MARCHE, DURÉE
Les varices apparaissent généralement chez les primipares du quatrième au cinquième mois; une des saphènes se dilate progressivement, et à la lin de cette même grossesse elle peut devenir variqueuse ; h une deuxième gestation, la distension et les altérations sont plus accusées et constituent dès le début une varice proprement dite.
Le développement des phlébectasies se faisant plus facilement par le fait de la succession des grossesses, elles se déclarent plus tôt chez les multipares. Dès le deuxième ou le troisième mois elles se montrent et deviennent même quelquefois pour les femmes un signe révélateur de l'imprégnation. Ghaussier a cité à Briquet (2) le cas suivant : Une cuisinière devenait grosse de temps en temps; elle était avertie de sa grossesse par l'apparition vers le deuxième mois de varices aux jam-
(1) Le tableau uue nous venons de tracer se rapporte aux varices superficielles. Les varices profondes sont, nousl'avons déjà dit, moinsconnues chez les femmes enceintes ; aussi avons-nous lu avec un vif intérêt une observation consignée dans la thèse de Budin (Des varices chez la femme enceinte) dont nous conseillons la lecture : une augmentation de volume du membre inférieur gauche ne pouvant être rattachée à l'œdème, la pression de quelques varices capillaires dermiques étoilées sur le mollet et la face interne du pied, une sensation de tension et de résistance perçue par le chirurgien, des douleurs exaspérées par la position ont permis à Budin de porter le diagnostic de veines profondes, opinion du reste partagée par le professeur Verneuil, qui vit la malade. Le soulagement apporté par l'application du bas élastique lui semble une preuve de plus à ajouter à l'ensemble des r-ymptômes. L'étude attentive de nouveaux faits pourra sans doute conduire au môme diagnostic. Chez certaines femmes qui, pendant la grossesse, éprouvent dans les membres inférieurs des douleurs, une tuméfaction, etc., M. Verneuil se demande si on ne pourrait pas expliquer par des modifications de la circulation des veines profondes, l'apparition des crampes du mollet, si fréquentes pendant la grossesse. (Communication orale. — Budin, Thèse citée, p. 39.)
(2) Etude sur la phlébectasie, Arch. gén. de méd., 3^ année, t. VII, janvier 1825.
bes.... Joulin, dans sonTruilé d'accouchements, raconlc rhistuire d'une femme chez laquelle la présence de dilatations veineuses a ctc pour lui un élément sérieux de diagnostic au troisième mois, quand la cessation des règles était encore le seul symptôme sur lequel il pouvait baser son opinion (1). Ces exemples ne sont pas absolument rares. Une des observations de la thèse de Lesguillons, prise dans le service d'Hérard, signale que la malade s'aperçut de sa grossesse par des démangeaisons cutanées liées à l'existence de varices, et cela avant le deuxième mois. J'ai par devers moi quatre cas semblables.
Il ne faut pourtant pas s'exagérer l'importance de ce signe, surtout chez les femmes ayant dépassé la quarantaine; à deux reprises j'ai annoncé à tort la possibilité d'une grossesse, me basant sur la suppression des menstrues et la présence récente de varices; je me trouvais en face de phlébectasies de l'âge critique, analogues à celles qui sont supplémentaires des règles.
Toutefois, il est à remarquer que c'est seulement pendant la gestation que l'on voit, en peu de mois, l'une ou même les deux extrémités inférieures couvertes de varices dilatées ou même de paquets variqueux.
Chez les sujets primipares qui ont eu des varices dès l'âge de la puberté, et surtout chez celles qui ont présenté de ces fluxions périodiques contemporaines ou supplémentaires des règles dont nous venons de parler et dont l'histoire a été bien étudiée par Girod (de Lyon), Bordeu et Briquet, l'établissement de la grossesse est accompagné d'une augmentation très marquée des varices qui les assimile alors à des multipares. L'observation suivante qui m'est personnelle est on ne peut plus probante.
Observation. — M'^^e l...^ âgéede 30 ans, réglée à 14 ans, a vu les varices se développer vers l'âge de 16 ans, peut-être à cause de sa profession (elle était demoiselle de magasin). A chaque période cataméniale, les veines des deux jambes se gonflaient considérablement. Huit jours après la cessation des menstrues, la dilatation de ces vaisseaux disparaissait presque entièrement. Mariée à 29 ans, en 1877, elle devint de suite enceinte, et dès la suppression de la première époque, la phlébectasie prit des proportions énormes. La grossesse et i'accouchem.ent se firent sans encombre. Il
(1) La thèse de Budin reproduit une observation prise dans le service du Dr Tarnier où la turgescence variqueuse s'est montrée au bout d'un retard des règles de trois semaines seulement.
n'y avait pas de varices aux parties génitales. Dès quinze jours après la parturition, les jambes avaient repris leuraspect habituel, sauf au creux du jarretoù il reste un paquet variqueux. Au moment du retour des couches qui se fit attendre deux mois, les saphènes redevinrent fortement variqueuses ; le même phénomène se reproduit à chaque approche des règles et pendant leur cours.
Dans une grossesse, une extrémité seule peut être envahie; la femme est-elle enceinte une seconde fois, le second membre ou les lèvres de la vulve se prennent. 11 est assez rare que les deux côtés soient frappés dès la première gestation ou au moins à un degré égal.
Les varices n'apparaissent souvent qu'au bout de deux ou trois grossesses. Pourquoi ce retard? Doit-on en accuser la profession ou bien l'action graduelle des gestations antérieures qui auraient préparé le terrain sans avoir été capables de déterminer jusque-là une dilatation appréciable? Faut-il faire intervenir, dansces circonstances, l'âge (comme le pensait Delpech) ou le volume excessif du fœtus?
Voilà autant de questions auxquelles il m'a été impossible de répondre. J'ai posé le problème à résoudre. D'autres plus heureux que moi pourront peut-être y trouver une solution (1).
La durée des varices est subordonnée, dans la généralité des cas, à celle de la grossesse; les ectasies veineuses naissent avec elles et lui sont intimement liées. Lorsqu'elles sont simples, elles disparaissent quand l'accouchement a eu lieu. J.-P. Franck a écrit : « Aparlu absoluto hœ varices disparent (2) . » Ce n'est pas seulement le repos forcé qu'observent les accouchées qui amène ce résultat. Les femmes du peuple qui ne se soignent guère et se lèvent au troisième jour en sont débarrassées ni plus ni moins que les grandes dames qui gardent le lit ou la chaise longue pendant plusieurs semaines (3).
(1) Comment, en outre, expliquer ce fait bizarre, signalé par Budin: «Des femmes qui avaient eu des varices dans le cours d'une première grossesse ne les ont pas vues reparaître dons les grossesses subséquentes. »
(2) Epitome de curandis hominum morbis, lib. V, p. 11.
(3) « Chez quelques femmes cependant elles diminuent deux ou trois semaines ou même six semaines avant la parturition, tant que le fœtus continue à se développer. Il serait intéressant de savoir si l'enfant venant à succomber chez une femme ayant des varices des membres inférieurs, ces dernières diminueraient après la mort du fœtus, son expulsion ne se faisant que plusieurs jours ou plusieurs semaines plus tard; nous ne possédons pas d'observations qui nous permettent de résoudre cette question » (Budin, thèse d'agrégation, p. 24.)
Dans des circonslances extrêmement rares, une phlébite de forme adhésive survenue pendant la grossesse amène d'une façon inespérée la guérison des varices avant la fin de la gestation. Blot a communiqué à la Société de chirurgie deux cas de cette nature que nous retrouverons quand nous traiterons des phlébites variqueuses.
Il arrive assez souvent, malheureusement, que les varices se pro longent au delà de la grossesse, tantôt lorsqu'elles siègent sur des femmes obligées par leur profession de se tenir longtemps debout, de se livrer à de rudes travaux, tantôt lorsque des grossesses trop fréquemment répétées viennent, en multipliant sur les tuniques vasculaires l'action des causes de dilatation jusqu'alors temporaire, déterminer dans ces parois un état désormais permanent ; « Brevi spatio annorum graviditas lias denud venasin tumorem attollitn (J. -P. Franck.)
Les lésions que nous avons décrites comme propres aux varices confirmées rendent compte de leur durée au delà de l'accouchement ; peut-être pourrait-on aussi invoquer le rôle de cette prédisposition que les Allemands ont dénommée veïnosùé et d'autres diatlièse variqueuse et lui attribuer une influence dans la persistance des varices après la délivrance.
Quoi qu'il en soit, elles deviennent de plus en plus volumineuses et s'étendent davantage avec chaque grossesse.