‹ Des variations du taux de l'intérêt: Leurs causes et leurs conséquencesChapitre 10 sur 43 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Si nous consultons l'histoire économique d'un pays quelconque, aux différentes périodes de sa vie, nous voyons que le taux de l'intérêt n’est jamais le même: à certaines époques nous le voyons monter à 6 et 8 p. 100 ou même davantage, se tenir pendant un certain temps à cette hauteur, puis ensuite redescendre lentement à 5, 4 et3 p. 100, quelquefois plus bas encore, pour remonter plus tard. À ne considérer par exemple qu’une seule espèce de prêts : les prêts faits à l’État, et plus particulièrement les prêts faits à l’État français durant le x1x® siecle, sur lesquels nous avons les renseignements les plus précis (1), nous remarquons que leur taux de négociation change. En 1816-1817 la Restauration emprunte à 8 et9 p. 100. Treize ans plus tard, le 12 janvier 1830, elle n’emprunte plus qu’à 3 p. 100. Pendant l’année 1848

(1) Histoire de la dette publique en France, par Vunrer, 1886, t. II.

EN) Es

les emprunts furent négociés à 6 p. 100 et pendant toi le second empire à un taux variant de 4,50 à 5 p. 100. En 1871-1872, le gouvernement de la Défense Nationale emprunte à 5 et 6 p. 100 et de nos jours le gouvernement pour solder:les frais de l'expédition de Chine à 3 p. 100. Ainsi la marche du taux de l'intérêt n’est pas uniformément régulière mais variable, et sinous voulions la représenter par une courbe, nous obtiendrions une ligne extrêmement sinueuse.

Pourquoi le taux de l'intérêt est-il de 6 p. 100 à telle époque et de 3 p. 100 à telle autre, ou en d’autres termes pourquoi l'intérêt varie-t-il ?

Nous avons vu au chapitre précédent que le taux de l'intérêt est formé par la réunion, par la superposition de trois éléments : la somme du service, la somme du temps et la somme des risques. Ces trois sommes sont très différentes. L'une, la somme du temps est fixe. Elle varie sans doute avec la longueur des prêts, mais elle est toujours

. déterminée de la même façon par les hommes puisqu'elle représente le temps immuable et que les jours, les mois et tes années qui le divisent, résultant de lois cosmiques nécessaires permanentes, sont invariables. Cette somme ne peut que faire naître, à une même époque, une différence de taux entre les prêts à court et à long terme. C’est

ainsi, et nous l'avons déjà dit, que le taux des prêts hypothécaires, à un moment donné et dans tous les pays, est plus élevé que le taux des fonds publics très sûrs, car les

ag eue

uns sont difficilement négociables et les autres immédiatement. Quant aux deux autres sommes: la somme du service et la somme des risques, provenant de forces inégales et changeantes, elles sont essentiellement variables. Ce sont les variations séparées ou synchroniques de ces deu:r sommes qui font varier par correspondance le taux de l'intérêt et produisent sa marche capricieuse.

Les variations du taux de l'intérêt sont ainsi une conséquence des variations des éléments qui le composent et comme ces éléments eux-mêmes sont conditionnés par des forces variant avec le milieu social, le problème des variations du taux de l'intérêt, par suite de la mutuelle dépendance des phénomènes économiques, s'étend, s’élargit et rentre dans l’étude des variations de ce milieu. Cela confirme ce que nous avons dit de l'intérêt, quand nous l’avons représenté comme « une résultante, un produit du milieu social ».

Devant ladiversité, la connexité, l’enchevêtrement des causes, l’interdépendance des phénomènes économiques il nous est impossible de concevoir le mécanisme des variations du taux de l'intérêt sans chercher à expliquer le mécanisme des variations des sommes du service et des risques. Mais nous ne comprendrons ce dernier mécanisme qu’en analysant les variations plus simples des forces qui le produisent et notre méthode sera de remonter aux variations initiales afin de faire saisir les variations finales.

Nous allons étudier successivement les variations de la somme du service et des risques.

RENE EE Wrae

IT

Dans la formation de l'intérêt, la somme la plus importante, qui constitue et qui devrait toujours constituer (il n’en a pas été ainsi au moyen âge) le noyau de l'intérêt, est la somme qui traduit le service de l'épargne ou intérêt pur. Le taux de l’intérèt pur est déterminé, comme le prix d’une marchandise, par l'accord, sur le marché de l'épargne. des emprunteurs et des prêteurs. Le taux est un rapport entre l'intensité des besoins des emprunteurs et la quantité d'épargne disponible, par conséquent le taux de l'intérêt pur variera toutes les fois’ qu'un des termes ou que les deux termes du rapport varieront, c'est-à-dire toutes les fois que l'offre et la demande varieront.

Les variations de l'offre et de la demande donnent. naissance à six situations : trois par l'élévation du taux de l'intérêt pur, et trois par sa diminution. Lors d’une élévation du taux de l'intérêt pur à 5, 6, 7 p. 100:

1° Ou bien la demande a augmenté dans de plus grandes: proportions que l’offre : c’est ce qui se produit en général quand l’activité des affaires et la productivité des capitaux sont grandes, c’est une des principales causes de la hausse de l'intérêt vers le milieu du xix* siècle.

20 Ou bien la demande est toujours la même, mais c'est l'offre qui a baissé par suite d’un ralentissement ou d’une destruction de l’épargne. Cette situation se présente au lendemain d’une guerre, d’une révolution ou d’une époque où la sécurité a fait défaut : par exemple après les Cent-

G. RoBEnrt. 3

pe

Jours, le gouvernement de la Restauration fit plusieurs emprunts à un taux très élevé, ce taux s'explique par la faiblesse de l'offre, le pays était épuisé, si épuisé que Louis X VIII dut même négocier plusieurs de ses emprunts à l'étranger. Ainsi une hausse du taux de l'intérêt n'indique pas toujours que l'épargne est plus demandée, elle peut aussi indiquer que l’épargne devient plus rare.

3 Il est également logique de conclure que l’action simultanée, que la concurrence de ces deux faits : raréfaction de l’épargne, augmentation de la demande, aurait pour effet de faire monter l'intérêt pur à un taux encore plus élevé. C’est ce qui eut lieu vers 1763 en Angleterre après la guerre heureuse que termina le traité de Paris. Le taux de l'intérêt, qui venait de traverser une crise, se trouvat fort bas, il monta de 3 p. 100 à 6 p. 100 et ce mouvement de hausse se continua jusqu’au milieu du xixfsiècle grâce aux guerres de l’Empire et à la découverte de la machine à vapeur. En effet les conquêtes importantes que l'Angleterre venaient de faire, toutes les colonies qu’elle avait prises à la France ouvraient une nouvelle carrière au commerce et à l’industrie, la demande devint plus forte, le taux de l’intérêt pur s’éleva. En même temps, les guerres que fit l'Angleterre entraînant une importante déperdition d'épargne en rendirent une nouvelle reproduction plus difficile, l'offre de l'épargne diminua et le taux de l'intérêt pur monta davantage (1).

(1) Nous verrons au chapitre suivant que le cours des fonds d'État ne peut pas donner le taux de l'intérêt courant ; il aide toutefois à faire saisir les variations de l'intérêt. La baisse des rentes d'un pays sous un régime de paix sera donc souvent le signe d'une grande

activité économique, partant d'une hausse de l'intérêt. En effet, l'épargne déserte la rente nationale pour s'intéresser aux affaires

ue

Lors d’une diminution du taux de l'intérêt à 4, 3 p. 100 nous trouvons les trois situations inverses.

1° La demande a baissé alors que l'offre reste constante. C’est l’explication de la crise que traversa le taux de l'intérêt au xvin* siècle, de 1730 à 1760. Il tomba fort bas sur les principales places de l’Angleterre, de l'Allemagne, de là Hollande, parce que la stagnation des affaires diminuait sensiblement la demande.

2 La demande reste stationnaire, mais l’épagne s’accroit et l'offre augmente : c’est une des causes de l’avilissement du taux de l'intérêt à la fin du xix° siècle.

productives. À ce point de vue la baisse de la rente anglaise à partir de 1755 est caractéristique et nous prouve la vérité du phénomène que nous venons d'expliquer.

COURS COURS COURS TAUX

maximum minimum moyen de Pintérêt

Roscher confirme aussi cette baisse. Principes d'économie politique, traduit par Wocowsxi, page 120.

Voir aussi Macraus: Principles, édit. Guillaumin, 18#6, page 253.

SN Ve 3 La demande diminue en même temps que l'offre augmente. C’est l'explication parfaite de la baisse de l'intérêt qui s’est produite chez les nations riches de l'Europe, à partir de 1875. / L'énumération de toutes ces situations nous donne la description, non la cause intime des phénomènes de hausse ou de baisse du taux de l'intérêt pur. En effet, la loi de l'offre et de la demande, regardée pendant si longtemps comme la clef d’or de la théorie des prix, n’explique rien. Ce n’est qu’une formule vague de la manière dont s’opèrent les variations des prix mais elle ne donne nullement la cause de ces variations. Pour expliquer ces phénomènes il ne suffit pas de les décrire superficiellement, il faut aller plus en avant, car en économie politique les phénomènes les plus complexes ne sont en réalité que des dérivés de phénomènes antérieurs, par suite d’une division de plus en plus grande du travail de répercussion et de corrélation des actions incidentes. La question est de savoir pourquoi à tel moment le nombre des offreurs s'est trouvé accru ou celui des demandeurs et pourquoi le désir des uns et des autres s’est augmenté jusqu’à tel ou tel point.

Pourquoi, l'offre et la demande ne se font-elles pas toujours équilibre ?

Ce manque d'équilibre provient essentiellement de la mobilité des forces qui agissent sur les idées des offreurs et des demandeurs : épargne, sécurité, productivité et consommation des capitaux. Ces forces (bien entendu, ce sont des symboles au moyen desquels nous nous représentons la réalité) sont très variables, s’accroissent ou

Ch

diminuent et ne sont jamais entre elles dans des relations fixes. L'offre et la demande qui sont leurs résultantes doivent inévitablement varier.

Nous allons analyser successivement l'offre et la demande.

NS

L'offre se compose de l’épargne-capital (1), c’est-à-dire de toute l'épargne disponible que les prêteurs destinent aux emprunteurs. Cette épargne-capital comprend seulement la monnaie et les titres de crédit disponibles, car l'épargne est toujours offerte ou demandée sous la forme de monnaie (ou de ses équivalents en titres de crédit), le prêteur en général ne pouvant créer par l'épargne des capitaux en nature, mais seulement un capital argent et l’emprunteur voulant toujours toucher del’argent plutôt quedes capitaux en nature quipourraient ne pas s'appliquer aux usages qu’il désire.

Dans la formation du taux de l'intérêt pur, on voit que ce sont seulement les capitaux disponibles qui exercent une influence directe ; dès que le capital disponible est immobilisé ou capitalisé il perd son influence. Remarquons toutefois que les capitaux fixes, par leur abondance ou leur rareté, exercent une influence indirecte sur le taux de l'intérêt. L’anéantissement d’une portion considérable des capitaux fixes d’un peuple aurait pour effet — d’abord de diminuer la production générale de l’épargne, donc de diminuer l'offre, par conséquent de faire

(1) Nous appelons épargne-capital les capitaux disponibles en quête d'emploi, pour ne pas les confondre avec les capitaux employés dans la production.

hausser l'intérêt — ensuite d'augmenter la demande par leur reconstitution, par conséquent de faire encore hausser l'intérêt. À

L'épargne-capital qui constitue l'offre est sujette à de nombreuses fluctuations. Ces fluctuations influent sur le taux de l'intérêt pur qui baisse avec son accroissement, reste constant pendant son repos et s'élève avec sa diminution, toutes choses égales d’ailleurs.

Pour montrer ces fluetuations, nous allons montrer la genèse de l’épargne.

L’épargne-capital ne peut prendre corps et se développer que sous certaines conditions économiques, psychologiques et sociales, que nous diviserons, afin de faire parfaitement saisir les étapes de la formation de l’épargne- | capital : en conditions d’existence de l’épargne-capital et conditions de développement.

Les conditions d'existence de l’épargne-capital sont au nombre de deux :

1° Une condition économique : un supplément dans la production;

2 Une condition psychologique : wn esprit de prévoyance el de persévérance.

L'homme travaille, produit, consomme. A la fin de ce cycle, suivant sa fécondité de travail ou sa faiblesse de consommation, il reste un résidu, un supplément dans la production. Ce supplément constitue la base même de l’épargne-capital, qui ne saurait naître sans lui. Ainsi l'homme pour épargner doit non seulement avoir pourvu à son nécessaire, mais encore avoir une production plus grande que sa consommation. Il en est de même pour une nation : celle-ci comme un particulier doit, pour épargner,

me Pre

avoir des revenus annuels qui dépassent les besoins de sa consommation, et c’est même cètte condition qui paralyse l'essor de l’industrie dans les sociétés primitives.

Après l’élément matériel de l'épargne vient son élément moral, sa condition psychologique. Ce supplément de production étant créé, il faut que les hommes soient doués — d’une part, d'un esprit de prévoyance assez grand pour comprendre que ce surplus, leur travail ne pouvant pas toujours les nourrir, doit être conservé en prévision des besoins futurs — d’autre part, d'un esprit de persévérance pour continuer leur tentative et ne pas dissiper les sommes épargnées, puisque l'épargne individuelle formée lentement par la constante économie des moindres parcelles, par leur apport continu à la masse est toujours disponible pour les dépenses imprévoyantes ou inutiles aussi bien, il est vrai, que pour les nécessités urgentes.

Il y a des causes physiques et psychologiques qui nuisent à l'épargne; par exemple : un abus dans la consommation ou un arrêt dans l’activité productive peut le faire disparaître. Souvent dans l’histoire des sociétés, on en voit qui s’appauvrissent, soit à la suite d’un brusque déplacement de fortune, soit par l’effet d’une guerre, soit par un développement excessif des goûts de luxe dans les classes qui habituellement capitalisent, soit enfin par les actes d’un gouvernement qui, par l'impôt, absorbe toutes les épargnes et au delà. Alors le taux de l'intérêt s'élève d’une façon normale et permanente par suite de l’absence ou de la raréfaction continue de l'offre.

Par contre, certaines influences morales poussent dans les sociétés civilisées au développement de l’épargne.

AD L'éducation en répandant les habitudes de prévoyance à fait pénétrer le goût de l'épargne dans des couches où elle était autrefois inconnue.

Un supplément de production est donc obligatoire pour que l'épargne se forme, mais l'épargne n’est pas proportionnelle à ce supplément. à

L’épargne-capital, une fois formée, ne peut vivre et se développer que si les parcelles qui la composent trouvent dans le milieu social où elles se forment des conditions favorables de développement. Les conditions sociales du développement de l'épargne sont au nombre de deux :

1° La sécurité ; 8 La facilité des placements.

De même qu'il est nécessaire, pour que la vie matérielle d'un individu soit possible, qu'il existe un milieu favorable dans lequel la vie soit possible, de même il y a une atmosphère sociale en l'absence de laquelle la vie sociale, la vie économique ne se conçoivent pas ou se concoivent mal. Cette atmosphère sociale est la sécurité en l'absence de laquelle il est difficile à l'épargne de se développer. Dans les pays où la sécurité est faible, où la propriété privée n'est pas respectée, l'épargne est rare, se cache, se dissimule, passe à l'étranger dans des régions plus calmes ou disparait complètement, car chacun avide de jouir consomme davantage. Nous n’insistons pas sur l’importance de la sécurité, nous la retrouverons plus tard dans l'analyse de la somme des risques.

Une fois que l’épargne est formée et qu’un certain degré de sécurité lui a permis de se développer, il faut pouvoir

RUN Rs

la placer: (c'est-à-dire la prêter). Nous avons vu, en effet, que si l'épargne n’est pas prise rapidement pour être placée, elle disparaitra rapidement. Or, il y à souvent discordance entre celui qui forme l’épargne et celui qui doit l’'employer. La quantité d'épargne formée ne correspond pas à celle demandée et celui qui économise ne peut former un gros capital. Il est donc utile qu’il y ait un système très perfectionné de placement de l’épargne. A ce point de vue, le xix° siècle à vu des progrès énormes dans le placement rapide et facile de l’épargne formée. Les occasions de placement qui autrefois manquaient et obligeaient beaucoup de gens à thésauriser, s'offrent à tout venant, surtout si l’on veut se contenter d’un intérêt modique, préférable encore à l’absence d'intérêt. Les nombreuses Caisses d'épargne, les Caisses postales, l’accroissement énorme des valeurs mobilières, les émissions d'emprunts publics ou municipaux, les toutes petites coupures de ces titres qui descendent jusqu'à 100 francs, souvent au-dessous (on peut acheter 2 fr. 50 de rente de l'emprunt tonkinois à 82 francs), Ja variété des sociétés anonymes, la diversité des actions et obligations, les. assurances sur la vie et leurs combinaisons, les grandes banques et leurs succursales, la coopération appliquée à l'épargne : des apprentis capitalistes se groupent pour former des économies considérables, et acheter des valeurs ou des immeubles. Cet appareil perfectionné à encouragé l’épargne et facilité toutes les classes sociales à sa formation et à son placement.

Nous avons assisté à la formation de l'épargne et à sa disparition dans le placement. Dans la pratique cette formation se produit plus ou moins facilement, selon qu’elle

mt

a lieu, comme l’a fait remarquer de Thünen (1), sur un bon ou mauvais sol, sous un climat rude ou doux, sous un gouvernement despotique qui opprime ses sujets par les impôts ou sous un régime qui laisse dominer la liberté et la légalité. Ainsi il suffit souvent d’un changement de gouvernement, d’uné découverte en agriculture pour modifier la marche de l'épargne. L'État peut aussi, suivant sa politique finaucière, intérieure ou extérieure, exercer une influence énorme sur l’épargne d’un pays. De nos Jours les attaques répétées et continues contre le capital et ses détenteurs, les projets d'impôts sur le revenu ont provoqué un exode (léger, il est vrai) des capitaux, L’impérialisme en Angleterre, aux États-Unis, la tension des rapports diplomatiques en Europe ont augmenté dans une large mesure les dépenses militaires des États et ont eu pour résultat de ralentir la formation de l'épargne. Au contraire une politique de paix comme celle qui eut lieu en France sous la première et la seconde Restauration produit l'effet opposé. L'offre de l'épargne, sous l'influence des forces qui la produisent, a donc une tendance à varier et sa marche présente des ondulations dont les sommets indiquent les époques de surabondance.

Nous allons étudier maintenant la demande, cette force composée qui fait varier le taux de l'intérêt pur, par son continuel antagonisme avec l'offre. La demande comprend

(1) Le Salaire naturel et son rapport au taux de l'intérêt (traduit par Volkoff), Guillaumin, 1857, p. 102,

Don pate

toute l'épargne que désirent les emprunteurs, soit pour la destiner à la production en la transformant en capitaux, soit pour la détruire définitivement en la consommant. Elle se subdivise donc en deux parties : les emprunts de production, les emprunts de consommation. Ce sont ces deux espèces d'emprunt que nous allons analyser.

Les emprunts de production dépendent essentiellement de la productivité du capital. Un capital est productif quand :l procure de grands bénélices à son propriétaire. Mais comme ce bénéfice est la mesure du service rendu à la société par celui qui met en œuvre les capitaux, il en résultera que la productivité d'un capital dépend des services qu’il rend à la société. Une ligne télégraphique ou téléphonique rend moins de services qu’une ligne de chemins de fer de grande communication, l'argent employé à la construction d’une ligne télégraphique rapportera donc moins que celui employé à la construction de la ligne Paris-Lyon-Méditerranée.

Les emprunteurs-entrepreneurs ne louant l'épargne (c'est-à-dire le capital qu’elle renferme) que pour les profits qu’elle procure, le nombre et la puissance des emprunts de production sont naturellement réglés par la productivité des capitaux, c’est-à-dire par les bénéfices que les emprunteurs peuvent retirer d’un capital placé dans l’agriculture, le commerce ou l'industrie. Plus ces bénéfices sont élevés en moyenne. plus les capitaux sont recherchés par les hommes entreprenants, qui, espérant de larges profits, sont disposés à rémunérer les capitaux qu'ils empruntent. Si un capital employé au défrichement, à la mise en culture d'un sol neuf ou fertile, à l'outillage industriel d’une région rapporte 14 p. 100, la demande,

Page 1