‹ Des varices pendant la grossesse et l'accouchementChapitre 14 sur 31 · FRÉQUENCE · texte numérisé non relu

FRÉQUENCE

Les varices sont fréquentes pendant la grossesse et c'est aux extrémités inférieures qu'on les rencontre dans la prssque totalité des cas. Sur 1,000 femmes admises à l'hôpital des Cliniques, de 1867 à 1869, 47 étaient atteintes de cette affection sans notation de siège. D'après cette statistique, que j'emprunte à l'excellente thèse de Lesguillons (1), cela établirait une proportion de : une varicifère sur vingt enceintes.

Sur un total de 1,659 accouchements, j'ai relevé dans ma propre pratique 78 cas de dilatations veineuses, ce qui établit une proportion un peu plus forte (2).

(1) Des varices qui se développent pendant la grossesse, th. Paris, 1869, no 152, p. 54 et suiv.

(2) Budin croit que les varices sont bien plus fréquentes encore, spécialement dans la classe ouvrière. Sa thèse contient un tableau très complet d'où il ressort qu'on les rencontre dans 1/3 des cas.

Des 47 femmes citées par Lesguillons, 43 présentaient des varices du membre inférieur; sur ces dernières, 7 en portaient en même temps aux parties géni taies ; 4 seulement en offraient uniquement aux parties génitales.

Le membre droit n'est pas plus souvent affecté que le membre gauche; le rapport que l'on avait voulu établir entre la fréquence des varices du côté droit et l'obliquité du corps de l'utérus me paraît dénué de fondement. Du reste Briquet professe la même opinion et ne pense pas que l'une des deux veines iliaques soit plus comprimée que l'autre, si tant est que l'on admette celte compression comme cause des phlébectasies.

Ce serait une erreur de croire que les primipares en sont moins fréquemment atteintes que les multipares; elles le sont à un moindre degré, ce qui explique le peu d'attention qu'on porte à la dilatation; bien plus, la statistique de Lesguillons et la mienne prouvent que les proportions sont h peu près égales (1).

Quant à la fréquence comparée des varices, nous croyons devoir classer ainsi qu'il suit les parties qui en sont le siège : 1° veines des membres inférieurs; 2« de l'anus et du rectum; 3° du vagin et de la vulve; 4° des ligaments larges et de l'ovaire; 5^ du tronc; 6° du col de l'utérus; 7° du col de la vessie.

Il reste à se demander si la grossesse constitue une cause de varices au désavantage des femmes, c'est-à-dire si ces dernières en sont, en somme, plus souvent affectées que les hommes. La question n'est pas résolue. J. Franck (2), Storch (3), Charles Bell (4) pensent que la phlébectasie est plus fréquente dans le sexe féminin, tandis que beaucoup d'auteurs modernes croient que dans le sexe masculin, en raison des métiers pénibles qu'il accomplit, on la rencontre de préférence. Rokitanski (5) la considère comme également répartie dans les deux sexes. L'influence de la gravidité compenserait celle des professions.

(1) Budin ne partage pas cette opinion; pour lui, elles se rencontrent 22,5 pour 100 chez les primipares et 44,5 pour 100 chez les multipares.

(2) Traité de pathologie interne.

(3) Krankeiten der Weiber, 3 Bd., p. 103.

(4) Syst. of oper. Surgery, vol. II, p. 91.

(5) Pathol. anat., Syd. Society, vol. IV, p. 307.

ÉTIOLOGIE.

Rechercher et découvrir la cause des varices pendant la grossesse est une entreprise hérissée de difQcultés de plus d'une sorte. Il existe, en effet, un véritable chaos dans la science sur ce sujet délicat, et les idées les plus opposées, les plus disparates sont en présence. Par exemple on lit dans Gapuron que les femmes fortes et robustes en sont généralement exemptes, tandis que Lesguillons les a surtout rencontrées chez les femmes fortes et paraissant habituellement d'une bonne santé. On pourrait multiplier les citations de ces opinions absolument contradictoires.

Je n'ai pas la prétention d'apporter la lumière dans cette obscurité. Toute mon ambition se bornera à essayer de coordonner les matériaux épars de façon à faire sortir de cet ordre un peu de clarté.

Je m'occuperai d'abord de l'étiologie proprement dite, et sous ce titre je passerai en revue les causes prédisposantes principales qui résumeront l'influence de l'âge, du tempérament, de l'hérédité, des professions.

Age. — En relevant l'âge des femmes affectées de phlébectasies pendant la gestation, tant dans la statistique que dans les observa-

j tiens isolées, on arrive à ce résultat que ces dilatations ne sont pas spéciales à une période de la vie plutôt qu'à une autre. Delpech avançait donc un fait erroné quand il disait : a Les varices s'observent fréquemment chez les femmes grosses, mais toujours à un âge avancé;

1 il est du moins excessivement rare qu'elles se manifestent chez de jeunes femmes, même pendant le cours de grossesses successives. » Il est pourtant juste d'ajouter qu'on les rencontre un peu plus souvent vers la trentaine (1).

Tempérament. — C'est sur ce sujet que règne la plus grande contradiction; il vaudrait mieux ne pas en parler, parce que chaque auteur admet un tempérament qui prédispose aux varices, celui-ci le sanguin, celui-là le lymphatique, un troisième le bilieux. Toutes ces opinions sont des à peu près basés sur des souvenirs confus. Nous

(1) Mon opinion se trouve confirmée par la statistique de Budin d'oii il ressort que la pins grande fréquence s'observe de 22 à 23 ans.

Cazin. 3

devons cependant faire remarquer avec Néîaton que les brunes y sont plus particulièrement sujettes; j'ai observé aussi que les femmes dont les veines sont naturellement marquées ou saillantes en étaient plus souvent atteintes. L'obésité joue aussi un rôle indubitable, mais moins prépondérant. Cette • circonstance semblerait donner raison à ceux qui font des varices gravidiques un des apanages du tempérament lymphatique. C'est à la même cause générale que l'on pourrait peut-être attribuer la plus grande fréquence des varices dans les villes; je les ai en effet très rarement notées chez les femmes de la campagne où le lymphatisme et la chloro-anémie sont exceptionnels.

Hérédité, — Malgré l'opinion contraire de Lesguillons, elle me paraît devoir être admise sans conteste. Les faits récents joints à l'autorité de J.'P. Franck, de Briquet, etc., établissent la réalité de son influence.

Professions . -— La production des phlébectasies est, de l'avis de tous, singulièrement favorisée par l'exercice de certaines professions, celles surtout oii la femme est forcée de conserver longtemps la station debout, celles qui Tobligent à des travaux pénibles, à des marches forcées, ou l'exposent en même temps au froid humide (blanchisseuses, cuisinières, femmes des halles, porteuses de journaux, etc.) (1).

Cette action des efforts musculaires répétés et énergiques a été bien mise en évidence dans la thèse de Delmont (2). Il n'entre pas dans notre cadre de reproduire les pages intéressantes qu'au point de vue de la physiologie il consacre à cette question, car elles se rapportent plus spécialement à Fétude des varices en général. Nous ne devons cependant pas omettre de donner ici une preuve très-frappante de cette influence de la contraction musculaire, intervenant comme cause secondaire, il est vrai, mais certaine, pendant la grossesse. Nous trouvons dans une des observations que nous citerons plus loin ce fait : une seule jambe était affectée de phlébectasie; elle avait été antérieurement le siège d'une rupture grave; « craignant pour sa jambe droite et voulant éviter la fatigue, la malade prit l'habitude de faire porter le poids du corps presque constamment sur la jambe gauche, c'est alors que les varices y apparurent. »

(1) Budin a trouvé les varices gravidiques, chez les blanchisseuses dans la moitié des cas, chez les cuisinières dans les 2/5 des cas environ, chez les lingères dans 1/5 des cas seulement.

(2) Des varices des membres inférieurs, th. Paris, 1869, nQ 150, pages 23-26.

PATHO GÉNIE.

En lisant ce qui a été écrit sur l'éLiologie et la pathogénie des varices pendant la grossesse, sur leur nature, on arrive à cette conclusion, que l'on peut ranger sous trois chefs les causes efficientes; malheureusement aucune d'elles n'est à l'abri de toute critique.

A. — Théorie physique et mécanique.

B. — Théorie basée sur les modifications qu'éprouve le sang pendant la grossesse.

G. — Théorie des troubles trophiques, d'origine nerveuse et vasculaire.

A. — Je n'accorderai qu'une mention à l'influence de la pesanteur qui entraverait, dit-on, la circulation veineuse; personne ne l'admet plus que comme cause adjuvante, alors que les valvules sont détruites ou lorsque la profession en favorise l'action. Tout au plus peut-elle rendre compte de la localisation des varices sur les Extrémités inférieures, où le sang progresse contre son propre poids.

La théorie de la compression est une des plus répandues ; elle dato du siècle dernier et c'est je crois Mauriceau qui en a été le propagateur. Tous les auteurs modernes : Gazeaux, Joulin, Leishman, Ghailly, Neegele, Jacquemier, Pollin, Nélaton, Vidal de Cassis, etc., à l'exception de Ghaussier et de Béclard, lui reconnaissent une importance capitale. 11 n'est pas jusqu'à Briquet qui ne puisse entièrement se dégager du joug des idées courantes; il ne croit pas à l'influence de la pression de l'utérus, mais il fait des concessions : « Il ne faut pas, dit-il, les rejeter entièrement, car ]a phlébectasie chez les femmes enceintes paraît être le produit de la compression des veines iliaques, quoiqu'on remarque que la dilatation des veines ait lieu vers le troisième mois, époque à laquelle l'utérus n'a pas encore acquis assez d'ampleur pour comprimer les veines iliaques, les deux côtés sont le plus souvent affectés. Gelui oh la dilatation est la plus forte n'est point en rapport avec le côté vers lequel l'utérus s'est dévié. En effet, l'obliquité a le plus souvent lieu à droite et il n'-y a pas beaucoup plus souvent de varices à droite qu'à gauche; d'ailleurs dans une obliquité il est douteux qu'une des veines iliaques soit plus comprimée que l'autre. »

« D'un autre côté, ajoute-t-i], plusieurs femmes m'ont assuré que leurs varices dataient d'une grossesse double. » En opposition avec cette remarque, je citerai une observation prise à la clinique dans le service de Depaul par P. Richard (1), oii une masse volumineuse située à la partie postérieure de la matrice, jointe à une grossesse ayant parcouru ses phases normales, n'a exercé aucune pression sur les vaisseaux.

Observation. — - Stoffer, cuisinière, 36 ans (Paris), primipare, constitution assez faible. Accouchement à terme par le siège, le 25 novembre. Elle avait depuis une douzaine d'années des varices de la jambe droite peu marquées. Ces varices n'ont pas augmenté pendant la grossesse ; du reste un peu d'œdème des membres inférieurs masquait en partie les varices de la jambe droite. Les autres veines, celles des organes génitaux, de la cuisse droite, delà cuisse et de la jambe gauches, sont assez développées. Elle n'a jamais eu d'hémorrhoïdes, elle n'en porte pas de traces. Quinze jours avant l'accouchement, l'œdème diminue; les varices de la jambe droite deviennent plus accessibles à la vue et au toucher. Elles ne sont pas plus volumineuses, au dire delà malade, qu'avant la grossesse. Çette femme meurt, d'une péritonite, quelques jours après l'accouchement.

Autopsie. — Lésions de la péritonite. On constate une tumeur volumineuse, appliquée contre la face postérieure de l'utérus. Celle-ci est reliée à l'utérus par un court pédicule qui l'empêche de fuir l'excavation. Les dimensions de la tumeur sont les suivantes : diamètre antéro-postérieur 7 c. et demi ; diamètre transversal 12 c. et demi. La tumeur est lisse ; elle offre une consistance assez ferme. Elle est régulièrement aplatie d'avant en arrière. Son pédicule s'attache vers la ligne médiane de la face postérieure de la matrice. Le plexus veineux situé dans l'épaisseur des ligaments larges est peu développé, les veines qui le constituent sont légèrement distendues; l'utérus, augmenté de la tumeur, forme une masse considérable.

Je reviens à dessein sur une des raisons qui s'oppose à l'admission de cette cause, du moins comme absolue.

Nous avons dit en étudiant la marche des varices combien souvent elles apparaissaient tout à fait au début de la grossesse. Guéniot a même cité dans ses cours l'histoire d'une femme qui les aurait vues se dessiner à peine un mois après ses dernières règles. Ce développement précoce a été admis même par les partisans de la compression (Joulin), qui ne s'expliquent pas sur ce point.

(1) Etude sur la phlébectasie superficielle chez la femme enceinte, th. de Paris, 1876, n« 501,

. Ce n'est donc que pendant les deux derniers mois de la gestation que la compression, telle que l'entendent les gynécologistes modernes, peut être mise en cause.

Gomment s'expliquer la genèse des varices et lui donner une inter prétation ne reposant pas sur des considérations d'ordre physique. P. Richard (1) a tenté l'épreuve et a voulu, sinon résoudre, du moins éclaircir un peu la difficulté en tenant compte de certaines données connues d'anatomie et de physiologie. Nous ne reproduirons pas inextenso le raisonnement sur lequel il se base, car cela nous entraînerait un peu loin. Un résumé analytique, aidé de quelques citations textuelles, suffira, je pense.

Les vaisseaux veineux des organes génitaux, du vagin, des ligaments larges sont, dès la mise en action de la matrice après la conception, dilatés et la pression vasculaire doii nécessairement y être augmentée, surtout dans le plexus utéro-ovarien.

« Quel seral'efïet de l'augmentation de la pression intra vasculaire dans les veines formant le riche plexus qui longe les bords de l'organe gestateur?ce sera d'augmenter la tension dans tous les gros vaisseaux veineux qui servent de débouché aux veines du système utérin, c'est-à-dire : 1° dans la veine rénale gauche; 2° dans la veine cave inférieure; dans la veine hypogastrique et par son intermédiaire dans la veine iliaque primitive. »

Appliquons maintenant ces considérations à notre étude. Les veines de la muqueuse vaginale, après avoir formé un plexus autour du vagin, se rendent tantôt directement, tantôt indirectement dans la veine hypogastrique. Le sang contenu dans ces veines vaginales aura-t-il à vaincre, pour continuer son mouvement progressif, une résistance normale? Non, car nous venons de voir que cette résistance est augmentée dans la veine hypogastrique. Pourra-t-il dès lors continuer sa route vers le cœur avec la même vitesse et la même facilité? Non encore, car la loi est formelle : pour que la force dite vis a tergo puisse avoir son plein exercice, il faut que le fluide en mouvement trouve toujours devant lui un espace libre devant lequel la pression soit inférieure à celle vers laquelle il cède (Luton). Les veines vaginales, venant s'aboucher dans un système veineux (veines hypogastriques) oii existe une pression intra-sanguine plus élevée que la' leur propre, se dilatent à leur tour et, de proche en proche, jusqu'aux veinules où

(1) De la phléb. superf. chez la femme enc, th. de Paris, 1876, 501, p. 51.

cette dilatation devient visible par la coloration que prend la muqueuse.

En somme, cela revient à dire que les veines superficielles du vagin ne se dilatent que parce que la pression intra-vasculaire des vaisseaux dans lesquels elles se déversent est supérieur h la leur.

Poursuivons maintenant le phénomène plus loin encore. L'utérus, entre le troisième et le quatrième mois, sort de l'excavation et s'installe dans la cavité abdominale. La présence de ce corps, qui va devenir de plus en plus volumineux, a pour etfet d'augmenter la pression que supportent normalement tous les organes contenus dans l'enceinte abdominale. Le diaphragme est refoulé, la paroi intérieure du ventre bombe en avant, mais diaphragme et paroi ne sont pas seuls à supporter cette pression. La veine cave inférieure, canal éminemment compressible, la supportera aussi et la tension de la colonne liquide qu'elle contient en sera augmentée, et cela sans qu'il soit besoin d'invoquer une action directe de l'utérus.

Que résultera-t-il de toutes ces actions physiologiques dont la résultante, comme on peut le voir, est d'augmenter la tension du sang contenu dans la veine cave inférieure? Le principe que nous avons déjà invoqué va répondre. Le sang du système veineux, situé audessous de la veine cave inférieure, trouvant devant lui tension supérieure à la sienne, ralentit son mouvement ; il ne franchira l'obstacle que lorsque sa naasse aura été augmentée par l'arrivée de nouvelles quantités de sang artériel. De ce fait, deux conclusions qu'il faut retenir : augmentation de pression, et ralentissement du sang dans les veines afférentes à la veine cave inférieure, c'est-à-dire hypogastrique d'une part, et de l'autre, veines fémorale, poplitée, tibiale postérieure, saphènes et leurs affluents, etc.

Voyons maintenant ce qui a lieu dans ce dernier ordre de vaisseaux. La saphène interne, qui est surtout intéressée dans l'espèce, peut être considérée comme le canal de dérivation de la veine fémorale. Si la pression intra-veineuse augmente dans la fémorale (et nous venons de voir qu'elle augmente en effet), la pression intra-veineuse augmente dans la saphène. Mais l'effet consécutif ne sera plus le même dans ces deux ordres de vaisseaux ; tandis qu'en effet la fémorale, maintenue par une gaine fibreuse, se dilate peu, les veines superflcielles du membre inférieur, entourées par un tissu cellulaire lâche qui les soutient à peine (Le Dentu), selaisseront facilement distendre sous l'effort d'une force vasculaire centrifuge, même modérée.

Nous rapprocherons de ces conclusions celles que nous trouvons dans un mémoire peu connu de Rima (1), lequel, sans s'en douter, a fourni un corollaire des faits énonces par l'auteur précédent.

Pour le chirurgien italien, la cause prochaine des varices consiste dans un mouvement rétrograde du sang veineux; il reviendrait de la veine fémorale dans la saphène et serait poussé de l'aine vers le pied par une action propre à cette veine, comme le sang artériel Test dans les vaisseaux qui le charrient. Voici les faits qui ont conduit Fauteur à cette conclusion : 1° si l'on excise sur le vivant une portion d'une veine variqueuse, on voit le sang jaillir du bout supérieur comme d'une artère; 2° chez les personnes dont la cause occasionnelle des varices consiste dans une jarretière trop serrée au-dessous du genou, on voit les veines se dilater plus au-dessus qu'au-dessous de l'étranglement; 3° lorsqu'on pratiquera ligature d'une veine variqueuse, on voit les vaisseaux situés au-dessous s'affaisser, se ramollir et disparaître, tandis que les varices de la même veine placées au-dessus restent stationnaires, ce qui ne devrait pas avoir lieu, si le sang de ce vaisseau marchait de bas en haut comme dans l'état normal. Rima n'oublie pas, bien entendu, que la gravitation de la colonne supérieure du sang entre pour beaucoup dans les phénomènes dont il s'agit. Cette gravitation paralyse^ ajoute-t-il, les valvules et contribue à l'entretien des grappes variqueuses; mais cela n'exclut pas l'autre fait du mouvement rétrograde ; 4^ enfin l'anatomie pathologique confirme cette manière devoir, les parois de la veine sont, nous l'avons vu, hypertrophiées, épaisses et offrent une structure apparente analogue à celle des artères.

B. — Delpech fait remarquer avec raison que dans l'étiologie des varices on a trop accordé aux causes physiques, qui à elles seules entraveraient la circulation, engorgeraient les veines et les forceraient à se dilater. Il veut qu'on ait plus d'égards pour d'autres influences, et est disposé à revenir aux idées de Bordeu. Nous allons donc rechercher la part que Ton doit réserver aux modifications qu'éprouve le sang pendant la grossesse.

Je ne parlerai que pour mémoire de l'opinion des anciens attribuant l'apparition des varices à des causes purement humorales. Cependant, même au milieu de cette théorie, on démêle une apparence d'observa-

(1) Giornale per servire a progressi.della patologia, etc. Venise, 1836.

tion, qui nous paraît plusjuste que l'explication purement mécanique des modernes.

Ambroise Paré dit en effet: « Les femmes grosses en sont communément esprises à cause du sang mélancholique qui, retenu pendant leur grossesse^ fait que les veines se dilatent et viennent variqueuses^ pour la grande multitude du sang. »

S'appuyant sur ce fait que les femelles d'animaux non soumises au flux périodique arrivaient à terme sans avoir présenté d'accidents, Mauriceau admettait une sorte d'accumulation sanguine par suite de la suppression des menstrues. Nous avons vu plus haut qu'Ambroise Paré, se plaçant toutefois à un autre point de vue, paraît admettre que le sang est retenu et amène des varices upour la grande multitude du sançi, »

N'est-on pas porté à accepter cette opinion, quand on lit l'observation suivante de Chaussier : « Une cuisinière devenait grosse de temps en temps. Elle était avertie de sa grossesse par l'apparition, vers le deuxième mois, de varices aux jambes. Elle comprimait ces veines avec un bandage roulé, et chaque fois avortait promptement. » Puisqu'on admet que les varices peuvent se rattacher à la suppression des règles (1), pourquoi ne pas accepter que la suspension de cet écoulem.ent physiologique pendant la grossesse n'amène un certain degré de polyhémie produisant le même résultant?

On pensait jadis que le refus de la saignée prédisposait aux varices vulvaires,et l'on semblait en augurer que la masse du sang avait pendant la grossesse besoin d'être diminuée. Massot, en communiquant à l'x^cadémie de médecine l'observation d'un thrombus vulvaire (voyez Bibliographie des thrombus), a fait jouer le principal rôle étiologique à la pléthore. Deneux n'accepte pas cette explication, parce qu'il existait en même temps chez la malade une disposition variqueuse très prononcée. Mais à nos yeux, ce fait même est la confirmation de la justesse de l'interprétation. Les recherches noi;velles en hématologie, tout en faisant apprécier la nature réelle de la pléthore, en ont établi nettement l'existence.

La polyhémie séreuse, que nous avons étudiée dans la première section, peut être invoquée comme une des causes principales de la dila-

(1) Nous en citons, dans le cours de cet ouvrage, plusieurs exemples, auxquels il faut ajouter le t'ait suivant: une varice du dos suppléait à la sécrétion menstruelle (m Ephém. des curieux de la nature, cent. VII, p. 206).

talion variqueuse. Les veines, subissant la pression excentrique d'un sang plus abondant, résistent moins que les artères à cette tension exagérée. La polyhémie ne peut cependant donner la clef de tous les faits observés, par exemple, chez les femmes qui présentent des varices dès les premiers mois de la grossesse, alors que l'état du sang ne saurait véritablement entrer en ligne de compte.

Quoiqu'il en soit, la polyhémie, considérée comme cause efficiente de la maladie qui nous occupe, séduit l'esprit, et nous n'avons pas été étonné de voir Guéniot lui accorder une mention étendue dans une leçon faite à la Clinique en 1876.

Il reste à se demander pourquoi, en admettant cette cause générale qui doit dilater la totalité du système veineux, c'est plus spécialement la portion de ce système qui se distribue aux extrémités inférieures qui est le siège du mal.

Il faut nécessairement faire intervenir la déclivité et l'influence de la pesanteur; peut-être aussi faut-il rattacher cette localisation au voisinage de l'utérus, qui étant lui-même le siège d'une stase sanguine considérable, retentit, dans une certaine mesure, sur la circulation des membres inférieurs.

Sans vouloir faire un rapprochement forcé, il est curieux de voir Tarnier (1) admettre une zone génitale qui s'étend de l'ombilic au bout des pieds.

G. — Théorie des troubles trophiques d'origine nerveuse ou vasculaire;

C'est ici que règne Tobscurité, et l'hypothèse y triomphe en maî- : tresse absolue, quelquefois aveugle.

I La première idée que l'on voit poindre dans la science est un affaiblissement des parois vasculaires; jusqu'à Briquet, tous les auteurs s'étaient accordés à regarder les varices comme résultant de la faiblesse des veines^ dont les parois auraient perdu leur tonicité, leur ressort, et ne pourraient plus résister à la pression de la colonne sanguine (2).

Cette parésie des tuniques veineuses, inconnue dans son essence, j repose sur des faits incertains.

j Le pathologiste que nous venons de citer reconnaît des causes dont i ■ ■ — — .

I (1) Société de chirurgie, bull. et mém , séance du 28 juin 1876, p. 526. I !2) GonsulterHogdson, Mal. des art. et des v., éd. franc , 1879, t. II, p. 486.

l'influence est plus générale que celles admises avant lui. Pour lui la dilatation des veines n'est pas un phénomène purement passif, c'est un phénomène actif; l'abord du sang en plus grande quantité amène l'hypertrophie des parois ; quant à la cause de l'abord plus considérable du sang, Briquet la trouve chez Bordeu, lequel pensait qu'il est le résultat d'une action excessive des radicules veineuses qui poussent dans les veines une plus grande quantité de liquide nourricier.

Ne peut-iï se faire que l'exagération dans la quantité de sang produite par la polyhémie ne modifie les tissus, ainsi que Beau l'a supposé (voyez section), et que l'hypertrophie, l'apport de sucs nutritifs exubérants ne se rattachent à la composition même du sang pen- 1 dant la grossesse?

De cette hyperémie, de cette congestion à l'inflammation il n'y a pas loin, et Cornil et Ranvier (1) avancent que les varices sont le résultat d'une inflammation chronique des veines, en tout comparable à l'artérite chronique.

P. Dubois, de son côté, fait intervenir une influence sympathique j du développement de l'utérus; il penche à admettre une cause d'ori- | gine nerveuse, analogue à celle qui pendant la grossesse produit l'hypertrophie du corps thyroïde (voyez 1''^ section).

Indubitablement, au fond de tout acte morbide, il y a une influence nerveuse. Les beaux travaux de Budge et Waller, de Claude Bernard, I ont parfaitement établi le rôle du grand sympathique dans la circula- I tion. Les vaso-moteurs ont été étudiés physiologiquement et anato- ' miquement, et on a reconnu leur action sur la vitalité, la contractilité et la nutrition des vaisseaux.

Pourquoi les nerfs des veines malades ne seraient-ils pas impressionnés d'une façon mystérieuse, je l'accorde, par la grossesse au même ' titre que ceux de l'estomac, pi'ovenant aussi du grand sympathique, qui ne permettent, en cas de vomissements incoercibles, le contact d'aucun aliment.

Il est à craindre cependant que cette théorie de l'action nerveuse ne recule plutôt qu'elle ne résolve la question.

De l'ordre des causes que je viens de signaler, on peut, je croi?, rapprocher cette disposition particulière du système veineux général chez certains individus, qui fait que les veines sont très volumineuses,

(1) Man.d'histol. path., p. 576.

à parois minces et faibles. Cette prédisposition aux varices deviendrait, suivant quelques auteurs (1), une véritable cliathèse dite variqueuse, et constituerait un état de l'arbre veineux qui le met dans les conditions les plus favorables à l'action des causes déterminantes.

J'ai essayé de résumer avec méthode les idées répandues sur la nature des varices. De ces trois théories, aucune ne répond h tous les laits; peut-être faut-il les faire intervenir toutes trois en même temps, et doivent-elles prendre chacune une part dans l'établissement des varices pendant la grossesse. Il ne faut donc pas, dit Follin (2), chercher dans une seule hypothèse la raison de la dilatation variqueuse des veines.

Après une telle autorité, on comprendra que je n'ose formuler une opinion personnelle. En outre, lorsqu'on entend ces paroles dans la bouche de Depaul : « Il y aurait à savoir comment agit la grossesse pour produire les varices. Est-ce par une compression mécanique ou par une influence particulière? voilà ce que nous ignorons actuellement (3), » lorsque, dis-je, on entend ces paroles, il est permis de rester dans le doute. Mon indécision ne saurait être en meilleure compagnie.

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