‹ Des variations du langage français depuis le xii. siècleChapitre 34 sur 75 · ADJECTIFS INVARIABLES EN GENRE · texte numérisé non relu

ADJECTIFS INVARIABLES EN GENRE

Cest ici le lieu de parler de eertains adjectifs dont le féminin ressentbie âi^ nxasctriin. Grand est aujourd'hui le plus connd où ftiënfe le senl connu , à cause des locutions conservées grand messe j grand route^ foi grand faimy etc. Ce mol a Ymv d'être l'objet d'une exception bizarre , parce qu'il stArvit seul de toute àne classe. Il n'est pas nécessaire d'avoir beaucoup fréquenté les auteurs du moyen âge^ pour avoir observé quantité d'autres adjectïlà tftfiformes au masculin et au féminin. On pourrait supposer que c^esé par te retranchement de Ve muet de la dermère syllabe f il n'en est rien : cet e né leur i jamais appartenu.

M. Raynouard avait signalé cette apparente bizarrerie, dont l'origine a été indiquée par M. J.-J. Ampère avec beaucoup de sagacité.

Les adjectifs latins en w, comme grandis^ fortisy viridiSf n'ont qu'une terminaison pour le masculin et le féniinin; tous leurs dérivés français observent la même condition.

Talis , QUALis ; tel y quel :

Ne sai quel chose traïnoient.

( Dolopatiés ,• p. 2&7.7

ViRiDis, vert:

Son escttièr lui apai^eille Une robe "vert qu*il avoit.

{Du Cfieçatîér à ta Mé 'èerjkeîSe,)

ViRGiNALis, virginal :

Sainte Marie, roïne virginal, GarifteE moi mon cors et mon cheval.

(JgoUutt, V. 337, Éekker.y

Regalis , royal :

Une viâ^e rojraalx ^^ne-et puriBie.

{Les quatre jUs Jymon, v. 749, Bekker.)

Dé là telle expf èsèidù lettres ro/aUx, cotfsé^Vée aw palais :

J'obtiens lettres royaux et je m'inscris en faux.

{Les Plaideurs.)

FoBTiSy fort :

A tant li a on aporteés

Armes molt bêles et moU chiéreè ,

Qui fors estoient et legieres.

fiarhlet»,p.'BB.y

Les caucet maintenant H lacent; A. fors corroies li attachent.

(IhuUm.)

— ce ïiaples et Corinte, deux citez qui siéent sur la mer, les plus fors qui soient el pais. »

{Villehardouin y p. 99.) Grabtdis, grand :

Moult y ot grant noise et grant presse,

{De ConsioHi Duhamel.)

Observez cependant qu'à cette rigide invariabilité il y avait deux conditions : 1® que Tadjectif fût immédiatement uni au substantif; s'il en était séparé, ne futce que par l'article, il perdait aussitôt son droit et rentrait dans la classe commune :

Or fu au lit grande la noise *

De la dame et de son mari.

( U Fabd d'Aloîd,)

2"* Que l'adjectif précédât le substantif: — « Et vint Saul ad unes faldes de brebis {ad coulas Oifium) ki sur son chemin esteint : truvad i une cai^e grande, u il entrad pur sei aiser. » {Rois, p. 93.)

La même règle d'invariabilité , mais sans condition, gouverne les adjectifs verbaux qui^ dérivés d'un participe latin en ens, veniens, moriens, vwens, n'avaient chez les Romains qu'une terminaison pour les trois genres :

Ma peine veuil mettre et ma cure

En raconter une aventure

De sire Constant Duhamel.

Or en escoutez le fabel

Et de dame Tsabiai|s sa fiime»

Qui noult ettoit courtoise dame,

— Mo -

Et preui et sage et avenant; El pais n'avoit si vaillant Por esgarder et por Teoir.

( De Constant Duhamel,)

PreuSy avenant y vaillant y invariables à cause de prudensj adveniensj valens.

L'empereur de Constantinople, sur le point de se séparer de sa fille qu'il vient de marier, lui donne les conseils suivants : — «c Biele fille, or soiiez sage et roara toise. Vous avez un home pris, avoec lequel vous vous ce en alez, qui estauques {tiliquantuni) sauvages... Por « Diu, gardez que vous ja por chou ne soiiez ombrage « vers lui , ne changeans de vostre talent... Si soiiez « simple, douche, débonnaire et souffransj tant come 'c vostre mari voudra. » {Villehard.y p. 189.)

Courtois varie, mais changeant et souffrant sont invariables.

Ces foi*mes de féminin identiques à celles du masculin ne sont donc ni par apocope ni par élision, quoique nous écrivions ^ro/iâ?' messe avec une apostrophe, et que tous les grammairiens admettent sérieusement cette élision impossible d'une voyelle sur une consonne. ' — « \Ie muet de grande s'élide quelquefois : on dit « et on écrit granct mère y granct tante ^ etc. » — Qui parle ainsi? L'oracle de la science, l'imposante Grammaire DES GRAMMAIRES, ouvragc mis par VUniver^ site au nombre des livres à donner en prix ^ et reconnu par t Académie française comme indispensable à ses travaux. » Cela ressemble à une épigramme contre l'Académie.

L'erreur de Girault-Duvivier existe déjà, il est vrai.

dans Théodore de Bèze; et c'est là probablement qu'on l'a été prendre. Le progrès eât été de l'y laisser.

Voici le texte de Çè?e : — a Observandum est au- « tem particulariter fœminium adjectivum grande, in 9 quo e coqçpevit efîam ante çonsonantes elidi^ ut « une grand besogne , un^ grand! chose ^ un^ grand! « flamme, j? {^f)e ling.fr. rect, profi. , p. 93.)

A cette occ^siou, jjB repiarquerai qu^ Tbiéo^Qre dç Bèze Q'eçt pa3 un g^ide toujours sûr, et qi^e ies éi\\r 4i|^ <}^ V^^ siècle étaient incomparableipep^ me^leurs philologues en l^tin f>f| ep gre/ç qq'en français. Dans le xYi' siècle, à la fin surtout, le français ^jubissait dëjà ài^ graves aUér^^ÎQ^I^* J^^ renaissance des lettres grecques et latines dëto^ri^^it l'attei^fiop de la vieille littéra^i|rie natioQale, e^ avait fait méipe l'objet d'qn dppte mépris , qui fi é\.é^ rendu avec u$ure par le siècle suivant. Le XVI* siècle ne voyait rien de plus glorieux qfiç d'effacer fout çiç qqe qq^s avions, pour recomjnenjçer pne laqguje e): ]iipe littérature d'après l'antique. L'i|3^uepc(3 it^lien^e exerciée par la cour achevait 4^ \QV^\ brouiller. }\ ^e faift dpAC se fier qn'avec pir- Cp^piçct^ipû au)ç témoigpages soit ^^ Jlepri Ç^Uennç, si^jt 4e TbéQ4pre de Qf;^^, soit; des autres ëcrivaiiis. Ils pQt déj^ p^^du la p(irie tr^ditioii 4^i^ règles et du l^n- %j^%%\ toutefpi§ j)^ eq §Qnt epcorebien plus rapprochés que fio^s , et c'est dsips ce sens qu'pn peut les é(u4içr ftveç fruijt.

DE LA. TMfeSE.

La tmèse est l'opposé de la contraction : celle-ci resserre les mots, celle-là en ëcarte les parties pour insérer un autre mot dans l'intervalle.

On ne pratique plus la tmèse dans notre langue , mais autrefois d\ç y était firéqmfit^ Gînq ^pressions y ét^i^t pArti(:ulièreme»t fiMJQtt^; ^eiwa (sinon), — vej^ ci, ei^ vQus (voici), — jamais et par da»$ uo certaii} ^m qu'il n« pouvait «lyoîr ijspléiwn( :

A sire pooslanl Qjjbfin/^l jN> «a ftpie, dame Isabel, Ne diront mes riens , se bien non,

( De Constant Duhamet)

<c Ils ne diront jamais rien, sinon du bien.i/

Quoi que je die et quoi que noo^

CDes Ckeealiers, des Clercs et des Vilains, \» 43.)

(c Sinon de cœui;. 9

Mais une autre merveille i ot.

Que li vergiers durer tté pot , Se tant non que iroiafllons Y venoient chanter les doux sons.

' " ( Le Laide tOiseUt, ▼. 1 13.)

aMai$ il y put une autre merveille, p'e^t que le yc^rger ne pouvait ^|ibsi^tFi sinon faut que l'oiselet y viendrait chanter. »

L'exemple suivant réunit la tmèse de jamais et celle de senon.

L'époux si finement joué par Aubérée n'aurait jamais , sans le surcot , pensé de sa femme que du bien :

Se ne fust-oe por le Bercot,

Ja ii*y pensast mais se bien non.

(D'Juèerés ta vieiUe Maquerelk,)

On disait aussi se ce noriy — si cela non, sinon cela :

Ou se ce non, je tous rends le paû.

(Garin, t. I, p. 5.)

ce Ou si VOUS ne consentez à cela, sinon cela, etc.» — « La ot si grant asemblée de gens, que ce ne fu se merveille non. » (Fiilehard., p. i lo.)

Fez ci, vez la, c'est-à-dire vois ici, vois là.

Vez me cl, biax amis, qne veux-tu? comment t*est?

(DeMerUnUelloi^

La dame respondi au prestre :

Sire , 'vez me ci toute preste.

(Delà Dame quij!st trois tours)

Rei^ez la, revoyez là, reifoilà.

Dans les trois Bossus j la dame dit au portefaix qui vient de jeter à la rivière le cadavre du second bossu:

Yoiez , dist elle , grant merveille !

Qui oï unques la pareiUe ?

Re9ez la le boçu ou gist.

(Barbaz., U, p. 135.)

« Revoilà le bossu au gîte. »

Cette expression vez ci, vez la; voici y voilà j vlà; succédait déjà à une expression plus ancienne , et traduite immédiatement du latin ecce : c'est ez ou eke* çosj ecce vobis :

A tant ez Robin qui y monte.

(Le Fabel d'jiloul.)

À tant ejt un YÎlain raoul ,

Ua bouvier qui vient de charrue,

{Le Dit du Suffei,)

Saint Bernard emploie toujours ekevos :

— « Ekesfos ke cis vient saillanz ens montaignes et trespessanz les tertres. » (5. Bernard , p. 5a8.)

tf Voici qu'il vient bondissant par les montagnes et franchissant les hauteurs. »

— a Ejkevos uns bers vient, et Orianz est ses noms. » [Ibid.y p. 53o.)

a Voici un seigneur qui vous vient, et Oriaut est son nom. »

On disait également bien ez vous :

ES90US les maufez revenus!

( De S. Pierre et du JongUur, )

ce Voici les diables de retour. »

Es9ous la presse qui eniproisse.

{De Constant Duhamel^

m Voici la foule qui grossit. »

Atant es 'vos Guenes e Blanchandrins.

{Roland, st. 30.)

a En ce moment voici Ganelon et Blancandrin. i>

£s vus (1) Rolant sur sun cheval pasmet.

{Jbid., stl47.)

Mais ce qui est bien bizarre, c'est la forme estes vous. Il faut croire qu'ayant perdu de vue l'origine de ez ou esy on Ta pris pour la seconde personne du verbe être, et l'on aura jugé mal séant de joindre cette se«

(1) Js vous, comme on lit dons Timprimé, est une faute ou de lecture ou de copiste.

conde personne du singulier à un proncmi au pluriel. La prétendue faiite a été corrigée , comme nous en voyons corriger tous les jours (i), et Ses vous s'est formé, par cette judicieuse rectification, estes vous :

Estes vous le prevost errant; La dame li fisi biau semblant

{De Consioni DuhqtmtL)

« Voici en hâte le prévôt, » etc.

Estes vous dant Constant, bruiant, Une grant hache paumoiant

«Voici monsieur Constant, faisant tapage, et maniant une grande hache. »

Estes vous est la forme coiiiUunmeiit employée dans le Iwre des Rois :

— <c Estes vus Saul ki 4e #0s {cultures r^^paîrad. »

{Rois^ p. 37.)

tf Voici Saûl qui revient 4.e ses champs. »

Il faut observer que si la versioq des Rois pst du XI® siècle^ le manuscrit n'est que du xii^ ; qu'ainsi le copiste, suivant l'usage^ aura pu substituer la forme usitée de son temps à celle qu'il ne comprenait plus ou qu'il voyait tombée en désuétude. Voilà comment estes vous a pu remplacer ekevous 4aQS \^ plus ancien monument de notre littérature.

Jp i^'ai jamais fencontJré la tmèse ^piployée §|ir eke- .^ous ni estes vo^s.

Quant à I4 tmèse de voici^ nou$ ^ pra^jqfipns encore tous \s» jours ; Vois cet horm^^f-ci, vois ces

(1]| P^r exemple, fleur ^orang^er, qui 8*acçrédite, au lieu àt fleur £o' range, Toyèz ce mot dans la troisième partie.

fsmme^'là, ç*jest vois ci ou ici cfiX ^ppime ; — vois là ,C(B§ fjçrnme?. \\ fauj; observer pourtant une différence importante : c'est que nous avons immobilisé comme un adverbe la forme de l'impératif singulier. Même en nous adressant à pbisieurs personnes, nous disons voici {vois ici); nos pères auraient dit logiquement veez-ci. Fois ci était réservé po^r ne parler qu'à un seul.

Par est aujourd'hui destitué d'un privilège important, emprunté aux CQUti|mes de }a gr^pimaire latine. Per se joignait aux verbes, aux adjectifs, aux adverbes, pour lewr communiquer ]d force d'un superl^îjf^ ufl/ç idée djç perfection. Ainsi^ permagnus, pergrayis y perQ.imJkriis i pour maximus^ grwissimusy arnaris^irnus. — Pernoctare^ veiller la nuit çntièrç. — P^rç^g^r^f fairç complètement, p^racbevçr.

Parachever a vieiUij parfournir pe ^ djt plusj i]r>.ais jRp]i^s dispQs çpcore parcourir et parfumer.

Son bon destrier que il paramoit si 1

(Garin, t. H, p, 147.)

Villehardouin emploie paraller pour aller jusqvL au bout. L'empereur eât poussé ^a course jusqu'à 8a]onique, s'il eût pu. — a li fasi paralés jissquçsa Saleny^que, s'il peust. » {P illehard.y p. 194O

Le vieux françcii$ ^ccprd^it à par^ d^^s ipe^e fonction, une liberté dont per ne jouissait pas en latin; c'est que par n'était pas nécessairement uni au mot ^i^quei il çon^muaiquait sa yertu : il y avait tmèse 1^ plu^ souven(.

conde personne du singulier à un pronoyr La prétendue feinte a été corrigée , y ^ voyons corriger tous les jours (i), ^ formé, par cette judicieuse rectifigf 'o^ ^

£j/«/ vouj le prevost errant; ' ^ « a •^' La dame li fist biau semblait ^ 0 $ ^ ^ '

« Voici en hâte le prévôt I '^^ % ^ ^ ^

Estes vçus dant Cor '^ ^

Une grant hache j*

«Voici monsieur Ç4 une grande hache^ A f

Estes vous ^i" |. ^ dans \^lwre d(Çv ^^

— ik Estes ç\^

/^ '? ^c non à 1 aa-

« Voici / ' *'''"® ^^/^ parhardi;

11 fau' ^^ ' ''«'•^'•

3^je gj^p otait //t?/? parlaid ou /;«/• frt)/>

copip

Usi' >a façon trop par estoit lait

^, ( Lm trois Bossus»)

^uand on ne faisait pas la tmèse, on conservait voy^iitiers à par la forme latine :

Or prions doucement à la vierge Marie. . . . Nous gart et nous otroit la perdurable vie.

( Du Cltevalier et de rEscuier.)

On retrouve par en composition de quelques substantifs, oîi il représente cette idée d'excellence de principauté : pardon, panais. Le pardon est le don su-

^t précieux de tous les dons; \^ paivis est

"H^I ^ la grande façade de Téglise.

^s l'ont emprunté. — Amount, à

^ARAMOUKT, lord paramowit y le

^emand , der oberste , hœchstey

, le bien-aimé ou la bien-ai-

un verbe, s'employait par

Sarablement au verbe,

rescrit de dire, s^en

^^é passe pour une

V s* en est volé^

: seul mot?

Page 1