‹ Des variations du taux de l'intérêt: Leurs causes et leurs conséquencesChapitre 22 sur 43 · DU LEE · texte numérisé non relu

DU LEE

‘A partir de 1821, nous entrons dans une nouvelle période qui va jusqu'en 1846 et durant laquelle le taux de l'intérêt, quittant les hauteurs de 6 à 7 p. 100, descendra lentement de 6 à 5 p. 100 sous la Restauration, de 5 à 4,50 p. 100 et même plus bas encore sous la monarchie de juillet. Les causes de ce fléchissement continu sont nettes: d’une part, dès 1821, grâce à la paix et à un gouvernement : réparateur, la prime d'assurance sociale diminue, d’autre part la somme des services s’affaiblit également, et la demande décroît alors que l’offre reste constante et même

augmente.

Tableau E Cours du 5 °!, de 1821. à 1830 | COURS COURS COURS TAUX | CRE plus haut | leplusbas | moyen | 4 alieation 1821 90 65 73 T5 82 20 6 09 1822 95 » 83 » 89 » 5 61 1823 . 93 65 75 50 84 50 p.95 1824 104 80 93 98 90 5 07 1825 106 25 90 50 98 35 » 09 1826 1014 05 95 75 98 40 5 09 1827 10% 70 98 50 101 60 4 95 1828 4097» 101 25 105 10 4 76 1829 11065 | 4106 50 | 108 55 k 62 1830 106 85 84 50 97 45 15 PP en

à DEN, TR

Nous voyons d’un façon lumineuse ce mouvement de baisse de l’intérêt, en règardant le cours des fonds publics que nous devons toujours consulter, mais d’une façon claivoyante, puisqu'il reflète l'offre des capitaux. Sous la Restauration de 1821 à 1829 (voir tableau E), sous le gouvernement de juillet de 1832 à 1844 (voir tableau F), il y a une période de hausse progressive qui mène le 5 p. 100 consolidé de 73,75 à 110,65 la première fois et de 74,80 à 126,30 la seconde fois, et cela sans réaction senstble, à part un ou deux accidents, comme les complots bonapartistes et les craintes de la guerre d'Espagne en 1823, et les craintes d’une guerre européenne en 1840.

Tableau F Cours du 5 °/, de 1830 à 1846

su T À : COURS COURS COURS PACS a D LE chan |: uiovet rs Re 1831-1832 99 85 74 80 87 30 574 | 1833-1834 107 » 99 75 103 35 4 85 | 1835-1836 110 30 103 20 106 75 & TA 1837-1838 111 85 106 25 109 05 4 58 1939-1840 119 40 100 30 109 85 4 56 1841-1842 120 » 110 » 115 » 4 34 1843-1844 126 30 4118 » 129 15 4 09 1845-1846 193 » - 116 » 119 50 4 20 — ————— —— —————————————…….….

A partir de 1821 la demande diminue. Le renouvellement manufacturier et les nombreuses créations indus-

trielles du commencement du siècle, un moment ralentis vers la fin de l'Empire par les proscriptions de matières premières ordonnées par Napoléon, par ses incessantes levées d'hommes, par les deux invasions de 1814 et de 1815, s’'accélèrent de 1816 à 1821 comme nous le montre l’exposition de 1819 et continuent même après 1821 leur mouvement ascendant. Nous aurons une idée de ce progrès en voyant l'escompte de la Banque de France. Le portefeuille qui n'avait escompté que 253 millions d'effets de commerce en 1820, recut 384 millions en 1821, 395 en 1822, les menaces de la guerre avec l'Espagne le réduisèrent à 320 millions en 1823, mais dès l’année suivante il remonta à 489 millions pour arriver à 638 en 1825 et à 668 en 1826. Mais cet accroissement n’est que la dernière onde d’un mouvement commencé sous le premier Empire et continué par force acquise. La France en effet commençait à être suffisamment outillée pour les besoins de l’époque, elle devait faire une halte. C’est ce qui arriva dès 1826, une crise survint, le prix des marchandises que la spéculation avait fait hausser, baissa, les exportations se réduisirent, les faillites se déclarèrent et dans les derniers mois de l’année 1826, la Banque de France eut 8 millions d'effets à protester. Nous voyons la traduction de ce commencement de stagnation dans l’escompte de la Banque qui se réduisit à 566 en 1827 et tomba à 407 millions en 1828 après avoir été à 668 millions en 1826.

Dès cette époque les capitaux commencent à être abondants sur le marché et le taux de l'intérêt oscille autour de 5 p. 100. C'est à peu près le taux d’intérêt de l'argent placé dans le commerce ; nous voyons, en effet, une compagnie fondée en 1823 pour l'exploitation des mines d’or

ARR fee

et d'argent du Mexique au capital de 6 millions donner cet intérêt à ses préteurs (1). Le Trésor plaçait ses bons à 3 1/2 p. 100, on sollicitait les villes d'accepter des prêts à 4 p. 100 et les fonds publics au lieu de donner un revenu de 7 à 8 p. 100rapportaient à peine 5 p. 100. Aussi en 1825 M. de Villèle, ministre des finances, profita de la prospérité générale pour faire une conversion de la rente 5 p. 100, conversion facultative il est vrai, en 3 p. 100 au taux de 75 ou en 4 1/2 p. 100 au pair et diminua la dette de l'État de plus de 24 millions d'intérêts annuels. A partir de ce -moment les fonds publics français, par un mouvement ascensionnel dont la rapidité et l'importance avaient dépassé toutes les prévisions se tinrent constamment audessus du pair pour atteindre, le 5 p.100 le cours de 110,65 en 1829 et le 4 1/2 p. 100 le cours de 108 cette même année.

Ce mouvement de baisse, qu'arrêta un moment la révolution de 1830, aurait été enrayé si la France, à l'instar des autres pays, surtout les États-Unis et l'Angleterre, avait obéi à la loi du progrès et substitué dans l’industrie

des transports la traction mécanique à la traction animale. Malheureusement à cette époque on n'avait pas compris toute l’importance des chemins de fer au point de vue économique, ou tout au moins les chemins de fer, comme toutes les grandes inventions à leur début, rencontraient la résistance obstinée des intérêts menacés. On n’était qu à la période de discussion des chemins de fer. Sans doute, dès 1823, il y avait eu dés concessions accordées

(1) Collection et matériaux pour l'histoire de la Révolution de France depuis 1787 jusqu'à ce jour, paru en 1829, p. 526. G, Roëgrr. 6

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