RISME
Cherismes dus , noble , vassal ....
(Benoit de Sainte-More , II « p. 570.)
«Très-cher duc, noble brave, » disent au duc de Normandie ses sujets, qui s'efforcent de le retenir à la veille d'une expédition.
Altisme ou HALTisME (altissimus).
Puis sont munteis sus el paleis altisme.
{Roland, st. 191.)
« Il est vrayment li fils del haltismey selonc le te- (cmoignaige Gabriel; e por ceu, si est il ewalment «(également, égaument) y^tf/^/^mé? al peire. »
{Saint Bernard, p. 522.)
On trouve même fréquemment les deux formes du superlatif accumulées : — « Senz lo très haltisnie con- « seil de la sainte Triniteit. » {Ihid^
Au XVII* siècle, les gens qui avaient le plus et le mieux étudié la langue , et qui en conservaient la tradition la moins défigurée, par exemple, Malherbe,
'"'^fK.^
mari qui trouve un snrcot (vétemetit (rhonnue) e lit de sa femme :
Helas ! fait il , je suis trahiz !
Maintenant a le sercot pris, Car jalousie Ta etprii 9 Qui est pire de meU Je denz,
{D'Auberée ia vieille MaquereUe,)
...« Cil furent avant appelez saiges qui sembloieat U valoir des autres en aucune manière de vie jle.... »
{Jean de Meung j trad. inéd. dAbeilard.)
Dans le roman des sept Sages , un enfant explique
père un présage tiré des cris obstinés de deux
meilles : Gela signifie , dit-il , que je monterai et
e verrai un jour fort au-dessus de vous. Le père, à
îS mots, s'irrite : a Voire, dit-il, si monteroiz plus
lut de moi! (P. 98.) » Vraiment! vous monterez
.us haut que moi! Et comme ils sont en bateau, il
; saisit et le lance à la mer, ce qui conduit le fils à
levenir empereur.
Les Grecs mettaient aussi après un comparatif le
génitif du nom. La tournure par que est empruntée
aux Latins : Major quam tu; Pautus est doctiorquam
Petrus; et c'est aussi la plus anciennement employée
en français. Dans le Iwre des Rois y fort antérieur à
tout ce que je viens de citer :
« Greignure est assez ta sapience que la nuvele « qu'en ai oie. » {Rois y p. 12172 .)
« Ta sagesse est beaucoup plus grande que la noujo, velle que j'en ai ouïe. »
Ainsi nous surprenons des traces de Tinfluetice italienne sur le français dès le règne de saint Ix>ui8.
DIABLE A QUATRE (Faire le).
Quand notre théâtre prit naissance, vers le x\* siècle, on jouait des mjrslères dévots; on jouait aussi des diableries; dans les mystères , les héros du drame étaient des saints; dans les diableries y des diables. Il y avait les petites diableries, où il ne paraissait que deux diables , et les grandes diableries , où il en paraissait quatre, épouvantablement déguisés et menant le plus grsmd bruit possible. De là cette locution proverbiale: faire le diable à quatre.
Comme toutes les choses vont en se perfectionnant, on introduisit bientôt dans les diableries un nombre illimité de diables. Il y en avait certainement plus de quatre dans la troupe qui , sous la conduite de Villon, joua ce tour abominable raconté au 1 3* chapitre de Pantagruel. Il en coûta la vie au pauvre frère Etienne ïappecoue, sacristain des cordeliers, pour avoir refusé à ces garnements une chape dont ils voulaient habiller un vieux paysan qui faisait Dieu le père. Villon fut averti un certain samedi que frère ïappecoue, monté sur la poutre du couvent (c'est une jument non saillie) (i), s'en allait à la quête. Après avoir montré la diablerie par la ville et le marche ,
(1) PuUus, puUa, pultitra, poultre.
ils s*allèrent embusquer sur la route, et firent si grand*peur à la monture du sacristain, qu'elle prit le mords aux dents, jeta bas son cavalier, le traîna h écorche-cuU avec force ruades, en sorte qu'elle rentra au couvent ne rapportant de frère Tappecoue que le pied droit, avec le soulier entortillé dans les cordes qui lui servaient d'étrier. Le reste était demeuré en lambeaux par les chemins. On jugera s'il y avait de quoi faire cabrer un cheval : a Ses diables estoient tout caparassonés de « peaulx de loups, de veaulx et de béliers, passemen- <ir tées de testes de moutons , de cornes de bœufs et « de grands ha vêts de cuisine (f), ceints de grosses « courrayes esquelles pendoient grosses cymbales de a vaches et sonnettes de mulets , à bruit horrifique ; « tenoient en main aulcuns bastons noirs pleins de fu- « sées; aultres portoient longs tisons allumez, sus les* « quels à chascun carrefour jettoient pleines poignées « de porasine (poix résine) en pouldre, dont sortoit feu « et fumée terrible !... Tappecoue arrivé au lieu , tous « sortirent au chemin au devant de luy,en grand effroy, a jetant feu de tous costez sus luy et sa poultre , son- « nans de leurs cymbales et hurlans en diables : Hho ! «hho! hho! hho! brrrourrrs! rrrourrrs! rrrourrrs! a hou! hou! hho! hho! Frère Estienne, faisons nous « pas bien les diables? »
Voilà ce que c'était que faire le diable à quatre,
(1) Navet, crochet, Havet de cuisine, crochet avec lequel on lirait la vitinde du pot.
L*hosteI est senr, mab on le cloue.
Pour enseigne y mis ung havet.
( Fiilon,)
Il s*ëtablit clans quelques villes des iUahleries à poste fixe, comme il s'y établit aujourd'hui une troupe de comëdie, de tragédie ^ de vaudeville ou d'opéra. La diablerie de Saumur, celle d'Angers , celle de Doué et celle de Montmorillon, étaient célèbres. Rabelais les cite avec plusieurs autres dans ce i3' chapitre de Pantagruel.
Et au chapitre 3, livre III, où Panurge loue les debteurs et emprunteurs j peignant la satisfaction qu'il éprouve aux révérences de ses créanciers ^ chaque matin assemblés à son lever: — cr H m'est advis, dit-il, « que je joue encore le Dieu de la passion de Saura ur, a accompagné de ses anges et chérubins. 3»
Il continue: Si l'on cessait de prêter, l'univers serait bouleversé, — « De cettui monde rien ne prestant, ue ce sera qu'une chiennerie, qu'une brigue plus anormale ce que celle du recteur de Paris , qiCune diablerie plus ce confuse que celle des jeux de Doué. »
DHAP8, UN6E.
LiiTGB est aujourd'hui un substantif; c'était originairement un adjectif. Le traducteur du livre des Rois y ayant à rendre ces mots, ^Porro David erat accinctus Ephod lineo » (11^ cap. vi, v» i4)> met :
a E David esteit vestud de une vesture linge, pur « humilited. »
Le mot générique du xii* siècle était drap; il s'appliquait .1 toute espèce d'étoffe de soie, de laine ou de
fil. Dras linge y était un habit de toile de lin; on a dit, pour abréger^ du linge.
Partonopeus est couché avec la fée Mélior. Il veut se lever de grand matin pour partir :
Urrake li baille ses dr€u.
( Pûttmiop., 9r 6057.)
Partonopeus ^ pour se punir^ s'est retiré au dé^çrt. Il y mène la vie la plus rude, et finirait par sucçonjber à une pénitence si rigoureuse. Heureusement il est découvert par Urraque et Pers^wis^ qui, pleines d'une tendre charité, s'établissent auprès de lui , et tâcheijt de le distraire de ses douleurs, çn même temps qu'elles rajustent sa garde-robe :
Qili U dlent de4l]is el gabs, Et taillent et keusent ses dras, Coifes, cemises, et causons, Bliaus de soie et cors et loai.
( iind,, f . 6170.)
Drapeau était une sorte de diminutif de drap. C'était le drap déchiré. Urraque, abordant Partonopeus défiguré par la misère, hésite à le reconnaître :
les tu li beau Partonopeus ?
Deus! com tu les ore empiriés!
Con irol tes drapeauê despeciés I
Le passage de Pasquier y revient parfaitement : — . « Ainsy de Vestendardy bannière ou enseigne^ que a nous disons aujourd'huy drapeau. Cela est provenu cf d'une hypocrisie ambitieuse des capitaines, qui, pour Si paroistre avoir esté aux lieux où l'on remuoit les a mains , veulent représenter au public leurs enseignes
« deschirées, encores que, peut estre, il n'en soit rien. »
{Recherches^ liv. VIII, ch. 3.)
DUR, DED, RUDE.
Ce sont trois prononciations diverses d^un même mot, obtenues en transposant IV. Car de prétendre que rude vienne de riulis y ignorant , ce serait imiter les écoliei*s, toujours portés à traduire un mot par celui dont la forme extérieure s'en rapproche le plus. Oa n'assigne pas d'étjmologie à dixi.
Une preuve plus concluante que la forme matérielle qui peut être un effet du hasard , c'est l'analogie du sens. Or, s'il y a du rapport entre ignorant et rude, ce n'est que par métaphore^ et le sens figuré n'est pas ce qui frappe d'abord les hommes d'une société naissante, au lieu que le sens propre les touche immédiatement. Ce qui est épais, dru^ est dur^ et ce qui est dur est ordinairement rude au toucher. Voilà pour l'analogie première; les nuances se fixent ensuite à chaque forme, et il arrive, au bout de quelques siècles, que des mots sortis de la même souche semblent n'avoir entre eux aucun lien de parenté.
La première forme , longtemps la seule , a été dur, durement. On disait : aimer durement y — pleurer durement , — se réjouir^ s'émerifeiUery heurter durement,
II ii*eii i a chevaler ne barun
Qui de pilet mult durement ne plnri,
{Roland, st. 174.)
Tuit cîl qui ce miracle oïrent Moult durement s^en esjoïrent,
( Gautier de Coinsi , I, ch. 11.)
L'abeesse s'est esveiliie ; Moult durefuent s*est merviilie Quant si legiere s*est sentie.
(Ibid., ch. 16.)
Des lanches au premier jousterent , Et si durement se hurterent G'andoi se portèrent a terre.
(lAi Fiolette, p. 81.)
Rudement a été la seconde forme. Toute la Picardie se sert encore de rudement pour marquer l'abondance ou l'excès : Cela est rudement beau!,., il est rudement saifantL.,. Gresset, qui, comme l'on sait, était d'Amiens , a dit dans Fervert :
En moins de rien , Téloquent animal
( Hélas ! jeunesse apprend trop bien le mal ! ) ,
L'animal , dis-je, éloquent et docile ,
En moins de rien fut rudement habile!
Et, suivant l'Académie elle-même, on dit en langage populaire, manger rudement , Loire rudement,
Druement n'a pas encore été fait, mais on se sert de l'adjectif adverbialement, selon l'ancien usage : Il pleut dru ; — il y va dru. L'Académie autorise ces locutions, comme elle autorise: Aller rudement en besogne.
ÊTRE; ses formes primitives.
Ce verbe a été constitué de deux, éléments latins, swn et stare. De sum vient le présent de l'indicatif je suis; de stare, l'infinitif ester.
Comme ce verbe avait double racine , il avait aussi double signification : exister et se tenir debout. a Chi vous lairons ester dou roi Richart. »
{Chron. de Rains, chap. m.)
Or vous lairons es$ir dn dux Htrviit
(Garinpt. I, p. 5.)
Dans cette formule, très-famiKère aux chroniqueurs et aux poètes , ester ne signifie que esse*
La langue du barreau le conserve encore dans le sens de s tare ; « La femme ne peut ester en jugement sans Tautorisation de son mari. » Stare injudicio.
C'est aussi le sens du participe estant dans ce passage ; — « Li enfes s'est agenoilliez tant que li peuples a s'accoisa; lors se leva en estant, et parla si haut que a tuit le porent oir. » (Rom. des sept Sages, p. 97.)
Il se leva debout, en pied; comme disent les Italiens.
L'ancien imparfait tirait son singulier de siim, et son pluriel de stare :
J'ero, tu aros, ilort;
Eram , gras , ^ati
rïous estions, tous estiez, jlsestoient.
Stabamus, stahatis , stabanL
Aujourd'hui, il dérive tout entier de stare :
J*étais, tu étuis 9 i\ét^i, -^ Stabam, Habas, stabaL
Déjà, sous Louis IX^ on employait concurremment les deux formes. L'auteur de la Vieille Truande dit de son héros :
Biaiis estait et cointes et sages ; A nn oh^valîep eH messagei, Qui bien ^stoh du pais nez,
( Barbaz., ) , p. 240.)