‹ Des variations du taux de l'intérêt: Leurs causes et leurs conséquencesChapitre 17 sur 43 · VOS · texte numérisé non relu

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ser sa fortune au milieu de ses tenanciers, et depuis qu'elle suivait la cour, les campagnes subissaient le malaise et . l'inertie dont les avait frappées cette désertion des propriétaires nobles que nous appelons l’absentéisme. L'effet de toutes ces causes réuniés était dans un grand nombre de provinces, celles du centre surtout, le plus affligeant dépérissement de l’agriculture. Arthur Young (1), l’homme qui à le mieux vu et le plus sérieusement étudié la France agricole du siècle dernier, comparant l’état des campagnes de l'Angleterre à celles de la France, fait de celles-ci une description navrante (2). Il remarque des étendues de terres abandonnées et incultes auprès des châteaux des grands seigneurs, la malheureuse préférence des nobles pour s’entourer de bruyères, de landes, de fougeraies, de forêts bien peuplées de gibier, l’aspect morne des routes etl’indifférence du paysan à l'amélioration d’une propriété qui le ruinait. Mais la Révolution arrive, délivre la propriété de charges, de servitudes considérables et affranchit l’agriculture de toutes entraves par la libre circulation des grains. L’émiettement des terrescommencé avant 1789 s'accélère et faisant passer la terre aux mains des cultivateurs double le nombre des propriétaires. L'impôt, si pesant sous l’ancien régime, réparti proportionnellement, allège le paysan qui peut emprunter, se libérer et économiser. Les meilleurs procédés de culture se généralisent. Aux assolements grossiers succèdent des assolements perfectionnés, les terres en jachère diminuent, on ameu-

(4) Arthur Younc, Voyages en France.

(2) « On s'étonne qu’un peuple si nombreux soit nourri, lorsque la moitié ou le quart des terres arables est occupé par des friches stériles. » Arthur Younce, opinion eilée, t, III, p. 137.

blit le sol, on le fume, on lui fournit la somme d’engrais nécessaire, la pomme de terre se répand, les prairies artificielles prennent une grande extension et l’agriculture se développe à un tel point que Chaptal peut dire en 1819 (1): Si on compare l’agriculture à ce qu'elle était en 1789, on sera étonné des améliorations qu’elle à reçues ; des récoltes de toutes espèces couvrent le sol, des animaux nombreux et robustes labourent et engraissent la terre. »

L'industrie ne fait pas moins de progrès que l’agriculture et si nous comparions ces deux branches de la prospérité publique, l'avantage resterait encore à la première.

Il faut remonter également un peu haut pour comprendre ce mouvement. L'impulsion donnée par Colbert à l’industrie se ralentit après sa mort. La révocation de l’'Édit de Nantes fit émigrer nos meilleurs ouvriers. « La guerre, les embarras des finances obligèrent le gouvernement à se créer des revenus qui portèrent surtout sur l’industrie. » Enfin les successeurs du grand ministre aggravant les règlements de fabrication, ne s’aperçurent pas que ces instructions nécessaires pour établir, consolider et généraliser une industrie naissante étaient passagères et ne devaient pas être toujours maintenues. Aussi l’industrie française, subitement ralentie, restait stationnaire, subissait des crises fréquentes (2), voyait ses débouchés se

(1) De l'industrie française en 1819, par le comte CnapraL, ancien ministre de l’intérieur, paru en 1819, p. 153, €. I.

(2) Dans la seconde ‘moitié du xviu- siècle, l’industrie subit plusieurs crises violentes, notamment en 1752, en 1756, en 1784. A un moment, l’inténsité du mal fut telle qu'une foule d'ouvriers affamés ne trouvèrent d'autres ressources que dans le métier des armes et que la seule ville de Rouen vit les recruteurs lui enlever

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