‹ Des variations du taux de l'intérêt: Leurs causes et leurs conséquencesChapitre 35 sur 43 · ONE EE · texte numérisé non relu

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La théorie scientifique de la baisse de l'intérêt est également une réponse aux idées de Karl Marx et de Lassalle prétendant que les riches deviennent toujours plus riches et les pauvres toujours plus pauvres. Elle cherche a montrer qu'avec la marche du temps, on arrivera sans violence à l’expropriation fatale de la classe des capitalistes. Ainsi une même idée, un même désir de défendre et de légitimer les institutions présentes a fait naitre ces deux théories.

Si nous entrons maintenant dans le détail, nous voyons que le principe suivant lequel l'épargne à une tendance à s’accroitre plus rapidement que la demande correspond par la forme et le fond au « principe de population » d’après lequel chaque peuple a tendance à se multiplier d'une manière plus rapide que les subsistances. De même qu'il est nécessaire, puisque la population l’emporte tellement sur les subsistances, qu’une loi supérieure fasse obstacle à son progrès, que la guerre et la maladie fassent : des coupes sombres dans l’humanité, de même il est nécessaire, l'offre de l’épargne l’emportant sur la demande, que des guerres, des emprunts et des kracks fassent « des saignées » dans le stock universel de l'épargne.

Ces deux principes sont également faux : ils peuvent avoir une valeur dans certains pays à une époque déterminée, car ils représentent une situation temporaire qui se produit régulièrement à des intervalles éloignés, mais ils ne sauraient raisonnablement prétendre s'appliquer en tout lieu et en tout temps. L'histoire de la population au xIx* siècle nous montre, en effet, que les prédictions pessimistes de Malthus non seulement ne se sont pas réalisées mais encore qu’elles ont été cruellement démenties. Mal-

thus, en effet, a commis la grande erreur d’avoir consi- déré la question au point de vue objectif, alors que la question de la population est moins une question biologique qu'une question psychologique. Les prévisions sur la diminution du taux de l'intérêt ne se justifieront pas davantage et la théorie de la. baisse de l'intérêt aura la même destinée que la thèse malthusienne. Cette théorie, malgré ses prétentions, n’est donc pas scientifique et, par conséquent, universelle, ce n’est qu’une théorie de circonstance. Ainsi, de ces deux théories qui semblaient avoir fourni la clef du mystère de la misère, il ne restera peut-être un jour qu’un souvenir, comme de toute doctrine créée pour la défense d’un système politique.

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Quelle est donc la véritable théorie de la marche de l'intérêt ?

Le grand défaut de l’école optimiste est d’avoir trop subi l’influence des événements contemporains, en attribuant à des faits accidentels un caractère de permanence et de nécessité et en en tirant des conséquences opposées aux faits de l’histoire. Le véritable critérium d’une théorie cest de la voir vraie dans toutes les circonstances semblables, dans tous les phénomènes sociaux. Si nous regardons le passé, nous voyons que le taux de l'intérêt n’était pas plus élevé’ sous l'empire romain qu’au milieu du xIx° siècle, qu'il était tombé au xvin* siècle dans toute l'Europe, surtout en Hollande, à un taux très bas, plus bas même qu'aujourd'hui, après avoir été très haut pen-

dant le moyen âge et qu’il est remonté ensuite très haut au milieu du xix° siècle. L'histoire de l'intérêt est donc une oscillation constante et la théorie de l'intérêt une théorie rythmique.

L'intérêt, en effet, n’est pas le produit d’une force unique, mais le jouet des forces nombreuses, toujours enmouvement, perpétuellement en conflit, qui règnent dans le milieu social : forces ascendantes, comme la faiblesse de l'épargne, l'insécurité, la productivité des capitaux, les emprunts, et forces déprimantes, telles que la puissance de l’épargne, la sécurité, l’improductivité des capitaux. On ne peut le séparer de ces forces auxquelles il est intimement lié. Il en résulte qu’il est impossible que la marche de l'intérêt soit absolument droite, autrement il faudrait supposer que les forces ascendantes et déprimantes fussent symétriquement égales ; or, il y a infiniment de chances pour quil n’en soit pas ainsi. Toute progression ou toute régression de Ja société, comme toute invention, toute découverte, doit altérer la proportion des forces en Jeu, augmenter ou diminuer la prépondérance d’une force sur l’autre, empécher enfin l’uniformité du mouvement. La marche de l'intérêt, commencée dans une direction de hausse et de baisse, ne peut continuer toujours dans une même direction et nous devons écarter toute idée de stabilité dans le taux de l'intérêt, toute idée de mouvement du taux de l'intérêt dans un sens déterminé toujours le même, puisque la marche du taux de l’intérêt est variée par l'effet de la distribution asymétrique des forces qui le conditionnent, autour de la ligne du mouvement.

Le mouvement de l'intérêt ne pouvant étre uniforme,

il n’y a donc pas d'autre alternative pour lui que le rythme, car le rythme se produit nécessairement partout où il y a un conflit de forces qui ne se font pas équilibre.

Ainsi l'intérêt, comme tous les phénomènes économiques et sociaux, est soumis à la loi du rythme, une des lois naturelles les plus fixes. Que l’on observe le prix moyen des céréales, le tableau des douanes, les relevés du mouvement des mariages, des naissances ou des morts, la marche dela population, le cours des fonds publics, la même conclusion se manifeste, la même concordance se retrouve; on est frappé d’un fait très remarquable : la succession régulière de périodes croissantes et décroissantes. Rien ne suit une direction continue dans la nature, la continuité ne peut exister que là où une seule force existerait, mais là aussi il n’y aurait nul progrès.

Ce mouvement rythmique est donc une des conditions du progrès et il paraît fort probable que ce mouvement n’est qu’une manifestation de la vitalité de l'organisme économique. Ces alternatives de repos et d’excitation paraissent nécessaires à tous les organismes vivants supé-. rieurs. La vie économique ne saurait être uniforme, autrement elle ne serait pas possible et nous avons vu que lorsque les gouvernements, croyant en la vertu de leurs lois et de leurs ordonnances, ont voulu, décrétant l’uniformité du taux de l'intérêt, soustraire l'organisme social à ses lois naturelles. la nature maltraitée a prissa revanche par le viol systématique de la loi.

Turgot avait comparé le taux de l'intérêt au niveau de la mer, dont la baisse graduelle des eaux permet d’étendre la culture sur de nouvelles terres ; le taux de l'intérêt est

plutôt comparable au niveau de l’eau de ces grands fleuves dont les crues périodiques fertilisent les vallées qu'ils traversent, en fécondant au loin les terres ensemencées. Ainsi il n’y a pas « une inévitable nécessité à voir le fleuve

de l’industrie humaine aboutir en fin de tout à une mer Stagnante ».

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