adoucissait en v ; chef, chevet; neuv heures ; maison neu^^e*

On ne sera pas surpris que, dans un temps où il n'existait aucune espèce de code grammatical , des copistes ignorants aient parfois substitué une consonne euphonique à une autre, et les aient tantôt figurées où elles ne sonnaient pas , tantôt omises où elles sonnaient. Ce sont des accidents faciles à découvrir; et l'on se démêle bien vite de ces erreurs, une fois qu*on tient en main le fil d'Ariane, c'est-à-dire le sens de la règle.

Nous allons passer rapidement en revue les consonnes que l'on rencontre employées comme euphoniques.

Je trouve (rarement, il est vrai) le c employé comme consonne euphonique à la fin de certains mots à qui rétymologie n'en fournissait pas. Par exemple ,

Dist ramiraill : Jangleu, venez avant; Toz estes proz e vo»tre (1) saveir est grant ; Yostre conseil ajoc evud tuz tens.

( Ch. de Roland, st. 256.)

« L'amiral dit : Jangleu, approchez-vous. Vous êtes brave et votre savoir est grand; j'ai toujours pris vos conseils. »

A'joc eviidy — ai'jeeu. — Il y a grande apparence qu'ici le c représentait le son ferme de l'j, et non celui du k : ai'jos évu. Pourquoi le c sonnerait-il dur, suivi de Ve? Le c, dans cette occasion , n'est qu'une maladresse ou une ignorance de copiste (a).

Le manuscrit de la version des Rois l'emploie constamment; celui des Sermons de saint Bernard, celui de la chanson de Roland préfèrent le t.

« E li reis se desguisady car sa vesture muad e od dous cumpaignons i alad, Vindrent a la sorcière de nuiz, e Saul i parlad, » [Rois^ I, p. 109.)

« Saul a terre tut estendud chaid,,... e d'altre part

(1) l\ ne faut pronoqcer que vo,

(2) Je suppose que Téditeur a bien lu le manuscrit d^Oxford , et n*à pas pris une lettre pour une autre.

il fud afebiiz, orfço qu'il yî/J deshaited{\\ kar il n'out le jur de pain mangied. » (Ibid., p. m.)

ce £ bien s'aperceut que Deus fud cm/ David. Micol sun marid forment amad, » (^Rois, I, p. 7a.) Le d tient ici la place de sa forte , le L Dedans est composé avec de, en ou èns, et un d euphonique intercalaire de d ens, dedans. Dehors était préservé de Télision par Vh aspirée; d'ailleurs la forme première était de/ors. Voyez l'article du T.

Dans le fabliau du Vilain mire, qui est le Médecin malgré lui, la femme du vilain, lasse des coups qu'elle reçoit, s'avise un jour de cette réflexion :

Fu onques mon mari batu?

Nenn'U, il ne sait que cops sont.

S'il le seust , par tout le mont !

Il ne m'en donnast pas itant.

(^Barb., I, p. 8.)

«Nenni, il ne sait ce que sont les coups. S'il le savait, par le monde entier! il ne m'en donnerait pas tant.»

Cette réflexion lui suggère le tour qu'elle joue à son mari pour lui faire tâter aussi du bâton.

L'usage de cette / se maintint longtemps.

Dans la sixième des Cent JSoui^elleS, un ivrogne, après s'être confessé de force à un prieur qu'il trouve par les champs , requiert ce prieur de le tner ,- afin qu'étant en état de grâce , l'absolution reçue , il aille droit en paradis.

<r Ha dea ! dit le prieur tout esbay, il n'est ja mes-

(1) Avec cela qu'il fut abattu.

« tier d'ainsy faire; tu iras bien en paradis par autre « voye. •'— Nennil, respond l'^vrongnc ; je y veuil aler M toiit ibaiiiténant^ et iojr mourir par vos mains. Avance cez TOUS, et ine tUez. »

L7 de nennil est muette , et coiiséqucmment notée mal à propos; mais celle de Je veuil est bien mise.

De mAme un peu plus haut : — - « Que veulx tu dire ? € — Je me veuil confesser , dit-il. — Or, avant, distle tf prieur, je le veuil, avance toy. » Prononcez la première fois : Je me veux confesser; et la seconde : Je le veuil, avance toy.

Oui est le participe passé passif du verbe ouir; oui signifie donc entendu. C'est le signe du consentement. Le proverbe oriental dit : Entendre, cest obéir.

Oui, ou, pour le figurera l'antique, oy, est toujours de deux syllabes. Devant une voyelle on le termine par une / euphonique. De là cette expression, langue d'oil, que beaucoup prononcent langue (F o-i'le.CesX tout simplement langue doui.

Le mari déguisé en prêtre dit à sa femme : Poursuivez votre confession , s'il vous reste des péchés à dire :

Sire, dût elle, Q'd asafiiz.

(B{irbazan, U, p. 109.)

Ou4l assez.

Le roi Alarsile demande à son trésorier Mauduit si les présents soiit prêts pour Charlemagne :

L'avdr karkui est il appareillé ?

E cil respunt : OU, sire ; asez bien.

i^Ch, de Roland, st. 50.)

«Et lui répond : Ou-i, sire, assez bien.»

Me rendra«t-oh mou cheval Broiefort? demande Ogier le DanoU au duc Naimes de Bavièi^ :

Raverai ge Broiefort, mon destrier?

— OU, dist il, par Dieu le droiturier.

(Og^r, ▼. 10660.)

Dans ces deux dernierà exemples, le scribe aurait pu se dispenset* d*écHre 17 euphonique , puisqu'elle j restait muette.

L'instinct de l'euphonie est universel , mais dans ses applications il varie d'un peuple à l'autre. L'effet de 1'^ plaisait surtout à nos pères ; le d chez les Latins avait la préférence ; chez les Grecs c'était le v, qu'ils appelaient additionnel , vu èf e^JcutTTixov. Cette n a été aussi employée en France.

Kurles Tentant , ne dist neN o ne non.

{Gerars de Fiane, ▼. 1696.)

« Ne dit ne oui ne non. »

Mnsin devant une voyelle : ainsi n un jour, ainsi n autrefois...; devant une consonne , ce n'était qu'ainsi.

Un se trouve également donnée à quelques substantifs ou adjectifs pour finale euphonique, amin, untiriy pour ami^ anù.

M. J.-J. Ampère voit dans cette n un vestige de déclinaison. Il avance que amin était le cas régime Sami. Mais dira-t-on qu^'ainsin est l'accusatif di ainsi , neN l'accusatif de ne ? M. Ampère passe sous silence ces cas, aussi bieq que tes exemples nombreux où l'on voit amin au nominatif.

Au surplus y la question des prétendues déclinaisons françaises sera traitée dans un chapitre spécial.

Voici la plus importante de toutes les consonnes euphoniques, celle dont l'usage était le plus fréquent. Cet usage approchait de l'abus , car les liaisons procurées par Vs intercalaire étaient les plus douces à Toreille de nos pères. Aussi donnaient-ils de préférence Vs pour finale aux mots que l'étymologie laissait découverts, tels que les pronoms et les adverbes.

' Iluec seront o luiS assis

Cil »or qui li esgarz est mis De dire par voir jugement Qui vaincra le tournoiement.

{Partonopeu* , v. 6595.)

a Là seront assis avec lui (avec elle) les juges du tournoi. »

Un jeune et beau chevalier, se rendant à un touruoi, reçoit l'hospitalité dans un château. On fête sa bienvenue par un banquet suivi d'un bal.

Quant li chevaliers enS entra • Cbascuns contre lui se leva. Les puceles qui carolerent Toutes contre lui s'en alerent, Et le conte atusiSj àïa.

Qui en la bouche le baisa.

Aussi volentiers la contesse, Plus volentiers que n*ohi messe.

( Les Bijoux indiscrets^

Un riche seigneur se bâtit nin superbe château :

Apres le père l'ot li fiz ,

Puis le vendi a cet vilain ; AïnsiS ala de main en main.

{Le laide VOiselet, Barb., I, 180.)

La préférence qui fit adopter Vs comme finale euphonique où l'étymoiogie n'en donnait pas^ avait encore un autre motif que la douceur de ces liaisons : l'analogie. \Js revenait si fréquemment dans le langage; elle terminait régulièrement la plupart des mots dans une foule d'occasions :

Nominatifs et vocatifs singuliers (au masculin) ;

Tous les cas obliques du pluriel ;

Toutes les secondes personnes des verbes, etc....

M. Raynouard a le premier signalé la règle de Vs à la fin du nominatif singulier; mais M. Guessard, s'appuyant sur les grammaires provençales deFaydit et de Vidal, a judicieusement observé que cette règle se restreignait aux substantifs masculins. Lorsque Vs se trouve à la fin d'un nominatif féminin, elle n'y peut être que pai* abus ou pour l'euphonie ; comme dans Marot :

Dessous rarbre où Tambre dégoutle, La pelite/ôrmtV^ ala.

Ce qui a été imité par la Fontaine :

L'autre exemple est tiré d'animaux plus petits. Le long d'un clair ruisseau buvoit une colombe , Quand sur Teau se penchant une fourmis y tombe ; Et dans cet océan l'on eût vu la fourmis s'efforcer, mais en vain , de regagner la rive. La colombe aussitôt usa de charité :

Un brin d'herbe dans l'eau par elle étant jeté , Ce fut un promontoire où \à fourmis arrive.

Ce qui a causé la faute de Màrot, c'est qu'il avait vu dans les anciens poètes fourmis avec une s ; mais

il n'a pas pris garde que yc;i^r/7i; était alors du masculin.

a Comment H criquet demanda au fourmi de son bled y et il li refusa :

Li criquM ol dÎMlM En yver, et povretfl Au fourmi est venu. . . .

Le frémi li a dist ; Ja ne vous aiderai ...»

{Mérie âé France,)

Et quand il l'aurait remarqué , il ne se fût pas arrêté à cela : Marot ignorait déjà les règles du vieux français 9 comme il l'a prouvé par son édition de Villon. A son tour, Marot a trompé la Fontaine. Les erreurs se lèguent comme les vérités, et mieux encore.

Vs a servi également de finale euphonique à la première personne du singulier des verbes. Par exemple, dans ce vers de Constant Duhamel:

J'ai en vous, dit il , mal parent ;

On prononçait, je n'en doute pas, faiS en vous

comme on disait je suiS un homme de bien. Us s'est attachée au verbe étre^ et ne s*fest pas attachée au verbe a^foir. C'est un fait bizarre et certain , que l'écriture est beaucoup plus inconséquente que la parole.

Mais 1'^ n'était pas la finale étymologique de cette première persoune. C'était Ve muet ^ du moins à l'imparfait:

Mram, j*ere. jimaéam, j'aimoie.

£rat , tu ères. Amahas , tu aimois.

Mrai, ileretyilert. Ama^t, iliiittoic.

Les poètes se permirent de retraticlier cet e^ fai* meroij falloiy je faisoi; et le soin de l'euphonie ame*ua l'insertion de Vsj par l'antipathie instinctive de l'hiatus. Ronsard ayant dit :

Plul haut eneor qu6 l^iadaré et qu'Horace, Tappenderois à ta divinité;

Muret fait cette remarque :

a r appenderois y pour fappenderoi. La lettre s y a est ajoutée à cause de la TOjelle qui s'ensuit. »

Et Ronsard lui-même dans soii Art poétique :

« Tu pourras avec licence user de la seconde perte sonne pour la pfetîiiere (i), pourvu que la personne ce finisse par une voyelle ou diphthongue^ et que le mot « suivant s'y commence , afin d'éviter un mauvais son « qui te pourroit offenser; comme^f allais à Tours, « pour dire falloi à Tours; /e parlais à madame, poUr ^ je parlai à madame ^ et mille autres semblables (12)4 »

Dans ce poste oîi elle s'était glissée à la faveur de l'euphonie, Vs rendit de si bons services , que son usurpation est aujourd'hui consacrée et convertie en droit légitime. Il n'en est pas moins vrai que quand Molière et la Fontaine écrivent y^ cli, je crai, je vai,je reçoi , ils usent d'une forme ancienne^ et ne se permettent pas de supprimer Vs pour le besoin de la rime, comme leurs commentateurs ne manquent pas de l'affirmer.

(1) Non pas de la seconde personne pour la première, mais de l'orUiographe de cette seconde personne.

(2) Yoyez, â une époque où la pédanterie égarait le jugement et émoussait la délicatesse de l'oreille , voyez combien se montre vivace cet instinct natif de fuir l'iiiatus chez des poètes qui l'avaient érigé eu droit , et en ttS&ieiH habhdeilemeltt tons scrtipulè.

Tel passage d'un poème présente à vos yeiilc un hiatus où il n'y en avait pas. Pourquoi? Parce qu*il se glissait entre les deux mots une consonne euphonique. Le scribe ne Ta pas notée, comptant sur l'intelligence du lecteur et sur l'habitude. Ainsi, dans cette description d'un charivari donné à un nouveau marié le soir de ses noces :

l\ y avoit lin grant Jayant Qui trop forment aloit brayant.

F'estu ert de bon broissequin.

Je cuids que c*estoit Hellequio , Et tuit li altre sa mesnie.

{Roman de FaupeL)

11 faut prononcer : vestuS ert.

Car vestu se rapporte au sujet de la phrase, qui est un nominatif masculin ; et Ys est caractéristique du nominatif masculin. Un enfant jadis savait cela. Qu'importe donc que le copiste ait mis vestu ou vestus?

Les adverbes, prépositions, noms de nombre, etc., terminés par e muet, à qui l'étymologie ne fournissait pas de consonne euphonique, ont reçu dès l'origine une s finale, pour les protéger et les maintenir intacts. Cela était de règle générale; la trace en a persisté longtemps, et n'est pas encore complètement effacée.

Mithridate dit à Monime :

Ju8qu*ici la Fortune et la Victoire même* Cachaient mes cheveux blancs sous trente diadèmes.

Les commentateurs déclarent que la nécessité de la rime a fait commettre au poète une faute grave,

parce que méfme est ici adverbe, et par conséquent ne prend point iXs,

Autrefois le mot mciney adverbe ou non, avait toujours r^ à la fin. Les poètes, à qui Ton accordait tant de libertés, avaient celle de garder ou de retrancher cette s. Villon, dans une de ses plus jolies ballades, offre l'exemple de Tune et l'autre orthographe :

Je coniioy pourpoint au collet;

Je connoy le moine à la gonne ;

Je conuoy le maisfre au valet ;

Je connoy au voile la nonne;

Je connoy quand pipeur jargonne;

Je connoy fols nourris de cresme /

Je connoy le vin à la tonne ;

Je connoy tout , fors que moy mesme.

Voici maintenant mesmes avec 1'.$*.

Je connoy vision de somme ; Je connoy la saulce des bresmes; Je connoy le pouvoir de Koinme; .

Je connoy tout, fors que nioy mesmes,

ENVOT.

Prince, je connoy tout en somme :

Je connoy coulorez et hlesmes; Je connoy mort, qui tout consomme ; Je connoy tout, fors que moy mesmes,

Marot, avant Racine, avait employé cette rime de mesmes avec diadèmes, H était alors homme de guerre, et se trouvait au camp d'Attigny, près de Rhetel, lorsque Henri de Nassau vint assiéger Mézières, dont la défense valut tant de gloire à Bayard (iSai). Marot écrit à Marguerite, sœur de François 1*^, qui fut depuis la célèbre reine de Navarre , et qui n'était

alors que madamp d'AlepçQn. Le soldat poëte eavoi^ à la duchesse des nouvelles de l'armée :

Ne pensez pas, dame où tout bien abonde, Qu^on puisse veoir plus beaux hommes au monde ; Cfr, k vrai dire, il semble que nature Leur çit donné corpulence et facture Ainsy puissante, avec le cœur de mesmes , Pour conquérir soeptrei fX diaaksmes»

(T. Il , ép. 3 , du camp d'Attigny, p. 24.)

Il faut rire de Ménage qui tire même invariable du latin maxime^ et même variable de l'italien medesimo.

Dans l'origine, //i<^w^ était toujours adverbe; et, à le bien considérer , il ne peut pas être autre chose dans lui-même, La distinction entre l'adjectif et l'adverbe a été introduite tardivement; /72^//2^, adverbe, prenait une j* à la fin, pour le soin de l'euphonie dans la Haison des mots, comme tous les adverbes tern]inés par e muet : Jusques , encores , guères et naguères, oncijueSy doncques y a\>ecques ^ certes y illecques ^ prèsques. Marot décrivant le temple de Cupiao :

En tous endroits je visite et contemple , PresqueS étant de merveille esgaré.

I^es poètes, dès le xv* siècle, comme nous l'avons vu, laissaient ou retranchaient cette s; et, des vers, cette licence s'est coulée dans la prose.

On a dit : ores, ore ^ or; — avecques, aifscgue, aveoq\ ou a\^ee; — doncques, doncque, doncq, donc. La dernière de ces formes est aujourd'hui la seule usitée; mais on est encore libre de choisir entre guères et guère , jusques et jusque , certes et cerie. Rien de ^i capricieux que l'usage.

J-ai dit que mén^e^ isole ou joint à un pronom , Q^it essentiellement adverbe. Ronsard Ta traité ainsi :

Les immortels ûux mesmç en sonl persécutés.

En quoi il a été suivi par le père Lemoiue , dont le Saini'Louis mérite de faire autorité :

D*autres sont élevés sans arpies et paisibles ,

Qui, braves contre eux même et contre eux même forts

Qui hq voit 1 en effet , que c'est comme s'il y avait :

brave, même contre eux forts, même contre eux?

— Les immortels, mène eux! même les immortels!....

La distinction entre même adjectif et même adverbe est donc toute chimérique, une pure subtilité. d«|s grammairiens modernes, pour rendre compte telle** ment queilement de la présence ou de Tabsence de Xs finale. Où ils l'ont remarquée, ils ont conclu qu'il y avait accord, et ils se sout Mtés de bâjir leur règle; puis, rencontrant /w^.F/w^j' joint à un singulier, ou du moins sans l'accompagnement d'un pluriel, ils ont prononcé qu'il y avait lipence poétique ou faute de français de la part de ceux à qui nous devons la langue française.

Même vient de l'italien medesimo; on a dit d'abord en trois ^yllsibe^ méismes, poqr mieux rappeler n^ede^ simo. Jlutebeuf décrivant une nocq ;

Ne sai combien de gens i furent ; Assez mangèrent , asseï burent , Açsez firent et fçste çt joje, Je meismcs qui i estoie Ne vi piesa si bêle faire.

L'Académie autorise quatre- z^y eux , entre quatre^ Z'^yeux; mais elle n'en donne pas de raison. L'usage est de parler ainsi ; soit. Mais l'Académie devrait-elle se contenter du rôle de greffière de l'usage? d'être à l'usage ce que le daguéréotype est aux formes extérieures? Elle est vraiment trop modeste; essayons de suppléer à son silence.

Rétablissons d'abord l'orthographe véritable de cette locution : Entre quatreS jeux , c'est Y s euphonique; tous les noms numériques la prenaient , hormis ceux à qui l'étymologie fournissait une autre consonne.

Uns y unes : rien n'est plus commun.

— « Uns bers fu ja en l'antif pople Deu. 7> {Rois, I, p. I.)

S*f//i/ hom loue un pasteur pour ses brebis garder, Il li doit sauvement mener et ramener.

( De Triade et venin ,• Jubinal , Contes.)

Si sVst armés hastivement lïunes armes pures d'argent.

{Roman de Coucy, ▼. 3271.)

Jaunes fauses armes l'arma Li rois qui molt petit Pâma.

{La Violette, p. 90.)

lïunes forces qu'ot apportées A errant ses tresces copées.

{Roman de Coucy, v. 7344.)

Les Espagnols disent de même unos , unas. On s'en étonne, l'on a tort. L'erreur vient de ce qu'aujourd'hui Ys ajoutée à la fin d'un mot ne réveille plus que ridée de pluriel ; et l'on croit avoir produit un argument sans réplique , en disant que un ne peut avoir de pluriel. 11 n'est pas question ici de pluriel, mais bien d'euphonie; Vs finale avait autrefois deux

fonctions : si nous n'en connaissons plus qu'une, ce n'est pas la faute de ceux qui l'ont employée à son second usage.

Deux vient de duo ; la première forme a été duij doUj dons devant une voyelle.

Il estoieDt jadis dui frère , Sans soustieu de père ni mère.

(Estula, Barbaz., HT.)

« Li reis David lur livrad dous des fiz Saul. » [Rois y p. 202,)

Trois y dérivé de très, a Xs par droit de naissance.

Quatre, c'est le point en litige.

Cinq n'a pas besoin de \s euphonique : quinque lui fournit la consonne.

Six tient la sienne de sex.

Sept reçoit de septem un t qui lui suffit.

Huit, diocto, prend le t euphonique, qui le rapproche de la forme latine.

Neuf, de noi^em.

Dix , de decem, est obligé de recourir à Xs finale pour pouvoir se maintenir devant une voyelle.

Vingt, dans le livre des RoiSj est partout écrit vinz :

— <c Respundi Berzellai : Sire , viels hum sui de quatre vinz ans. » (P. iqS.)

C'est notre prononciation actuelle, de même que pour cent au pluriel : dans le li^re des Rois il est toujours écrit cenz :

— a E li fers de sa lance pesad treis cenz unces. » [RoiSj p. 208.)

Il n j aurait donc que le mot quatre que l'on aurait laissé manquer d'une consonne euphonique dans un

temps PU Vqn s'en montrait $i libéral ? Qeh n'^H pas croyable; quatres yeux dépose contre qette ^Mppqsition. C'est peu, dira-t-on, d'un seul exemple; il est vrai : en vûici dope d'autre^. Le premier se trouve dane la chanson de Malhrou^ qui est une pièc^ du iqQyen ag^y comme j'espère le faire voir ailleurs :

L*ai vu porter en terre par quatr^S ofiSeiers.

— « Li qi{atreS mpistres de l'hospital . . . , i Des quatreS maistres de Tospital .... » h

( Hist. de Metz y texte de 1284.)

Fallot, à qui j'emprunte cette dernière citation, ne manque pas de voir là son système de déclinaisons, et des sujets et des régimes, a II faut observer, dit-il , que dans cet exemple même la règle est mal suivie, puisque le premier quatre ^ sujet, devrait être écrit sans s. » (Pag. 2 3^.) On n'a janiaîs pensé à décHner ni quatre y ni deux; il n'y a là que le soin de Teuphonie. Mais Fallot s'était entêté de ce malheureux système : rien ne pouvait lui dessiller les yeux.

On lit dans Montaigne ( livre III ^ oh, a ) : a Ayez un maistre es arts , conférez avecques luy •' a que ne nous faict il sentir oeste excellence artifi-

0 eielle? Que ne nous domine il et persuade comme

« il veut? Un homme si advantageux en matière et en (c conduite, pourquoy mesle il à son escrime les in- « jures, l'indiscrétion et la rage?»

Vous trouvères^ oet^te façon d'écrire dans la reine de Navarre, dans tous les écrivains aptërieura au

xvi|* siècle. Qui ^e fierait au t^nfioignage à» c«tte écriture s'al^utierait fort, car on ne manquait paë de prqnoncer ^vec un t inteimédiaire, con^ipe aujourd'hui noHS écrivons. — « Souvent aussi , dit Jacques « Pelletier, nous prononçons des lettres qui ne s'écrir (^ vent pas , comme quand nous disons (Une-^ti? ira^fii? (c et écrivons dine-il? ira4l? et seroit chose ridicule <K si nous les écrivions selon qu'ils se prononcent, d ( F' livre de X Orthographe ^ p. Sy.)

IjC témoignage de Théodore de Bèze n'est pas moins formel. — «Cette lettre, ditwl en parlant du r, «ofFrp une particularité curieuse ; c'est qu'on la pro- «noQçe |à où elle n'est pas écrite. Vous voyez écrit ^ parle il Pet vous prononcez, en intercalant le ty parle util? On écrit ira il? parlera il? va il? aime il? et « l'on prononce ir^ til? parlera til? va Ùl? aime til? » [De Fr, ling, recta pronurit.y p. 36. )

Cela démontre surabondamment combien l'écriture est un témQin trompeur de la prononciation.

Mais quand , au lieu du pronom il, on employait on indéterminé, le < euphonique n'était pas nécessaire, parce que l'on recourait à cette forme l'on,

Montaigne parlant des grands : — n A l'adventure les estime Von et apperceoit moindres qu'ils ne sont.»

« Les dignités, les charges se donnent iiecessairementplu^ par fortune que par mérite, et a Ion tort SQUvent de s'en prendre Wi\ roys. m (Livre III , ch. 8.)

On a disputé sur cette qualification A'euphaniqiêe donné au t final; qn a dit : {1 n'e^t pa^ euphonique, car il appartient de droi^ à 1^ troisième personne du vefbe. C'est une chicane d(s onots ppn^me leg gram-

mairlens les aiment; il est bien certain que W fu^ il oui>re, il s'en va^ représentent ^w//, aperuit, ahit. Il n'est pas moins certain que le t en français sert à l'euphonie; maintenant accordez-lui ou lui refusez cette épithète, peu m'en chaut : le seul point auquel je tienne, c'est que c'est fort bien dit : Malbrough s'en vat en guerre. Un académicien, qui attend son cou; frère pour condamner solennellement cette prononciation du peuple, demande : Vat il bientôt venir?

Florence de Rome était une femme de qualité, fille d'un empereur romain anonyme. Ses malheurs, causés par sa vertu, la réduisirent, après les plus étranges aventui'es, à entrer comme servante chez un brave châtelain. Sire Thierry estait moult prewhm^ et sa femme moult preucle femme; mais ils tenaient chez eux un coquin de sénéchal, un glouton :

Li fans fu.senechal au courtois chastelain

Nommez esloit Macaire. — C*est un nom trop vilain !

Souvent requist Flourence, et au soir et au main.

Que s'aniour li donuast , mais il ouvroit en vain ,

Car elle se laissast avant vive escorchier.

Un jour la trouva seule li glouton pautonnier :

Par force la cuida accoler et baisier ;

Mais Flourence li fist le sanc vermeil raier

A grant ru de la bouche, et deux dens li brisa.

Prononcez hardiment : la cuidaT aiccoier.

Il y a plus : c'est que le t se glissait en des places où il est impossible de justifier sa présence, sinon par le besoin de l'euphonie. Nous disons encore : voilà^t'ily ne voilh-t-il pas.... C'est bien là un t euphonique, exclusivement euphonique, et un témoignage du soin de nos ancêtres à rendre la pro-

— i09 — nonciation musicale. De l'écritui^e, on ne s^en embarrassait pas ; on écrivait voilà il; le langage était façonné par ceux qui parlaient : c'est tout le monde; ceuK qui écrivaient ne comptaient pas.

Dans les verbes, Y s était la finale euphonique de la seconde personne; t caractérisait la troisième , sans aucune exception et par tous les temps. Ces lettres seront écrites ou non, €ela n'importe ; suffit que vous êtes prévenus. C'est à vous, par l'application de cette règle , d'éviter les hiatus. •

L'orthographe qui , après la découverte de l'imprimerie, s'établit peu à peu, s'est mise à recueillir ces finales; mais avec quelle négligence et quelle maladresse ! £n les attachant à certains temps et à la plupart des verbes, elle les a, par un oubli inconcevable, omises dans quelques autres. Cette inexactitude a introduit dans le langage une foule d'irrégularités et d'inconséquences. L'auxiliaire avoir ^ par exemple , ne devrait pas jouir de moins de privilèges que l'auxiliaire être; ils étaient jadis sur le même pied :

Sum, je sui. Habeo, j*ai.

Es, tu e<9. Habes , tu 84$.

Est, il esr. Habet, il aJ.

Y a-t'il une raison raisonnable (l'usage en est une déraisonnable) pour tantôt accorder, tantôt refuser ce t? pour permettre à Racine :

Sur quel roseau fragile a-t-il mis son appui ?

et défendre au peuple : il at acheté?

Pour autoriser va-t-ïl venir? et condamner Malbrough s'en vat en guerre? C'est une tyrannie épou-

vantable! c'est abuser étrangement du titre d'académicien et du droit de faire un dictionnaire. Le peuple, dont les doctes méprisent le langage, pourrait leur ré* pondre y comme le lion de la fable:

AVte plitf de niisob nous auribtis le desstiif, Si mes confrères MTaieiit peiadrti

Hien n est plui fréquéht dans \eé matiùscrifà c|Ue le t ûgixté à la troisième personne dé l'Indicatif A'ai^ôlh :

Quant li provost Vdt entendu ....

Du duel qu'il %t et de la hoate.

( De Constant Duhamel,)

Ddns le Testament de Vasnè de Rutebeuf, on tient dénoncer un curé à son évêque. Qu'a-t-il fait ? demande l'évêque :

n àt HM t>is , €nn Beddyn ! (1) Qu'il at scMi asne Bauduyn Mis en la terre beneaite ! . . . .

Le pauvre curé s'excuse de son mieux à son supérieur :

Mes asnes at lonc tans Tescn ; Moult aToie en li boen escu!

Il m'af servi et tolentiers , Moult k>iaumeQt , xx ans entiers.

Ce t est parfaitement à sa place, c'est le droit de la troisième personne de le prendre comme caractéristique. Mais ceux qui, fondés sur ce droit, refusent au t dans cette place la qualification d'euphonique , que diront-ils quand on le leur montrera à la fin de la première personne du présent de l'indicatif, y W//î^; —

(1) Les croisades de saint Louià eu Afriqulf avaient déjà fait connaître en Vriflce les Bédouins.

je dîne; — je mange; à la fin des participes passés en /, en é, en £/; à Ift fin des subêtàtitifs aujourd'hui terminés en é^ comme ciié^ humilité? Conviendrontils que c*est une lettre introduite pour l'euphonie? Ils n'auront plus ici la ressource d'alléguer le latin. Dans une stance monorinie en e muet :

Li reîs Marsili^ la tient (Saragosse) , ki Dieu n'en aimet, Mahumet sert e ApoUin redainut, . Ne s' poet garder que mais ne li aieignet,

( Chanson de Roland, st. 1.)

tii k paièn ki un seul itiot respundet^ Fors Blancandrins de castel de Tal Funde : Oez, seignurs, quel pecchet nus encumbret. . . .

(St. 2.)'

La chanson de Roland , le lii^re des Rois , les sermons de saint Bernard, figurent toujours ce ty qu'il en soit ou non besoin pour éviter un hiatus. Il n'empêche même pas l'élision au milieu du vers :

n enapélei e ses dus d set cautes.

(St. 2.)

Sa costume (à Charlemagne) est ([u'W parolet a leisir.

(St. 10.)

Nous gardons encore la trace de ce / euphonique : crie-t'il? appelle-t'On? Mais il faudrait avoir le courage d'écrire criet-il ; appellet-on ?

Nojis avons vu qu'au xvi® siècle, on prononçait le t euphonique sans l'écrire ; et nous voyons maintenant qu'au XII* 'siècle on l'écrivait souvent où il ne se prononçait pas. Les uns trouvant sur le papier aimenlj va-ilj ne manquaient pas de lire aime-Hlj va-til. Les autres y voyant les derniers vers que je viens de transcrire, les lisaient ainsi :

Il enappeUe et ses dus et ses countes. . . « Sa coutume est t^'û parole à leisir. . . .

Voici d'autres exemples ( on en citerait par centaines) :

Branches d'olives en vos mains porterez; Co senefiet pais et humilitet,

Muujoie escriet: Co est renseigne Carlun.

(St. 92.)

Lisez : ce senefie.., Montjoie écrie y c'est l'enseigne (la devise) Carlon (de Charles).

Ainsi notre œil déçoit notre oreille, qui^ à son tour, abuse notre jugement. INous sommes trompés à la fois et parce que nous voyons et par ce que nous ne voyous pas. Il faut avouer que dans cette condition il est malaisé d'éviter l'erreur.

Voilà pour le présent de l'indicatif.

Tja consonne euphonique se retrouve attachée aux troisièmes personnes du singulier du prétéiît et du futur; au participe passé passif en é^ en i^ en u.

Le Idi^re des Rois y manuscrit du xii* siècle , peutêtre du XI* , emploie le t ou le dy qui n'est qu'un / adouci.

— « £ del livre parlad que li evesches oud ims^ed e lut devant le rei. » {Rois^ p. 4^40

-— <c La liepre Naaman parprendrat et aherderat a tei. » (/îow, p. 365.)

ce La lèpre de Naaman prendra et s'attachera à toi. »

— « E li Enfes crut e esforcad, A un jor , li Emfes alad asun peire en champz.... ûAmaladidy si s'eu plainst. »

— « Mais la mère prist l'enfant^ si T ctdchad sur le lit al prophète, e Tus puis Jermad, si s'en turnad. »

— « Pecchiet ai a lui sol. » (P. 548.) « J'ai péché à lui seul. »

— « Il aveit oid dire que il out ested malades. »

— « Si cume h rei le sout e veud les out , parlad al prophète. (P. 368.)

— « Mais por ceu ke tu ne pensasses ke ceu fust aifenuil (advenu) par aventure.» [Saint Bernard y 55a.)

Les substantifs aujourd'hui terminés en té recevaient tous le t euphonique. Il suffit d'ouvrir un manuscrit d'une date un peu reculée, pour en trouver des exemples à foison. Le Iwre des Rois y celui de Job y les sermons de saint Bernard, n'offrent pas un seul de ces substantifs désarmé de sa consonne finale.

— « Li fruiz la nativiteit de Nostre Seignor

S. Johan huit lo boyvre de saheteit,... »

{Saint Bernard y p. 54^.)

— (c Li pecchiez à^enfermeteit etde non sachance..; la volenteit et l'oyvre de salifeteit.,,y> {Ibid.y p. 544 •)

— tt Cil ki a Vwnaniteit ajosteit le nom de Deu. »

(Ibid., p. 548.)

Fallot avait déjà signalé ce t final comme la marque d'une haute antiquité dans le manuscrit , mais il n'en avait pas reconnu l'usage régulier ni l'origine. Il ne le constate qu'aux substantifs en iéy et ne le remarque pas à la fin des substantifs et participes en Uy comme escuty vertuty penduty où il joue le même rôle.

Veseut H fraiht e Tosberc li clerampt.

( Clianton de Roland, tt. 117.)

Eâcrient Franc : Deus i ad fait vertut,

(Jbid.,it 288.)

Turpins de Rains quant se sent ahatiU De IV espiez parmi le cors ferut, ...

Hbllant regttardet , pais si li eft) curut, Et dist un mot : Ne sui mie vencut,

(l6id.,BtiS3.)

On attribuait le «f ou t euphonique à des mots qui n'y avaient pas droit étymolojgiquement^ k des monosyllabes essentiels , qui eussent disparu dans l'éiision ou qui eussent produit des hiatus désagréables ; par exemple , o (aifec\ a, marque du datif, etc.

Luisent cis elme ki ad or sunt gemmez.

(Roland, st. 79.)

m Les écus brillent émaillés d'or. »

Vescat li fraint ki est a flurs e ad or.

(Uid., st 96.)

« Il lui brise le bouclier orné de fleurs et d*or. a Qu'est à flours. » — LV s'élide dans cet exemple.

La prononciation introduisait un 2;. euphonique au sein de beaucoup de mots oîi l'éci^iture ne le marquait pas; par exemple, devant la terminaison oir précédée d'une voyelle; devant eu (eu) du f>articipe passé passif, etc. Son rôle était de préveni'r un hiatus, oïi de rappeler la consonne figurative du radical.

IjC V dans pleAwoir est purement euphoïiique. Il n'y en avait pas dans le latin plueie^^v dans pluendo :

— Aqua quœ phvendo crei^isset, de Cicéron, se lisait sans doute : qitœ pluFendo crevisseL \jsl chose est d'autant plus vraisemblable qu'on trouve pliwij plu'^ i^raty dans Piaule et dans Lucile. Fui>ii pour fâît^ avec la première longue, est dans Ennins :

Quam^semper fufit stoUdum geniis ^acidarum !

i^Ff'agm,, ap. Planck, Eunii Msdea, p. 104.)

Nonius cite de Lucile lui^i, prétérit de luo.

Cela suffit pour montrer que les Latins ont employé comme nous le v intercalaire^ suivant ce que leur demandait l'oreille. Je ne le trouve pas dansjjluit^ et il se montre dams pluP^ia; nous, au contrait*e, nous le mettons ésxk^ pieuFoir et le supprimons dems pluie.

Depleui^oir, le diminutif />foi///2^r, plouFirmr :

Endroit Ja tierae a plouiner se prisU

(Garin, II, p. 228.)

« Vers l'heure de tierce , il commença de tomber une petite pluie. »

Pomfoir^ de passe, n'a aucun droit au v. On décrivait jpooir c

S3e ne pooit «oumillier.

^ iL de la FioleUe , ^ ^à,)

Lisez : elle nepoutK>it sommeiller.

En mile guise Ne pueent cil estw rendo.

(I6id., p. 84.)

Gardez-vous bien de confondre ce pueent avec la

troisième personne du verbe puer. Lisez : nepeui^ent

cil (les morts) estre rendus.

De recipere, recevoir, et au participe receu en trois

syllabes. Je suis persuadé qu'on prononçait rece\fUy de même que y trouvant écrit receoir, on ne manquait pas de lire receVoir.

Pourquoi le v Sa^foir^ qui représente le b Sliabe" rcy disparaît-il au participe eu ? et pourquoi ce participe est-il monosyllabe quand Tinfinitif est de deux syllabes? Originairement cette irrégularité n^existait pas, car on prononçait évu. Il se rencontre même écrit ainsi j par un accident dont on ne peut trop se féliciter :

Dist l'amiraill : Jangleu , venez avant; Toz estes proz e vo saveir est grant.

Yostre conseil ajoc evud tuz tens.

{Ch. de Roland, st. 256.)

Bénissons ces fautes de copistes, qui, nous restituant la vraie prononciation , nous mettent sur la voie de l'ancien usage, et sans lesquelles on pourrait taxer de chimériques les propositions les plus yt*aies, mais destituées de preuves.

On dut prononcer de même tous les participes en eu; apercei^Uy concei^Uy etc., qui ainsi redeviennent réguliers. Ai^oir faisait eVw, comme tenir fait tenu; courir y couru; vouloir y voulu.

Le mot a\^oi, allons (à voie)y d'où les Anglais ont fait awayy est écrit partout dans la chanson de Ro' land AOi. On suppléait le v (i).

(1) Voyez sur cette exclamation la ni° partie, au mot aoi.

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