ŒDÈME
Dès que la pression vasculaire est assez forte pour dépasser la pression extérieure qui s'exerce sur les parois veineuses, Fexosmose hydropique se forme (Jaccoud). C'est ce qui se passe fréquemment dans les dilatations variqueuses. La lenteur de la circulation veineuse amène une véritable infiltration séreuse de la partie. La dyscrasie gravidique favorise aussi cette production de l'œdème. Il n'est pas jusqu'à une disposition d'anatomie pathologique dans les veines qui ne joue ici un rôle. Gornil et Ranvier ont avancé que les faisceaux musculaires de la tunique moyenne se déplaçaient facilement les uns sur les autres et que les liquides pouvaient ainsi pénétrer dans le vaissseau ou en sortir ; ils expliquent l'accident que nous décrivons par cette perméabilité morbide du vaisseau. On a encore invoqué la pres- - sion produite par la tumeur variqueuse sur les troncs voisins ; mais cette cause toute physique ne saurait être admise, du moins en
(1) Budin rapporte dans sa thèse trois cas inédits suivis de guérison.
premièPL' ligne, car, dit Delpech, on voit d'énormes varices sans gonflement œdémateux du tissu cellulaire, tandis que des tumeurs peu volumineuses présentent cette complication.
Nous n'en dirons pas autant d'un aulre genre de compression, celle que vers la fin do la grossesse l'utérus exerce sur les veines et qui, en dehors de la présence de varices, est capable de déterminer l'œdème dit mécanique, nécessairement et a fortiori quand les vaisseaux sont malades doit-elle conduire au même résultat; mais il ne faut pas oublier que ce mode de production n'a sa raison d'être que dans la dernière période de la gestation.
L'œdème variqueux peut se développer à la suite de dilatations simples, mais le fait est rare; au contraire, il est un des accidents les plus fréquents des dilatations variqueuses accusées; les varices ampullaires, suivant Gruveilher, en seraient souvent compliquées. Il se manifeste parfois dès le troisième mois de la gestation, mais généralement plus tard, il augmente à mesure que l'accouchement approche, avec des variations en plus ou moins qui dépendent de circonstances diverses (fatigue, station debout, marche exagérée, profession).
Lesguillon sa raconté dans sa thèse un cas curieux où l'œdème se montrait sur le membre opposé à une varice siégeant à la grande lèvre gauche. Peut-être existait-il du côté droit des varices profondes?
Le diagnostic en est, en général, facile. Quand il y a hésitation, l'analyse des urines, Fexamen des fonctions du cœur, lèveront les doutes. Je dois pourtant citer le fait suivant comme ayant pu être une cause d'erreur.
Obs. (personnelle). — M^^ T..., porteuse de journaux, est enceinte pour la deuxième fois, elle avait pendant la première grossesse des dilatations simples dans les deux membres inférieurs.
Cette fois, les varices n'ont fait apparition qu'au terme de cinq mois et n'ont rien offert de particulier jusqu'au septième. A ce moment, elle reçoit une pluie abondante et rentre chez elle glacée; elle se met au lit, parvient à se réchauffer. Le surlendemain, elle me fit appeler, accusant un sentiment de tension dans les extrémités inférieures ; je lui trouvai en effet les jambes gonflées, œdémateuses et j'étais porté à attribuer ce phénomène à la présence des varices qui sillonnent le genou et la cuisse du côté gauche et la jambe du côté droit. Je fus cependant frappé d'une certaine mollesse, d'un état pâteux de l'infdtration qui n'est pas habituel dans l'œdème variqueux.
Mon regard se porta sur les paupières et elles me parurent un peu bouffies, les urines chauffées me donnèrent un précipité caractéristique de flocons albumineux.
Ainsi, voici un cas, oh à la suite d'une exposition au froid humide, il s'est développé une congestion rénale, puis une néphrite albumineuse qui aurait pu passer inaperçue pendant un certain temps, grâce à la coïncidence de dilatations variqueuses.
Dans l'œdème variqueux, les téguments s'affaissent sous la pression du doigt, mais il est de toute nécessité que celle-ci soit forte et prolongée pour qu'ils en conservent l'empreinte. Il n'affecte généralement que le pied et la jambe et n'est pas généralisé comme dans la phlegmatia alba dolens et comme dans l'œdème brightique, dans celui des affections cardiaques. La position horizontale le dissipe d'ordinaire, s'il n'est pas associé à cette induration profonde que nous avons décrite comme accompagnant les varices très étendues. Il n'existe plus le matin, mais reparaît dans la journée, et est de nouveau complet le soir (1).
L'œdème, complication bénigne, ne réclame pas de traitement spécial; la position horizontale, le repos ou tout au moins un exercice très peu modéré, l'usage d'une ceinture abdominale dans les derniers temps, sont les seuls conseils à donner aux personnes qui en sont atteintes. En résumé, ils consistent à faciliter ou à régulariser, autant que faire se peut, la circulation en retour.