‹ Des variations du langage français depuis le xii. siècleChapitre 47 sur 75 · DEGRÉS DE COMPARAISON FORMÉS COMME EN LATIIX · texte numérisé non relu

DEGRÉS DE COMPARAISON FORMÉS COMME EN LATIIX

COMPARATIFS Bxr or.

Avant de recourir, pour marquer les degrés de comparaison, à la périphrase et aux iROt&pluSy très y on se servait, comme en latin, d'une terminaison de rechange.

GrtfW faisait greignour (grandior); — petit j mewouR (minor), qui vit encore aujourd'hui sous la forme de moindre. Nous avons gardé /?/r^, de pejor.

Grant fu Ji duel, onques greignor ne vi.

{Garin, I, p. 109.)

« Grand fut le deuil; je n'en vis jamais de plus grand. »

— BSO —

Et mon desconfort greignour, DoDt je moorrai sans détour, Sî par vous de sont menow.

( Ck, de Gcucj, dans le roman y v. 403.)

a £t mon dëconfort plus grand, dont sans faute je mourrai si vous ne tes rendez moindres. »

PiOR. Du latin metiorf pèjot, on avait fait, sans y rien changer, mellory peor ou pior^ d'où nous avons meilleur y pire:

Car éii àhne mîex les mellofs.

Et tient bas so£ piez les plots,

( Partonop,, v. 4330.)

Empirier ne porroient fl ;

Cornent amenderoient il ,

Qu*il n'ont vergoigne no péor (ni peur) ^

Qu'il ne pueent estre pior.

{Bible Guiot, v. 107.)

Degreignor s'est formé le verbe rengreger, comme empirer de pire :

iAâ doufeur se rertgrégê, et mon crael martyre ft'augpWBte e* de^nt pire.

(Régnier.)

Chacun fit son devoir de dire à Taffligée Que tout a sa mesure , et que de tels regrets

Pourraient pécher par leur excès, chacun rendUt par Ik sa doufeur rengtégéê.

(JU Fontaine, lu Matrone (tÉph^.)

RengrégeT' itiànqùë tout à fait à fa langue modcirttc, où rien ne le supplée. Il faut en poursuivre le rétablissementr

suPiatàTivs Eir Mme,

Le père Bouhours y dans ses Entretiens dArisîa el

et Eugène j disserte très-longuement de la langue fran» çaise, dont il prétend marquer les traits es^ntiels, l'esprit et le caractère. Mais le bon père ne connaît que la tangue de son temps, et ne parait pas soupçonner que la langue française ait jamais ëté faite autrement qu'en 1708; il conclut toujours intrépidement du fait particulier au droit général.

Par exemple, il écrit :

(X Notre langue n'aime point les exagérations,. parce «qu'elles altèrent la vérité. Et c'est pour cela, sans «doute, qu'elle n'a point de ces termes qu'on appelle « superlatifs y non plus que la langue hébraïque. Car ff^ grandissime y heUissime, habUissiiney dont le» pro- « vinciaux et même quelques gens de cour se servef^t, « ne sont pas français. Et pour illustrissime^ sérénis- ^sime^ rés^rendissime y généralissime y ce sont des « termes établis pour marquer les qualités des per- « soDDes, et non pour exagérer les choses* »

[Ariste et Eugène j W entretien.)

La distinction de Bouhours sur illustrissime et résférendissime est trc^ visiblement jésuitique. Ces mots sont pour marquer des qualités,* et non pour exar gérer; Belle finesse! Cela sent sa casuistique de Loyola, qui, à tout prix, tourne les choses au point de vue dont die a besoin. Ces mots illustrissime y réuérendis* simey sônt-ils des superlatifs, oui ou non? Voilà toute la question , et la réponse n'est pas dotateuse.

Si le père Bouhours avait lu les anciens auteurs du moyen âge, il aurait su qu'au contraire ces- superlatifs sont tout à fait dans le génie de notre langue; que pendant plusieurs siècles on s'en servit continuel-

— ft(3 —

lemetit, et sans scrupule. Ce sont les beaux esprits, les raffinés en habit brodé ou en soutaue, qul^ au xvii*' siècle seulement, s'avisèrent de les proscrire. Jusque-là j on trouve les superlatifs eu issùne ou en ismcy par contraction.

Roland, blessé à mort dans les vallons de Boncevauxy à l'heure d'expirer, apostrophe d'une manière touchante son épée Durandal :

O Durandal! cume es l)ele et saintisme!

{Roia/idfSi. 170.)

a Comme tu es belle et santissimel »

BoNiSME, pour bonissime^ est très«curieux , car il n'a pu être transporté directement du latin , qui dit optimus ; il a donc fallu le foimer du français bon y en imitant le procédé latin; preuve que ce procédé n'est pas si antipathique au génie de notre langue.

a E honisme vassals {pugnatores validi) ki furent ce venuz o le rei David de Geth, alerent devant lui. »

{Rois, p. 1740

« Assemblèrent sei bonismes vassals » — ( surrexerunt autem omnes viri fortissimi.)

{Rois y p. 119.)

Grandissime se contractait en grandisme, comme bonissime eu bordsme.

— « Jo vus bat rai de grandismes balai ns. »

{Rois y p. 282.) Le texte dit : Cœdam vos scorpionibus.

De pessimus on fit pessime, et Aepessime^ pesme:

— ♦< Mais ses maris fii dur e pesmes et malicius. »

{Roisj p. 96.)

Bataille aueriun , et aduree e pesme,

{Jloland, 91. 2^9,)

Par la même tendance à contracter, on avait fait de proximusj proussime, et enfin prusme :

— « Si huem peched vers sun prusme... »

{Rois, III, p. 262.) Si l'on pèche vers son prochain.

De chery cherissimey on fit, par contraction , che-

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