‹ Des variations du taux de l'intérêt: Leurs causes et leurs conséquencesChapitre 38 sur 43 · G. ROBERT · texte numérisé non relu

G. ROBERT

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constant mais comme variable, il n’en est pas moins vrai que si la part d’un des co-partageants : le capitaliste, est diminuée par suite des circonstances, la somme retranchée ira accroître la part des deux autres co-partageants : l’entrepreneur et l’ouvrier. C’est justement l'effet de la baisse du taux de l'intérêt de diminuer cette part, d'élever par contre-coup la part totale des ouvriers, et par répercussion le taux des salaires.

S'il y avait réellement, entre ces deux phénomènes, un rapport de cause à effet, il faudrait conclure qu'il y à toujours corrélation entre l’augmentation de l’un et la diminution de l’autre et nous verrions un taux faible de salaires correspondre à une période de hausse du taux de l'intérêt et réciproquement. Cela ne s’est jamais produit. En réalité il y a concomitance entre les hauts salaires et les hauts intérêts, concomitance entre les bas salaires et les bas intérêts. En France par exemple, le taux de l’intérêt a subi une hausse de 1845 à 1875 ; durant toute cette période où la part du capital est restée sensiblement la même, nous voyons le salaire s’élever régulièrement en dépit de toutes les crises qu'a pu subir l'industrie, bien que le droit de grève n'existe que depuis 1864. le droit de réunion depuis 1884, de telle sorte que la courbe qui représente les variations du taux des salaires durant ces années de prospérité est une ligne droite ascendante (1). Ce résultat apparaît clairement si nous regardons le tableau XX VIII de l’Album sept publié en 1897 par l'Office du travail.

(1) Ce mouvement de hausse des salaire est général. En Allemagne, en Angleterre, en Belgique, en Italie, en Norvège, en Amérique, même au Japon, la rétribution annuelle des ouvriers s’est considéra-

Devant cette hausse simultanée des salaires et de l'intérêt, la plupart des économistes, forcés de s’incliner devant ces faits, ont soutenu que cette concomitance n'était qu'une. simple coïncidence, produite à une époque anormale, où

la production prenant un essor extraordinaire exigeait

une demande de capital et de bras de beaucoup supérieure à l'offre. Juger autrement cette concomitance, ce serait commettre un sophisme; le sophisme de l'accident. Aujourd'hui de telles circonstances ne peuvent plus se renouveler et dans l'avenir la part du travail ne pourra s’augmenter qu’au détriment de celle du capital.

La simultanéité des hausses du taux de l'intérêt et des salaires est donc une preuve insuffisante de l'indépendance des deux phénomènes, mais la question serait résolue si on arrive à prouver que le revenu du capital employé dans la production n'a pas diminué en réalité et que dès lors le travail n’a pas pu profiter des sommes qu’on ne lui abandonnait pas.

Nous allons envisager la partie du capital employée dans la production et donnant un intérêt: les obligations, et voir si la diminution de leur revenu à pu, par une répercussion favorable, causer la hausse des salaires. Nous prendrons successivement les obligations émises avant la période de baisse du taux de l'intérêt et celles émises pendant la période actuelle.

Avant la période de baisse, les valeurs émises sont de deux sortes : fonds d'État et valeurs industrielles ou finan-

blement augmentée. Voir L. Lévy: Wages and earnings of the working classes. Londres, 1887. — Lock : l'Europe soriale, Guillaumin, 1892, p. 324. — Bono : Annuario Statistico italiano, 1888, p. #36. — Luvas- SEUR : l'Ouvrier américain, Larose, 1898, p. 310.

cières. La baisse d'intérêt des fonds d’État a-t-elle pu exercer une influence sur la rémunération du travail ? Les conversions du 5 p. 100 en 4,50 p. 100 puis en 3,50 p. 100 qui ont procuré au Trésor une économie annuelle d'environ 100 millions n’ont eu aucun effet sur les salaires de l’ouvrier. Elles auraient pu lui profiter indirectement d’une façon infinitésimale, puisque théoriquement toute conversion devrait causer une diminution dans les impôts, et affaiblir par contre-coup la part que prélève l'État sur chacun. Mais en réalité les conversions n’ont jamais servi à diminuer les impôts mais seulement à combler les déficits.

Quant au 3 bi 100 français et toutes les obligations industrielles ou financières, la diminution du taux de leur intérêt n’a pas pu profiter à l’ouvrier, puisque le taux de l’intérét n'a pas diminué. Si les obligations paraissent rapporter moins aujourd'hui qu'autrefois, c’est uniquement parce que leur valeur nominale, leur valeur au cours de la Bourse s’est élevée. C’est leur taux de capitalisation qui à baissé et non le taux de leur intérêt. Lorsqu'une compagnie a consenti un emprunt à un taux déterminé, elle est obligée de verser chaque année les arrérages stipulés, malgré la baisse de l'intérêt. Si le capital nominal de ses obligations est doublé, cela la touche peu, elle paie toujours et la situation de l’ouvrier qu’elle emploie n’est nullement améliorée.

Si la compagnie peut opérer des conversions, il y aura là pour elle un bénéfice net. Mais qui en profitera ? Ce ne sera pas l’ouvrier, il l’ignorera en général. Et puis de quel droit irait-il réclamer sa part dans ce bénéfice où le travail ne lui semble jouer aucun rôle? Enfin, ce bénéfice,

même sil lui était entièrement attribué, ne pourrait donner à son salaire qu'une plus-value extrêmement faible (1).

D'ailleurs les conversions sont rares et ne sont pas toujours possibles, les particuliers ne pouvant pas, sauf accord avec les préteurs, modifier le taux de l'intérêt avant l'échéance.

Si les obligations ont été émises pendant la période de baisse, 1l semble ici que la baisse du taux de l'intérêt a dû permettre de faire au salaire une part plus large puisque les frais généraux relatifs au paiement des intérêts seront moindres. C’est une erreur.

Lorsqu'un entrepreneur arrive dans une localité pour y fonder une industrie, il y trouve le prix de main-d'œuvre tout réglé ; qu’il soit fort ou faible, il est forcé de s’incliner et il n'ira jamais offrir un prix supérieur à celui fixé par la coutume du moment. Au contraire, loin de vouloir améliorer la situation du travailleur, 1l songera plutôt à la réduire, car une économie journalière méme très faible sur la pave de chaque ouvrier augmentera de beaucoup ses bénéfices ou ceux de la société.

Ainsi le capital ne s’est nullement dessaisi d’une partie de ses revenus pour les attribuer au travail. Une première partie en effet, les obligations antérieures à la baisse de l'intérêt, a toujours continué à recevoir la même rémunération; quant à la seconde partie, les obligations émises

(4) En général la réduction n’est que de 0,50 p. 100 soit 5.000 francs pour 1.000.000 de capital, de sorte que si nous prenons par exemple les mines de Lens, au capital de 3.000.000 de francs et qui emploient 9.500 ouvriers, l'augmentation par tête serait de 1,57 par an, soit 0,0052 par jour en comptant 300 journées de travail.

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