ANIME
Rouen : «..…. telle personne qui aurait trouvé il y a douze ans des fonds à 4 ou 4 1/2 p. 100, n’en trouve plus qu'à 5 p. 100 et difficilement. »
M. Sauvecanne (1), délégué de la Chambre des notaires de Marseille, reconnaît « qu’il y a onze ans, à Marseille, on avait de l'argent à 4, 41/4, 41/2 p.100 et cependant on avait la faculté de stipuler 5 p. 100, il y avait abondance de numéraire, tandis qu'aujourd'hui... »
Enfin dans la délibération de la Chambre des notaires de Lille (2) on lit: «il y a dix ans l'intérêt variait de 4 à 41/2 p. 100, depuis quelques années il est arrivé constamment à 5 p. 100... »
Aiïnsi pendant la période qui va de 1821 à 1845 l’intérêt a baissé de 2,50 à 3 p.100.
De 1845 à 1875 nous sommes dans une période de très grande activité. La grande industrie moderne, caractérisée par l’application des chemins de fer et l’extension générale de la machine à vapeur dans toutes les branches de la production qui commençait à naître vers la fin du règne de Louis-Philippe se développe à partir de 1848 avec une grande ampleur. En même temps des entreprises de tous genres s'organisent et réclament pour leur constitution de nombreux Capitaux. Enfin les villes de France et les nombreux États étrangers sollicitent l'épargne de tous les prêteurs en offrant un taux d'intérêt rémunérateur. Tels sont les trois faits principaux qui caractérisent
(1) Enguëte, t, I, p. 265.
(2) Enquéte, t, Il, p. 60.
cette période: chemins de fer, entreprises nombreuses et nouvelles, emprunts.
Sous l'influence de cette demande intensive, le loyer de l'épargne passe des environs de 4 p. 100 à 5 p. 100 puis à 6 et 6,50 p. 100 en atteignant même 7 et 8 p. 100 pour les placements plus risqués. Le taux d’intérêt regagne donc la différence de 2,50 à 3 p. 100 perdue pendant la période précédente.
Ce phénomène de hausse du taux de l'intérêt se traduit à partir de 1848: par la baisse générale de toutes les valeurs cotées à la Bourse, par l'élévation du taux d'intérêt de tous les emprunts émis par le gouvernement et par la raréfaction des placements hypothécaires dont le taux d'intérêt était limité par la loi de 1807. Cependant, vers l’année 1868, bien que la demande soit toujours très . grande, l'offre de plus en plus puissante fera fléchir le taux de l'intérêt, mais la guerre de 1870, par la grande consommation de capitaux qu’elle fera, arrêtera ce léger fléchissement et prolongera jusqu’en 1875 l'élévation du ‘faux de l'intérêt.
La cause de l'élévation du taux de l'intérêt, de 1845 à 1875, est essentiellement (à part les époques troublées de
. 1848 et de 1870) l'accroissement de la somme des ser-
vices. C’est ce qui différencie cette période de hauts intérêts avec la période qui s'écoule de 1800 à 1821, caractérisée au contraire par l'élévation synchronique de la prime d'assurance et de la somme des services. Ainsi, pour que l'intérêt varie, il n’est pas nécessaire qu’un mouvement synchronique des forces sociales se produise. le seul accroissement exagéré d’une des forces ascendantes du taux de l'intérêt est suffisant.
Le changement du taux de l'intérêt se fit lentement. Dès l’année 1842, date de la création du réseau français (1), les premières compagnies qui se fondent commencent à fixer une grande partie des capitaux flottants offerts sur la place. À partir de 1845, le retour périodique des versements a pompé toute l’épargne et dès cette année on remarque un resserrement des capitaux. De 749 millions les escomptes de la Banque Centrale furent portés à 1.003 en 1845, à 1.491 en 1846 et à 1.329 en 1847; il fallut envoyer des espèces aux comptoirs, aux banques départementales. On n’était pas d'accord sur la cause de cette rareté subite de numéraire : les uns l’attribuait très faussement à une diminution dans la production des mines, les autres avec plus de raison à l'influence de la mauvaise récolte de 1846. « Quoi qu’il en soit de ces deux conjectures, disait le comte d’Argout, l’accroissement des besoins d'argent et leur multiplicité sont un fait certain qui n’est contesté par personne (2). »
Le 14 janvier 1847, la Banque porte à 5 p. 100 le taux de son escompte, qui depuis 1821 était resté fixé à 4 p. 100. Enfin la révolution de 1848 éclate, et par le trouble qu’elle apporte, par les déplorables mesures financières du gouvernement provisoire, élève non-seulement pour un moment le taux de l'intérêt (3), conséquence régulière des révolutions, mais active encore la marche ascendante du taux de l'intérêt qui à partir de cette date se poursuit sans un obstacle, sans un arrêt jusqu’en 1868.
(4) Loi du 41 juin 1842.
(2) Voir le compte rendu de la Banque pour l’année 1847.
(3) Tous les emprunts faits par le gouvernement pendant l'année 1848 furent contractés à un taux variant de 6,45 p. 100 à 7,2#.
ST ee
Ce sont les chemins de fer qui sont la première cause de la demande. Les débuts de l’industrie des chemins de fer furent pénibles en France. Durant la période précédente, tout en comprenant que la facilité des voies de communication était nécessaire à la prospérité d’un pays, on n'avait pas saisi toute l'importance dès chemins de fer au point de vue économique. On poursuivit l’œuvre que Napoléon avait créée par le décret de 1811 en classant les routes impériales et départementales, et l’on s’occupa surtout de la création des routes et des canaux, si bien qu’en 1848 la France possédait 4.200 kilomètres de canaux et 36.000 kilomètres de routes. Nous avons vu ce qu'étaient les chemins de fer sous la Restauration, ce fut la période d'essai. En 1832 on inaugure sur la ligne de Roanne à Saint-Étienne le service des voyageurs avec l'emploi régulier de la locomotive, mais la France s’arrête à ce premier essai, c’est la période de fondation. En 1837 quelques tronçons avaient trouvé des capitalistes, mais à cette époque le procès n'était pas encore vidé devant l'opinion et l’on n’était fixé ni sur l’utilité qu’on enretirerait, ni sur le meilleur mode d'exécution. Enfin la loi du 11 juin 1842 crée un réseau complet. À cette époque nous n'avions que 600 kilomètres en exploitation avec seulement 240 millions de dépenses, quand l'Angleterre possédait déjà 3.800 kilomètres et les États-Unis 4.535. À partir de 1842, nous entrons dans la période de création, les concessions se succèdent rapidement et commencent la raréfaction des capitaux. En 1848, nous possédons 2.820 kilomètres en exploitation. Malheureusement la Révolution éclate et atteint rudement les compagnies de chemins de fer : celles dont:les travaux étaient en voie