‹ Des variations du langage français depuis le xii. siècleChapitre 32 sur 75 · SIS · texte numérisé non relu

SIS

IlgerrUf il parra^ je ladrai, nous emmenrons, pour ilgésira^ il paraîtra y je laisserai^ nous emme^ neronsj etc.

Ja ne gerra mais delez moi IJ vilains qui tel hemois porte.

( Du Vilain à la C. N., Barb., Il , 1 29.)

<c Jamais ne couchera près de moi le vilain, etc. » Le Jongleur n'ose pas risquer au jeu les âmes à lui confiées par Satan :

Dist saint Pierre : Qui li dira ?

Ja pour vingt âmes n'y parra^

( De S, Pierre et du Jongleor.)

Que tfonras tu a mon seignor.

Se je te fez e^tre deslivres ?

— Sire , je li donrai vingt livres.

{De Constant Duhamel,)

Dans /^ Chevalier qui fist sa femme confesse (A? Mari confesseur^ de la Fontaine), le chevalier emprunte le costume de son ami le prieur :

Se vos dras noirs me presterez , Ains miennii toz tes raurez, El vos grans bottes cbancerai , Et je ma robe vons lerrai.

Ceens avez mon palefroi , Et le vostre menrai o moi (1).

Le moine tout li otria.

J ni.

CONTRACTIONS MALGRÉ UNE œNSONNE INTERMÉDIAIRE.

J^ peuple a retenu l'usage d'une sorte de contraction particulière y par laquelle deux syllabes se fon<

(1) jivec moi. Prononcez 1*/ comme y .* meneraije o moi.

. dent en une , bien que séparées par une consonne. Je trouve cette fusion pratiquée principalement sur des monosyllabes : Jesy tes y nés y des y pourye les ^ te les y ne les , de les.

Dans Gombers et les deux clercs y dont la Fontaine 9 après Boccace , a fait le Berceau y dame Guile dit à celui qu'elle croit son mari :

Levez tost siu , car il me semble Que nos clers sont meslé ensemble.

Je ne sai qu'il ont a partir.

— Damé,y>/ irai despartir.

(c Je les irai séparer, »

Satan dit au Jongleur, en lui confiant la garde de ^% chaudières :

Garde ce^ âmes, sor tes iex , Car je tes cr^veroie andex.

(De S, Pierre et du Jongleor,)

« Je te les crèverais tous deux. »

Les chefs de Tannée païenne crient à leurs soldats : Gardez que les Français ne se retirent vivants! Félon soit qui ne les va envahir!

Tut par seit fel kî n'es vat envaïr,

(Boland, st. 151.)

Les païens font retraite du côté de l'Espagne. Roland ayant perdu Veillantif son cheval y ne les saurait poursuivre , n'es etd dune encalcez. Il demande à l'archevêque Turpin la permission d'aller, avant tout^ reconnaître et chercher les cadavres des Français. H faut savoir que Turpin est lui-même grièvement blessé, étendu à terre devant Roland , qui, pour le panser.

lui a déchiré sa blaude ou son bliaut. Le passage est noble et touchant; on me saura grë de ne point l'abréger :

Si li tolist le blanc obert kger, Et sun bliaut li a tut detrenchet , En ses granz plaies les pans li ad butet , Cuntre sun piz puis si Tad embraceit, Sus Terbe verte puis Tat suef culchet.

Mult dulcement li at Rollans preiet :

« E, gentilz bom, car me duiiez cung«t. If os cumpaignans que evumes tant obéra Or sunt il morz; ries i devums laiser. Jo «j.Toell aler e querre e entercer De devant vos juster. e enrenger.

— Dist Tarcevesque : Alez , e repairez.

{Roland, i\, 159.)

a Si lui ôta le blanc haubert léger, et lui détrancha toute sa blaude, et lui en a mis les pans dans ses grands plaies. Puis Ta embrassé contre sa poitrine, et puis l'a couché tout doux sur l'herbe verte. Roland lui a fait bien doucement cette prière ; Hé, gentilhomme , car me donnez congé. Nos compagnons que nous eûmes si chers , or sont-ils morts. Nous ne devons pas les laisser là. Je les veux aller chercher et reconnaître, avant devons ajuster et arranger. — Allez, dit l'archevêque, et revenez. »

Gela est plein d'émotion ^ de grandeur et de simplicité. Le beau antique ne va pas plus loin , ce me semble.

On dist que c'est aumosne des povres bosteler.

(i4 Dit du^ Su^, Jubinal» Nouv.reàueil,)

« On dit que c'est faire l'aumône que de loger les pauvres. » De les pauvres bosteler.

S*es attendons , tait somes mon ou pris.

(Garin, II, p. 124.)

« Si nous les attendons. »

Dans tous ces exemples, on voit la même voyelle, deux Cy se resserrer en une seule. Mais il n'est pas plus rare de trouver cette contraction opérée sur deux voyelles différentes, IV et Ve. Ki V, si V, qui les y si les :

Cent mile humes i plarent ki *i esgardent.

(Roland, st. 283.)

« Qui les regardent. »

Charlemagne ordonne à son voyer Basbrun dépendre toute la famille du traître Ganelon ^

Ta , si *i peni (uz al arbre de mal fust.

«Va, et si les pends tous à l'arbre de bois maudit.» Sey léy même suivis d'une consonne initiale, souffrent souvent une espèce d'élision ou plutôt de contraction, et ne .sont plus représentés que par /, /'.

Roland à l'agonie, couché sous un pin, se souvient de ses victoires, de douce France (et dulces rnoriens reminiscitur j4rgos\ des hommes de sa famille, et de Charlemagne son seigneur, qui le nourrit :

De plusurs choses a remembrer U prist : De tantes terres cume li bers canquist, De diilce France, des homes de son lign. De Carlemagne sun seignor, ki t nurrii.

(Roland, st. 173.)

Ganelon condamné à mort, son parent Pinabel demande pour lui le jugement de Dieu. Charlemagne fait disposer , en manière de champ clos ; sur la place

d' Aix-la-Chapelle, quatre bancs, où vont s'asseoir ceux qui se doivent combattre, Pinabel et Thierry d'Ardenne :

Puis fait porter quatre bancs en la place. 1a vunt sedeir cil ki /* deivent cumbatre.

{Ibid.^ st. 281.)

Il ne faut pas croire que ce fussent autant de licences réservées à la poésie. On les retrouve dans la prose, plus difficiles à reconnaître, parce que la mesure n'est plus là pour les constater quand l'orthographe omet de les peindre. Quand je lis dans le lii^re des Rois (P. 4 ï I ) • — « P"** ÇO fais ta ureisun a Deu ; » — je ne doute pas qu'il ne faille prononcer yîiw /' ureisun. Au surplus , les copistes ont figuré ces contractions assez souvent pour nous permettre de suppléer aux incertitudes de l'écriture.

— a Li prusdum li volt force faire de receivre, mais ne Vvolt pas oir. » (Rois y p. 363.)

« Naaman voulait forcer Elysée à recevoir ses présents, mais le saint homme ne le voulut ouïr. »

— « E nostre sires s'en curechad (courrouça) vers Ozam, si Vferid e il chait morz en la place. »

{Rois y p. i4o.)

— ce .... Ço est encuntre lur ydles e lur fais deus, ki^s metterunt a plur e a plainte. >> {Roisy p. i39.)

a C'est contre leurs idoles et leurs faux dieux , qui les mettront à pleur et à plainte. »

— « Eya *s destruirai e tut dépècerai.... jo 's osterai si cume la puldre de la tere.... » [Rois, p. 209.)

a Et je les destruirai et tout dépècerai... je les ôterai comme la poudre du sol.... »

Saint Bernard compare les hommes attaches aux biens d'ici-bas à des hommes qui se noient , et s^accrochent à ceux qui les voudraient sauver :

— «c Tu varoyes k'il ceos' tien tient k *es tienent n

ce Tu verrais qu'ils tiennent ceux qui les tiennent. »

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