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L'autre représentative des risques sociaux

LEON 2e

Par exemple un propriétaire d'épargne en prête une certaine quantité moyennant un intérêt déterminé. Cet . intérêt comprendra la somme du service, la somme du temps et une prime d’assuranee. Cette prime d'assurance se subdivise en deux sommes : l’une représente les risques découlant de la personne de l’emprunteur ou de la nature de son commerce; à côté de cette somme s'en développe une autre.qui dépend du milieu social: si dans le pays où ce prêt est effectué la justice est mal organisée et les droits de créance peu protégés, cette seconde somme pourra être élevée.

Ainsi il existe des risques qui dépendent des conditions particulières du prêt. Les risques particuliers proviennent — ou bien de la personne de l’emprunteur : est-il jeune ou vieux, est-il un commercant avisé ou imprudent et audacieux, a-t-il fait ou n’a-t-il pas déjà fait de mauvaises affaires ? si l’emprunteur est en état, paie-t-il régulièrement les intérêts, n’a-t-il pas ses finances avariées ? — ou bien de la nature du commerce de l’emprunteur, de l'emploi auquel est destinée l’épargne empruntée : quoique les emprunteurs soient d’égale honorabilité, on exposera son épargne à des risques bien différents, suivant qu’on la prêtera à un propriétaire qui la destinera à son exploitation agricole, à un industriel ou un commerçant qui l’emploiera comme fonds de roulement : agent de change, marchand de soie, de coton, de laine, etc., ou à un État qui s’en servira à faire des travaux publics. Le prêt fait au propriétaire est peu exposé, la récolte peut être perdue, mais la terre subsistera et aura toujours une certaine valeur. Au contraire, beaucoup de commerçants ou d’industriels sont Journellement exposés à une ruine com-

plète : les uns, les industriels sont à la merci d’une grève; les autres, les commerçants, basent leurs opérations sur le crédit, opèrent sur des valeurs bien plus élevées que celles qu'ils peuvent réellement garantir avec leurs ressources personnelles. Ils sont ainsi, eux aussi, à la merci d’une brusque variation des cours, qu’on peut souvent ne pas prévoir. Pour bien saisir ce phénomène des risques particuliers, nous allons en montrer un spécial, anormal, de façon à le voir, comme lorsqu'on regarde un détail au microscope, considérablement grossi. Il y a une trentaine d'années, j'ignore si cela se produit de nos jours, aux halles de Paris (1) des banquiers prêtaient le lundi une somme de 10 francs à des maraîchers ou à des marchands des quatre-saisons. Le lundi suivant, ces derniers leur rendaient 11 francs, ou s'ils gardaient les 10 francs leur remettaient 1 franc. Cette opération mettait le prêt à un taux d'intérêt d’environ 400 p. 100 par an et ce taux provenait de l’élévation énorme de la somme des risques particuliers. Le prêt fait au propriétaire aura donc une somme de risques particuliers moins élevée que celle du prêt fait au commercant. Le législateur de 1807 (à) l'avait parfaitement compris en fixant l'intérêt civil à 9 p. 100 et l'intérêt commercial à 6 p. 100. Il se rendait compte de la différence des risques, mais dans son zèle de légiférer, il ne s’est pas aperçu que les risques étant illimités, la prime d'assurance et par conséquent le taux de l'intérêt devait être libre.

(4) Les choses ne se passaient pas autrementaux halles de Londres, de Berlin.

(2) Loi du 3 septembre 1807, abrogée sur certains points par la loi de janvier 1900.

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