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est nuisible, qui leur est funeste et c’est ce qui fait dire que le profit de l'entrepreneur dans une civilisation avancée tend à décroitre avec le taux de l'intérêt.
Le propriétaire foncier est l'individu possesseur d'une terre ou d'un immeuble.Si nous le regardons attentivement, nous voyons que sa personnalité se dédouble en capitaliste et entrepreneur : c'est un capitaliste en tant que possesseur d’une terre ou d’un immeuble; c’est un entrepreneur en tant qu'il vend au public les produits de sa terre ou les services de son immeuble. Pour connaitre les conséquences des variations du taux de l'intérêt sur le propriétaire foncier, il nous faut l’envisager successivement comme capitaliste et comme entrepreneur.
Comme capitaliste, le propriétaire foncier, si l'achat de sa terre ou de son immeuble à été effectué à une époque d'intérêt élevé, est assuré contre la baisse par l'élévation graduelle et générale du prix des terres et des immeubles. Il profite d’une plus-value certaine. En effet, le prix d'achat d’une terre ou d’une maison dépend de l'élévation du profit qu'on en retire comparé avec l'intérêt du capital employé pour l’acquérir. Ce prix s'élève ou s’abaisse er méme temps que le taux de l’intérét, mais en raison inverse: par exemple, si une terre où une maison rapporte d’une façon fixe 400 francs, elle vaudra 10.000 francs quand l'intérêt courant sera à 4 p.100; si l'intérêt tombe à 3 p. 100 elle vaudra davantage. c’est-à-dire à peu près 12.333 francs, et quand l'intérêt remontera à 5 p. 100, elle ne vaudra plus que 8.000 francs. Ainsi la baisse du taux
de l'intérêt parait être avantageuse pour le propriétaire foncier. Nous allons voir que c’est fort douteux.
La baisse du taux de l'intérêt peut exercer une action profonde sur la rente.
Un des points de la doctrine de Ricardo, c’est qu'après la première cause de rente fondée sur la mise en culture de terrains de qualité inférieure en regard de la fertilité des premiers, il y en à une seconde quand le sol du pays tout entier étant cultivé, 6n est obligé, par suite de la demande croissante de blé, d'employer à la culture de la terre, pour en accroître la fécondité, une somme de plus en plus grande de capitaux. Par suite de la loi du rendement non proportionnel, il arrive un moment où les derniers capitaux consacrés à la culture sont moins productifs que les anciens. Suivant un agronome allemand, M. de Thunen, si une couche de fumier d’un demi-pied d'épaisseur augmente le rendement dans la proportion d’un demi-
grain de blé, une seconde couche de même épaisseur: n’ajoutera qu'un surcroit de trois huitièmes de grain, la troisième d’un quart de grain. Cette diminution de rendement au delà d’une certaine limite est une seconde cause de rente, car si par le développement de la population la demande en subsistance devient plus forte, qu’elle ne puisse être satisfaite que par l'emploi d’un surcroit de capitaux et qu’on soit arrivé au point où ce surcroît donne un rendement non proportionnel, les prix des subsistances bausseront pour assurer une rente rémunérative à ces capitaux derniers venus. Mais de cette hausse même du prix des subsistänces il résulte une source de bénéfices supplémentaires, qui sera la rente, pour les anciens capitaux employés à la culture. Avec un taux d'intérêt élevé les
prix et la rente pourront monter très haut. Avec la baisse du taux de l'intérêt, on incorporera au sol des capitaux qu'on n'aurait pas incorporés auparavant, car par leur peu de productivité, ils n'auraient donné qu'une rémunération trop chétive comparée au taux de l'intérêt courant, c’està-dire que les nouveaux capitaux se contentant de 3 au lieu de 4 p. 100 iront à l’agriculture, d’où baisse des prix et de la rente. La baisse de l'intérêt pourra donc, dans certains cas, amener une baisse de la rente et le propriétaire foncier subira alors comme entrepreneur une diminution de profits. (En cela il ne fait que partager le sort des anciens entrepreneurs industriels.) L'épargne à bon marché, en effet, rendant possible, ou bien la mise en culture de nouvelles terres dans des cas où l'insuffisance de bénéfices n’aurait pas permis jusqu'ici de le faire, ou bien la culture intensive par des améliorations, des drainages, des fumures qui rapportent peu, il y aura donc une augmentation de la production agricole et cette augmentation abaissant le prix de vente des produits affaiblira le profit agricole{1). Au point de vue immobilier, un intérêt peu élevé pousse à la construction de nouvelles maisons pour lesquelles on se contente d’un revenu moindre que celui qu’on eût exigé à une époque de hausse de l'intérêt. La concurrence des loyers abaissera leurs prix, d’où diminution du profit pour le propriétaire foncier possesseur de maisons. La baisse de l'intérêt sera
(1) Cette baisse de profits atteint les exploitants: propriétaires, fermiers ou métayers, dont les bénéfices diminuent, puis par répercussion les propriétaires fonciers dont les fermages baissent, enfin par une incidence plus lointaine encore les ouvriers agricoles dont les salaires-subissent également une diminution.
donc funeste aux anciens propriétaires fonciers entrepreneurs. |
Nous avons vu tout à l'heure que le prix des terres et des maisons est proportionnel au profit, à la rente ou aux fermages qu’elles procurent. Par exemple si le taux de l’intérêt est à 4 p.100, une maison ou une terre, qui rapporte 400 francs, vaudra 10.000 francs; si ellerapporte 500 francs, elle vaudra 12.500 francs, mais sielle ne rapporte plus que 300 francs, elle ne vaudra plus que 7.500 francs. Or, si le résultat final de la concurrence est de diminuer le profit, le prix des terres et des maisons diminuera et le
‘capital du propriétaire foncier s affaissera.
Ainsi la baisse du taux de l'intérêt touche doublement le propriétaire foncier comme capitaliste et comme entrepreneur. En réalité la baisse du taux de l'intérêt n’est pas avantageuse au propriétaire foncier comme le prétend
la doctrine courante.
Il nous reste à examiner une question capitale des conséquences des variations du taux de l'intérêt sur la répartition des richesses. La baisse du taux de l'intérêt est-elle un bien ou un mal pour la classe ouvrière ?
L'opinion générale est que la baisse du taux de l'intérêt constitue un avantage pour la classe ouvrière et la plupart des économistes(1}s’efforcent de nous montrer que le capi-
(1) C'est M. P. Delombre qui dans le Temps écrit: « La part du travail va en augmentant; l'intérêt du capital s'abaisse, les salaires s'élèvent. » (Voir le Temps du 19 juin 1892.) C'esf M. P. Lerov-Beaulieu qui démontre dans son Essai sur la répartition des richesses et la tendance à une moindre inégalité des conditions que l'abaissement
Abe tal en se dessaisissant, durant ce dernier quart de siècle, de la plus grande partie de ses revenus les a attribués au travail.
Ce sont d'ailleurs les idées mêmes du chef de l’économie politique classique, de Bastiat.« Représentons, dit-il dans ses Æarmonies, les produits totaux de la société à des époques successives par les chiffres 1.000, 2.000, 3.000 4.000. etc., je dis que le prélèvement du capital descendra successivement de 50 p. 100 à 40, 35, 30 p. 100 et celui du travail s’élèvera par conséquent de 50 p. 100 à 60, 65, 70 p. 100. De telle sorte, néanmoins, que la part absolue du capital soit toujours plus grande à chaque période, bien que sa part relative soit plus petite.
« Le partage se fera de la manière suivante :
Part Part Produit total du capital du travail
Premiere période, , . 1.000 500 500 Deuxième période , . 2.000 800 1.200 Troisième période , . 3.000 1.050 1.950 Quatrième période. . 4,000 1.200 2.800
du taux de l'intérêt, des profits et des fermages profite à l'élévation des salaires — et qui reprend la vieille théorie de la baisse de l'intérêt en la mettant au goût du jour.Ce sont MM. Cheyÿsson et Neymark qui mettent en présence d'une part la baisse de l'intérêt et de l’autre la hausse des salaires et veulent établir entre ces deux phénomènes un lien principal (voir la Crise du revenu et l'Ére du travail, conférence faite par M. Cheysson à Amiens le 26 avril 14897; publiée dans la Revue politique et parlementaire du 10 novembre 1897. — Voir la communication de M. Neymark à l'Académie des sciences morales et politiques sur le morcellement des valeurs mobilières et la part du travail et du capital publiée par le Journal de la Société ‘statistique de juillet-août 1896). La question même a été soulevée au sein de la Société d'économie politique (voir le Bulletin de la Société d'économie politique de février 1893), puis de la Société de statistique de Paris (voir communication de M. Neymark, juillet 1896; communi-
« Telle est la grande, admirable, consolante, nécessaire et inflexible loi du capital (1). »
Cette doctrine même est si répandue qu’on la retrouve dans un discours prononcé à la Chambre des députés (2) par M.Rouvier,alors ministre des finances.« D'où viennent, disait-il, les revendications des masses populaires ?... C’est que la part faite au capital est trop forte, étant donné ce qui revient au travailleur qui crée ce produit. Or, dans un pays où l'intérêt est à 3 p.100, ce reproche s’effondre puisque la part du capital décroît tous les jours. » Et dans son rapport pour la section I du groupe d'économie sociale, M.Lavollée écrit: « C'est la main-d'œuvre qui profite en même temps que le consommateur de ce que prélève en moins le capital. La part du salaire en est augmentée (3). »
Ainsi, il y aurait une sorte de correspondance entre le capital et le travail. La preuve en est d’une part dans la baisse du taux de l'intérêt que nous avons vu se produire en France depuis une vingtaine d'années et d’autre part la
hausse continue des salaires durant la même période (4).
cation Coste, décembre 1896. année 1896 du Journal de la Société statistique de Paris), et pourtant la majorité des orateurs admet que depuis vingt-cinq ans la part du capital n’a pas cessé de diminuer et que c'était au salarié qu'avaient été les sommes dont lerentier s'était trouvé privé.
(1) Harmonies, édition Guillaumin,1851; chapitre Capital, p.206, 207.
(2) Séance du 23 mai 1892.
(3) Rapport sur la section Idu groupe d'économie sociale, t. 1, p. 61.
(4) Voir BEAUREGARD : Essai sur les théories du salaire, la main-d'œuvre
et son prix. -- E. CaevaLrteR : les Salaires au xix* siècle. — LEvasseuR : la Population.
Office du travail: Salaires et durée du travail dans l'industrie française, # vol., l’Album graphique (Imprimerie nationale, 1893-1897).
La baisse du taux de l'intérêt est donc un avantage pour la classe ouvrière ; elle tend à élever le taux des salaires et (/ faut que cette situation se prolonge indéfiniment, afin que l'intérêt, de plus en plus réduit, laisse à l’ouvrier une part de plus en plus forte, jusqu’au jour où chacun aura ce qui lui revient légitimement.
Nous allons montrer quil est douteux que la baisse du taux de l'intérêt augmente le taux des salaires.
C’est Ricardo le prémier qui plaçant en hostilité permanente les profits et les salaires a mis en circulation cette opinion. Lui-même la traduit dans la proposition suivante: « La valeur entière des portions se partage en deux portions dont l’une constitue les profits du capital, tandis que l’autre est consacrée aux salaires des ouvriers... tout ce qui augmente les salaires réduit les profits. »
L'hypothèse de Ricardo serait juste si la somme que se partagent les ouvriers, les entrepreneurs et les capitalistes était une somme fixe. Il est bien évident qu’étant données trois parties prenantes dans le partage d’un produit
donné, une des parts augmente on diminue de tout ce qu’on ôte ou qu'on attribue aux deux autres. Mais dans l'industrie, nous ne sommes jamais en présence d’un produit donné {oujours constant, mais d’un produit à créer fort variable, il est donc bien évident que la part de l’ouvrier ne peut s’accroitre par la diminution de celle des deux autres.
On s’est vite aperçu de la fausseté pratique de la formule ricardienne et de l’antagonisme irréductible qu’elle faisait naître entre le capital et le travail. C’est alors qu’on à dit: à considérer le produit que se partagent les capitalistes, les entrepreneurs et les ouvriers, non comme