‹ Des varices pendant la grossesse et l'accouchementChapitre 20 sur 31 · ÉRYSIPÈLE · texte numérisé non relu

ÉRYSIPÈLE

Nous dirons peu de chose de l'érysipèle parce que cette complication n'a rien de spécial dans les circonstances que nous étudions. Il se développe la plupart du temps sous l'influence du froid humide, ou succède à un ulcère variqueux; sa marche est lente et chronique, il s'accompagne, en général, d'une réaction très peu marquée. Sa coloration est livide et la peau se mortifie quelquefois par place pour donner naissance à un ulcère variqueux. Dans des occurrences exceptionnelles, il est le point de départ d'un phlegmon circonscrit ou diffus et d'abcès multiples situés le long des veines. Il ne faut pas le confondre dans ces cas avec les périphlébites que nous décrivons plus loin; il a du reste avec cet ordre d'inflammation les connexions les plus intimes. ! Le pronostic de l'érysipèle pendant la grossesse est donc sérieux, i surtout s'il est accompagné de fièvre et de troubles généraux, témoin j lestait que je joins ici.

j (1) Nouveau Dict. de méd. et de chir. pratiques, art. Eczéma, t. XII. Gazin. 5

Obs. (personnelle). — Le 4 mai 1864, je suis appelé en consultation par mon excellent confrère le D^' B... pour une de ses parentes qui, arrivée au septième mois d'une cinquième grossesse, avait été prise subitement trois jours auparavant de fièvre, délire, etc., dont on ne soupçonnait pas la cause. Rien, en effet, n'indiquait une infraction au régime ou une imprudence; dans une grande position de fortune, cette dame était entourée de tous les soins désirables. Le pouls n'était pas cérébral, et les orgaganes thoraciques et abdominaux étaient sains, et pourtant le thermomètre donnait dans Faisselle 40^,5, et le pouls était à 132. Il y avait pourtant des phénomènes typhoïdes et un délire tel qu'on ne pouvait tirer de la malade aucun renseignement sur la présence ou l'absence de douleurs qui auraient pu mettre sur la voie; en interrogeant la belle-sœur de la malade, j'appris qu'à partir de la seconde grossesse elle portait des varices qu'elle cachait avec soin par coquetterie. Je relevai la couverture et nous constatâmes que tout le membre inférieur droit était le siège d'un érysipèle intense, de coloration rouge brunâtre, s'arrêtant à mi-cuisse par un bourrelet caractéristique, il n'y avait pas d'ulcère variqueux. -Prescriptions : onguent napolitain belladoné en frictions; léger laxatif, potion au sulfate de quinine (0,60) et alcoolature d'aconit (2 gr. 50), à prendre de deux heures en deux heures.

Le lendemain il n'y avait pas de mieux; l'érysipèle s'était étendu jusqu'au pli de l'aine, le pouls atteignait 140; la pression &ur le membre affecté ne paraissait pas susciter de vives douleurs, ou du moins la malade étrangère à tout ce qui l'entourait n'en témoignait rien. Cependant de temps en temps, toutes les dix minutes, elle s'agitait dans son lit. Cette particularité me fit pratiquer le toucher vaginal et je trouvai le col un peu dilaté et la poche des eaux faisant une légère saillie; la nuit suivante, elle accouchait d'un enfant qui vécut quatre heures.

La mort eut lieu le 5, à 10 heures du matin.

L'autopsie n'a pu être faite.

Je dois ajouter qu'il n'existait dans la ville aucune épidémie de fièvre puerpérale, et que la malade n'avait visité aucune personne affectée d'érysipèle; elle n'avait pas non plus été à l'hôpital oti elle avait l'habitude de visiter les pauvres.

J'ai tenu à reproduire brièvement ce cas, parce qu'il montre que l'on ne saurait être trop réservé, quand on a à formuler un pronostic en cas d'érysipèle d'origine variqueuse pendant la gestation.

ULCERE VARIQUEUX.

L'ulcère variqueux, si fréquent chez les hommes, est assez rare pendant la grossesse, puisque, sur 47 cas, Lesguillons ne l'a noté que

2 fois. Il ne se rencontre presque jamais, pour ne pas dire jamais, quand il n'existe que des dilatations simples. Il est exceptionnel de l'observer dans les premières gestations, ce n'est guère que lors d'induration étendue des tissus et après des grossesses répétées qu'il apparaît, à moins que la profession n'en favorise le développement.

D'abord, l'épiderme paraît seul détruit, le fond est rouge, l'ulcération est superficielle, mais il s'accroît bientôt en surface plutôt qu'en profondeur et se présente sous l'aspect d'une plaie irrégulière, à bords durs et taillés à pic, à fond livide, souillé de sérosité sanguinolente, à suppuration sanieuse et fétide.

Son siège de prédilection est le voisinage des malléoles et la partie interne du membre plutôt que l'externe.

Tout autour, surtout chez les sujets qui ne prennent aucun soin, les tissus circonvoisins sont enflammés dans un rayon plus ou moins considérable. La peau est tendue, luisante, rouge et même lie de vin.

L'ulcère paraît profond à cause du gonflement des bords, le fond est sale et couvert de parties grisâtres qui sont constituées par des lambeaux sphacélés.

Nous n'insisterons pas beaucoup sur ces détails, parce que les ulcères variqueux de la grossesse ne difl"èrent que par leur rareté relative des lésions semblables observées chez l'homme.

Gomment l'ulcération s'engendre-t-elle? Quelques pathologistes pensent que le point de départ peut être un caillot sanguin formé dans la varice, lequel, agissant comme un corps étranger, y détermine une inflammation ulcérative, irrite aussi la peau et se fait jour au dehors. La fibrine coagulée laisse vide le vaisseau qui ne tarde pas à sécréter une sérosité trouble, et la solution de continuité, au lieu de se fermer, s agrandit. Quelquefois l'ulcère ne consiste qu'en une petite fistule qui conduit à la veine (Vidal de Cassis) (1), et qu'on rencontre particulièrement à la face interne du membre.

Sans se rattacher à une oblitération vasculaire, l'ulcère variqueux peut survenir primitivement dans les points où l'irritation est chronique, la circulation entravée, incomplète, les lymphatiques comprimés, l'imbibition de sérosité souvent considérable ; on conçoit que de tels tissus se trouvent dans des conditions de vitalité aff'aiblie les plus favorables à la formation d'une ulcération ou à l'entretien des

(1) Pathol. externe, 1851, t. II, p. 43.

solutions de continuité dont ils sont frappés. La présence des varices est en effet un grand obstacle à la cicatrisation.

Selon Gornil et Ranvier (1) l'ulcération est due à de petits foyers de suppuration qui se réunissent. L'extension de ces ulcères, parfois si considérables, est liée aux lésions du tissu cellulaire de toute la région variqueuse. Lorsqu'on dissèque une jambe dans de pareilles i conditions, on trouve au milieu du tissu lardacé, de petits îlots de suppuration au voisinage des ulcères.

Ces derniers sont quelquefois causés par l'érysipèle, l'eczéma ou la j phlébite. Il arrive qu'une cicatrice ancienne se rouvre et qu'un ulcère guéri se reproduise pendant une grossesse suivante. S'il a persisté après l'accouchement, on' observe qu'une nouvelle gestation y fait naître des phénomènes de phlogose, caractérisés par des déman- I geaisons, de la rougeur, et même quelquefois des hémorrhagies, plus fréquentes dans ces conditions que dansl'état de vacuité. Nous avons vu à propos des ruptures, que ces dernières ne reconnaissent pas souvent d'autre source et que l'extension de l'absorption moléculaire ulcéreuse peut gagner une veine assez importante pour mettre la femme en danger.

De même que l'ulcération peut succéder aux phlébites, on a constaté, surtout si elle n'a pas été bien soignée, qu'elle cause des phlébites à son tour. Il peut se faire cependant que l'ulcère variqueux soit d'une grande bénignité et on en a cité des cas qui, même pendant la grossesse, ont guéri avant que la femme n'arrive à terme, par le repos combiné avec des topiques appropriés. Le traitement des ulcères variqueux pendant la grossesse est le même que celui qui est mis en usage dans les conditions ordinaires, repos, soins de propreté, ' compression (plaques de plomb, bandelettes de diachylum par la méthode de Baynton, etc., etc.).

Nous renverrons sur ce sujet aux traités classiques et aux travaux spéciaux inscrits à l'index bibliographique.

BIBLIOGRAPHIl^ Ulcère variqueux.

Faure. Trait, chir. des variceset de l'ulc. variqueux. Th. Paris, 1868, 37. j — Gaudard. Etude critique sur l'ulc. variq. Th. Paris, 1872, n" 249. —

(1) Manuel d'anatomie hist., p. 578.

Home (Everard.) Pract. obs. on treat. of ulcers of the leg. Lond., 1797. — Lambossy. Varices et ulc. des jambes. In-8, Paris, 1855. — Pardieu. Des varices et de l'ulc. variqueux. Th. Strasb., 1867, 226. — Picard. Etude clin, sur l'ulc. variq. Th. Paris, 1873, n» 11. Plus, tous les traités de pathologie externe.

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