VARICES DES VEINES DU LIGAMENT ROND
Quoique ces dilatations présentent exceptionnellement des complications à l'état isolée, nous devons leur accorder quelques lignes.
Elles sont plus fréquentes dans la grossesse qu'on ne l'a signalé. Je suis sûr que la plupart des tuméfactions observées au pli de l'aine doivent , abstraction faite des hernies , être rattachées à celte cause. Gruveilher (1) les a vues former à l'anneau inguinal une masse noueuse considérable qui simulait une épiplocèle. Sappey (2) a consacré à la description de ces veines et à leurs varices
vl) Traité d'anat. descript., t. IV, p. 720 (2) Anat. pathol. gén. t. II, p. 809.
un alinéa tout entier. « Plusieurs veines, dit-il, accompagnent l'artère du liganaent rond. L'une d'elles, ordinairement plus considérable, en représente le tronc principal. Toutes communiquent entre elles et forment un plexus déjà très manifeste chez le fœtus. Elles sont situées aussi au centre de la couche musculaire, les plus grosses contiennent des valvules dont le bord concave regarde le pli de Taine ; le sang qui les parcourt se porte par conséquent de l'utérus vers la veine fémorale. Parvenue dans le canal inguinal, la prmcipale d'entre elles vient se jeter directement dans l'origine de la veine iliaque interne ou bien dans l'une des veines épigastriques ; les autres traversent le canal inguinal, sortent par son orifice inférieur et se terminent en s'anastomosant avec les veines du pénil et des grandes lèvres. Ces veines n'offrent aucune importance dans l'état habituel, mais elles en acquièrent une très grande pendant le cours de la grossesse. Alors, en effet, les veines iliaques primitives et la veine cave inférieure se trouvent comprimées par l'utérus ; le sang apporté par les veines utérines ne pénètre que difficilement dans les veines iliaques internes; aussi voit^on alors les veines utéro- ovariennes se développer pour suppléer à leur insuffisance. Pour la même raison, les veines du ligament rond se développent aussi, et comme la veine iliaque interne n'est pas plus libre que l'utérus, le sang, au lieu do pénétrer dans ce tronc, reflue vers le plexus des veines sous-cutanées, qui s'hypertroj phie considérablement. Chez la plupart des femmes arrivées au huitième et au neuvième mois de la gestation, ce plexus est en général très développé. A la suite de plusieurs grossesses rapprochées, il peut devenir le siège de varices; j'ai observé deux faits de ce genre. »
Leur présence pourrait jusqu'à un certain point indiquer que le plexus utéro-ovarien, dont les veines du ligament rond sont tributaires, sont le siège de dilatations analogues.
On a quelquefois signalé l'inflammation du ligament rond coïncidant avec des lésions puerpérales du ligament large, de l'utérus, etc., et, dans ces circonstances, les veines qui l'accompagnent ont été trouvées augmentées de volume, gorgées de sang et remplies de pus. Suivant Dance, c'est toujours dans ces veines que le liquide purulent est renfermé (1). Portai (2) avait déjà fait la même remarque. Béhier a
{i) Arch. gén. de méd., 1829, t. XVIII, p. 505. (2) Cours d'anat. méd., t. V, p. 517.
trouvé dans une autopsie une veine dilatée le long du ligament rond gauche pleine de pus jaunâtré bien lié (1).
Nous n'insisterons pas sur ce sujet, qui n'a été jusqu'à présent l'objet d'études spéciales et qui n'offre du reste qu'un intérêt secondaire.