‹ Des variations du langage français depuis le xii. siècleChapitre 28 sur 75 · OU, EU, SE REMPLAÇANT · texte numérisé non relu

OU, EU, SE REMPLAÇANT

Eu n'étant qu'une modi^cation dje ou (yl il n'est pas surprenant que ces deux syllabes se substituassent

volontiers Tune à l'autre. L'analogie explique et autorise cette substitution. Il semble même qu'elle ait été de règle en certains cas, et que, dans les verbes ayant à l'infinitif ou^ ceiou se changeât régulièrement en eu à l'indicatif; en voici des exemples :

Mouvoir, — • je meus.

Plorer ou plourer, — je pleure.

Pouvoir, — je peux.

Trouver, — je treuve.

Mourir, — je meurs.

Ouvrir, — j'œuvre , et le substantif œuvre.

Couvrir, — ' je cœuvre.

G dur tombeau, de ce que tu en eœwres Contente toi; avoir n*en peux les osuvres.

(Marot, Épist, Je Guillaume Crétin.)

Se douloir, *— je me deuls.

Prouver, — je preuve, et le substantif /;r^</i;^.

ISABJUU.

Vous apprèuvez tous ceulx quicunques Vivent d'une mauvaise vie.

(Marot, Colloque ^Eratme^ t. IV, p. 293.)

Estevoir, — il estent {il confient).

Savourer, — je saveure.

• l'abbé n ne vient fors De ce que je sens et saveure Ou que je voy*

ISABKAV.

Je vous asseure, etc.

Demourer, — je demeure.

Secourir, — je sequeure.

Sire, por Dieu omnipotent,

Qa« querez vous ci à c«8te eiire ?

Suer, dist il , se Diex me sequeure, . . .

( Dû Gomàers et dc$ deux Clers.)

De France n*a nul grant qui la sequeure. Et des petits qui sont en sa demeure Son mary veult , sans qu'un seul y demeure, La rebouter.

(Marot f Mpistre à la raine de Navarre,)

Les commentateurs se trompent , qui^ rencontrant dans la Fontaine ou dans Molière yW treuve^ nous expliquent que le poète a altéré le mot par licence et pour le besoin de sa rime. La Fontaine et Molière ont pu se servir d'un archaïsme; cela leur arrive souvent, mais ils n'ont jamais estropié les mots.

Le niot/;rtowrest devenu peur; troubadour ou trouvadour est devenu trou\^eurj qu'on écrivait troui>ere (le premier e muet). Le verbe houser {botter) a fait le substantif A^e^^e: Robert courte-^heuse; et nous avons encore le diminutif houseaux :

Le pauvre diable y laissa ses houseaux.

(La Fontaine,)

Par métaphore 9 pour dire qu'il y périt, y laissa sa vie, comme on laisse ses bottes ou bottines au fond d'un bourbier.

Fallût avait fait cette remarque avant moi, et voici la règle qu'il pose. — fc C'est une règle invariable dans « notre langue , que toutes les fois qu'elle dérive un « mot du latin, et que dans ce mot il y a un Oj elle a change cet o en ou y ou en eu : color, dolor, soror, <c couleur, douleur, sœur. » {Recherches^ p. 447-)

11 eût dit plus exactement que cet o s'est changé d'abord en oUy qui est devenu eu par la suite. Fhs,

fluryflouryflewr; dolor, dulur, doulour {qni subsiste en douloureux) , douleur y etc.

Au XVI® siècle y les poètes se permettaient même dans les noms propres de mettre indifféremment eu pour ou. Nicolas Denisot (le comte d'Alsinois) dans le Tombeau de la reine de Navarre adressé aux trois miss Seymour :

(Sirist, ô filles de Seymeur, ."*

Pour Apollon il faat prendre.

Or que vostre ange non nutir A la fleur encore tendre.

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