CHAPITRE VIII
Péquin ou pékin. — Professeur, le pays. — Peu s'en faut que ne, quelque que. . . qui que ce soil qui. . . — Pieça. — Que, après davantage. — Se souvenir. -^ Sur, sous, sous le rapport de. . . — Très, en composition. — Trou de chou. —Trousser, trousses. — Yassal et valet. — "Verbes réfléchis. — Trois périodes dans notre langue.
PÉKIN on PÉQUIN.
Mot adopte (non pas invente) par les militaires de l'empire, pour désigner les bourgeois.
M. J.-J. Ampère propose l'étymologie PaganuSy païen ^ à laquelle il est difficile de croire.
En voici une autre qui se rattache aux règles de l'ancienne prononciation^ par lesquelles em sonnait an y et Vr s'effaçait, suivie d'une seconde consonne.
Péquin est pour Perquem; prononcez péquan. De péquany la prononciation vulgaire a fait péquin ^ comme X Arlecamp , Arlequin,
Mais qu'est-ce que Perquem y et où voit-on que ce Perquem ait jamais été en usage ?
Je réponds par une citation tirée des dialogues de Henri Ëstienne :
a U y a longtemps aussi qu'on a dit, en latînizant^ /f- ^perquam : faire du lipei^uam, ou faire le Uperquam-y « au lieu de dire luyper quem. »
{^Du Lang.fr. ital.y p. 6i6.)
Faire du liperquarriy c'est trancher de l'homme d'importance, faire l'homme par qui ! Perquem omnia
Joint y c'est être un fat, un faquin, un impertinent. Ljr ou luy^ pour celui ^ est tombé; il n'est resté que les deux mots latins, per quem. Un perquem, ou un péquan. On voit qu'en cette afïaire le militaire, qui usait de ce terme à une époque où le sabre était tout, était lui-même au fond le véritable péquin, faisant du luy per quem ou du lypéquan. On aurait pu lui répondre :
Vous donnez sottement vos qualités aux autres.
L'ignorance de l'étyraologie a fait écrire le mot Pé^ quin comme le nom de la ville chinoise, Pékin; d'où naturellement on a substitué un chinois à un pékin.
On devrait, tous les cinquante ans, refaire la jolie comédie de Boursault, les Mots à la mode. Chaque époque a son jargon qui passe , mais non sans laisser dans les meilleurs livres et dans le parler quelque trace de son passage; d'où il résulte que la langue se trouve enfin notablement détériorée.