‹ Des variations du taux de l'intérêt: Leurs causes et leurs conséquencesChapitre 33 sur 43 · MOBILIÈRES TAUX · texte numérisé non relu

MOBILIÈRES TAUX

d'émission

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Ces pertes de l'épargne sont générales chez tous les peuples prêteurs. En 1893, l'Allemagne à perdu 700 à 800 millions. L’Angleterre, elle aussi, a subi des pertes sur les emprunts étrangers, pour lesquels on a partiellement ou complètement suspendu les paiements, ou bien. dont les intérêts ont été réduits. Mais ce qu'il y a de plus grave, c’est que ces pertes sont perpétuelles. M. Clément Juglar a montré que les crises de bourse, les commotions industrielles se sont produites périodiquement et se reproduiront toujours. Cette année même, l'Allemagne à été le théâtre de catastrophes financières.

« I semble, dit Léon Say (1), qu'il y a un accident économique quise produit toujours de la même façon et qui se reproduira probablement pendant bien des siècles. parce qu’il est le résultat d’une maladie morale qu’on ne pourra guérir qu'en modifiant la nature humaine. Quand les habitants d’un pays ont accumulédes épargnes extraordinaires, dont le montant dépasse ce que le train courant des affaires peut absorber aisément, ils sont pris de vertige, ils se mettent à la recherche de placements avec inquiétude, avec hâte et bientôt avec une furie singulière. C’est comme une frénésie qui leur fait perdre le jugement... Ils nese rendent pas compte des conditions naturelles des affaires, ils n’écoutent plus les conseils de la prudence et comme les papillons ils se brülent à toutes les chandelles. Ils perdent le sentiment de la réalité et croient au surnaturel. »

Enfin de nouveaux phénomènes vont affaiblir la portion

(1) Léon Say : les Interventions à la Bourse depuis 100 ans, in-8°° 1886, Alcan.

de biens que les hommes prévoyants retirent de la circulation, et arrêteront l'accroissement de l’épargne : augmentation du budget, nouvelle façon de comprendre l’impôt. En France, de 1874 à 1899, le budget s’est accru dans de grandes proportions : les dépenses ont progressé de 2.623 à 3.495, soit 872 millions ou 35 millions en moyenne par an d'augmentation. L'étatisme et le militarisme sont principalement la cause de cette croissance des budgets. L'extension des attributions de l’État se fait principalement sentir de nos jours. Les gouvernements modernes ont un caractère de plus en plus démocratique et c’est le propre du gouvernement démocratique d’accroitre de plus en plus les attributions de l'État. Les États voyant leur rôle grandir sans cesse se trouvent chargés de services nombreux dont ils ne s’occupaient presque pas jadis : tels que ceux de l'instruction (1) ou des travaux publics et dont ils laissaient la charge soit à des corporations religieuses, soit à des associations privées. En dehors de ces services anciens accrus, des attributions nouvelles incombent à l’État par suite ou de nouveaux besoins ou d’inventions récentes : services des postes et télégraphes, grands départements ministériels, tels que l’agriculture, le commerce, les colonies, le travail, l’assistance publique, lhygiène, ete. Ainsi l’État par un sentiment intelligent de sa responsabilité sociale peut se substituer à l’initiative privée, mais comme à toute fonction publique correspond une dépense, il en résulte que ce développement des attri-

(4) De 1869 à 1879 on à dépensé un milliard pour la construction des écoles. La dotation nationale et départementalé de l'instruction publique à augmenté de 80 p. 100.

Leroy-BeauLieu : Traité de la science des finances, t. H, p. 170.

butions de l’État se traduit par un accroissement proportionnel du budget.

La progression ininterrompue des armements sur terre et sur mer, c'est-à-dire le militarisme, avec toutes ses conséquences, la guerre d’abord, la paix armée ensuite, crée des charges énormes. Le fardeau qui pèse sur la Franc: ct sur l'Europe n’a pas cessé de s'alourdir. Sur les 3 milliards et demi de dépenses de l'État, près des deux tiers sont consacrés à payer les frais des guerres passées ou les préparatifs des guerres futures. On évalue à un milliard la dépense qu'a éausée à la France la réfection de son matériel d'artillerie, le développement de l'appareil de défense de ses côtes et l'augmentation de sa marine de guerre. Le résumé de ce mal apparaît dans la note que le ministère des affaires étrangères de Russie remit le 12 août 1899 par ordre du Tsar à tous les représentants accrédités à Saint-Pétershourg. « Les armements à outrance transforment la paix armée en un fardeau écrasant que les peuples ont de plus en plus de peine à porter. Il paraît dès lors évident que si cette situation se prolongeaitelle conduirait fatalement les peuples à ce cataclysme méme qu'il tient à écarter et dont les horreurs font frémir d'avance toute la pensée humaine. »

De nos jours, un changement est en train de se faire dans les esprits au point de vue de la facon de comprendre l'impôt. On se préoccupe beaucoup moins de chercher l'impôt le plus productif ou le moins vexatoire que de chercher l'impôt le plus conforme à la justice. On abandonne le terrain économique et fiscal pour se placer sur le terrain politique et social. On subit l’influence socialiste et on cherche dans l'impôt un moyen de corriger l’inégale

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répartition des fortunes. On va donc avoir recours de plus en plus à l'impôt direct, le seul qui permette de . répartir les charges proportionnellement à la situation de fortune des contribuables et qui permette de faire payer aux riches plus qu'aux pauvres.

Le résultat de ces différents phénomènes: croissance dés budgets sous l'influence de’ l’étatisme et du militarisme, tendance à l'impôt progressif, sera d'augmenter considérablement le taux de l'impôt. Mathématiquement l'épargne sera moins forte. Les créateurs de l’épargne actuelle sont tous ceux qui ont un surplus de revenu ; or, . une grande partie de ceux qui possèdent actuellement ce surplus vont en être lentement privés, ce surplus ira grossir les recettes de l'État et lui permettre d’équilibrer le budget.

Déjà, en France, on aperçoit les premiers symptômes de cet état. M. Jules Roche a fait observer que depuis quelques années le mouvement ascensionnel de la richesse générale s’est notablement ralenti. La valeur des successions ouvertes passe pour une mesure fidèle de la fortune nationale ; or, de 1851 à 1869, les valeurs successorales passent de 1.831 à 3.626 ; de 1873 à 1886, elles progressent de 3.711 à 5.265; en 1896, les valeurs successorales n’ont atteint que 5.544 millions; la moyenne des trois années 1894, 1895, 1896 ne dépasse pas 5.700 millions, c’est donc de 1880 à 1896 un accroissement de moins de 10 p. 100, au lieu de 41 p. 100 de 1873 à 1880 et de 100 p. 100 de 1851 à 1869. M. P. Leroy-Beaulieu est également d'avis qu'il y a en France diminution de ce qu’on appelle la richesse acquise. Conclure à un accroissement

continu de l’épargne est très hasardeux.

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